Aucune trace écrite pour plusieurs comités depuis le début de la crise

L’AIEA, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, dont nous avons déjà parlé, a annoncé qu’elle comptait ouvrir un nouveau bureau à Fukushima. Le but étant d’avoir une équipe au plus près des évènements ; rappelons que son siège est à Vienne.

Toutefois, il n’y a pas encore d’échéance précise quant à son « ouverture » : celle-ci doit avoir lieu d’ici à la fin de l’année.

Ceci intervient alors que 51 des 54 réacteurs que possède le Japon sont à l’arrêt, et que la majorité de la population est extrêmement méfiante vis-à-vis des centrales nucléaires suite à la catastrophe du 11 mars dernier et de la gestion plus que bancale dont ont fait preuve TEPCO et les autorités.

Près d’un an après la catastrophe, de nouvelles informations sur le déroulement des évènements depuis le 11 mars remontent à la surface : on apprend que plusieurs comités de crise, qui avaient été montés pour faire face à la catastrophe, n’ont gardés aucune trace écrite de leurs activités (ou alors quelques vagues brouillons). Le problème est que cela complique grandement le travail d’enquêteurs aujourd’hui pour essayer de comprendre en détail ce qui s’est passé.

Ces nouvelles révélations nous montrent à nouveau à quel point ni TEPCO, ni les autorités ne maîtrisent la situation.

S’ajoutent également le coma d’un sous-traitant d’une soixantaine d’années qui travaillait sur le site de la centrale et le fait que le ministère n’a pas pris en compte les doses reçues par toutes les personnes travaillant sur le site en dehors du travail, chez elles par exemple (sachant que certaines personnes vivent dans des zones plus ou moins contaminées).

Une commission d’experts a rendu un rapport concernant la catastrophe

Un rapport d’une commission d’enquête a été publié hier. Il pointe les défaillances de TEPCO et des autorités par rapport à la gestion de la catastrophe. D’une part le laxisme dont a fait preuve TEPCO en n’ayant pas pris en compte, volontairement, la possibilité qu’une catastrophe comme celle du 11 mars puisse avoir lieu. D’autre part le manque de réactivité dans les décisions prises par TEPCO après la catastrophe, mais également le manque de réactivité des autorités face aux événements et à la gestion de l’exploitant.

Cette commission n’est pas une initiative indépendante ou autonome puisqu’elle provient du gouvernement. Elle est composée d’experts mandatés par celui-ci, et lui a donc remis un rapport en retour.

Bien qu’en apparence cette commission ait l’air indépendante, que son rapport pointe du doigt les défaillances quant à la gestion de la catastrophe, elle ne remet en aucun cas en cause l’existence même de l’industrie nucléaire. Dans le fond, il est clair qu’un tel rapport sert le nucléaire : le rapport critique les dérives, la mauvaise gestion, le manque de communication entre les autorités et l’exploitant, les consignes d’évacuation …soit tout sauf le secteur nucléaire lui-même, dont l’image ne cesse de se dégrader depuis le début de la catastrophe.

Le 16 décembre, TEPCO a annoncé l’arrêt à froid de tous les réacteurs. Concrètement, cela signifie que leur température est inférieure à 100°C (entre 38°C et 68°C pour les réacteurs 1 à 3, au pied de la cuve). La situation n’est pas encourageante pour autant, il y en a (au moins) pour 30 à 40 ans avant que le démantèlement de la centrale n’ait lieu : il faut évacuer les combustibles endommagés, vider les piscines, chercher l’origine des fuites puis retirer le corium, avant de pouvoir commencer à démanteler la centrale.

De plus, le président de la Commission de sûreté nucléaire a déclaré que l’arrêt à froid des réacteurs n’était pas un gage de sûreté car le système de refroidissement mis en place est très précaire.

Une nouvelle fuite d’eau radioactive détectée

On apprend qu’une nouvelle fuite d’eau radioactive vers l’océan a été détectée. Environ 300 litres d’eau radioactive s’y sont répandus suite à une fuite. Au total ce sont près de 45 tonnes d’eau contaminée qui ont été détectées aux alentours d’un condensateur, dans un des bâtiments de la centrale. Une barrière de fortune a été dressée immédiatement avec des sacs de sable.

Cette eau contenait notamment du césium 137, de l’iode 131, ainsi que du strontium, trois éléments toxiques pour les humains, les animaux et l’environnement. Mais TEPCO s’est empressé de relativiser les faits en expliquant que le niveau de radioactivité de la fuite était proche de celui détecté dans l’océan dans les environs de la centrale. 300 litres (voire plus!) d’eau contaminée déversés dans l’océan, mais cela ne serait pas grave !

On voit encore que même plus de huit mois après la catastrophe, l’exploitant ne maîtrise absolument rien et continue de nier l’impact énorme de la catastrophe de Fukushima sur la planète et ses habitants.

La planète doit redevenir bleue et verte !

Nouveau rapport de TEPCO

De nouveaux « points chauds » ont été détectés à Minami-Sôma et Daté. Il a été conseillé à 37 familles de quitter leurs quartiers.

Concernant l’état du combustible dans les réacteurs n°1, 2 et 3 de la centrale de Fukushima, TEPCO a rendu public mercredi dernier un rapport d’analyse. D’après l’opérateur le combustible du réacteur n°1 a complètement fondu, percé la cuve, et est allé jusqu’à s’enfoncer d’environ 65 centimètres de profondeur dans le sol en béton de l’enceinte de confinement.

Les combustibles des réacteurs n°2 et 3 ont respectivement fondu à 57 et 63% , et ils ont également atteint le béton l’érodant de plusieurs centimètres.

Toujours d’après TEPCO l’érosion a été stoppée grâce au déversement d’eau.

Dans ces trois mêmes réacteurs, TEPCO est toujours confrontée au risque d’explosion hydrogène. Pour éviter cela il y est injecté depuis plusieurs mois de l’azote.
L’exploitant de la centrale souhaite également faire remonter la température des réacteurs d’environ 10°C (passant donc de 70 à 80°C) afin d’augmenter les vapeurs d’eau. Pour cela la quantité d’eau injectée va être réduite.

Autre information très inquiétante : le résultat d’une étude (menée par les universités de Kyoto et Tsukuba ainsi que de l’Agence de météorologie nationale) indique que le fleuve Abukama a rejeté environ 52 gigabecquerels par jour dans la mer. C’est à dire 52 milliards de becquerels, ce qui est énorme et extrêmement préoccupant.

Des premiers résultats des examens de la thyroïde inquiétants

Le gouvernement du Japon exige de l’exploitant (TEPCO ) qu’il retire les combustibles usés des piscines un an avant la date prévue par la feuille de route, soit dans deux ans au lieu de trois.

Huit mois après la catastrophe de Fukushima le problème de l’inondation des sous-sols n’est toujours pas réglé puisque ceux-ci contiennent encore 77 000 tonnes d’eau contaminée. Celle-ci vient d’une part de l’eau qui est toujours versée dans les réacteurs pour garder le combustible à une température basse et d’autre part de l’eau souterraine qui s’infiltre par les fissures.

En ce qui concerne la situation des différents réacteurs : l’air est filtré dans les bâtiments des réacteurs n°1 et 2. En revanche il reste des débris hautement radioactifs dans les bâtiments des réacteurs n°3 et 4, ce qui empêche toute intervention humaine. Il est prévu qu’ils soient retirés à l’aide d’une grue.

Par ailleurs, le xenon détecté dans le réacteur n°2 dont nous parlions dans notre dernier article était lié à la fission spontanée et pas à une reprise de réaction en chaîne, d’après la NISA (l’autorité de sûreté nucléaire japonaise),

Concernant les contrôles de la thyroïde qui avaient été effectués sur des enfants de moins de 18 ans les premières statistiques viennent d’être dévoilées et sont très inquiétantes : 77% des enfants qui ont été examinés entre le 9 octobre et le 13 novembre présentent des anomalies, ce qui est largement supérieur aux résultats attendus.

 

Une réaction en chaîne dans le réacteur n°2 ?

Des traces de xénon-133 et de xénon-135 ont été détectées dans le réacteur n°2 de la centrale de Fukushima mercredi. Ces isotopes du xénon, qui est un gaz noble, sont des produits de la fission nucléaire d’une demi-vie de 5 jours pour le 133 et 9 heures pour le 135. Du bore a très rapidement été injecté dans le réacteur afin de prévenir toute réaction en chaîne.

La présence de ces deux éléments, bien que présents en faible quantité, pouvaient suggérer une réaction nucléaire. Mais TEPCO a annoncé hier (jeudi) qu’il ne s’agirait que d’une réaction ponctuelle.

Des déchets radioactifs vont être entérrés en forêt

Dans la commune d’Iitate-mura quasiment tous les habitants sont partis, à l’exception d’une centaine de résidants d’un hospice. Lors de l’évacuation il avait été considéré comme trop dangereux pour les personnes âgées d’être déplacées, la moyenne d’âge tournant autour de 86 ans. A présent et pour une durée indéterminée ces personnes sont cloîtrées à l’intérieur de l’hospice (où le débit de dose atteint 0,2 microsieverts), ne pouvant ni sortir ni ouvrir les fenêtres, l’air étant filtré. Et l’hiver approchant avec son lot de neige, la présence du personnel restant risque d’être plus compliquée d’après le directeur de l’hospice.

La semaine dernière nous avons également appris par la presse que l’Agence forestière a donné son accord aux municipalités pour l’enfouissement des sols radioactifs dans les forêts domaniales, sans aucun respect pour la nature et ses habitants.

Concernant les végétaux et les animaux, l’ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest) a publié de nouveaux résultats de contamination effectués sur des algues et des poissons qui ont été analysé par Greenpeace. Le document en français est ici.

Notons au passage que la construction de la barrière souterraine visant à stopper les fuites d’eau radioactive vers l’océan a dû débuter et devrait s’étaler sur deux ans.

Samedi dernier deux travailleurs de la centrale de Fukushima ont été blessés, dont un grièvement, lors de de la chute d’un câble qui était relié à une grue.

La situation des réfugiés de Fukushima peine à s’améliorer

La situation pour les réfugiés de la catastrophe de Fukushima est toujours très précaire.

L’écrasante majorité vit toujours dans des hébergements d’urgence,et très peu sont ceux qui parviennent à trouver du travail.

Le gouvernement vient d’annoncer, d’après la décision de la commission de compensation, que seules les personnes qui avaient quitté la zone des 20 kilomètres autour de la centrale de Fukushima avant le 22 avril (date d’interdiction d’accès à la zone par les autorités) recevront une compensation. 36 000 personnes ont quitté d’elles-mêmes leurs domiciles situés dans une zone contaminée de Fukushima, mais que le gouvernement ne compte pas soutenir financièrement. A cela s’ajoute les personnes qui étaient restées pour diverses raisons (dont celle de ne pas abandonner leurs animaux qui étaient interdit d’évacuation) au delà du 22 avril dans la zone des 20 kilomètres.

Dans la zone entre 20 et 30 kilomètres quelques écoles et collèges ont rouvert, notamment dans le district de Haramachi. Les élèves ne peuvent passer que 2 heures maximum par jour à l’extérieur, et entièrement recouvert par des vêtements et un masque.

Dans ville de Tokyo plus de vingt « hot spot » (traduire par « point chaud ») ont été détectés. Est considéré comme « hot spot » une zone où le débit de dose (à un mètre du sol) est de 1 microsievert par heure supérieur au débit de dose moyen des environs.

Alors que les informations sur la contamination de l’océan sont très rares le gouvernement a publié un rapport mercredi dernier avec de nombreuses données. Cependant, les limites de détection sont très basses et ne permettent donc pas de se rendre compte de l’ampleur de la situation.

A la centrale de Fukushima, l’exploitant TEPCO estime que les rejets aériens s’élèvent toujours à 100 millions de becquerels par heure.

Des examens médicaux commencent plus tôt que prévu

Nous parlions la semaine dernière de l’eau et des déchets très fortement contaminés dont dispose TEPCO suite à la décontamination et dont l’exploitant ne sait pas quoi faire. Le même problème se pose pour de l’eau faiblement contaminée, que finalement TEPCO a décidé d’utiliser tout autour de la centrale par exemple pour prévenir les risques d’incendie en arrosant le bois, etc.

L’hydrogène présent dans le tuyau du réacteur n°1 à fini d’être évacué.

On peut trouver sur le site de TEPCO des photos des réacteurs de la centrale de Fukushima.

Des examens médicaux, pour la thyroïde, ont débuté le 9 octobre, ils visent 360 000 enfants de la province de Fukushima qui devraient tous être examinés d’ici 2014. Tous passeront ensuite des examens similaires tous les deux ans jusqu’à leurs vingt ans, puis tous les 5 ans au-delà cet âge.

Notons que ces examens ne devaient commencer qu’à partir de 2014, mais les autorités ont du mettre en place un dispositif pour les débuter dès maintenant, sous la pression des parents. De plus, seuls 30 médecins de l’hôpital universitaire de Fukushima feront passer ces examens, alors qu’il en faudrait vraisemblablement le double (voire plus).

La cartographie des conséquences de la catastrophe sur l’environnement dans différentes provinces continue, celles de Niigata (à l’ouest de Fukushima) et d’Akita (au nord-ouest de Fukushima) ont été ajoutées. L’équivalent d’une dose annuelle supérieure à 1 millisievert a été détectée en différents endroits de la province de Niigata, en particulier vers la frontière avec la province de Fukushima : des activités de 30 000 et 60 000 becquerels par mètre carré en césium 137 ont été relevées. Des opérations de décontamination ont donc été prévues. L’activité la plus élevée relevée dans la province d’Akita est quant à elle très inférieure, elle atteint 20 000 becquerels par mètre carré en certains endroits. Il reste encore 10 provinces à cartographier.

Le ministre de la santé du Japon va repasser à 100 millisieverts la limite de dose maximale reçu par les travailleurs de la centrale de Fukushima. Rappelons qu’au début de la catastrophe elle avait été augmentée à 250 millisieverts. Le ministre a d’ailleurs précisé qu’en cas de crise la limite repasserait à 250.

Ces variations de limite maximale, que ce soit pour les travailleurs du nucléaire, pour la population en général, ou pour les enfants, ne peuvent que nous faire douter de leur pertinence sanitaire.