• "Une amende forfaitaire en cas d’usage de stupéfiant"

Lettres depuis la prison de Silvia, Bill, Costa et Marco

Il y a quelques jours nous parlions du procès en Suisse contre des activistes. Une brochure en ligne est disponible, rassemblant des textes de luttes et leur vision du monde (attention la brochure est en version impression, donc les pages ne sont pas dans l’ordre linéaire).

Une vision du monde au croisement de l’anarchisme, du primitivisme, de l’insurrectionnalisme le plus ouvert (jusqu’aux communistes), parfois de la libération animale… Il n’est pas difficile de voir la dimension sentimentale et l’aspect parfois très pessimiste ou négatif.

 

Voici le texte de présentation de la brochure:

Nous avons ressenti la nécessité de nous lancer dans ce travail de traduction car dans la réalité suisse au delà des murs des prisons, de la censure de l’appareil répressif, nous sommes confronté-e-s à des fortes barrières linguistiques.

Le système carcéral et le monde qui en a besoin veut faire taire les contestataires, nous voulions faire circuler ces lettres pour que Silvia, Billy, Costa et Marco ne soient pas réduit-e-s au silence, que nous partagions qu’une partie ou l’ensemble de leurs idées. Plus que leurs actes, ce sont leurs idées qui font peur à l’État, leur/notre seule présence est considérée comme criminelle ou dangereuse et nous ne voulons pas entrer dans le jeu de la répression.

Face à l’ enfermement, la correspondance est un des moyens les plus importants pour rester actifve-s, pour continuer à participer aux luttes en développant un lien entre dedans et dehors. La solidarité est notre arme !

Février-mars 2011.

 

Verdict du procès en Suisse de Billy, Costa et Silvia

Le procès en Suisse de Costantino Ragusa, Silvia Guerini, Luca « Billy » Bernasconi a donc eu lieu un après leur tentative d’attentat contre le centre de recherches sur les nanotechnologies d’IBM de Rüschliko, près de Zurich (alors en construction).

Immédiatement, les avocats ont protesté contre la mise en isolement depuis plus d’une année. Un avocat a même fait cette précision affreuse :

« Ils ne disposent d’aucun contact avec l’extérieur et n’ont même plus la notion du temps puisque leurs montres leur ont été enlevées. »

C’est dans cette atmosphère que le procès a eu lieu, alors qu’à l’extérieur étaient rassemblées des personnes sympathisantes.

Le procureur fédéral a requis mercredi des peines fermes de 3 ans (pour Silvia), 3 ans et trois mois (pour Billy) et 3 ans et demi (pour Costa). Il a rappelé que les deux hommes sont des récidivistes et a expliqué au sujet des personnes accusées que :

« À proximité de leur but, ils ont été stoppés par la police routière zurichoise qui a découvert leur chargement et les a arrêtés. Il s’agit donc d’un attentat déjoué de justesse mais qui aurait pu avoir de graves conséquences. »

Il expliqué que l’action devait être revendiqué par « Earth Liberation Front (ELF) Switzerland », puisqu’on a retrouvé dans la voiture 31 lettres de revendication siglées ainsi et revendiquant justement l’action.

Les avocats (Marcel Bosonnet, Claude Hentz et Christian Meier de Zurich) ont rejeté cette interprétation et souligné que l’organisation a été organisé par l’Etat italien, la police zurichoise faisant sembler d’exercer un contrôle de routine.

Ils ont demandé l’acquittement, également en raison du fait que l’expert en explosif n’a pas pu formellement prouver que le matériel saisi pouvait réellement causer d’importants dégâts (il s’agissait de 476 grammes d’explosif, du matériel d’allumage, du gaz propane et de l’essence).

Finalement, les trois personnes accusées ont été reconnuEs coupables d’actes préparatoires dans l’exécution d’un incendie intentionnel ainsi que de transport et dissimulation d’explosifs.

Les peines vont de trois ans et quatre mois à trois ans et huit mois.

L’ARM menace d’empoisonner du « salami » en Suisse

En Suisse, la Milice pour les Droits des Animaux (ARM) a menacé d’empoisonner toutes les barquettes de « salami » en vente dans les grandes surfaces.

Deux paquets ont été envoyé aux rédactions du Corriere del Ticino et de la Radiotelevisione svizzera, avec le texte suivant «Si vous aimez la viande mangez donc celle-ci. Nous avons empoisonné divers échantillons de viande au Tessin » (« Se vi piace la carne mangiatevi questa. Abbiamo avvelenato diversi campioni di carne in Ticino »).

Les médias expliquent également qu’il il y a deux ans en Suisse l’ARM « avait bouté le feu aux camionnettes d’un boucher de Cadenazzo près de Bellinzone et avait libéré un rapace rare à Novaggio dans le Malcantone (ouest de Lugano). »

En France, l’ARM avait mené une action en 2007 sur ce principe, en annonçant avoir contaminé, avec du peroxyde d’oxygène, qui peut provoquer des irritations, une solution d’entretien pour lentilles de contact, SOLO-Care Aqua de la marque CIBA Vision (qui est une filiale du groupe Novartis).

L’ARM – Animal Rights Militia – a en fait depuis longtemps cette pratique de sabotages visant à l’intimidation, dans une perspective de réformisme armé visant à la faillite économique.

Sauf qu’évidemment, ce type d’action est incompréhensible pour la très grande majorité des gens, qui se sentent immédiatement agressés et menacés par une menace « de type terroriste. »

Personne ne comprend que c’est une tentative de sabotage économique contre l’exploitation animale; tout le monde au contraire se sent personnellement concerné et visé, et donc s’inquiète.

Voici une présentation de l’ARM, tirée de la brochure « Pour la libération animale » disponible ici au format PDF.

a) L’Animals Rights Militia et le Justice Department

« Le combat n’est pas pour nous, pour ce que nous voulons ou nous avons besoin personnellement. Il est pour chaque animal qui a déjà souffert et est décédé dans les laboratoires de vivisection et pour chaque animal qui va souffrir et mourir dans ces mêmes laboratoires à moins que nous ne mettions fin maintenant à ce commerce maléfique.

Les esprits des torturés à mort crient pour la justice, le cri des vivants est pour la liberté. Nous pouvons créer cette justice et nous pouvons amener la liberté. Les animaux n’ont personne à part nous, nous ne les abandonnerons pas. » (Barry Horne)

L’Animals Rights Milita (ARM) existe dès les années 1980, étant notamment à l’origine de l’action contre les barres chocolatées « Mars ». On attribue souvent des actions de l’ARM à l’ALF, mais en fait l’ALF se distingue de l’ARM par le principe du refus de porter atteinte à la vie humaine. La ligne de l’ARM à l’opposé est « par tous les moyens nécessaires ».

L’ARM est pour la militarisation de la politique de la libération animale. C’est également la ligne de la Hunt Retribution Squad fondé en 1984, du Justice Department, ainsi que de la Revolutionary Cell – Animal Liberation Brigade, qui appelle à la lutte armée.

Lorsqu’on demanda à Robin Webb, porte-parole de l’ALF en Grande-Bretagne, quelle était la différence entre agir au sein de l’ALF et agir au sein de groupes comme la Animal Rights Militia ou le Justice Department, il répondit : « Dit simplement, le troisième principe de l’ALF ne s’applique plus » ; le troisième principe étant celui de prendre toute précaution raisonnable pour ne pas porter préjudice ou mettre en danger la vie, humaine comme non-humaine.

Jusqu’à présent il n’y a en fait pas eu d’actions armées contre des personnes humaines de la part de ces organisations, mais leurs actions sont le plus souvent moins artisanales que les actions de l’ALF.

Les actions de ces groupes sont extrêmement nombreuses. Parmi celles-ci, mentionnons qu’en 1987 l’Animals Rights Milita causa en Californie 100.000 $ de dégâts aux éleveurs de la San José Valley Veal Inc le 1er septembre et 230.000 $ le 26 novembre à la Ferrara Meat Company.

L’ARM canadienne répéta l’action anglaise contre Mars en 1992 en attaquant la barre chocolatée Cold Buster. L’inventeur de la barre était lui-même un vivisecteur de l’Université d’Alberta, qui gelait les rats, les faisait mourir de faim, les droguait ; la barre chocolatée était issue de seize années de tests.

L’ARM envoya 87 barres chocolatées soi-disant contaminées au nettoyant à four, et la société dut reprendre les barres chocolatées distribuées dans les magasins, ce qui lui coûta 1 million de $.

Le 23 avril, journée des animaux de laboratoires, l’ARM barbouilla de peinture rouge la maison à Vancouver de Hans Fibiger, un vivisecteur de l’Université de Colombie britannique. Une autre tentative de faux empoisonnement, cette fois sur des dindes le 23 décembre 1994, avec 1 million de $ de coûts d’enlèvement des dindes de la grande distribution.

Le 10 août 1994 l’ARM anglaise plaça des engins incendiaires près des magasins C.H. Brown’s saddlery & leather shop, Madison and Westworld leather shops, Edinburgh Woolen Mill et Nurse’s fur store, causant des dizaines de milliers d’euros de dommages. Le 24 août plus de 4 millions d’euros de dégâts furent causés par des engins incendiaires contre les Sports and Model Shop, le Suede and Leather Shop, le Cancer Research Fund Shop, le Scotties fishing tackle shop et le Boots the Chemist.

L’ARM attaqua également en septembre 1994 les filiales de Boots, comme Fads DIY, ainsi que deux branches de Boots, le Brother bloodsports shop, et l’Imperial Cancer Research Foundation shop, pour 4 millions d’euros de dégâts. Boots finit par vendre sa division pharmaceutique. Une attaque sur l’Isle of Man la même année causa 6 millions d’euros de dégâts.

En ce qui concerne les libérations c’est la section suédoise qui a été la plus active, avec le sauvetage de 92 cochons d’Inde (120 si l’on compte les bébés) dans un laboratoire de Bio Jet Service à Uppsala, dans la périphérie de Stockholm. L’éleveur Gothe Olofsson était lui-même un vivisecteur de l’université d’Uppsala et abandonna l’élevage.

L’une des personnalités les plus célèbres du mouvement est Barry Horne, décédé à 49 ans le 5 novembre 2001 lors d’une troisième grève de la faim. La première en juin 1997 avait duré 68 jours et laissé de graves séquelles ; la seconde dura 35 jours. Ses grèves de la faim étaient des protestations contre le fait que le Labour Party, l’équivalent du Parti Socialiste en Angleterre, n’avait pas tenu ses promesses concernant la vivisection.

Barry Horne avait participé à de nombreuses luttes de l’ALF – comme à Interfauna en 1990, où 82 chiens beagles et 26 lapins furent libérés – et est considéré comme ayant fait partie du groupe de l’ARM ayant causé plusieurs millions d’euros de dégâts dans une attaque à Newport sur l’Isle of Wight. Depuis sa mort la date du 5 novembre est sujette à de nombreuses actions dans le monde.

L’ARM n’hésite pas non plus à envoyer des lettres piégées à des vivisecteurs connus, tout comme le Justice Department qui envoie également des cassettes vidéos piégées, des tubes de poster piégés, avec des lames de rasoir empoisonnées, etc.

Dans ce type d’actions l’adresse de l’envoyeur est elle-même celle d’une cible potentielle, au cas où la lettre est retournée. Le Justice Department est responsable d’une centaine d’actions en Grande-Bretagne, actions qualifiées par le journal The Independent de « la campagne de bombes la plus soutenue et la plus sophistiquée sur le territoire de l’Angleterre depuis que l’IRA était à son apogée. »

Pour le Justice Department, « Le Front de Libération des animaux a réussi ce que d’autres méthodes n’ont pas pu en adhérant à la non-violence. Une autre idée est née, qui considère que les personnes martyrisant les animaux ont été prévenues depuis suffisamment longtemps… Le temps est venu pour ceux qui martyrisent de faire plus que simplement goûter la peur et l’angoisse dont leurs victimes souffrent quotidiennement. »

L’un des succès du Justice Department fut l’abandon par toutes les compagnies de ferry de l’exportation d’animaux vivants après six lettres piégées en juin 1994. L’un des activistes condamnés, Gurj Aujla, expliquera : « Ce n’était pas une action symbolique ou un châtiment insensé, ou même du sabotage économique… C’était une action stratégique. J’avais étudié et vu que le commerce de la viande est massif et ne peut être facilement battu, mais que l’exportation d’êtres vivants est un aspect vulnérable de ce commerce, qui pouvait être défait.

De plus, les sociétés de ferrys ne sont pas à la base des exploiteurs d’animaux, ils peuvent très bien exister sans exportations d’êtres vivants, ainsi on pouvait les frapper pour qu’ils se retirent – ce qu’ils ont fait. »

Le Justice Department est également à l’origine de l’envoi de centaines de lettres contenant des lames de rasoirs empoisonnées, comme par exemple 65 lettres au Canada en 1996 contre des guides de chasse, 87 lettres contre des vendeurs spécialisés dans la fourrure, une centaine de lettres aux USA en 1999 contre des fourreurs éleveurs d’animaux et leurs représentants nationaux, puis 88 lettres contre des vivisecteurs, accompagnées de plans de fabrication de bombes et un avertissement pour que leurs activités soient arrêtés avant 2000.

Au Canada, le groupe Force opérationnelle, Action directe militante avait adressé quatre colis piégés à deux tenants de la suprématie blanche, à une cellule de réflexion de droite favorable à l’industrie de la fourrure et à un laboratoire de génétique. Dans ce pays existe également The Earth Liberation Army, proche dans ses pratiques du Département de la Justice.

Cette radicalisation est également celle d’une partie de l’ELF, dont un des communiqués de 2002 affirme que « si la vie innocente ne sera jamais touchée dans aucune action que nous menons, là où cela est nécessaire nous n’hésiterons plus à prendre les armes pour réaliser la justice, et assurer la protection dont a besoin notre planète, protection que des décennies de batailles légales, de demandes, de protestations, et de dommages économiques ont échoué à mettre en place »