Dix fois plus de césium 137 dans la piscine du réacteur n°4 qu’à Tchernobyl

Un appel international a été lancé cette semaine par 72 associations japonaises afin d’interpeler le gouvernement japonais ainsi que l’ONU sur les risques liés à la piscine du réacteur n°4 : celle-ci est la plus chargée du site (Fukushima Daiichi) avec une quantité de césium 137 dix fois plus importante que celle relâchée à Tchernobyl ! En cas de séisme les conséquences pourraient donc être dramatiques. Le document en anglais en disponible ici.

Le gouvernement tente toujours de convaincre la population autour de la centrale d’Oî des bienfaits du redémarrage de la centrale. Ce redémarrage pose encore de nombreux problèmes à la population, en particulier aux personnes vivants aux alentours proches de la centrale, notamment sur la question de la sécurité.

C’est dans ce contexte qu’une réunion publique s’est tenue à Oî fin avril avec des représentants du gouvernement et des membres de la NISA (Nuclear and Industrial Safety Agency , Agence de sûreté nucléaire et industrielle japonaise) au sujet du redémarrage des réacteurs n°3 et 4. Des mesures de sécurité importantes ont été mises en oeuvre pour cette réunion : détecteurs de métaux, fouille des sacs, interdiction d’apporter toute boisson ou toute nourriture, contrôle de tous les véhicules venant à Oî…Ceci en raison des manifestants anti-nucléaires, du moins en partie.

La question de l’évacuation des environs en cas d’accident a été évoquée mais aucune réponse concrète n’a pu être donnée. Pourtant 300 000 personnes vivent dans un rayon de 30 km autour de la centrale et sont directement concernées par un éventuel accident. De plus, il faut savoir qu’en hiver cette zone n’est pas très accessible : peu de routes et une seule ligne de chemin, ce qui n’est pas sans poser de problèmes pour une évacuation.

Pour le maire d’Ôsaka, les habitants doivent faire des économies d’énergie sinon la centrale devra être redémarrée.

On apprend que la centrale de Tsuruga (préfecture de Fukui) a très peu de chances de redémarrer d’après la Commission de sûreté nucléaire : l’exploitant doit pouvoir prouver que la faille située en dessous n’est pas active, ce qu’il aura du mal à faire.

La limite de dose pour les travailleurs du nucléaire est passée à 50 milliSieverts / an (contre 100 depuis la catastrophe), et à 100 mSv / an sur 5 ans. Toutefois 16 personnes qui ont dépassé la limite de 100mSv (annuelle) resteront tout de même sur le site de Fukushima Daiichi à la demande de TEPCO, en raison de leur expérience qui est indispensable d’après l’exploitant. TEPCO est actuellement en train de blinder la pièce où ces 16 personnes se trouvent le plus souvent – afin de limiter leur exposition.

La municipalité de Namié (préfecture de Fukushima, dans la zone des 20km) va mesurer la contamination de ses habitants en utilisant une anthropogammométrie, elle compte avoir mesuré tout le monde à la fin de l’année.

Rappelons à ce sujet que des mesures avaient été faites en février dans les forêts aux environs de la centrale à l’aide de singes et de sangliers équipés de GPS, de dosimètres et de compteurs Geiger. Cela montre à quel point la situation des animaux aux alentours de la centrale est catastrophique : abandons, exécutions, errance, et maintenant « cobayes » radioactifs.

Des mesures de protection ont été publiées et analysées par la NISA (l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle japonaise) qui les a jugé appropriées, et ce, même si une vague de 21m venait se jeter contre le nouveau mur de 18m de haut.

Redémarrage d’une centrale au Japon

Le gouvernement devrait annoncer cette semaine le redémarrage de la centrale d’Ôi dans la préfecture de Fukui, dont nous parlions le 28 mars dernier. Finalement, seul le gouverneur de Fukui aura eu son mot à dire. Celui-ci ne s’y opposait pas et ne s’oppose toujours pas malgré l’avis de la population.

Vendredi 6 avril l’injection d’azote dans 3 réacteurs ayant subi une fusion du coeur s’est arrêtée automatiquement suite à une alarme pendant plus d’une heure : arrêt à 16h43, reprise à 17h56, et retour à la normale à 18h28.

Jeudi 5 avril, une fuite à la centrale de Fukushima Daiichi, due a un tuyau déconnecté, a été détectée à 1h05 et a continué jusqu’à 2h20. Elle aurait pu laisser s’échapper de l’eau fortement contaminée en strontium, avec une activité allant jusqu’à 100 millions de becquerels par litre.

Un nouveau service à destination des habitants d’Utsunomiya (capitale de la préfecture de Tochigi, et à 140 km au nord de Tokyo) a été mis en place la semaine dernière. Il s’agit d’une service de contrôle de la radioactivité : des employés municipaux vont chez les personnes qui le demandent et contrôlent le débit de dose en 3 endroits définis par l’habitant. La ville espère effectuer 5 contrôles chez des particuliers par jour en plus du contrôle des lieux publics.

Depuis la semaine dernière il n’est plus obligatoire d’exécuter les animaux dans la zone des 20 km autour de la centrale de Fukushima. Les agricultures ayant refusé à l’époque de l’interdiction de les tuer sont tenus de les maintenir isolés.

 

Une nouvelle fuite d’eau contaminée vers l’océan, et nouvelles révélations

Il y a deux semaines le quotidien japonais Asahi a fait de nouvelles révélations sur l’attitude des autorités vis-à-vis de la sécurité et la gestion des centrales nucléaires en cas d’incident. En 2006 l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique – organisme sous l’égide de l’ONU) avait fait des recommandations quant à la gestion des incidents dans les centrales nucléaires. La NISA (Nuclear and Industrial Safety Agency – l’agence japonaise de sûreté nucléaire) a rejeté catégoriquement ces recommandations sous prétexte que les installations nucléaires japonaises étaient sûres et qu’il ne fallait pas inquiéter la population.

La validation ou non de ces recommandation revenait toutefois à la NSC (Nuclear Safety Commission, commission de sûreté nucléaire), qui y était alors favorable. Mais en novembre 2006 la NSC s’est rangée du côté de la NISA, et les recommandation ont été rejetées (pour les raisons évoquées par la NISA dès le départ).

Celles-ci prévoyaient notamment une zone de 30 km autour de la centrale endommagée dans laquelle la population devrait être soit immédiatement évacuée soit confinée. Et dans un rayon de 5 km autour de la centrale l’évacuation devait être immédiate et obligatoire.

La catastrophe de Fukushima du 11 mars 2011 a malheureusement montré à quel point l’attitude de la NISA et de la NSC, a été déplacée et criminelle. Il aura ensuite fallu quatre mois pour que la NSC songe à réviser les normes et consignes en cas d’incident nucléaire.

Lundi, une fuite d’eau a été découverte par TEPCO à l’unité de désalinisation. Elle a pu être arrêtée, mais 120 litres d’eau ont fui, dont 80 qui ont contaminé l’océan.

Une analyse sur la contamination de cette eau a permis de déterminer l’activité de différents éléments : 10 000 becquerels par litre pour le césium, 81 000 becquerels par litre pour l’antimoine 125, et 140 millions de becquerels par litre pour le strontium.

Dans la préfecture d’Ibaraki (juste au sud de celle de Fukushima), une étude a été faite sur la contamination de l’eau d’un barrage qui se trouve à environ 60 km au nord ouest d’une centrale. Les résultats ont montré une activité allant jusqu’à 3 millions de becquerels de césium par mètre carré au fond de la retenue du barrage, soit 10 fois plus que dans les réservoirs aux alentours, mais surtout autant que dans les sols dans la zone interdite de 20km autour de la centrale de Fukushima.

La crainte liée au risque de contamination persiste à Fukushima, même après la décontamination des sols. Cela se ressent beaucoup chez les parents qui ont peur pour leurs enfants, ainsi dans 80% des crèches et des écoles maternelles les activités extérieures des enfants sont extrêmement réduites voire inexistantes (dans 25% des cas). Des projets pour disposer de gymnases et autres lieux pouvant accueillir les enfants et leur permettre de jouer et faire du sport sont en cours.

Un plan de décontamination est enfin prévu pour la municipalité d’Iitaté (trentaine de kilomètres au nord de la centrale de Fukushima), celui-ci s’étale sur deux ans pour les habitations, cinq ans pour les terres agricoles, et vingt ans pour les forêts. Ce plan devrait coûter environ 320 milliards de yen, soit 3,2 milliards d’euros.

Pour le ministère de l’environnement, la contamination à l’intérieur des maisons ne semble pas être un problème à traiter : elles ne sont tout simplement pas considérées dans ses directives concernant les plans de décontamination. Pourtant des études, faites notamment par l’ACRO, ont mis en évidence que la poussière à l’intérieur, les vapeurs, les prises d’air, etc. sont autant de sources potentielles de contamination qui peuvent être importantes. De plus, la décontamination des jardins quant à elle ne sert à rien (ou presque) s’il n’y pas une décontamination de l’environnement proche, comme par exemple une forêt.

On apprend que la quantité de débris dus à la catastrophe du 11 mars 2011 dans les 20 km autour de la centrale serait de l’ordre de 474 000 tonnes, dont plus d’un tiers se trouve à Minamisoma (25 km au nord de la centrale de Fukushima) avec 183 000 tonnes. Tous ces déchets sont contaminés.

La ville d’Okuma se trouve à moins de 20 km de la centrale de Fukushima, et dans une part importante de la ville le retour des habitants est considéré comme difficile en raison de l’exposition annuelle de 50 millisieverts (mS) – ce qui correspond par exemple à la dose maximale autorisée pour les personnes travaillant dans le nucléaire aux USA.

La mairie espère pouvoir reloger toutes les personnes ailleurs, et décontaminer la ville en 10 ans. Le relogement est prévu pour 2016 : les 11 000 habitants auront accès à des infrastructures comme des écoles et une mairie. Le début des travaux est prévu pour 2014.

La ville de Namié (préfecture de Fukushima) et ses 21 000 habitants évacués devraient aussi être relogés avec également des infrastructures temporaires, mais le lieu pour le relogement n’est toujours pas connu.

A Tamioka (préfecture de Fukushima), les 15 000 habitants devraient pouvoir revenir d’ici 2020, d’après les plans de la mairie.

Enfin, une quatrième ville, Naraha, espère voir ses 7 700 habitants revenir d’ici à 2014 (excepté pour les familles avec de jeunes enfants), sachant qu’une partie pourrait revenir en une année en raison de l’exposition externe relativement faible (par rapport à d’autre villes).

Par ailleurs, le conseil municipal a décidé à l’unanimité de rejeter l’installation d’un centre d’entreposage de déchets radioactifs sur son territoire.

Par contre, trois autres provinces ont accepté les demandes du gouvernement, 281 000 tonnes de déchets contaminés vont ainsi être pris en charge par les provinces de Gunma (au sud de la préfecture de Fukushima), Kanagawa (au sud de Tokyo), et Shizuoka (au sud de la préfecture de Fukushima).

Enfin, l’agence de presse Kyodo a publié les résultats d’un sondage intéressant au sujet de la perception et de la compréhension de la radioactivité des enfants. On retiendra que près de la moitié a déclaré en avoir peur. A propos des risques liés à la radioactivité, plus des trois quarts ne savaient rien avant la catastrophe. Enfin, un tiers a déclaré ne pas faire attention aux radiations.

La population toujours aussi défavorable au redémarrage des réacteurs

En un an la confiance envers l’industrie nucléaire a radicalement changé, en témoigne un sondage récent du quotidien Asahi qui indique que seulement 27% de la population est pour le redémarrage des réacteurs nucléaires, et 80% n’a pas confiance des les mesures de sûreté des autorités. Il est également intéressant de noter que, globalement, ce sont plutôt les femmes qui sont opposées au redémarrage des réacteurs : deux personnes qui s’y opposent sur trois sont des femmes – toujours d’après le même sonsage.

On apprend que le gouvernement japonais pourrait réduire la limite d’âge d’un réacteur à 40 ans. Ceci aurait pour effet d’empêcher le redémarrage du plus vieux réacteur de l’archipel : le réacteur n°1 de la centrale de Tsuruga (dans la préfecture de Fukui, « en face » de Tokyo, sur la côte ouest) qui a aujourd’hui 42 ans.

Toujours dans la préfecture de Fukui, la question du redémarrage des centrales est une source de conflit entre la population et les municipalités d’une part, et le gouvernement et les entreprises comme KEPCO (Kansaï Electric Power Company) qui aimeraient bien pouvoir redémarrer certaines centrales au plus vite d’autre part.

Le redémarrage de la centrale d’Ôi (Fukui) est actuellement au coeur d’un de ces conflits. Le gouvernement a déclaré qu’il suffisait de consulter les autorités dans un rayon de 10km autour de la centrale pour pouvoir la redémarrer, et qu’il n’était donc pas nécessaire de consulter les municipalités aux alentours si elles sont à plus de 10 km. Une partie de la province de Shiga se trouve à moins de 30 km de la centrale (et à plus de 10 km), tout comme une partie également de la ville de Kyôto. Ces municipalités n’auraient ainsi pas leur mot à dire d’après les déclarations du gouvernement, pourtant Shiga reçoit directement les vents venant de la centrale, ce qui n’est pas sans poser d’éventuels problèmes. A cela s’ajoute la proximité d’un énorme lac : le lac Biwa (le plus grand du Japon).

Par ailleurs La ville d’Ôsaka qui est le premier actionnaire de KEPCO (9% des parts) va demander à la compagnie d’arrêter sa production d’énergie liée au nucléaire pour passer aux énergies renouvelables.

Le réacteur n°6 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa (dans la préfecture de Niigata – au nord-ouest de celle de Fukushima) a été arrêté il y a plus d’une semaine. Il s’agit d’une centrale exploitée par TEPCO, dont tous les réacteurs sont désormais à l’arrête à part un : le n°3 de la centrale de Tomari (préfecture et île de Hokkaïdô – tout au nord du Japon) qui sera arrêté à son tour le 5 mai.

Ce n’est pas la première fois que l’exploitant doit faire face à un arrêt complet de tous ses réacteurs. Suite à un scandale dû à des rapports de sûreté falsifiés, il avait dû tous les arrêter en avril 2003.

Concernant la centrale de Fukushima, les débits de dose dans les sous-sols des réacteurs n°2 et 3 sont très élevés, TEPCO a envoyé 6 personnes mi mars pour les inspecter mais aucune intervention n’est possible pour le moment à cause de ces débits de dose : jusqu’à 160 millisieverts par heure.

Un robot a été envoyé une semaine plus tard pour inspecter le rez-de-chaussée du réacteur n°2.

Un thermomètre indiquait la semaine dernière une température de 80°C, mais TEPCO n’a pour l’instant aucune explication à ce sujet.

L’exploitant a effectué une endoscopie dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2 (toujours à Fukushima) qui a appris qu’il y a 60 cm d’eau à 50°C. Les débits de dose y sont extrêmement élevés : de 31 à 71 sieverts par heure ! Pour comparaison, d’après les réglementations françaises au-delà de 0,1 sieverts par heure, une zone est classée comme étant interdite. A partir de 8 sieverts reçus, les chances de survie sont inexistantes, même avec un traitement.

TEPCO a envoyé un robot dans la piscine de combustible du réacteur n°4 il y a deux semaines, la première constatation est que la visibilité est très faible : moins d’un mètre, contre 5 il y a un mois. Selon l’exploitant ce problème pourrait être dû à des algues ou alors à un problème avec la caméra du robot.

TEPCO a mis en ligne 5 vidéos du fond de la piscine : vidéo 1, vidéo 2, vidéo 3, vidéo 4, vidéo 5.

Malgré la très faible visibilité constatée par le robot, et qui devrait être un frein au retrait de combustibles, l’exploitant a annoncé vendredi dernier qu’une partie de ceux-ci pourraient être retirés.

Mercredi dernier, un incendie a eu lieu vers les réacteurs n°5 et 6. Il a pu être maîtrisé rapidement.

No more nukes !

Du 11 mars 2011 au 11 mars 2012

Tout d’abord, plus personne n’ose qualifier les évènements du 11 mars 2011 comme un « simple » accident. Le 12 avril 2011, la catastrophe était classée au niveau 7, soit le plus haut niveau selon l’Echelle internationale des évènements nucléaires, au même niveau que la catastrophe de Tchernobyl. A la suite de cette annonce, beaucoup en France considéraient cela comme excessif, qu’au fond ce n’était « pas si grave que ça ». Aujourd’hui au vu de l’étendue des dégâts, et des répercussions sur les dizaines d’années à venir, plus personne n’ose reléguer comme un incident fâcheux.

Le ton plus « libre » dans les médias s’explique aussi par le fait que la pression est retombée, par rapport aux semaines qui avaient suivis la catastrophe. Non seulement il est dur de nier l’ampleur de la catastrophe, mais il est aussi moins gênant pour l’industrie nucléaire et ses partenaires d’en parler maintenant.

Malgré tout, est-ce que cela a permis un début de prise de conscience ? Difficile à dire, les informations sur nos amis à plumes, à écailles, sont quasi-inexistantes, sauf… lorsqu’il s’agit de leur consommation (et encore!). La contamination des océans reste un sujet qui n’est jamais évoqué, la Nature est toujours perçue comme une puissance extérieure et hostile.

Pourtant, il est clair que la catastrophe a porté un coup dur à l’image de sûreté de l’énergie nucléaire, et c’est d’ailleurs un point qui revient très souvent : nous ne sommes plus à Tchernobyl dans l’URSS des années 1980, mais au Japon, dans un pays hautement développé et en avance technologiquement dans de nombreux domaines. La question de savoir si cela pourrait arriver en France remonte à la surface, et il est plus difficile pour le secteur du nucléaire de défendre la sûreté des centrales avec autant de facilité.

Au Japon, les mentalités ont évolués extrêmement rapidement. Aujourd’hui une très grande majorité des japonais se déclare opposée au nucléaire, bon nombre de manifestations anti-nucléaire ont eu lieu au Japon et dans le monde. A ce jour, sur 54 centrales nucléaires seules 2 sont encore en activité.

On rappellera des initiatives remarquables dont peu de personnes ont parlé, et qui sont parées pourtant d’une haute importance morale, comme le « Japan Earthquake Animal Rescue and Support » dont la devise est : « not without my animals ». Ce genre d’initiative est bien moins sensationnelle que la contamination de l’alimentation par exemple.

Il n’est d’ailleurs pas étonnant que celle-ci soit mise en avant contrairement à la situation infernale des animaux après la catastrophe, dont personne ne se souciait. Ce qui importait, et importe encore, est la consternation et l’étonnement : tout tant qu’il ne s’agit pas de prendre position, seulement constater l’horreur de la situation, sans prendre position ou très peu.

Ce qui est critiqué, ce n’est pas l’industrie nucléaire elle-même, l’écocide, les agressions quotidiennes contre Gaïa, mais seulement des dérives dans la gestion des évènements.

Seulement au vu du déroulement des évènements, il est clair qu’une telle défense cachée de l’industrie nucléaire ne tient plus la route : les quelques dérives pointées au début sont devenues de plus en plus nombreuses et de plus en plus généralisées.
Il est donc clair que la catastrophe de Fukushima marque un tournant historique dans l’histoire du nucléaire.

Même en France le mouvement anti-nucléaire s’est élargit. Et si les revendications oublient bien trop souvent (pour ne pas dire quasi-systématiquement) la Terre et les animaux, il ne fait pas de doute que cela ne peut qu’évoluer positivement, l’industrie nucléaire jouant un rôle clef dans l’écocide en cours. Toutefois, il est clair que le poids de l’industrie nucléaire en France pèse encore grandement sur l’évolution des mentalités.

« Personne ne sait comment nettoyer la radioactivité »

Trois importantes compagnies japonaises ont décroché des contrats pour 12 projets pilotes de décontamination dans la région de Fukushima, qui s’élèvent en tout à 93 millions de dollars. Trois compagnies qui ont participé à la construction de 45 des 54 centrales nucléaires du Japon, dont celles de Fukushima Daichii.

La raison de ce choix ? D’après le gouvernement, ce sont de grandes entreprises qui ont des moyens techniques, du personnel, et du matériel de protection en quantité. En réalité, elles n’hésitent pas à sous-traiter une bonne partie du travail à des sous-traitants (qui eux-même n’hésitent à sous-traiter à nouveau). Sans parler du fait qu’il n’y a pas de réel expert en décontamination, comme le résume un employé d’un des sous-traitant : « nous sommes tous des amateurs. Personne ne sait comment nettoyer la radioactivité »

Les habitants de Iitate, un village à 39 kilomètres au nord de Fukushima, ont de leur côté commencé à tester des méthodes de décontamination avec l’aide d’universitaires. Pour l’instant la priorité est de décontaminer les forêts des montagnes avoisinantes.

Jeudi dernier, de la boue hautement radioactive a été trouvée dans une ville à 25 km au nord de Fukushima (Minamisôma). Elle a été envoyée à l’université de Kôbé ; une activité d’un million de becquerels de césium par kilo a été détectée, ce qui correspond à celle d’un déchet nucléaire à « faible » activité.

Le césium semble s’enfoncer plus rapidement dans la boue des fonds marins de la baie de Tôkyô que sur terre. Cette accumulation est due aux deux rivières qui transportent des éléments contaminés qui finissent par se retrouver et s’accumuler dans la baie.

Par ailleurs, la gestion des déchets et des débris liés directement ou indirectement à la catastrophe posent de plus en plus de problème. Seules 10 provinces sur 42 ont acceptées d’en recevoir, par crainte des contaminations radioactives.

Pour faire face, les autorité avaient décidé d’augmenter brusquement, l’année dernière, la limite de becquerels par kg de déchets incinérés. Elle est passée de 100 becquerels par kg à 8000 en prétextant qu’il s’agit de déchets qui ont vocation à être enfouis et que 99,8% des radiations émises lors de l’incinération pouvaient être bloquées. La question est donc de savoir si dans les faits 99,8% des radiations seront effectivement bloquées.

Aucune trace écrite pour plusieurs comités depuis le début de la crise

L’AIEA, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, dont nous avons déjà parlé, a annoncé qu’elle comptait ouvrir un nouveau bureau à Fukushima. Le but étant d’avoir une équipe au plus près des évènements ; rappelons que son siège est à Vienne.

Toutefois, il n’y a pas encore d’échéance précise quant à son « ouverture » : celle-ci doit avoir lieu d’ici à la fin de l’année.

Ceci intervient alors que 51 des 54 réacteurs que possède le Japon sont à l’arrêt, et que la majorité de la population est extrêmement méfiante vis-à-vis des centrales nucléaires suite à la catastrophe du 11 mars dernier et de la gestion plus que bancale dont ont fait preuve TEPCO et les autorités.

Près d’un an après la catastrophe, de nouvelles informations sur le déroulement des évènements depuis le 11 mars remontent à la surface : on apprend que plusieurs comités de crise, qui avaient été montés pour faire face à la catastrophe, n’ont gardés aucune trace écrite de leurs activités (ou alors quelques vagues brouillons). Le problème est que cela complique grandement le travail d’enquêteurs aujourd’hui pour essayer de comprendre en détail ce qui s’est passé.

Ces nouvelles révélations nous montrent à nouveau à quel point ni TEPCO, ni les autorités ne maîtrisent la situation.

S’ajoutent également le coma d’un sous-traitant d’une soixantaine d’années qui travaillait sur le site de la centrale et le fait que le ministère n’a pas pris en compte les doses reçues par toutes les personnes travaillant sur le site en dehors du travail, chez elles par exemple (sachant que certaines personnes vivent dans des zones plus ou moins contaminées).

Une commission d’experts a rendu un rapport concernant la catastrophe

Un rapport d’une commission d’enquête a été publié hier. Il pointe les défaillances de TEPCO et des autorités par rapport à la gestion de la catastrophe. D’une part le laxisme dont a fait preuve TEPCO en n’ayant pas pris en compte, volontairement, la possibilité qu’une catastrophe comme celle du 11 mars puisse avoir lieu. D’autre part le manque de réactivité dans les décisions prises par TEPCO après la catastrophe, mais également le manque de réactivité des autorités face aux événements et à la gestion de l’exploitant.

Cette commission n’est pas une initiative indépendante ou autonome puisqu’elle provient du gouvernement. Elle est composée d’experts mandatés par celui-ci, et lui a donc remis un rapport en retour.

Bien qu’en apparence cette commission ait l’air indépendante, que son rapport pointe du doigt les défaillances quant à la gestion de la catastrophe, elle ne remet en aucun cas en cause l’existence même de l’industrie nucléaire. Dans le fond, il est clair qu’un tel rapport sert le nucléaire : le rapport critique les dérives, la mauvaise gestion, le manque de communication entre les autorités et l’exploitant, les consignes d’évacuation …soit tout sauf le secteur nucléaire lui-même, dont l’image ne cesse de se dégrader depuis le début de la catastrophe.

Le 16 décembre, TEPCO a annoncé l’arrêt à froid de tous les réacteurs. Concrètement, cela signifie que leur température est inférieure à 100°C (entre 38°C et 68°C pour les réacteurs 1 à 3, au pied de la cuve). La situation n’est pas encourageante pour autant, il y en a (au moins) pour 30 à 40 ans avant que le démantèlement de la centrale n’ait lieu : il faut évacuer les combustibles endommagés, vider les piscines, chercher l’origine des fuites puis retirer le corium, avant de pouvoir commencer à démanteler la centrale.

De plus, le président de la Commission de sûreté nucléaire a déclaré que l’arrêt à froid des réacteurs n’était pas un gage de sûreté car le système de refroidissement mis en place est très précaire.

Une nouvelle fuite d’eau radioactive détectée

On apprend qu’une nouvelle fuite d’eau radioactive vers l’océan a été détectée. Environ 300 litres d’eau radioactive s’y sont répandus suite à une fuite. Au total ce sont près de 45 tonnes d’eau contaminée qui ont été détectées aux alentours d’un condensateur, dans un des bâtiments de la centrale. Une barrière de fortune a été dressée immédiatement avec des sacs de sable.

Cette eau contenait notamment du césium 137, de l’iode 131, ainsi que du strontium, trois éléments toxiques pour les humains, les animaux et l’environnement. Mais TEPCO s’est empressé de relativiser les faits en expliquant que le niveau de radioactivité de la fuite était proche de celui détecté dans l’océan dans les environs de la centrale. 300 litres (voire plus!) d’eau contaminée déversés dans l’océan, mais cela ne serait pas grave !

On voit encore que même plus de huit mois après la catastrophe, l’exploitant ne maîtrise absolument rien et continue de nier l’impact énorme de la catastrophe de Fukushima sur la planète et ses habitants.