• Nouvelle offensive pro-légalisation du cannabis

Chiffres et statistiques clés du rapport de l’IPBES

La dernière partie des “informations secondaires” de l’IPBES est en décalage total avec ce qui a été juste précédemment, dans la partie “scénarios”. Il s’agit en effet de données qui font froid dans le dos. A les voir, on comprend bien qu’il faille tout changer…

Quelques chiffres – Statistiques clés et faits provenant du rapport

Chiffres clés généraux

  • 75 % du milieu terrestre est « sévèrement altéré » à ce jour par les activités humaines (milieu marin 66 %)
  • 47%: pourcentage de réduction des indicateurs de l’étendue et de l’état des écosystèmes mondiaux par rapport à leur état naturel estimé, nombre d’entre eux continuant de diminuer d’au moins 4% par décennie
  • 28 % : pourcentage de la superficie mondiale des terres qui appartiennent ou sont gérées par les peuples autochtones, y compris plus de 40 % des zones officiellement protégées et 37 % de toutes les zones terrestres restantes ne subissant qu’une très faible intervention humaine
  • +/- 60 milliards : tonnes de ressources renouvelables et non renouvelables extraites dans le monde chaque année, en hausse de près de 100 % depuis 1980 (586-587)
  • 15 % : augmentation de la consommation mondiale par habitant de matériaux depuis 1980
  • 87%: pourcentage des zones humides présentes au 18e siècle qui ont été perdues en 2000 – la perte de zones humides est actuellement trois fois plus rapide, en termes de pourcentage, que la perte de forêts.

Espèces, populations et variétés de plantes et d’animaux

  • 8 millions : nombre total estimé d’espèces animales et végétales sur la Terre (y compris 5,5 millions d’espèces d’insectes)
  • Des dizaines et même des centaines de fois plus élevé: le taux actuel d’extinction des espèces dans le monde est supérieur à la moyenne des 10 derniers millions d’années, et ce taux s’accélère
  • Jusqu’à 1 million : nombre d’espèces menacées d’extinction, dont de nombreuses au cours des prochaines décennies
  • > 500 000 (+/- 9 %) : pourcentage estimé des espèces terrestres mondiales (5,9 millions en total) ayant un habitat insuffisant pour leur survie à long terme, si leur habitat n’est pas restauré
  • > 40 % : pourcentage des espèces d’amphibiens menacées d’extinction
  • Près de 33 % des récifs coralliens, des requins et des espèces proches, et plus de 33 % des mammifères marins sont menacés d’extinction
  • 25 % : pourcentage moyen des espèces menacées d’extinction chez les vertébrés terrestres, d’eau douce et  marins, les invertébrés et les plantes qui ont été étudiés de manière détaillée
  • Au moins 680 : espèces de vertébrés qui ont disparu à cause de l’action de l’homme depuis le 14ème siècle
  • +/- 10 % : estimation provisoire du pourcentage d’espèces d’insectes menacées d’extinction
  • > 20 % : pourcentage de diminution de l’abondance moyenne des espèces autochtones dans la plupart des grands biomes terrestres, principalement depuis 1900
    +/- 560 (+/- 10 %): races des mammifères domestiques ayant disparu en 2016, et 1000 de plus sont menacées d’extinction
  • 3,5 % : races domestiquées d’oiseaux ayant disparu en 2016
  • 70 % : augmentation depuis 1970 du nombre d’espèces exotiques envahissantes dans les 21 pays ayant des dossiers détaillés
  • 30 % : réduction de l’intégrité de l’habitat terrestre mondial, causée par la perte et la détérioration de l’habitat
  • 47 % des mammifères terrestres non volants et 23 % des oiseaux menacés ont probablement vu leur répartition affectée par l’impact du changement climatique
  • > 6 : espèces d’ongulés (mammifères à sabots) qui auraient probablement disparu ou survécu de nos jours uniquement en captivité si des mesures de conservation n’avaient pas été prises

Alimentation et agriculture

  • 300 % : augmentation de la production des cultures vivrières depuis 1970
  • 23 % : pourcentage des terres qui ont connu une réduction de leur productivité en raison de la dégradation des sols
  • > 75 % des types de cultures vivrières mondiales dépendent de la pollinisation par les animaux
  • 235 à 577 milliards de $ US: c’est le montant annuel de la production agricole mondiale en péril en raison de la disparition des pollinisateurs
  • 5.6 gigatonnes : quantité des émissions annuelles de CO2 retenues dans les écosystèmes marins et terrestres –  ce qui équivaut à 60 % des émissions mondiales dues aux combustibles fossiles
  • +/- 11 % de la population mondiale est sous-alimentée
  • 100 millions d’hectares d’expansion agricole dans les régions tropicales de 1980 à 2000, principalement due à l’élevage du bétail en Amérique latine (+/- 42 millions d’hectares), et aux plantations en Asie du Sud-Est (+/- 7,5 millions d’hectares, dont 80 % de palmiers à huile). La moitié de cette expansion s’est faite au détriment de forêts tropicales intactes
  • 3 % : pourcentage d’augmentation de la transformation des terres destinées à l’agriculture entre 1992 et 2015, principalement au détriment des forêts
  • > 33 % de la surface terrestre du monde (et +/- 75 % des ressources en eau douce) sont consacrées à la culture ou à l’élevage
  • 12 % des  terres émergées non couvertes par les glaces sont utilisées dans le monde pour la production agricole
  • 25 % des terres émergées non couvertes par les glaces sont utilisées pour le pâturage (dont +/- 70 % des terres arides)
  • +/- 25 % : émissions de gaz à effet de serre causées par le défrichement, la production agricole et la fertilisation ; la production de nourriture d’origine animale qui contribue à 75 % de ce chiffre
  • +/- 30 % de la production agricole mondiale et de l’offre alimentaire mondiale sont fournies par de petites exploitations (< 2 hectares), qui utilisent +/- 25 % des terres agricoles, et conservent généralement une agro biodiversité riche
  • 29 % des exploitations agricoles mettent en œuvre des pratiques de production agricole durable dans le monde entier (représentant 9 % de toutes les terres agricoles)
  • 68 % des capitaux étrangers allant aux secteurs du soja et de viande bovine (principale transformation de l’Amazonie) transitent par des paradis fiscaux
  • 100 milliards de dollars US : niveau estimé du soutien financier fourni par les pays de l’OCDE (2015) à un type d’agriculture potentiellement nocif pour l’environnement

Océans et pêche

  • 33 % des stocks de poissons marins en 2015 étaient exploités à un niveau biologiquement non durable ; 60 % étaient exploités au maximum et 7% étaient sous-exploités
  • > 55 % : zone océanique exploitée par la pêche industrielle
  • 3 à 10 % : diminution prévue de la production primaire nette des océans due au changement climatique d’ici la fin du siècle
  • 3 à 25 % : diminution prévue de la biomasse de poissons d’ici la fin du siècle dans les scénarios de réchauffement climatique bas et haut
  • > 90 % : pourcentage des pêcheurs professionnels mondiaux relevant de la pêche à petite échelle (plus de 30 millions de personnes) – qui représente près de 50 % des prises mondiales de poissons
  • Jusqu’à 33 % : pourcentage estimé en 2011 des prises de poissons dans le monde signalées comme étant illicites, non déclarées ou non réglementées
  • 70 % : pourcentage des bateaux impliqués dans la pêche illicite, non déclarée et non réglementée soutenue par des fonds qui transitent par des paradis fiscaux
  • > 10 % : diminution par décennie de l’étendue des herbiers marins de 1970 à 2000
  • +/- 50 % : couverture des récifs coralliens qui a disparu depuis les années 1870  
  • 100 à 300 millions : habitants de zones côtières à risque accru en raison de la disparition de la protection des habitats côtiers
  • 400 : écosystèmes côtiers à faible teneur en oxygène (hypoxiques), dits « zones mortes » causées par les engrais et occupant > 245.000 km2
  • 57 % : pourcentage des subventions pour le renforcement des capacités qui peuvent avoir un impact négatif sur la nature, sur un montant total de 35 milliards de dollars US consacrés à des mesures de soutien pour la pêche
  • 29 % : réduction moyenne du risque d’extinction pour les mammifères et les oiseaux dans 109 pays grâce aux investissements pour la conservation réalisés de 1996 à 2008 ; le risque d’extinction des oiseaux, des mammifères et les amphibiens aurait été d’au moins 20 % sans cette action de conservation au cours des dernières décennies
  • > 107 : espèces d’oiseaux, de mammifères et de reptiles très menacées qui ont bénéficié de l’éradication des espèces mammifères envahissantes dans les îles

Forêts

  • 45 % : augmentation de la production de bois brut depuis 1970 (4 milliards de mètres cubes en 2017)
  • +/- 13 millions : emplois dans l’industrie forestière
  • 50 % : expansion agricole qui a eu lieu au détriment des forêts
  • 50 % : diminution du taux net de perte de forêt depuis les années 1990 (excluant celles gérées pour fournir du bois ou pour extraction agricole)
  • 68 % : superficie forestière mondiale actuelle par rapport à celle estimée à l’époque préindustrielle
  • 7 % : réduction de la superficie des forêts intactes (> 500 km ² sans pression humaine.) de 2000 à 2013 dans les pays développés et en voie de développement. La réduction est particulièrement rapide dans les régions tropicales
  • > 75 % : réduction de l’étendue naturelle des forêts de mangrove
  • 290 millions d’hectares (+/- 6 %) : couverture forestière autochtone qui a disparu de 1990 à 2015 en raison du déboisement et de la coupe de bois
  • 110 millions d’hectares: augmentation de la superficie de forêts plantées de 1990 à 2015
  • 10 à 15 % : approvisionnement mondial en bois fourni  par l’exploitation forestière illégale (jusqu’à 50 % dans certaines régions)
  • > 2 milliards : nombre de personnes qui utilisent le bois comme combustible pour répondre à leurs besoins en énergie primaire

Mines et énergie

  • <1 % : superficie totale des terres utilisées pour l’exploitation minière, mais cette industrie a des effets négatifs importants sur la biodiversité, les émissions, la qualité de l’eau et la santé humaine
  • +/-17 000 : sites miniers de grandes dimensions (dans 171 pays), principalement gérés par 616 sociétés internationales
  • +/-6 500 : installations d’extraction de pétrole et de gaz en mer (dans 53 pays)
  • 345 milliards de dollars US : subventions mondiales pour les combustibles fossiles entraînant des coûts globaux de 5 000 milliards de dollars US, y compris les effets externes de détérioration de la nature ; le charbon représente 52 % des subventions après impôts, le pétrole +/-33 % et le gaz naturel +/-10 %

Urbanisation, développement et questions socio-économiques

  • >100 % : croissance des zones urbaines depuis 1992
  • 25 millions de km : longueur des nouvelles routes goudronnées prévue d’ici 2050, dont 90 % dans les pays les moins avancés et les pays en voie de développement à revenu faible et intermédiaire
  • +/-50 000 : nombre de grands barrages (>15 m de hauteur) ; +/-17 millions de réservoirs (>0,01 ha)
  • 105 % : augmentation de la population humaine mondiale (de 3,7 à 7,6 milliards) depuis 1970
  • 50 fois plus élevé : PIB par habitant dans les pays à revenu élevé par rapport aux pays à faible revenu
  • >2 500 : conflits pour les combustibles fossiles, l’eau, la nourriture et la terre actuellement en cours dans le monde
  • >1 000 : militants écologistes et journalistes tués entre 2002 et 2013

Santé

  • 70 % : proportion de médicaments anticancéreux naturels ou synthétiques inspirés par la nature
  • +/-4 milliards : personnes dépendant principalement des médecines naturelles
  • 17 % : pourcentage de maladies infectieuses propagées par des vecteurs animaux, causant plus de 700 000 décès par an
  • +/-821 millions : personnes confrontées à l’insécurité alimentaire en Asie et en Afrique
  • 40 % : population mondiale n’ayant pas accès à de l’eau potable propre et salubre
  • 80 % : eaux usées mondiales rejetées non traitées dans l’environnement
  • 300 à 400 millions de tonnes : métaux lourds, solvants, boues toxiques et autres déchets provenant d’installations industrielles déversés annuellement dans les eaux du monde
  • 2 fois : augmentation de l’exposition aux polluants atmosphériques subie par les citoyens des pays à faible revenu
  • 10 fois : augmentation de la pollution plastique depuis 1980

Changement climatique

  • 1 degré Celsius : différence moyenne des températures mondiales en 2017 par rapport aux niveaux préindustriels, en hausse de +/-0,2 (+/-0,1) degré Celsius par décennie
  • >3 mm : élévation annuelle moyenne du niveau de la mer dans le monde au cours des deux dernières décennies
  • Augmentation de 100 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 1980, ce qui a fait augmenter la température moyenne de la planète d’au moins 0,7 degré 
  • 40 % : augmentation de l’empreinte carbone du tourisme (4,5 Gt de dioxyde de carbone) de 2009 à 2013
  • 8 % : émissions totales de gaz à effet de serre provenant des transports et de la consommation alimentaire liée au tourisme
  • 5% : pourcentage estimé des espèces en voie d’extinction si les températures augmentent de 2 ° C et 16% si le réchauffement climatique atteint  les 4,3 ° C
  • Même avec un réchauffement de la planète de 1,5 à 2 degrés, la majorité des aires de répartition des espèces terrestres devrait se contracter de manière importante.

Objectifs mondiaux

  • Le plus important : les objectifs d’Aichi en matière de biodiversité pour 2020 risquent de ne pas être atteints
  • 25 % : pourcentage des objectifs en voie d’être atteints dans le cadre de six accords mondiaux relatifs à la nature et à la protection des biens communs environnementaux mondiaux (CMS, CITES, WHC, IPPC, UNCCD, Ramsar)
  • 22 sur 44 : objectifs évalués au titre des objectifs de développement durable concernant la pauvreté, la faim, la santé, l’eau, les villes, le climat, l’océan et la terre compromis par des tendances négatives importantes pour la nature et ses contributions aux populations
  • 72 % : pourcentage des indicateurs locaux de nature développés et utilisés par les peuples autochtones et les communautés locales montrant des tendances négatives
  • 4 : nombre d’objectifs d’Aichi [Objectif 9 : identifier et prioriser les espèces exotiques envahissantes ; Objectif 11 : conservation de 10% des zones côtières et marines et 17% des zones terrestres et des eaux intérieures; Objectif 16 : entrée en vigueur du Protocole de Nagoya ;  Objectif 17 : élaboration d’une stratégie et de plans d’action nationaux pour la diversité biologique.] pour lesquels des progrès satisfaisants ont été réalisés sur certaines déclinaisons, avec des progrès modérés sur certaines déclinaisons pour 7 autres objectifs, de faibles progrès sur toutes les déclinaisons pour 6 objectifs et des informations insuffisantes pour évaluer les progrès sur certains ou tous les éléments des 3 autres objectifs
  • 22 sur 34 : indicateurs relatifs à la mise en œuvre des réponses politiques et des actions visant à préserver et à utiliser la nature de manière plus durable lorsque des progrès significatifs ont été réalisés
  • 9 des 13 indicateurs liés à la prise en compte des facteurs de perte de biodiversité pour lesquels des tendances à la détérioration significative sont apparentes
  • 10 % : pourcentage les zones côtières/marines (et 17 % des zones terrestres et des eaux intérieures) désormais conservées (Objectif Aichi 11)
  • +/-15 % : environnements terrestres et d’eau douce (et +/-7 % du domaine marin) protégés, bien que de nombreux sites importants pour la biodiversité ne soient que partiellement couverts et que les sites ne soient pas encore pleinement représentatifs du point de vue écologique ou ne soient pas gérés de manière efficace ou équitable

L’IPBES et ses scénarios

Continuons avec le document de l’IPBES, avec cette fois les “scénarios” et les “outils”. Il n’y a à vrai dire pas grand chose à en dire, mais il faut en prendre connaissance.

En effet, il est flagrant que pour l’IPBES, il existerait de bonnes pratiques dans le cadre du système existant. Il n’y aurait rien à changer, et encore moins à bouleverser. Il y aurait simplement à mieux paramétrer.

L’IPBES n’est aucunement catastrophique, elle demande une réorientation et elle dit que celle-ci est tout à fait faisable dans l’état actuel des choses.

C’est très important, car totalement illusoire. Il faut en prendre conscience pour agir correctement à l’avenir ! Dans l’état actuel des choses, l’écologie est au point mort : quand elle va apparaître cependant, de manière totalement révolutionnaire et conflictuelle bientôt, elle doit avoir les éléments en main.

Et bien comprendre les illusions diffusées avant son émergence.

Les objectifs mondiaux et les scénarios politiques

Les déclins rapides passés et actuels de la biodiversité, des fonctions des écosystèmes et de nombreuses contributions de la nature à la population signifient que la plupart des objectifs sociaux et environnementaux internationaux, tels que ceux énoncés dans les objectifs d’Aichi pour la biodiversité et le Programme de développement durable à l’horizon 2030, ne seront pas atteints sur la base des trajectoires actuelles.

Les auteurs du rapport ont examiné six scénarios stratégiques – correspondant à plusieurs « paniers » très différents entre eux regroupant diverses options politiques et approches, dont la « concurrence régionale », le « maintien du statu quo » et la « durabilité globale» –  et ont évalué les impacts probables de ces modèles sur la biodiversité et les contributions apportées par la nature aux populations d’ici à 2050.

Ils en sont arrivés à la conclusion que, en dehors des scénarios comprenant un changement transformateur, les tendances négatives pour la nature, les fonctions des écosystèmes, et de nombreuses contributions de la nature aux populations continueront jusqu’en 2050 et au-delà en raison des effets anticipés de l’augmentation du changement d’usage des terres et de la mer, de l’exploitation de certains organismes et du changement climatique.

Outils politiques, options et pratiques exemplaires

Les actions politiques et les initiatives de la société contribuent à sensibiliser la population sur les répercussions de la consommation sur la nature, la protection des environnements locaux, la promotion des économies locales durables et la restauration des zones dégradées.

Avec des initiatives menées à différents niveaux, elles ont contribué à élargir et renforcer le réseau actuel des aires protégées écologiquement représentatives et connectées,  ainsi que d’autres mesures de conservation efficaces basées sur la protection de surfaces particulières, la protection des bassins hydrologiques, la prise de mesures incitatives et de sanctions visant à réduire la pollution.

Le rapport présente une liste indicative d’actions possibles, et de trajectoires pour les atteindre qui, dans différents lieux, systèmes et à différentes échelles, seront les plus aptes à soutenir le développement durable. En adoptant une approche intégrée :

Pour l’agriculture, le rapport met l’accent, notamment sur : la promotion de bonnes pratiques agricoles et agroécologiques, la planification paysagère multifonctionnelle (qui assure à la fois la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance, le maintien des espèces et les fonctions écologiques) et la gestion intégrée intersectorielle.

Il pointe aussi l’importance d’un engagement plus fort de tous les acteurs du système alimentaire (y compris les producteurs, le secteur public, la société civile et les consommateurs) et une gestion plus intégrée des paysages et des bassins versants; la conservation de la diversité génétique, des variétés, des cultivars, des races, notamment locales et des espèces; ainsi que des approches qui responsabilisent les consommateurs et les producteurs grâce à la transparence des marchés, à l’amélioration de la distribution et de la localisation (qui revitalisent les économies locales), la réforme des chaînes d’approvisionnement et à la réduction du gaspillage alimentaire.

Pour les écosystèmes marins, le rapport souligne, parmi d’autres : des approches écosystémiques de la gestion des pêches; l’aménagement du territoire; des quotas efficaces ; des zones marines protégées ; la protection et la gestion des zones clés de la biodiversité marine; la réduction la pollution par ruissellement dans les océans et une étroite collaboration avec les producteurs et les consommateurs.

Pour les écosystèmes d’eau douce, les options politiques et les actions comprennent, entre autres : une gouvernance de l’eau plus inclusive pour une gestion collaborative et une plus grande équité ; une meilleure intégration de la gestion des ressources en eau et la planification du paysage à différentes échelles ; la promotion de pratiques visant à réduire l’érosion des sols, la sédimentation et le ruissellement de la pollution ; l’augmentation du stockage de l’eau ; la promotion des investissements dans des projets hydriques ayant des critères de durabilité clairs ; ainsi que la réponse à la fragmentation de nombreuses politiques en matière d’eau douce.

Pour les zones urbaines, le rapport souligne, parmi d’autres, les points suivants : la promotion de solutions basées sur la nature ; l’amélioration de l’accès aux services urbains et à un environnement sain pour les communautés à faible revenu ; l’amélioration de l’accès aux espaces verts ; la production et la consommation durable et les connectivités écologiques dans les espaces urbains, en favorisant notamment les espèces locales.

Dans tous les exemples, le rapport reconnaît l’importance d’inclure différents systèmes de valeurs, intérêts et visions du monde dans la formulation des politiques et des actions.

Cela inclut de veiller à ce que la participation des peuples autochtones et des communautés locales soit pleine et effective dans la gouvernance, la réforme et le développement des structures d’incitation et à ce que la prise en considération de la biodiversité soit prioritaire dans la planification de tous les secteurs clés.

« Nous avons déjà vu les premiers frémissements des actions et des initiatives pour le changement transformateur, comme par exemple les politiques innovantes menées par de nombreux pays, autorités locales et entreprises, mais surtout par les jeunes dans le monde entier », a déclaré Sir Robert Watson.

« Depuis les jeunes leaders d’opinion mondiaux du mouvement #VoiceforthePlanet jusqu’aux grèves des étudiants pour le climat, il y a une vague de fond qui montre que les jeunes comprennent qu’une action urgente est nécessaire si nous voulons assurer un semblant d’avenir durable.

Le rapport d’évaluation mondiale de l’IPBES offre les meilleures preuves disponibles venant d’experts pour aider à éclairer ces décisions, politiques et actions – et fournit la base scientifique pour le cadre de la biodiversité et les nouveaux objectifs décennaux pour la biodiversité qui seront décidés à la fin de 2020 en Chine, sous les auspices de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique ».

L’IPBES et “les peuples autochtones, les communautés locales”

La seconde « information complémentaire » de l’IPBES est quelque chose de très particulier, qui va faire particulièrement plaisir aux zadistes. On a en effet le même discours : avant, c’était mieux, la petite production résout tous les problèmes, les populations tribales ont un style de vie adéquat car durable. A cela s’ajoute un point très souligné : ce sont ces « autochtones », ces « communautés locales », qui vont être en première ligne pour affronter les conditions imposées par la modernité.

On pensait parler de biodiversité, eh bien non, on l’aura compris. Mais pourquoi l’IPBES parle-t-il de cela ? La raison en est simple. La pseudo « information complémentaire » précédente parlait du monde en termes de surface. Or, là, il est dit qu’il existe une surface fonctionnant selon des régulations datant du passé. Il ne faut donc pas y toucher !

En fait, c’est une tentative d’auto-limitation, d’auto-encadrement du système. C’est une sorte de miroir posé au système lui-même, avec une volonté d’imaginer que la seule alternative à lui-même, ce serait le passé. C’est un moyen de refuser l’avenir d’un point de vue utopique, vegan, avec une planète unifiée, une soumission aux intérêts de Gaïa.

Il n’y aurait que le système… et son prédécesseur primitif.

C’est un point important, car outre nos gilets jaunes et nos zadistes qui en France célèbrent le passé, l’écologie est largement utilisé comme vecteur par des « primitivistes » affirmant qu’il faut retourner à avant l’âge industriel, à un mode chasseur-cueilleur, etc.

Tous ces gens ne peuvent tout simplement pas concevoir autre chose… Ou, quand ils le conçoivent, ils en ont très peur. C’est l’angoisse, la terreur du consommateur face au devoir de négation de son ego pour reconnaître la planète comme un grand tout, et la seule chose qui compte vraiment…

Les peuples autochtones, les communautés locales et la nature

Au moins un quart de la superficie terrestre mondiale est détenu traditionnellement, géré, exploité et occupé par les peuples autochtones. Ces zones comprennent environ 35% des aires protégées, et environ 35% de ces terres n’ont jusqu’ici subi que très peu d’intervention humaine.

La nature gérée par les peuples autochtones et les communautés locales subit une pression croissante, mais se dégrade en général moins rapidement que dans les autres territoires (153-154) – toutefois 72 % des indicateurs locaux développés et utilisés par les peuples autochtones et les communautés locales font état de la détérioration de la nature et des contributions apportées par la nature aux populations qui sous-tendent les moyens de subsistances locaux.

Les régions du monde qui devraient subir des effets négatifs importants en matière de changement climatique, de perte biodiversité, des fonctions des écosystèmes et des contributions apportées par la nature aux populations sont également des zones dans lesquelles habitent de grandes concentrations de peuples autochtones et la plupart des communautés les plus pauvres du monde.

Des scénarios régionaux et mondiaux manquent actuellement et auraient beaucoup à gagner de la prise en compte explicite des points de vue, des perspectives et des droits des peuples autochtones et des communautés locales, ainsi que de leurs savoirs et compréhension de grandes régions et écosystèmes, ainsi que des moyens de développement futur qu’ils souhaitent. La reconnaissance des savoirs, des innovations et des pratiques, des institutions et des valeurs des peuples autochtones et des communautés locales et leur insertion et leur participation à la gouvernance environnementale améliorent souvent leur propre qualité de vie, ainsi que la conservation, la restauration  et l’utilisation durable de la nature.

Leur contributions positives au développement durable peuvent être facilitées par la reconnaissance publique des droits fonciers, des droits d’accès et des droits aux ressources conformément à la législation nationale; de l’application du principe de consentement libre, préalable et éclairé ; et par l’amélioration de la collaboration, du partage des avantages et par des accords de cogestion avec les communautés locales.

L’IPBES et l’ampleur de la destruction de la nature

Il existe cinq « informations complémentaires sur les sujets clés traités dans le rapport ». En voici la première, qui est courte, très ramassée. C’est une sorte de synthèse de l’évolution de ce qui se passe à la surface de la planète depuis cinquante ans, du point de vue de l’IPBES bien sûr.

De très nombreux aspects sont totalement oubliés, le principal étant, conceptuellement, ce qu’on peut appeler la vie sauvage (en plus du refus de reconnaître la Nature en général, la planète comme Gaïa). En effet, ce paragraphe de l’IPBES dit qu’il se déroule des phénomènes à la surface de la planète, et que cela a un impact sur l’environnement de des phénomènes.

Comme ces phénomènes ont pris une ampleur mondiale, l’environnement à l’échelle planétaire est modifié, bouleversé et là le déséquilibre aurait pris une telle proportion qu’il faudrait corriger le tir.

Chaque paragraphe raisonne pour cette raison en termes de surface, d’occupation de la surface. Quelques lignes entre crochets sont ajoutées pour cette raison ici à chaque paragraphe, pour bien montrer cet aspect de « l’information complémentaire » de l’IPBES.

Ampleur de la destruction de la nature

[L’ampleur est à considérer en termes de surface, de longitude, de latitude.]

Les gains obtenus grâce aux réponses sociétales et politiques, bien qu’importants, ne permettent pas d’enrayer les pertes massives.

[Ces pertes concernent la surface, les terrains planétaires.]

Depuis 1970, les tendances de la production agricole, de la pêche, de la production de bioénergie et de la récolte de matériaux ont augmenté en réponse à la croissance démographique, à la hausse de la demande et au développement technologique ; une augmentation qui s’est faite à un coût élevé, qui a été inégalement réparti à l’intérieur et entre les pays. Cependant, de nombreux autres indicateurs clés des contributions de la nature aux populations, tels que le carbone organique du sol et la diversité des pollinisateurs, ont diminué, ce qui indique que les gains en contributions matérielles ne sont souvent pas durables.

[Les activités humaines pour l’alimentation, l’énergie, les matières premières… occupent beaucoup plus de surface qu’auparavant. Certaines surfaces ont perdu en vigueur.]

Le rythme d’expansion de l’agriculture dans des écosystèmes intacts a varié d’un pays à l’autre. Les pertes d’écosystèmes intacts se sont produites principalement dans les tropiques, qui ont les plus hauts niveaux de biodiversité de la planète. Par exemple, 100 millions d’hectares de forêts tropicales ont été perdus entre 1980 et 2000, en raison principalement de l’augmentation de l’élevage du bétail en Amérique latine (environ 42 millions d’hectares) et des plantations en Asie du Sud-Est (environ 7,5 millions d’hectares, dont 80 % destinés à l’huile de palme, utilisée surtout dans l’alimentation, les cosmétiques, les produits de nettoyage et les carburants) entre autres.

[L’expansion territoriale a concerné de vastes surfaces planétaires.]

Depuis 1970, la population mondiale a plus que doublé (passant de 3,7 à 7,6 milliards), augmentant de manière inégale selon les pays et les régions. Par habitant, le produit intérieur brut est quatre fois plus élevé qu’alors, avec des consommateurs toujours plus éloignés transférant la pression exercée sur l’environnement par la production et la consommation dans toutes les régions.

[La population humaine prend plus de surface, exerçant une pression qui plus est sur son environnement.]

Depuis 1900, l’abondance moyenne des espèces locales dans la plupart des grands habitats terrestres a, en général, diminué d’au moins 20 %.

[Les espèces propres à une surface ont, en raison de la diminution de celle-ci, diminué.]

Le nombre d’espèces exotiques envahissantes par pays a augmenté d’environ 70 % depuis 1970, dans les 21 pays qui ont présenté des données détaillés.

[Les conquêtes en termes de surface ont amené le déplacement d’espèces d’une surface à une autre.]


La répartition de près de la moitié (47 %) des mammifères terrestres non volants et de près d’un quart des oiseaux menacés peut déjà avoir été affectée par le changement climatique.

[L’évolution globale des surface aboutit à une modification générale de la répartition des espèces.]

Critique de la première partie du communiqué de l’IPBES

La première partie du communiqué de l’IPBES se veut une présentation « maîtrisée » de la situation. D’un côté, il vise à présenter la gravité absolue de ce qui se passe, mais de l’autre, il doit prétendre que les événements peuvent encore être contrôlés. S’il y a ainsi accélération du taux d’extinction des espèces, et cela « sans précédent », la « réponse mondiale actuelle est insuffisante », ce qui signifie qu’elle peut être suffisante.

Cette opposition entre ce qui se passe et ce qu’il faut faire est le leitmotiv du discours de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques). Cela fonde sur la lecture entièrement anthropocentriste qu’elle a de la situation. Elle ne reconnaît pas la Nature, ni la valeur en soi de la vie.

Les premières lignes du communiqué sont exemplaires d’une telle approche :

« La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine – et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier », alerte le nouveau et historique rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), dont le résumé a été approuvé lors de la 7ème session plénière de l’IPBES, qui s’est réunie la semaine dernière (du 29 Avril au 4 mai) à Paris. »

L’histoire humaine, des effets graves sur les populations humaines… on l’a compris, au-delà même de son approche anthropocentriste, l’IPBES part du principe qu’au mieux les gouvernements ne s’occuperont que de leurs populations. Les lignes qui suivent immédiatement les premières appuient donc l’idée qu’un rapport « objectif » de la situation a été réalisé et que les économies vont être touchées. Et là, forcément, si on touche l’économie… A cela s’ajoute le risque d’instabilité puisque vont être touchées la sécurité alimentaire, la santé, la qualité de vie, etc.

« Les preuves accablantes contenues dans l’évaluation globale publiée par l’IPBES et obtenues à partir d’un large éventail de domaines de connaissance, présentent un panorama inquiétant », a déclaré le président de l’IPBES, Sir Robert Watson. « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans lemonde entier ».

On lit régulièrement des arguments de ce type ; en voici un autre exemple :

« La perte de biodiversité est donc non seulement un problème environnemental, mais aussi un enjeu lié au développement, à l’économie, la sécurité, la société et l’éthique. »

L’IPBES s’adresse uniquement aux gouvernements, aux institutions. Et uniquement à elles. C’est un point essentiel qui est frappant dès le début de sa déclaration. C’est un fait très grave, car la démocratie est littéralement expulsée de tout choix, de toute orientation. On est ici dans un programme de gestion qui va être mis en place, au-dessus des gens, et avec les mêmes systèmes, les mêmes gens qui sont responsables ou au moins ont accompagné la catastrophe en cours.

Les lignes qui suivent juste après les premières citées plus haut – on voit comment le document est savamment construit – soulignent donc qu’on peut gérer de manière correcte, qu’on peut rétablir la situation sans soucis, qu’il faut juste s’en donner les moyens. On a ici un vocabulaire technocratique, disant ouvertement que la « nature » est juste un paramètre de gestion. C’est moralement réducteur et totalement faux pour une analyse concrète de la réalité, qui relève totalement de la Nature.

« Le rapport nous dit aussi qu’il n’est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial », a-t-il ajouté « Grâce au « changement transformateur », la nature peut encore être conservée, restaurée et utilisée de manière durable – ce qui est également essentiel pour répondre à la plupart des autres objectifs mondiaux. Par «changement transformateur », on entend un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux, y compris en termes de paradigmes, objectifs et valeurs.

A lire les lignes précédentes, on a tout de même l’impression qu’à l’IPBES on a trop lu ou regardé Harry Potter. Comment peut-on expliquer qu’il y a un phénomène d’extinction de masse d’un côté, qu’il faudra simplement y réponde par des mesures par en haut de l’autre ? Surtout que des chiffres sont donnés et ils montrent bien que la rupture est qualitative, pas quantitative. Mais ce n’est pas le point de vue de l’IPBES.

Le rapport constate pourtant lui-même de l’ampleur de ce qui se passe. Cela touche l’ensemble de la planète, dans des proportions énormes. Citons ici simplement quelques faits constatés par le rapport lui-même :

« Plus de 40 % des espèces d’amphibiens, près de 33 % des récifs coralliens et plus d’un tiers de tous les mammifères marins sont menacés. »

« Les trois quarts de l’environnement terrestre et environ 66 % du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. »

« Plus d’un tiers de la surface terrestre du monde et près de 75 % des ressources en eau douce sont maintenant destinées à l’agriculture ou à l’élevage. »

« Les zones urbaines ont plus que doublé depuis 1992. »

« La pollution par les plastiques a été multipliée par dix depuis 1980. »

Pour qu’on ait atteint une telle dimension, c’est évidemment que le processus est profondément ancré, déjà développé, en croissance exponentielle. Lorsqu’on voit que 75 % des ressources en eau douce sont pour l’agriculture et l’élevage, alors c’est dans la matrice même de l’agriculture et de l’élevage. Ces deux formes ont été structurées pour aller à ce degré-là d’utilisation. La seule réponse peut être la modification fondamentale de l’agriculture et la suppression de l’élevage.

Si on raisonne en termes quantitatifs, on peut reculer les chiffres donnés de quelques pourcents, c’est cela l’idée du rapport de l’IPBES. Mais c’est une perspective vaine car pour qu’on ait atteint de tels chiffres, il faut déjà qu’à la base même il y a un système déjà formé et qui n’est pas ajustable. L’IPBES, elle, considère cependant que le point de rupture n’est pas atteint.

Cela est dit de manière formelle :

« Les contributions apportées par la biodiversité et la nature aux populations sont notre patrimoine commun et forment le plus important ’filet de sécurité’ pour la survie de l’humanité. Mais ce filet de sécurité a été étiré jusqu’à son point de rupture », a déclaré la professeure Sandra Díaz (Argentine), qui a co-présidé l’évaluation avec les professeurs Josef Settele (Allemagne) et Eduardo S. Brondízio (Brésil et États-Unis).

« La diversité au sein des espèces, entre les espèces et celles des écosystèmes, ainsi que de nombreuses contributions fondamentales qui proviennent de la nature se dégradent rapidement, même si nous avons encore les moyens d’assurer un avenir durable aux êtres humains et à la planète.»

Ce refus de reconnaître que le point de rupture est passé montre que l’IPBES est totalement lié au monde qui le porte. Il est aveuglé par les institutions existant dans les différents pays, par les traditions, par la croyance que finalement, rien ne peut vraiment arriver, car au pire on se donnera les moyens de changer les choses.

Si le problème n’était que quantitatif, l’idée d’une gestion par en haut pourrait il est vrai grosso modo tenir, au moins en théorie. On va dans un sens, on décide d’aller dans un autre sens. Mais une dimension qualitative que les choses se sont déjà emballés, que c’est une tendance de fond qui est apparu à la surface. Dans ces cas-là, on ne peut pas tergiverser, car tout s’accélère dans tous les cas, quoi qu’on fasse… A moins d’un renversement total de l’approche, sans quoi cela ne peut que continuer.

L’IPBES est donc obligé de s’effondrer, à moyen terme, et même à court terme d’ailleurs. L’ampleur de ce qui se passe va la mettre en déroute totale, et ce rapidement. Surtout qu’elle assume paradoxalement un discours à terme, par ailleurs totalement flou, qui va d’autant plus la condamner. Que dire en effet quand on lit quelque chose comme :

« Les objectifs pour 2030 et au-delà ne pourront être atteints que par un changement transformateur dans les domaines de l’économie, de la société, de la politique et de la technologie. »

Ce qu’on lit à la fin montre d’ailleurs comment, de toutes façons, l’IPBES remet la patate chaude aux « décideurs », en axant bien sur le « bien-être humain » comme seule préoccupation véritable. Cela montre bien comment l’IPBES n’est pas un apport extérieur, « objectif », aux gouvernements, mais en fait simplement leur expression.

« L’IPBES présente aux décideurs une base scientifique fiable, les connaissances et les options stratégiques pour qu’ils les analysent », a déclaré la Docteure Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES. « Nous remercions les centaines d’experts, issus du monde entier, qui ont donné de leur temps et partagé leurs connaissances pour aider à combattre la disparition des espèces, des écosystèmes et de la diversité génétique – une menace véritablement mondiale et générationnelle contre le bien-être humain. »

Normalement, face à ce point de vue de l’IPBES, il en faudrait un autre, mis en place par toute une série d’organisations cherchant à établir de solides ancrages dans la population. On en est extrêmement loin et même, ce n’est pas du tout à l’horizon. Il y a encore trop de confiance en le monde tel qu’il existe. La plupart des gens savent que tout doit changer, que tout va changer, mais ils ne pensent en même temps pas que ce soit possible. Cela leur coupe toute volonté d’engagement.

Le rapport de l’IPBES le sait très bien et c’est pour cela il ne fait même pas semblant d’avoir une perspective démocratique. Il s’adresse aux décideurs, et rien qu’à eux. En ce sens, au-delà de la critique aux décideurs, il faut bien voir qu’il y a une faillite démocratique en soi à la base. Le réveil ne va en être que d’autant plus difficile.

La première partie du communiqué de l’IPBES

Voici la première partie, la principale, du communiqué de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques). Un commentaire, forcément, suivra.

Le dangereux déclin de la nature :
Un taux d’extinction des espèces « sans précédent » et qui s’accélère


La réponse mondiale actuelle est insuffisante ;

Des « changements transformateurs» sont nécessaires pour restaurer et protéger la nature
Les intérêts particuliers doivent être dépassés pour le bien de tous

C’est l’évaluation la plus exhaustive de ce type ;
1.000.000 espèces menacées d’extinction


« La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine – et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier », alerte le nouveau et historique rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), dont le résumé a été approuvé lors de la 7ème session plénière de l’IPBES, qui s’est réunie la semaine dernière (du 29 Avril au 4 mai) à Paris.

« Les preuves accablantes contenues dans l’évaluation globale publiée par l’IPBES et obtenues à partir d’un large éventail de domaines de connaissance, présentent un panorama inquiétant », a déclaré le président de l’IPBES, Sir Robert Watson. « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le
monde entier ».

« Le rapport nous dit aussi qu’il n’est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial », a-t-il ajouté « Grâce au « changement transformateur », la nature peut encore être conservée, restaurée et utilisée de manière durable – ce qui est également essentiel pour répondre à la plupart des autres objectifs mondiaux. Par «changement transformateur », on entend un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux, y compris en termes de paradigmes, objectifs et valeurs.

Les États membres de la plénière de l’IPBES ont reconnu que, par sa nature même, un changement transformateur peut susciter une opposition de la part de ceux qui ont des intérêts attachés au statu quo, mais également que cette opposition peut être surmontée pour le bien de tous.

Le rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques est le document le plus exhaustif réalisé à ce jour. Il s’agit du premier rapport intergouvernemental de ce type. Il s’appuie sur l’évaluation historique des écosystèmes pour le millénaire (Millenium Ecosystem Assessment) de 2005 et introduit de nouveaux moyens pour d’évaluation des preuves.

Élaboré par 145 experts issus de 50 pays au cours des trois dernières années, avec des contributions additionnelles apportées par 310 autres experts, le rapport évalue les changements au cours des cinq dernières décennies et fournit un aperçu complet de la relation entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la nature. Le document propose également un éventail de scénarios possibles pour les décennies à venir.

Basé sur une revue systématique d’environ 15 000 références scientifiques et sources gouvernementales, le rapport s’appuie aussi (et pour la première fois à une telle échelle) sur les savoirs autochtones et locaux, et aborde en particulier les questions concernant les peuples autochtones et les communautés locales.

« Les contributions apportées par la biodiversité et la nature aux populations sont notre patrimoine commun et forment le plus important ’filet de sécurité’ pour la survie de l’humanité. Mais ce filet de sécurité a été étiré jusqu’à son point de rupture », a déclaré la professeure Sandra Díaz (Argentine), qui a co-présidé l’évaluation avec les professeurs Josef Settele (Allemagne) et Eduardo S. Brondízio (Brésil et États-Unis). « La diversité au sein des espèces, entre les espèces et celles des écosystèmes, ainsi que de nombreuses contributions fondamentales qui proviennent de la nature se dégradent rapidement, même si nous avons encore les moyens d’assurer un avenir durable aux êtres humains et à la planète.»

Le rapport estime qu’environ 1 million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction, notamment au cours des prochaines décennies, ce qui n’a jamais eu lieu auparavant dans l’histoire de l’humanité.

Depuis 1900, l’abondance moyenne des espèces locales dans la plupart des grands habitats terrestres a diminué d’au moins 20 % en moyenne. Plus de 40 % des espèces d’amphibiens, près de 33 % des récifs coralliens et plus d’un tiers de tous les mammifères marins sont menacés. La situation est moins claire pour les espèces d’insectes, mais les données disponibles conduisent à une estimation provisoire de 10 % d’espèces menacées. Au moins 680 espèces de vertébrés ont disparu depuis le 16ème siècle et plus de 9 % de toutes les races domestiquées de mammifères utilisées pour l’alimentation et l’agriculture avaient disparu en 2016, et 1 000 races de plus sont menacées.

« Les écosystèmes, les espèces, les populations sauvages, les variétés locales de plantes et les races locales d’animaux domestiques diminuent, se réduisent ou disparaissent. Le tissu vivant de la Terre, essentiel et interconnecté, se réduit et s’effiloche de plus en plus », a déclaré le professeur Settele. « Cette perte est la conséquence directe de l’activité humaine et constitue une menace directe pour le bien-être de l’humanité dans toutes les régions du monde. »

Pour accroître la pertinence politique du rapport, les auteurs de l’évaluation ont classé, pour la première fois à une telle échelle et sur la base d’une analyse approfondie des données disponibles, les cinq facteurs directs de changement qui affectent la nature et qui ont les
plus forts impacts à l’échelle mondiale. Les facteurs responsables sont, par ordre décroissant : (1) les changements d’usage des terres et de la mer ; (2) l’exploitation directe de certains organismes ; (3) le changement climatique ; (4) la pollution et (5) les espèces exotiques envahissantes.

Le rapport souligne que, depuis 1980, les émissions de gaz à effet de serre ont été multipliées par deux, provoquant une augmentation des températures moyennes mondiales d’au moins 0,7 degré Celsius. Le changement climatique a déjà un impact sur la nature, depuis le niveau des écosystèmes jusqu’à celui de la diversité génétique – impact qui devrait augmenter au cours des décennies à venir et, dans certains cas, surpasser l’impact dû au changement d’usage des terres et de la mer et des autres facteurs de pression.

En dépit des progrès réalisés pour conserver la nature et mettre en œuvre des politiques en faveur de celle-ci, le rapport met aussi en évidence que les trajectoires actuelles ne permettent pas d’atteindre les objectifs mondiaux visant à conserver et exploiter durablement la nature. Les objectifs pour 2030 et au-delà ne pourront être atteints que par un changement transformateur dans les domaines de l’économie, de la société, de la politique et de la technologie. Avec seulement quatre des vingt objectifs d’Aichi pour la biodiversité présentant des progrès réels dans leurs déclinaisons, il est probable que la plupart d’entre eux ne seront pas atteints d’ici l’échéance de 2020. Les tendances négatives actuelles concernant la biodiversité et les écosystèmes vont freiner les progrès en vue d’atteindre les objectifs de développement durable dans 80% (35 sur 44) des cas où les cibles ont été évaluées ; en particulier ceux liées à la pauvreté, la faim, la santé, l’eau, les villes, le climat, les océans et les sols (ODD 1, 2, 3, 6, 11, 13, 14 et 15). La perte de biodiversité est donc non seulement un problème environnemental, mais aussi un enjeu lié au développement, à l’économie, la sécurité, la société et l’éthique.

« Pour mieux comprendre et, plus important encore, pour s’attaquer aux principales causes des dommages causés à la biodiversité et aux contributions apportées par la nature aux populations, nous devons comprendre l’histoire et les interconnections mondiales qui existent entre les facteurs indirects complexes de changement démographiques et économiques, ainsi que les valeurs sociales qui les sous-tendent », a déclaré le professeur Brondízio. « Les principaux facteurs indirects comprennent l’augmentation de la population et de la consommation par habitant ; l’innovation technologique, dont les dommages causés à la nature ont diminué dans certains cas tandis qu’ils ont augmenté dans d’autres; et, de manière critique, les questions de gouvernance et de responsabilité. Une tendance qui émerge est celle dite de l’interconnectivité mondiale et du « telecoupling ». Dans ce cas, l’extraction des ressources et leur production ont lieu dans une partie du monde, mais servent souvent à satisfaire les besoins de consommateurs éloignés, qui vivent dans d’autres régions.»

D’autres résultats majeurs du rapport sont à prendre aussi en compte (Vous trouverez de plus amples informations sur un large éventail de résultats dans la section « Informations complémentaires » du présent communiqué) :

• Les trois quarts de l’environnement terrestre et environ 66 % du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. En moyenne, ces tendances ont été moins graves ou évitées dans les zones qui appartiennent à ou sont gérées par des peuples autochtones et des communautés locales.

• Plus d’un tiers de la surface terrestre du monde et près de 75 % des ressources en eau douce sont maintenant destinées à l’agriculture ou à l’élevage. La valeur de la production agricole a augmenté d’environ 300 % depuis 1970, la récolte de bois brut a augmenté de 45 % et environ 60 milliards de tonnes de ressources renouvelables et non renouvelables sont maintenant extraites chaque année dans le monde – quantité qui a presque doublé depuis 1980.

• La dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la surface terrestre mondiale ; une partie de la production agricole annuelle mondiale, d’une valeur marchande pouvant atteindre 577 milliards de dollars US, est confrontée au risque de disparition des pollinisateurs et de 100 à 300 millions de personnes sont exposées à un risque accru d’inondations et d’ouragans en raison de la perte d’habitats côtiers et de leur protection.

• En 2015, 33 % des stocks de poissons marins ont été exploités à des niveaux non durable ; 60 % l’ont été au niveau maximum de pêche durable, et seulement 7 % à un niveau inférieur à celui estimé comme étant durable.

• Les zones urbaines ont plus que doublé depuis 1992.

• La pollution par les plastiques a été multipliée par dix depuis 1980 ; environ 300-400 millions de tonnes de métaux lourds, solvants, boues toxiques et autres déchets issus des sites industriels sont déversés chaque année dans les eaux du monde, et les engrais qui arrivent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 « zones mortes» dans les océans, ce qui représente environ 245.000 km2, soit une superficie totale plus grande que le Royaume-Uni.

• Les tendances négatives de la nature continueront jusqu’en 2050 et au-delà, dans tous les scénarios politiques explorés dans le rapport, sauf dans ceux qui proposent un changement transformateur – cela en raison de l’impact qu’aura l’augmentation du changement d’usage des terres, l’exploitation de certains organismes et le changement climatique, toutefois avec des différences significatives selon les régions.

Le rapport présente également un large éventail d’exemples d’actions en faveur du développement durable et les trajectoires pour les réaliser dans des secteurs tels que l’agriculture, la foresterie, les écosystèmes marins, les écosystèmes d’eau douce, les zones urbaines, l’énergie, les finances et bien d’autres. Le document souligne combien il est important, entre autres, d’adopter une gestion intégrée et des approches intersectorielles qui prennent en compte les compromis entre la production alimentaire et celle de l’énergie, les infrastructures, la gestion de l’eau douce et des zones côtières, ainsi que la conservation de la biodiversité.

En vue de créer une économie mondiale durable, l’évolution des systèmes financiers et économiques mondiaux a également été identifiée comme un élément clé des politiques futures plus durables. Elle s’éloigne du paradigme actuel trop limité de la croissance économique.

« L’IPBES présente aux décideurs une base scientifique fiable, les connaissances et les options stratégiques pour qu’ils les analysent », a déclaré la Docteure Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES. « Nous remercions les centaines d’experts, issus du monde entier, qui ont donné de leur temps et partagé leurs connaissances pour aider à combattre la disparition des espèces, des écosystèmes et de la diversité génétique – une menace véritablement mondiale et générationnelle contre le bien-être humain. »

Le rapport de l’IPBES : scénarisation et non-accès aux informations

Le fait que le rapport de l’IPBES sur la biodiversité n’ait pas été rendu public est très important. Il ne faut pas croire que l’idée est de faire un bilan de la biodiversité et d’en donner les résultats. L’objectif est de présenter ce bilan d’une certaine manière et de le fournir immédiatement avec la manière de l’interpréter. C’est une manière de contourner toute critique possible et d’immédiatement encadrer tout ce qui peut être dit.

Comment l’IPBES a-t-elle procédé ? Elle a fait en sorte d’ajouter quelque chose au petit communiqué sur l’accord au sujet d’un rapport commun faisant le bilan de la biodiversité. Cet ajout consiste en des « Informations complémentaires », formées des catégories suivantes :

  • Ampleur de la destruction de la nature
  • Peuples autochtones, communautés locales et nature
  • Objectifs mondiaux et scénarios politiques
  • Instruments politiques, options et bonnes pratiques
  • Quelques chiffres : statistiques clés et faits

Il faut voir chaque chose présentée plus en détail. Cependant, il est essentiel de comprendre ici que ces « informations » sont parfaitement structurées, dans un véritable petit scénario. Ce n’est pas comme si l’IPBES avait livré un rapport sur la situation, de manière « neutre », que chacun pourrait prendre en considération, puis proposer démocratiquement des solutions.

On pourrait d’ailleurs imaginer que, logiquement, le rapport est rendu public, traduit évidemment dans toutes les langues, disponibles en pdf et en version papier, le tout étant fourni gratuitement à tous les membres des appareils d’État du monde entier, ainsi qu’aux institutions économiques, éducatives, scientifiques, etc.

Ce n’est pas du tout le cas, malheureusement. Le fait de ne pas rendre public le rapport vise même à empêcher cela. Il n’y a même pas de date pour la rendue publique ! C’est dire tout de même à quel point l’IPBES maintient un contrôle total sur l’ensemble. Rien que ce procédé devrait interpeller.

Regardons maintenant quelle est la logique du scénario sous-jacent à ce qui a été rendu public le 6 mai 2019. La « Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques » a agi de la manière suivante :

a) l’IPBES annonce dans un petit communiqué qu’elle a réussi à établir un document commun aux différents pays pour établir une « base scientifique » sur les dégâts causés à la « biodiversité » ;

b) le petit ajout sur « l’ampleur de la destruction de la nature » ne parle paradoxalement pas vraiment de cela, mais raconte comment l’humanité s’est récemment agrandie numériquement et a renforcé ses industries, établi un mode de vie plus consommateur de ressources ;

c) le petit ajout sur les « Peuples autochtones, communautés locales et nature » présente un mode de vie censé être à l’inverse de ce qui est présenté au point précédent ;

d) le petit ajout sur les « Instruments politiques, options et bonnes pratiques » prend bien évidemment comme modèle ce qui est exposé au point précédent, appelant à une « bonne pratique » ;

e) le petit ajout « Quelques chiffres : statistiques clés et faits » consiste en une avalanche de chiffres pour bien souligner l’importance de ce qui est présenté.

Conclusion : on doit considérer que le point a) reflète un pas en avant, qui est impliqué par b), ce dernier point étant contrebalancé par le point c), qui sert alors de modèle de « bonne gouvernance » comme le veut le point d). Pour bien asseoir l’ensemble, on a le point e) qui montre de manière comptable ce qui est en train d’être perdu.

Il faut encore analyser en détail ce qui est établi et fourni comme conclusions. Mais au-delà de cela, au-delà même des considérations sur l’opposition entre le biocentrisme et l’anthropocentrisme au sein de ce rapport, il y a lieu de souligner le caractère anti-démocratique de la démarche.

Dans l’ordre des choses, l’ONU aurait dû dire : voilà quel est l’état du monde, je vous le montre tel quel. Chaque personne devrait, en son âme et conscience, être confrontée à cet état du monde, le prendre en considération et l’assumer dans un sens ou dans un autre. C’est la base d’une lecture rationnelle de la part des gens, pour un choix exposé et partagé ou non par la majorité, par l’ensemble.

Ici, le fait est qu’on n’ait pas accès à cet état du monde. On a droit à des résumés, à des informations distillées selon les choix des rédacteurs. L’information brute n’est pas disponible. On ne peut pas l’évaluer, on ne peut même pas évaluer la valeur de cette information brute, puisqu’on ne sait même pas en quoi elle consiste.

On nous demande de croire sur parole. C’est la soumission aux experts, la porte ouverte aux fantasmes complotistes climato-sceptique, qui auront beau jeu d’attaquer le procédé, comme ils le font pour les rapports du GIEC sur le réchauffement climatique.

Toutefois, il ne faut pas croire que cela soit tout. L’IPBES a également produit un « résumé pour les décideurs ». C’est un petit document à part, présentant les « clefs » du rapport, avec les éléments de langage, la manière de comprendre les choses, etc. C’est quelque chose de totalement orienté.

Le contenu reste à voir, mais encore une fois, au-delà de cela, il y a la question de la forme. On peut considérer qu’une initiative visant à établir un état d’esprit à l’échelle mondiale est une bonne chose. Sauf que là cela se déroule de manière non démocratique. Un organisme explique comment voir les choses aux « décideurs ». Déjà que ces derniers décident sans demander l’avis des gens, si en plus on leur explique certaines choses en passant au-dessus de tout le monde, même des décideurs… Qui décide de quoi ?

Et comment veut-on que les gens s’impliquent dans l’écologie, si les décisions leur sont étrangères ? Il y a ici un problème de fond dans la méthode, qui reflète il est vrai une panique générale. Car la seule conclusion est évidemment : on renverse tout le système et on adopte la morale vegan straight edge, soumettant l’humanité aux intérêts planétaires.

Cela présuppose un gouvernement mondial, et pas une ONU diffusant des points de vue de manière transnationale.

Le rapport de l’IPBES : anthropocentrisme contre biocentrisme

Le point de vue final de l’IPBES sur la situation de la biodiversité a été rendu public le lundi 6 mai 2019 et il y a lieu de porter un regard très approfondi sur ce qui est dit. Pour cette raison, il faut étudier cela aspect par aspect. Notons tout de suite cependant que le rapport complet n’est pas disponible. Les signataires se sont mis d’accord sur un texte de 1500 pages… mais ne le rendent pas public ! Cela le sera en cours d’année… En attendant, on a qu’un résumé, avec des thèses qu’on doit croire sur parole ! Nous y reviendrons, point par point.

Notons déjà que, malgré que la réunion ait eu lieu en France, à Paris, il n’y a eu aucun émotion ou mouvement tant du côté des gens que du côté des médias ou des partis politiques, ou bien encore des associations.

Personne n’a les moyens de mobiliser et les gens ne veulent pas se bouger. Les initiatives sont pathétiques. La « marche mondiale » organisée à Metz a rassemblé… 2000 personnes, mais c’était dans une sorte de fusion avec les gilets jaunes qui ont évidemment pris le dessus et relégué les écologistes en fin de cortège. Le quotidien Le Parisien a donné des conseils pour sauver la planète et on trouve des recettes faciles du type manger moins de viande, manger bio, etc., comme si tout n’était qu’une affaire à la fois individuelle et aisée à régler.

Le Figaro, à la rendue publique du document de l’IPBES, a bien mis un article en tête de gondole de son site (Un million d’espèces menacées d’extinction sur la planète), mais l’article est… payant et l’actualité live mise en avant est une naissance dans la famille royale britannique. Cela en dit long sur le sens des priorités

Mais portons déjà un regard sur l’approche de l’IPBES elle-même, avant de voir son rapport. Cette structure, mise en place dans le cadre de l’ONU, se définit comme la « Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques ». Le problème saute aux yeux pour qui raisonne en termes de planète comme système unifié, comme Gaïa. Déjà, il ne faudrait pas une plateforme intergouvernementale, mais un gouvernement mondial. La question est planétaire, la réponse est planétaire.

Tout autre point de vue appartient au passé.

Ensuite, les termes de « biodiversité et de « services écosystémiques » sont erronés. Ils s’appuient en effet sur la multiplicité, alors qu’il faudrait partir d’un point de vue biocentriste, c’est-à-dire centralisé, unifié. La bio-diversité est secondaire par rapport au caractère unifié de la vie planétaire ; on parle ici d’une biosphère. Il n’y a pas de « services » fournis par des « écosystèmes », mais des interrelations de la vie à l’échelle de la planète.

Il n’y a pas de « diversité » et d’éléments individuels, séparés, mais un tout composé de multiples éléments lui étant subordonnés dans leur substance même. Il n’y a pas l’humanité d’un côté, des êtres vivants naturels de l’autre, sur un rocher dans l’espace. Il y a Gaïa, et rien d’autre.

Certains diront que c’est du pinaillage ou de la mystique, mais c’est qu’ils ne voient pas ou refusent le point de vue biocentriste et la lecture de la planète comme système-Terre unifié. C’est d’ailleurs le cas de l’humanité encore aujourd’hui et la conséquence en est la continuation de la catastrophe. Tant que la planète ne sera pas considérée comme étant Gaïa, un système unifié, jamais il ne sera possible de se placer au niveau des questions posées par Gaïa dans son rapport à l’humanité, et inversement.

Tant que Gaïa sera niée, Gaïa sera incomprise et le processus de crise s’amplifiera… Et cela jusqu’au bout, jusqu’à la soumission à Gaïa. Les religieux veulent la soumission à Dieu, les individualistes celle à l’individu, tous ont tort. Il faut se soumettre à la Nature et nous sommes nous-mêmes naturels ; pour être soi-même, il faut se soumettre à sa propre nature, sa propre substance.

L’humanité n’est pas extérieure à la Nature, elle en est une composante, elle n’en est qu’une composante et rien d’autre. L’évolution à l’échelle planétaire n’est pas l’évolution de l’humanité isolée du reste, mais l’évolution de la planète comme système unifié, avec des évolutions en son sein, où tout est relié, connecté

L’IPBES n’est pas d’accord avec la thèse de la planète comme Gaïa. Pour cette structure, il n’y a pas de Nature, mais la « nature » comme rassemblement d’êtres vivants formant un phénomène se développant à côté de l’humanité. D’où les phrases formant les titres du rapport dans sa version sous forme de résumé :

« Le dangereux déclin de la nature :
Un taux d’extinction des espèces « sans précédent » et qui s’accélère  

La réponse mondiale actuelle est insuffisante ;
Des « changements transformateurs» sont nécessaires pour restaurer et protéger la nature

Les intérêts particuliers doivent être dépassés pour le bien de tous »

Tout ce qu’on lit ici est absurde. La Nature ne peut pas « décliner » et il ne s’agit pas de la « protéger ». La vie est invincible et le développement de la Nature ne peut pas être arrêté. L’idée selon laquelle l’humanité devrait « gérer » de manière meilleure son rapport à la « nature » comme phénomène relève résolument de l’anthropocentrisme, et c’est faux

Le biocentrisme reconnaît la vie comme un processus en développement, toujours plus complexe et se diffusant toujours plus. Rien ne peut arrêter la vie et sa diffusion

Il faut d’ailleurs être bien naïf pour croire que les intérêts particuliers pourraient être « dépassés » du moment qu’on les reconnaît. Les intérêts particuliers ne doivent pas être dépassés, ils doivent s’effacer devant ceux de la planète comme système unifié. C’est le principe du slogan : la Terre d’abord

Le rapport de l’IPBES se relève de fait intenable dans sa nature même, par définition collective, planétaire, totale. Que peuvent faire des individus dispersés par rapport à cela ? Ils ne peuvent que paniquer ou bien refuser les faits… Une telle approche doit être abolie. L’ère de l’anthropocentrisme se termine, celle de l’humanité au service de la vie sur la Terre commence. Et comme on est loin du compte, cela signifie qu’il va y avoir un bouleversement général, une révolution à l’échelle planétaire, l’affirmation de valeurs totalement nouvelles. La morale vegan straight edge va s’imposer

La question qui se pose ici est alors : comment interpréter l’extinction des espèces ? C’est, au-delà des apparences, une question d’une complexité gigantesque. Il ne s’agit pas de nier la destruction, mais il faut voir que la Nature s’appuie sur elle-même. Si des animaux en mangent d’autres, ou si des êtres vivants en mangent d’autres (comme certains animaux avec le végétaux), ce n’est pas parce que la Nature est cruelle.

Ce qui se passe, c’est qu’elle évolue, mais comment peut-elle évoluer, si ce n’est en se transformant elle-même ? La Nature est vie et dans ses fondements mêmes, il y a le fait de vouloir prolonger la vie. Chaque être veut persévérer dans son être, comme l’a dit Spinoza, c’est la base de la Nature même. La souffrance, la cruauté apparente que l’on voit dans la Nature, n’est qu’un support de l’évolution. Il faut ici avoir confiance en la Nature, en son évolution, qui ne peut qu’aboutir à la protection générale de la vie

A l’avenir, la vie se développera sans s’auto-mutiler. Qui a compris ce qu’est la Nature et le sens de son évolution, de son progrès, ne peut pas voir les choses autrement.

Il faut de plus être très prudent avec la notion d’espèces. Elle a été conçu par l’humanité pour procéder à des descriptions, des classifications des êtres vivants. Cela correspond-il à la Nature dans son contenu ? C’est là un champ d’analyse pour les cent prochaines années. Remarquons d’ailleurs que l’humanité affirme elle-même qu’elle ne sait pas précisément combien il y a d’espèces sur Terre. Sa propre définition de ce qu’est une espèce est très difficilement praticable.

Rappelons aussi que pendant des décennies, on a expliqué que les dinosaures ont disparu. L’écrasante majorité des gens le pensent encore. Mais on sait depuis les années 1990 qu’en réalité, une partie des dinosaures s’est transformée en les oiseaux. Il y a même davantage d’espèces d’oiseaux que de mammifères… Plutôt pas mal pour quelque chose qui est censé avoir disparu !

Prenons un autre exemple, avec Franck Courchamp, chercheur au CNRS et observateur du rapport de la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. Le Monde a organisé un tchat avec lui et voici une de ses réponses, qui du point de vue biocentriste le résume à un simple charlatan



« Ma question est la suivante : – a t on besoin de toutes les espèces !?
-Mr green

Franck Courchamp : Non bien sûr. On n’a pas besoin de tout, il y a une certaine redondance, avec certaines espèces remplissant des rôles écologiques similaires à d’autres. »

Voilà une réponse de comptable, certainement pas de quelqu’un ayant étudié la vie et, connaissant sa complexité, sait bien que ce qui existe n’existe pas pour rien et a une fonction, dans un ensemble interconnecté. La lecture pragmatique, avec des entrées-sorties comme dans la comptabilité, est une aberration criminelle à l’époque de la crise planétaire. Cela en dit long sur l’IPBES… Francj Courchamp se prend ici pour le responsable du personnel de l’entreprise écosystèmes & Cie dirigée par l’humanité…

Citons une autre de ses réponses, où la carte d’électeur et la carte de crédit sont mis sur le même plan, en-dehors de toute question de conscience, de culture, de rapport à la Nature… On est ici dans la supercherie anthropocentriste.

« Chacun d’entre nous a deux cartes dans sa manche. D’abord, la carte d’électeur : les politiciens font ce que les électeurs veulent s’ils veulent être élus. Votez pour ceux qui mettent l’environnement en premier lieu. Ensuite, la carte de crédit : vos choix de consommation font une différence énorme (moins de viande, moins d’emballage, moins d’huile de palme, etc.). Il faut juste qu’on se rappelle que pour être heureux, il y a d’autres moyens que d’aller s’acheter une nouvelle paire de chaussures… »

Encore et toujours l’individu ! Mais cela ne tient plus. La crise par rapport à Gaïa est trop profonde.

On dira, de manière fort juste, que de toutes façons c’est la vie sauvage en général qui compte, pas les « espèces ». Et c’est là tout à fait comment il faut voir les choses, effectivement. C’est d’ailleurs le point d’achoppement de toute la lecture anthropocentriste, qui ne peut que s’effondrer. L’humanité appartient à la Nature et une humanité, aussi aliénée qu’elle soit, ne peut pas agir contre sa propre substance. Elle est imbriquée dans la Nature, elle ne peut pas agir contre elle.

Dans quelle mesure tout ce qu’elle a fait jusqu’à présent a-t-il été au service de la Nature ? On ne le sait pas encore. Peut-être l’humanité n’est-elle qu’un outil pour par exemple protéger la Gaïa d’éventuelles météorites risquant de lui rentrer dedans. Peut-être n’a-t-elle été qu’un moyen pour diffuser tous les éléments naturels à la surface de la planète. Peut-être était-ce son rôle que d’accélérer un réchauffement.

Dans tous les cas, il appartient à l’humanité de se mettre au service de Gaïa et d’arrêter d’agir de manière anthropocentriste. Il faut une nouvelle génération qui assume le biocentrisme, opérant une analyse de tous les aspects de la vie planétaire, de tous les aspects de la vie humaine, et qui réorganise toutes les valeurs, toute la production, tout le style de vie.

Les générations passées sont trop corrompues, cyniques, passives, individualistes… Elles sont incapables de quoi que ce soit, car elles ne savent pas ce qu’est la loyauté. Et Gaïa a justement besoin de cela : de combattants la protégeant avec la loyauté la plus totale… Pas de compromis en défense de notre mère la Terre !

Conférence internationale sur la biodiversité de l’IPBES à Paris

A Paris vient de commencer un travail de discussion sur la biodiversité mené par un groupe intergouvernemental issu de l’ONU. Cela durera jusqu’au 4 mai, avec un document final publié le 6 mai.

Il s’agit de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, IPBES). Il s’agit d’une sorte de GIEC, mais pour la biodiversité, fondé en 2012.

La réunion parisienne doit en fait valider un document d’évaluation générale de la situation de 1800 pages, qui n’est malheureusement pas encore disponible, et ne le sera jamais. Il est réservé aux « experts », ce qui est une honte. Seule la version finale, qu’on devine relativisée en bien des aspects, sera accessible.

On voit encore comment les questions en rapport avec la Nature sont soigneusement contrôlées en amont par les États, afin d’éviter toute saisie démocratique, toute analyse réelle et conséquente.

Et même ce qui est simplement évalué pourrait suffire à transformer les consciences. Les informations diluées diffusées dans les médias parlent de jusqu’à un million d’espèces animales et végétales qui vont disparaître, souvent dans les prochaines décennies.

L’IPBES a pour cette raison même publié un communiqué de démenti ! Les médias s’appuient sur un document non validé par les 132 États membres, ils utilisent un document confidentiel réservé aux gouvernements et aux experts… et ce serait une bonne chose pour en conserver… la « transparence » ! L’IPBES n’a peur de rien !

L’organisation explique également que les médias auront droit à la version finale le 4, mais sans le droit d’en parler avant la publication publique le 6.

Il va de soi également que les discussions ne seront pas publiques… Le déni de la démocratie est total. Et la paralysie face à cela totale. On devine bien sûr que les États ne vont pas crier sur tous les toits qu’ils soutiennent un massacre planétaire… Mais, à cela s’ajoute le fait que, il faut bien le dire, les opinions publiques sont bien contentes de ne pas trop en savoir et de pouvoir déléguer toute responsabilité.

Quant aux gens conscients, ils ne sont pas engagés suffisamment à fond, pas prêts à la rupture totale, à partir en guerre. Il le faudra bien, pourtant.

Pour se faire une idée sur l’IPBES à Paris, voici une vidéo de plusieurs heures de vidéo en français de la conférence introductive (une « journée des parties prenantes), qui s’est tenue la veille de l’ouverture officielle.

Cette incapacité à affronter ne serait-ce que l’opinion publique quant au désastre concernant la biodiversité en dit donc très long. Mais le rapport final du 6 mai lui-même ne pourra-t-il pas présenter autre chose qu’une perspective d’effondrement ?

Il est impossible qu’il n’y ait pas une prise de conscience, ne serait-ce qu’a minima, à la suite de la publication du rapport. Nous entrons dans une période nouvelle où cela va être le tout pour le tout, où la bataille pour le soulèvement des consciences va être décisif.

Quelqu’un comme Bruno Retailleau, membre du Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers et président du groupe UMP puis Les Républicains au Sénat, l’a bien compris…

COP 24 et gilets jaunes, le cynique assassinat de l’écologie

Une folie collective, voilà comment vu de l’avenir on évaluera le mouvement des gilets jaunes. La COP24 sera interprétée selon la même approche. Tout comme d’ailleurs la pétition « l’affaire du siècle » à l’initiative de Notre Affaire à Tous, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France, avec comme exigence, « au nom de l’intérêt général, d’attaquer l’Etat français en justice pour qu’il respecte ses engagements climatiques et protège nos vies, nos territoires et nos droits ».

On dira, dans le monde futur, que les humains étaient alors pétrifiés par leurs egos. Que leur seule boussole était leurs possessions matérielles, sacralisées. Que l’apparence de cette possession était le seul critère de valeur aux yeux de la société. Que les actions des gens dépendaient de raisonnements en termes de curseur, de quotas, d’intérêt, d’objectifs, de gain.

Que le véganisme n’avait pas été assumé alors, parce que les gens étaient trop fainéants psychologiquement, manquant d’intensité dans leur esprit, tellement leur vie était encadrée, façonnée, soumise à une société de consommation célébrant les egos.

Que la planète comme mère de la vie ne profitait d’aucune considération, tout intérêt écologique passant derrière les images d’instagram et les commentaires à l’emporte-pièces de facebook, que la vie sauvage était passée à la trappe parce que « le nutella c’est trop bon ».

Les Français s’imaginent en ce moment vivre plein de choses : en réalité, ils ne vivent rien, ils sont dans le néant, et ils cultivent le néant, ils s’entraînent eux-mêmes dans une chute vertigineuse. Ils croient se révolter alors qu’ils ne flattent que leurs egos.

Si l’on veut une preuve simple de tout cela, celle-ci est facile à trouver. Que demande les Français, que ce soit les gilets jaunes ou bien la pétition lancée par les associations ? Que l’État fasse quelque chose.

Il n’y a aucun mouvement d’en bas où les gens disent vouloir vivre différemment. Les gens veulent vivre pareillement. Et ils demandent à l’État de maintenir les choses telles qu’elles sont. C’est une démission morale complète et absolue.

Or, l’État n’est pas un objet neutre surplombant la société, il est produit par elle, et à moins d’être un naïf ou quelqu’un à l’esprit carriériste, il est évident que l’État est au service de grandes entreprises. S’il faut des preuves, prenons en dans les événements les plus récents, justement sur la question de l’écologie.

On sait qu’Emmanuel Macron s’est présenté comme un grand combattant de la cause de la COP21, faisant même la leçon à Donald Trump, en disant « make our planet great again ».

Or, lors de son intervention télévisée en réponse aux gilets jaunes, il n’a même pas cherché à faire semblant à ce sujet, il n’a tout simplement pas parlé d’écologie du tout. Finie l’écologie, fini de faire semblant. Ce qui compte, c’est que la machine tourne.

Il ne s’est pas non plus déplacé en Pologne à l’occasion de la COP24, alors que celle-ci avait comme tâche d’établir un programme d’application de la COP21 qui s’était tenue à Paris. S’il avait été sincère ou cohérent, il aurait été en première ligne. Mais l’État n’a pas dans sa matrice de faire de l’écologie la priorité.

François de Rugy , le ministre de la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson, secrétaire d’État du même ministère, se sont quant à eux bien déplacés en Pologne, mais… ils sont partis plusieurs jours avant la fin, évitant la phase finale de négociation. Ce qui montre bien que celle-ci n’a joué qu’un rôle symbolique, portée par des experts et des technocrates, en sachant pertinemment que rien de ce qui est négocié n’aura d’incidence sur le réel.

Ce sont là des preuves accablantes et ce n’est pas une question de gouvernement, c’est une question de la nature même de l’État. L’État est là pour que l’économie tourne, que la société soit adaptée à cela, et c’est tout.

Un autre exemple parlant est qu’Emmanuel Macron a aussi répondu directement à une pétition d’une gilet jaune, qui reçu plus d’un million de signatures. Là encore, les intérêts défendus sont flagrants :

« Vous me dites : « Nous sommes déjà dépendants des cours du pétrole, il n’est pas question qu’en plus nous subissions une augmentation des taxes ! »

Et vous avez raison : l’action contre le réchauffement climatique est un combat nécessaire, mais il ne doit pas opposer les problèmes de fin du monde aux problèmes de fins de mois.

Le gouvernement a donc annoncé l’annulation de l’augmentation de la taxe sur le carburant et qu’aucune hausse des tarifs de gaz et d’électricité n’interviendrait pendant l’hiver. »

Le rapprochement stylistique entre « problèmes de fin du monde » et « problèmes de fins de mois » est au minimum bizarre et ajoute plus de confusion qu’autre chose. Surtout, le reste du message d’Emmanuel Macron ne parle même pas d’écologie.

Faut-il alors prendre le changement climatique au sérieux ou non ? Apparemment pas. Parce que la société ne le veut pas. Et la preuve de cela, on la voit de manière évidente : les gilets jaunes ont réussi à assassiner l’écologie, déjà inexistante en France pratiquement, à part pour le symbolisme ou les élections. Il y a un mouvement en droite ligne de l’éjection de Nicolas Hulot de son poste de ministre par les chasseurs à la révolte des gilets jaunes contre le prix des carburants.

Certains diront : cela a donné naissance à un mouvement de contestation sociale plus large. Même si on l’admet, ce qui est discutable par ailleurs vue la nature du mouvement en question avec ses drapeaux français et ses fachos partout, il faut pourtant reconnaître une chose : les gilets jaunes n’ont porté strictement aucune revendication écologiste.

Tout partisan des gilets jaunes ne peut que l’admettre : l’écologie a été un thème inexistant, et même totalement incongru.

Or, peut-il y avoir une contestation réelle au 21e siècle qui ne fasse pas de l’écologie une valeur essentielle ? De notre point de vue, absolument pas. Donc, les gilets jaunes ne représentent pas le futur, mais le passé.

Et encore ne parle-t-on que d’écologie. Si en plus on prend le critère du véganisme, ou disons au moins de la condition animale, alors là les gilets jaunes ne sont pas que le passé, ils sont carrément réactionnaires.

Si on fait abstraction de cela ou qu’on s’en moque, peut-être qu’on peut fantasmer ce qu’on veut sur les gilets jaunes, sur un éveil des consciences, une prise de conscience, une critique qui s’élance, ou on ne sait quoi encore.

Mai si l’on raisonne en termes de principes, de critères, alors on doit dire : la France beauf s’exprime avec rage, elle ne veut rien à part ce qu’elle connaît, et ce qu’elle connaît, c’est son mode de vie « indépendant ». La valeur suprême, c’est d’avoir son logement, son moyen de transport, son capital à la banque, son poste au boulot, sa vie à soi, unique. Pure illusion, car tout cela est de la vanité complète, pour un mode de vie superficiel, polluant et vide toute valeur naturelle et culturelle, mais c’est la norme, c’est comme ça qu’on est censé vivre !

Les gilets jaunes ne font pas qu’avoir des revendications sociales, ils affirment également en même temps un mode de vie, qu’ils trouvent très bien. Ils posent la forme de leur existence sociale comme quelque chose devant être accepté, reconnu, soutenu. Ils ne veulent pas que de l’argent, ils veulent un statut. C’est l’anti-révolution, c’est l’aliénation qui se veut voir accorder un statut !

Quand le néant appelle le néant.

Les implications sont énormes. Car si l’on part du postulat que les gilets jaunes sont nés d’un refus de payer plus cher le carburant, ou bien d’une question financière, mais qu’en réalité ils ont peur pour leur mode de vie… alors cela veut dire qu’en plus de défendre leur mode de vie, ils vont le valoriser, le diffuser.

La première conséquence, directe, des gilets jaunes, c’est la défense du mode de transport à échelle individuelle. Que ce soit la voiture, la moto, le scooter, le taxi ou Uber, les gens privilégient un mouvement « en toute indépendance », et là les gilets jaunes relancent totalement cette approche.

S’il n’en était pas ainsi, on aurait vu émerger le thème des transports en communs, de la forme des villes… cela n’a pas été le cas.

Par conséquent, c’est une révolution culturelle de droite à laquelle on a droit, si l’on veut. C’est un mai 68 de droite. Et il faut avoir le courage de le dire : mai 68 qui a changé les valeurs de la société a donné en 1981 François Mitterrand qui voulait « changer la vie »… Les gilets jaunes qui veulent maintenir les valeurs de la société vont donner une France facho.

L’État, considéré comme cause, source, origine de tous les maux, ceux-ci étant résumés à son propre porte-feuille.

En fait, la France a toujours eu des valeurs de droite, même si elle s’imaginait parfois de gauche, et la question du mode de vie a a été le grand révélateur. L’écologie et ses exigences, c’est le crashtest des valeurs. On ne peut pas faire semblant !

On ne peut pas faire semblant d’être vegan, on ne peut pas faire semblant d’aimer les animaux. On ne peut pas semblant d’être écologiste, on ne peut pas faire semblant de placer la Terre au centre des exigences, comme priorité absolue.

Ainsi, lorsque Nicolas Hulot a démissionné de son poste de ministre, les sondages disaient que 80 % des Français pensaient que la « transition écologique » allait trop lentement. C’était hypocrite : avec les gilets jaunes, on voit surtout que les Français pensent que cela va trop vite. Ils n’avaient pas compris qu’il fallait qu’on touche aux ronds-points, et ils tiennent à leurs ronds-points, plus que tout…

Quant à la pétition mentionnée plus haut, qui a déjà 1,5 million de signataires en 24 heures, elle est sur la même longueur d’onde que les gilets jaunes, parce qu’elle dit : l’État doit prendre les choses en main.

C’est là encore au fond la grande capitulation. Les gens ne veulent pas assumer quoi que ce soit, ils veulent que l’État le fasse. Ils ne veulent pas changer leur comportement, ils rêvent éveillés et espèrent que l’État va aménager tout ce qu’il faut.

En fait, tout le monde est hypocrite, parce que le système est intenable, mais comme il y a encore un peu de temps avant l’effondrement, l’attitude générale c’est après moi le déluge. Et les derniers arrivés, les plus jeunes, sont seulement dégoûtés de ne pas pouvoir être aussi indifférent et consommateurs que leurs prédécesseurs…

Dans 50 ans, un parallèle direct sera également fait entre la COP24 et les gilets jaunes. On dira : l’humanité savait. Elle savait que le changement climatique s’amplifiait, menaçant des formes de vie innombrables. Elle savait que la condition animale prenait un tournant toujours plus sordide, avec l’exploitation et la mise à mort sous une forme industrielle à caractère exponentiel.

Elle savait que les zones naturelles étaient en voie d’anéantissement, que le mode de vie dominant impliquait pollution, destruction, éloignement toujours plus grand de la Nature, tant concrètement que sur le plan de la vision du monde (la PMA et la GPA en sont de bons exemples).

Cependant, l’humanité se cantonnait dans ce qu’elle connaissait et dans ce que le capitalisme pouvait proposer. Elle ajoutait donc de la crise à la crise, dira-t-on dans 50 ans.

Les gilets jaunes sont représentatifs d’une telle approche totalement folle. En France, un pays riche, avec un niveau d’éducation élevé, le modèle reste l’acquisition de sa petite propriété, à tous les niveaux (son logement, son moyen de transport, sa petite personne, ses habits, son ordinateur, son choix de séries, son choix d’habillement, etc.). L’individualisme est la règle, la norme, la seule vérité, dans la stricte obéissance à la société de consommation.

Les gilets jaunes sont le produit de la France version McDonald, celle qui va en voiture d’un rond-point à une autre, n’ayant aucune ouverture d’esprit, se bornant à vivre comme ses parents, toujours prête aux raccourcis, et surtout ne comprenant même pas que cela puisse être remis en cause. C’est la France beauf.

Concevoir un quelconque sacrifice est totalement impossible dans ce cadre. L’abnégation pour les animaux est inconcevable, celle pour la Nature semble une abstraction. Et de toutes façons personne ne veut prendre de responsabilité, même les gilets jaunes demandent à l’État de s’occuper de tout. On est au degré zéro de l’engagement. Le seul engagement, c’est pour soi-même.

Et le seul avenir envisagé, c’est le passé, c’est vivre comme auparavant. Voire même, vivre comme avant. Car même quand il y a une lutte sur une base correcte, il y a cette tendance à l’individualisme total, rêvant d’une sorte de moyen-âge fantasmé composé de petits paysans libres et de guildes de marchands.

Pensons aux zadistes, ces gilets jaunes du bocage, qui voulaient encore être encore plus indépendants qu’indépendants, en produisant tout tout seul directement ! Ils ont littéralement défiguré la lutte pour les zones humides. Au lieu d’avoir une bataille écologiste, on a eu droit au village d’Astérix.

Comment se fait-il d’ailleurs que personne n’ait remarqué à quel point les mentalités des gilets jaunes et des zadistes sont similaires ? On a affaire à une génération de gens dont la conception ne dépasse pas Astérix et Obélix contre les Romains. Quand on voit un type faire des vidéos youtube en faveur des gilets jaunes, avec un t-shirt « Earth Resistance » (un groupe prétendant depuis quelques années défendre somme toute les mêmes idées que LTD, mais sans l’assumer), en disant les gens sont cons il faut prendre un dénominateur commun de bas niveau, on a tout compris.

On sait bien qu’il y a des gens qui ont dit : les gilets jaunes ne sont pas contre l’écologie, une convergence est possible, d’ailleurs il y a eu des points de rencontre, comme lors de marches pour le climat. La belle affaire : qui refuserait d’être pour l’écologie ou contre la faim dans le monde ? Le problème n’est pas l’intention ou la manière avec laquelle on s’imagine être, mais bien le mode de vie.

Les gilets jaunes sont l’expression d’un refus de le modifier et, pire que tout, ils ont prétendu représenter la normalité, les choses comme il faut, la manière normale d’exister. C’est pour cela que l’écologie a totalement disparu des radars. Elle a été liquidé. Tous ces gens l’ont cyniquement assassiné, fait disparaître, derrière des « priorités », des choses non « abstraites ». Pour eux, le véganisme, l’écologie, le changement climatique, sont des abstractions, des idées vagues, sans consistance.

On a atteint le degré zéro de la conscience, celle où les raccourcis priment… La France est mûre pour le fascisme.

La COP24 s’est d’ailleurs brisée sur cette question du mode de vie. Il a été question des gilets jaunes même là-bas, mais de toutes façons ils étaient déjà dans toutes les mentalités, dans tous les esprits, parce qu’aucun État, aucune société, aucune institution internationale, absolument personne n’est prêt à assumer une transformation impliquant un changement total des mœurs.

Donc, tout continue comme avant, ce qui a comme conséquence que rien n’est concrètement possible. Tous les journalistes ont bien été obligés d’ailleurs de reconnaître que cette conférence de l’ONU sur le climat a été un échec, reprenant les mêmes arguments… que nous avions déjà formulés à l’époque de la COP21. En fait, n’importe quel observateur avisé savait bien alors que ce qu’on avait dit été juste et pensait de même, mais tout le monde s’est menti mutuellement, afin de faire semblant d’y croire.

La croyance en les capacités du système à tout surmonter était plus forte que tout. Résultat, c’est le désarroi et le cynisme. Voici à titre d’exemple ce que dit Le canard enchaîné du 5 décembre, avant la conférence, en jouant les Ponce Pilate :

« Récapitulons : en décembre 2015, la planète applaudit des deux mains ses dirigeants qui, à Paris, viennent de décréter à la quasi-unanimité que le réchauffement climatique n’était finalement pas une blague. Ils s’engagent à faire en sorte de ne pas dépasser 1,5° C de plus à la fin de ce siècle. (…)

Trois ans plus tard, où en est-on ? Les émissions mondiales de CO2 n’ont cessé d’augmenter. Les années 2015, 2016 et 2017 ont été les plus chaudes jamais vues depuis que les températures sont enregistrées. (…)

Vous souvenez-vous du fiasco de la COP de Copenhague en 2009 (que Sarkozy avait essayé de présenter comme une formidable réussite personnelle) ? Katowice devrait faire encore plus fort. »

C’est là ce qu’on appelle le cynisme. C’est très français, dans le fait de se poser en observateur extérieur, neutre, au-dessus de la mêlée, distribuant bons et mauvais points, sans s’impliquer… Alors que justement la COP est censée être une exigence mondiale, avec une implication mondiale, et donc exigeant de chaque personne sur terre d’avoir un rapport concret avec ce qu’elle pose comme problématique.

Mais évidemment le Canard enchaîné ne va pas devenir vegan ni assumer que la Terre est comme une mère, qu’il faut préserver la vie et s’orienter par rapport à elle, dans une démarche biocentriste. D’ailleurs, personne n’est prêt à assumer cela, même si évidemment les gens les plus conscients savent que c’est inévitable.

Pour se donner bonne conscience, la COP24 a par ailleurs été obligé de faire dans la mise en scène, avec un discours d’une jeune suédoise de 15 ans, Greta Thunberg, accusant les puissants de ce monde de voler l’avenir de leurs propres enfants. C’est certainement sincère, mais pour qui connaît l’histoire de l’écologie, c’est une manipulation morale et médiatique de la part de la COP24. Greta Thunberg a été un moyen de faire du greenwashing à peu de frais, de manière très lisse et très anthropocentrée.

Greta Thunberg, dans une photo mise en scène par la COP24.
Il est à noter qu’elle est végane, mais on est là bien loin de la grande vague vegan straight edge ayant profondément marqué la Suède dans les années… 1990.

Il s’agit concrètement d’une opération marketing, caricaturant quelque chose de bien plus authentique : l’intervention en 1992 d’une intervention d’une jeune de douze ans, Severn Cullis-Suzuki, au sommet de la Terre à Rio de Janeiro, au Brésil.

Greta Thunberg dit d’ailleurs surtout deux choses : les médias doivent assumer que le changement climatique est une crise, et les dirigeants doivent agir, sinon on prend leur place. Cela s’arrête là et il n’y a bien entendu aucune critique de fond, alors que le discours de Severn Cullis-Suzuki, il y a 25 ans, avait une vraie dynamique de remise en cause sur le plan des valeurs écologistes en général.

La « dramatisation » de la situation présentée par Greta Thunberg ne sert qu’à étouffer une éventuelle critique radicale, dont l’émergence générale est de toutes façons inéluctable. Il est obligé que les prochaines générations s’aperçoivent qu’en fait, sur le plan de l’écologie, tout a déjà été dit dans les années 1980 et 1990, par le mouvement vegan straight edge, l’ALF, l’ELF, le mouvement hardline… tous les gens disant qu’il faut reconnaître les animaux, la Nature, et cesser la guerre contre la vie.

Une guerre qui ne faisait alors que commencer à se généraliser, s’industrialiser de manière exponentielle, et les gens ne voyaient pas l’ampleur du désastre en cours. Là c’est devenu flagrant, et impossible de freiner cela, à moins de tout changer!

Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié en octobre dit qu’il faudrait diviser les gaz à effets de serre par deux, en… douze ans. Qu’il faudrait les amener à zéro, en… 2050. Peut-on réellement croire que cette société, qui produit des gilets jaunes, peut être à la hauteur de cela?

“One Planet Summit” : la finance sauvera-t-elle la planète?

La conférence « One Planet Summit » vient de se tenir deux ans jour pour jour après la COP21, et il y a quelque chose de bizarre, une sorte d’arrière-goût très particulier. Quand en effet la COP21 s’est terminée, les commentaires étaient, à défaut d’élogieux, au moins certains de la signification réelle et profonde de celle-ci, avec la certitude d’un impact réel.

Nous avions analysé de fond en comble la COP21, jour par jour et expliqué bien au contraire que tout cela, c’était du vent.

Or, c’est grosso modo ce qu’a expliqué Emmanuel Macron au One Planet Summit, résumant son propos par :

« On est en train de perdre la bataille. »

Pourtant, la situation présente était inévitable, de par le refus de faire des efforts et de changer sa manière de voir les choses. Donc, ce qui est attendu, c’est l’auto-critique : nous aurions du… il faut se corriger… il faut changer soi-même pour s’améliorer… etc.

On n’a droit à rien de tout cela. C’est déjà un problème fondamental, et cela montre bien que, sans révolution, aucun changement n’est possible. Il faut remettre en cause tellement de choses pour sauver la planète que, par définition, les institutions se placent en-dehors du processus de sauvetage.

Bien sûr, elles prétendent le contraire, puisque le « one planet summit », qui s’est tenu à Boulogne en banlieue parisienne, avait comme contenu : « La finance publique et privée au service de l’action climat ».

C’est-à-dire qu’il s’agit de discussions internes au système, par des gens qui en sont des représentants importants, sans aucun contrôle démocratique. C’est uniquement technique et les gens « normaux » sont tellement étrangers au processus que le « one planet summit » a un petit site pas très joli, mais ni facebook ni twitter.

On est dans l’entre-soi, dans des discussions internes, mes invités sont des membres d’administration ou de la finance, cela s’arrête là.

D’où les quatre tables rondes, qui sont purement techniques, au sens de discussions de membres de deux grandes familles : celle des institutions (maires, ministres, présidents, etc.), celle de la finance (privée, publique, des grands organismes comme la Banque mondiale, etc.).

Voici leurs thématiques :

– Changer l’échelle de la finance pour l’action climat ;

– Verdir la finance en faveur d’une économie durable ;

– Accélérer l’action locale et régionale en faveur du climat ;

– Renforcer les politiques publiques pour la transition écologique et solidaire.

Ces tables rondes se sont déroulées la matinée, l’après-midi consistant en la présentation de projets autour de trois thèmes :

– S’orienter vers une transition et un développement sobres en carbone ;

– Renforcer l’adaptation et la résilience face au changement climatique ;

– Solidarité et renforcement des capacités.

Que faut-il comprendre de tout cela ? Voici des passages synthétiques que nous avons extirpés, pour bien saisir de quoi il en retourne.

« Ce sont les investissements d’aujourd’hui qui dessinent le monde de demain. »

« La mobilisation de l’ensemble des acteurs de la finance est déterminante pour la lutte contre le dérèglement climatique et la transition vers une économie qui émet moins de gaz à effet de serre et peut s’adapter aux évolutions à venir. Tous les acteurs, institutions financières privées comme acteurs publics doivent continuer à innover dans ce sens. L’enjeu est de pousser le secteur financier vers une perspective de long terme en prenant mieux en compte les risques climatiques. »

« L’action des gouvernements locaux et régionaux est indispensable pour atteindre les objectifs mondiaux de l’Accord de Paris dans la mesure où ils possèdent les cartes maîtresses qui permettront d’en accélérer la mise en œuvre avant 2020. »

« Les gouvernements doivent jouer le rôle de garant des objectifs de l’Accord de Paris. »

Traduisons cela de manière claire. Le développement est décidé par le capitalisme, or le capitalisme ne raisonne pas en long terme, mais en profit.

Il faut donc l’aider à faire les bons choix. Un moyen d’impulser cela est de passer par des structures qui seraient indépendantes du capitalisme : les villes et les administrations locales et régionales, ainsi que les gouvernements.

Placer dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique du point de vue étatique, institutionnel, et avec quelques aiguillons, le capitalisme prendra conscience qu’il y a besoin de poser la question du long terme, et alors il y aura les moyens de faire quelque chose très concrètement.

Voilà l’idée du “one planet summit”.  Un tel discours n’a rien de nouveau : déjà dans les années suivant la première guerre mondiale, il y en avait qui disait que cette fois ça y est le capitalisme a compris, il n’y aurait plus de guerre, la paix est dans son intérêt, etc.

Il y a deux arguments de poids toutefois pour bien montrer que le « one planet summit » se trompe.

Le premier argument est le suivant : si ce qui est avancé est vrai, alors pourquoi cela n’a-t-il pas été fait plus tôt ? Ce que LTD a compris il y a deux ans, personne ne l’a dit (pratiquement), mais tous les experts le savaient.

Donc, pourquoi avoir menti, et pourquoi la prise de conscience qu’aurait le capitalisme ne s’est-elle pas été produite avant ?

Second argument : le capitalisme n’est pas qu’une course aveugle au profit, c’est également la compétition acharnée.

La chancelière allemande Angela Merkel n’est pas venue, car elle s’occupe de la formation de son gouvernement : on a les priorités qu’on veut. Le représentant américain a consisté… en un chargé d’affaires de l’ambassade! La Chine a envoyé simplement son vice-premier ministre, impossible de savoir quel représentant indien était là…

Ce n’est pas une conférence mondiale, malgré la présence de chefs d’Etat africains, par ailleurs tous plus corrompus les uns que les autres.

Entre la course au profit et la compétition, on est très loin d’avoir une seule planète, unifiée. Il est évident que sans administration centrale avec les pleins pouvoirs, dans un tel contexte, rien n’est possible.

Une telle administration centrale avec les pleins pouvoirs, expression des besoins de la planète et porté par la démocratie mondiale, voilà la seule solution, l’urgence de notre époque.

Le 21e siècle aboutira à cela, ou n’aboutira pas… Le reste, ce sont des mots.

Emmanuel Macron peut bien vouloir que le « one planet summit » ait lieu chaque année, cela ne changera rien. Un monde divisé, fractionné, ne peut pas unir ses efforts.

On peut apporter comme contre-argument que le sommet a été organisé par Emmanuel Macron avec deux autres figures mondiales justement : le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres et le président de la Banque Mondiale Jim Yong Kim.

Mais ni l’ONU ni la Banque Mondiale ne sont des organismes supra-nationaux. Ce sont des organismes para-nationaux, accompagnant les États, pas passant au-dessus de leur tête.

La Banque Mondiale a ainsi affirmé qu’elle cesserait le financement des industries gazière et pétrolière après 2019. Mais cela veut dire simplement qu’elle a aidé jusqu’à présent les grandes compagnies du pétrole et du gaz, rien de plus…

L’Union Européenne a elle expliquer qu’elle ferait en sorte de garantir les 100 milliards de dollars promis par les pays développés aux en voie de développement, d’ici 2020. Cela veut seulement dire que la promesse faite est censée être tenue…

Il y a également une centaine de fonds d’investissement et de fonds de pensions, comme les américains CalPERS et BlackRock, la banque britannique HSBC, qui ont promis la transparence envers leurs actionnaires sur les investissements entrant en rapport avec la question du climat.

Mais la transparence était déjà censée être de mise et cela ne veut pas dire que les actionnaires choisiront le climat. Rien ne les y forcera, et de toutes manières dans une compétition financière, c’est le meilleur rendement qui gagne…

Il y a aussi eu la présence des philanthropes, comme l’Américain Bill Gates, le Britannique Richard Branson, l’ancien maire de New York Michael Bloomberg. Ils comptent donner de l’argent à la recherche sur le climat. Mais là encore c’est dispersé et une goutte d’eau dans l’océan, sans parler de l’absence de démocratie.

Le monde peut-il dépendre d’Arnold Schwarzenegger, ancien gouverneur de Californie, avec sa cravate verte, de l’acteur Sean Penn, d’une poignée de banquiers, de quelques élus ?

Le “one planet summit” pose le même problème que la COP21 : il y a des promesses, mais aucune vérification démocratique (sans parler des décisions!), aucune contrainte en aucun cas.

Le bilan de la COP23

La COP23 s’est terminée et il y a lieu de tirer un bilan. La grande question est bien sûr de vérifier nos propres conclusions au moment de la COP21 et de voir si nous sommes « catastrophistes » ou simplement « réalistes ».

La COP23 ne donne pas de réponse à ce sujet, car elle n’a pas présenté de questions ; en fait, tous les observateurs se demandent même pourquoi elle s’est tenue, à part pour des raisons formelles.

On a affaire ici à quelque chose de très grave. Après la COP21, le réchauffement climatique aurait dû devenir une cause d’une importance fondamentale pour tout le monde. Cela devrait être une actualité intellectuelle, théorique, culturelle, allant des scientifiques aux discussions entre amis.

Il n’y a pourtant rien de cela. Le réchauffement climatique est perçu comme une sorte de bruit de fond. Il faudra vivre avec, rien ne peut réellement se passer, de toutes manières les Etats prendront les mesures nécessaires et surtout, nous ne sommes pas les plus mal lotis dans notre pays.

Si l’on ajoute à cet esprit égoïste, un très fort “climato-scepticisme”, on a un panorama régressif au plus haut point. La COP23 n’a rien changé à la donne, d’autant plus que les grandes échéances sont officiellement repoussées.

La grande date décisive, c’est la fin de l’année 2018, pour quatre raisons :

– le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publiera en septembre 2018 le document «  Réchauffement planétaire de 1,5°C: rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le contexte du renforcement de la riposte mondiale au changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté »,

– le même mois se tiendra à San Francisco un « sommet de l’action climatique mondiale » avec des villes, des entreprises, des ONG, etc.,

– le 12 décembre 2018 se tiendra le sommet de Paris pour tirer le bilan de la COP21,

– le même mois, on ne sait pas encore quand, se tiendra la COP24 à Katowice, ville industrielle historique de la Pologne.

Cela formera « le moment de vérité » pour reprendre l’expression de Nicolas Hulot, qui montre ici pourquoi il n’a pas démissionné de son poste : il veut être aux premières loges. Il espère encore se placer comme “grande figure” combinant institutionnalisation et souci de la planète.

Un positionnement qui est absurde de bout en bout, et de toutes manières il ne faut pas se leurrer, tout le monde a compris que les objectifs de la COP21 sont impossibles à atteindre en l’absence d’un gouvernement mondial donnant des ordres précis et efficaces.

Dans un monde de concurrence économique acharnée, de bataille pour la puissance, il n’y a pas de place pour des comportements raisonnés et raisonnables. L’objectif est simplement de ne pas perdre la face et d’attendre que quelqu’un fasse un faux pas, pour apparaître comme le moins coupable, exactement comme en 1914.

Il suffit de voir que 70 % des investissements du secteur énergétique mondiale vont au charbon, au pétrole, au gaz et que cette proportion passera à 60 %… en 2040. Personne ne veut changer son style de vie, personne ne veut perdre ses avantages dans la bataille économique.

Tout est donc poudre aux yeux. Des pays ont annoncé juste avant la COP23 une « Alliance pour la sortie du charbon », mais il ne faut pas être dupe : la France a signé pour promouvoir le nucléaire. Il s’agit juste de se placer de manière adéquate : Emmanuel Macron a parlé de taxer le C02, mais c’est bien aussi dans le sens de pratiquer le protectionnisme.

Il y a une véritable prise d’otage de la question ici et on a même vu le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel arriver en grande pompe pour la fin de la COP23, avec une déclaration commune franco-allemande.

Emmanuel Macron lui-même a tenu un discours, disant que « le seuil de l’irréversible a été franchi », comme quoi « en France, nous devons accélérer la transition énergétique avec l’obsession de réduire nos émissions de gaz à effet de serre », d’ailleurs « nous n’avons qu’un horizon : c’est maintenant ».

Ce show franco-allemand était possible par un habile tour de passe-passe, puisque, officiellement, ce sont les îles Fidji qui organisaient la COP23, l’Allemagne ayant proposé de l’assumer techniquement chez elle.

On a pu voir Timoci Naulusala, un Fidjien de 12 ans, s’exprimant à la tribune pour parler de la catastrophe provoquée par le cyclone Winston de 2016 :

« Ma maison, mon école, ma source de nourriture, d’eau, d’argent, ont été détruites. Ma vie était un chaos. Je me suis demandé : Que se passe-t-il ? Que vais-je faire ? »

Ce jeu sur l’émotion s’est également accompagné de la mise en place d’un « dialogue de Talanoa ». Le mot est fidjien et signifie « parler avec le cœur » !

On en arrive à un point où pour y croire encore, il faut faire plus que semblant : il faut pratiquement passer dans le mysticisme.

La COP23 a été un accompagnement de plus à la catastrophe en cours, un faire-valoir pour les gouvernants, un gage de bonne conscience pour les gouvernés…

A un moment, il faudra bien faire semblant de prendre des décisions, bien sûr. Mais il s’agit de repousser cela le plus possible, comme pour éviter toute responsabilité.

C’est l’ultra-individualisme des gens, mais à l’échelle des Etats. C’est la raison pour laquelle il a été décidé de voir… l’année prochaine où en est la situation des cent milliards de dollars promis chaque année, à partir de 2020, aux pays subissant des « pertes et dommages » en raison du réchauffement climatique.

Repousser toujours davantage les décisions, prétendre que la prochaine sera la bonne : voilà le sens des COP et la COP23 ne déroge pas à la règle.

Discours d’Emmanuel Macron à la COP23 à Bonn

On en avait que des bribes mais ça y est l’Elysée a mis en ligne le discours d’Emmanuel Macron lors de sa visite à la COP23. C’est un document important, car il est prétentieux et vaniteux, et sera donc utile demain pour dénoncer les mensonges et les faiblesses.

C’est toute une génération restée passive, ayant fait le choix de l’ignorance, qui sera jugée demain.

Discours du Président de la République, Emmanuel Macron, lors de la COP23 à Bonn

Monsieur le Premier ministre des îles Fidji, président de la COP23 ;

Madame la chancelière, chère Angela ;

Mesdames et messieurs les chefs d’État et de gouvernement ;

Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies ;

Monsieur le président de l’Assemblée générale des Nations Unies ;

Mesdames et messieurs.

Depuis vingt-cinq ans, chaque année, depuis le sommet de la terre à Rio en 1992, la communauté scientifique nous envoie des messages d’alerte. Les 15 000 scientifiques qui il y a quelques jours ont à nouveau écrit l’ont encore rappelé.

Le seuil de l’irréversible a été franchi. Les évènements climatiques s’intensifient et se multiplient. La France l’a vécu aux Antilles il y a quelques semaines, sur l’île de Saint-Martin. Plusieurs d’entre vous l’ont aussi vécu ces derniers mois ou ces dernières années.

Les équilibres de la planète sont prêts à rompre, comme le traduisent le réchauffement des océans ou la disparition de nombreuses espèces menacées. L’ensemble de l’humanité est ainsi touché, en particulier les populations les plus vulnérables. Car le dérèglement climatique ajoute l’injustice à l’injustice, ajoute de la pauvreté à la pauvreté, ajoute de l’insécurité à l’insécurité. Il touche en particulier ceux qui sont déjà les plus fragiles.

En cela la lutte contre le dérèglement climatique est bien l’un des combats majeurs de notre temps. Ce combat, il se joue sur la scène internationale et c’est l’objet même de cette conférence.

Nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux. L’accord de Paris signé il y a presque deux ans est bien là. Il est, comme la chancelière vient de le rappeler, un point de départ, mais un point de départ auquel nous tenons, et sur lequel nous ne lâcherons rien.

Ce point de départ fixe d’ici à 2100 un objectif d’augmentation d’1,5 degré en moyenne de la température du globe. Nous sommes aujourd’hui au-dessus de 3 degrés. Si nous continuons comme nous le faisons aujourd’hui, quels que soient les efforts déjà faits ces dernières années, cela veut dire que nous acceptons tacitement, collectivement ici la disparition d’un bon nombre des populations ici représentées. Qu’à horizon 2100 nous acceptons aujourd’hui tacitement que nombre de peuples qui sont là représentés disparaitront. Nous n’y sommes pas prêts.

Alors cela suppose un engagement fort. Je veux saluer l’engagement du Maroc et de Fidji pour la COP de l’année dernière et celle que vous présidez aujourd’hui, et l’engagement de toutes celles et ceux qui présents dans cette salle continuent à œuvrer sur le plan international.

Mais il nous faut maintenant des engagements clairs et fermes. Sur le plan international, nous avons besoin d’une expertise scientifique, d’un débat scientifique constamment alimenté qui éclaire la décision.

Le GIEC est l’une des composantes majeures de ce travail. Or il est aujourd’hui menacé ; menacé par la décision des Etats-Unis de ne pas garantir leur financement. Je souhaite donc que l’Europe se substitue aux Américains et je veux ici vous dire que la France sera au rendez-vous. Je souhaite que le maximum d’Etats européens puissent à nos côtés, ensemble, compenser la perte de financement américain. Je peux vous garantir d’ores et déjà qu’à partir de 2018, pas un centime ne manquera au GIEC pour fonctionner, avancer et continuer à éclairer nos décisions.

Nous devons accélérer la mise en œuvre effective de l’accord de Paris et donc prendre des engagements qui impliqueront la responsabilité des gouvernements, des collectivités locales, du secteur privé ; c’est l’objectif d’abord des négociations que vous conduisez, monsieur le président, et je souhaite que tous les pays prennent leur responsabilité pour ne rien remettre en cause des équilibres décidés il y a deux ans.

Mais au-delà de ces décisions qui impliquent l’esprit de responsabilité de chacune et de chacun, nous devons aussi mettre en œuvre les décisions, nous devons obtenir les premiers résultats. Et c’est l’objectif, la chancelière vient de le rappeler, avec vous tous, que le secrétaire général des Nations Unies, le président de la Banque mondiale ont souhaité porter pour le 12 décembre prochain à Paris : pouvoir nous réunir et mettre en évidence les premiers résultats concrets, les premières perspectives à venir, et surtout mobiliser les financements publics et privés qui permettront de le faire.

Ce sont donc les fondations, le secteur privé, les villes, les régions et les Etats qui seront mobilisés avec un plan de bataille concret et avec une liste des premières victoires de ces derniers mois, des victoires en cours mais aussi le plan de bataille à venir.

Ce que je souhaite et que je nous fixe comme objectif collectif pour le Sommet du 12 décembre, c’est de montrer que les villes et le secteur privé américain sauront compenser la totalité de l’engagement américain en faveur de l’action climatique.

Mais au-delà de cet objectif, l’ensemble des financements régionaux, publics et privés que nous mobilisons permettront de donner, en particulier aux Etats les plus vulnérables, une vraie feuille de route, des financements pour pouvoir innover et être au rendez-vous de la transition environnementale indispensable.

Nous devrons aussi acter dans les prochains mois une transformation profonde de notre aide internationale en la matière, afin d’aider à l’adaptation, afin de marquer notre solidarité collective à la transition climatique dont les plus pays les plus vulnérables ont besoin.

Au niveau européen nous devons aussi nous engager avec un objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre, la chancelière vient de le rappeler très clairement ; et pour ce qui est de la France avec 4 priorités en la matière.

La première, de favoriser, d’encourager et de participer activement au financement de toutes les interconnexions dont nous avons besoin. Entre l’Allemagne et la France mais aussi pour ce qui est de notre pays avec l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, le Benelux, le Portugal.

Ces interconnexions, c’est la garantie de mieux utiliser les énergies renouvelables partout sur notre continent et en particulier au sein de l’Union européenne, et c’est la garantie d’accélérer la réduction des gaz à effet de serre et des productions les moins compatibles avec cette stratégie.

La deuxième priorité, c’est d’avoir un prix plancher du CO2 en Europe. Et je suis favorable à ce que nous puissions dans les prochains mois acter, comme nous l’avons déjà dessiné, d’un vrai prix à 30 euros la tonne pour le CO2, ce qui on le sait est le prix de référence qui permettra de changer durablement les comportements, de transformer les priorités de nos investisseurs, de nos acteurs industriels et dans aucun pays européen ce ne sera facile.

Partout nous aurons des industriels qui essayeront de demander du temps, de ne pas convenir d’un tel objectif ; et je n’ignore rien des défis que cela pose dans chacun de nos pays, mais si nous ne faisons pas cette politique nous transformerons nos comportements collectifs et jamais l’Europe ne sera au rendez-vous de ce qui est attendu d’elle.

Cela suppose à côté de ça des mesures d’accompagnement indispensables ; cela suppose aussi des vraies décisions à nos frontières, et en particulier une taxe aux frontières qui permettra aussi de protéger nos secteurs économiques face à l’importation venant de pays qui ne respectent pas du tout les mêmes objectifs et décident de ne pas s’engager dans cette transition environnementale.

Ce prix-plancher du CO2, c’est l’étape après le très bel accord obtenu la semaine dernière par la Commission, le Conseil et le Parlement européen que vient de saluer la chancelière Angela MERKEL, l’accord sur les ETS qui va dans le bon sens mais qui doit dans l’année qui vient être complété.

Le troisième axe sur lequel nous avons besoin d’avancer au niveau européen, c’est l’intégration des objectifs environnementaux dans notre politique commerciale. Si nous voulons avancer de manière crédible nous devons renforcer nos investissements, renforcer la transformation de nos secteurs industriels pour être plus conformes à ces objectifs environnementaux, mais il nous faut aussi lorsque nous négocions des accords commerciaux intégrer cette contrepartie environnementale prise en compte, et ne pas négocier des accords avec des pays qui ne jouent pas le jeu ou qui sont moins ambitieux que nous, puisque cela viendrait diminuer nos ambitions collectives.

Enfin, il nous faut travailler sur l’accélération de la montée des énergies renouvelables. Et si nous voulons qu’elles continuent à se développer pour se substituer réellement à des énergies dites non intermittentes, nous avons besoin d’avancer sur le stockage de l’énergie.

C’est la vraie disruption sur le plan scientifique et industriel et c’est pourquoi je sais qu’avec la chancelière nous sommes pleinement engagés sur ce terrain. Nous allons ensemble favoriser les investissements européens qui vont vers le stockage des énergies et avancer ensemble tout particulièrement sur des projets industriels scientifiques conjoints pour financer l’innovation de rupture en matière de stockage de l’énergie, financer les rapprochements industriels qui permettront d’avancer dans la batterie et dans toutes les technologies qui permettront d’aller plus vite dans cette transformation.

Enfin, pour ce qui relève de la France, nous devons accélérer cette transformation avec une obsession, celle de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, nous nous sommes engagés durant les derniers mois – et ce fut l’engagement ferme au sein de mon gouvernement du ministre d’Etat Nicolas HULOT – nous nous sommes engagés clairement pour une sortie de la production des énergies fossiles et une vraie transformation de notre modèle de production.

Ainsi la France a-t-elle décidé la fermeture de toutes les centrales à charbon d’ici la fin de l’année 2021, l’absence de toute construction de nouvelles centrales thermiques, et surtout à travers un projet de loi hydrocarbure voté à l’Assemblée nationale et qui sera parachevé dans les prochaines semaines, l’interdiction de tout nouveau permis d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures dans notre pays. C’est la première fois qu’un pays développé décide pour son propre territoire d’une telle politique ; nous l’assumons parce que c’est celle qui est indispensable pour être au rendez-vous du climat et de la transition que nous avons actée.

Cette transformation, elle implique aussi d’accélérer la montée en puissance des énergies renouvelables. Et donc pour se faire, de pouvoir accélérer les mutations technologiques que je viens d’évoquer et ce partenariat européen. Et que personne ne se trompe ici, prétendre que nous devrions accélérer les fermetures de centrales nucléaires sans avoir répondu préalablement à cela, c’est nous condamner dans les prochaines années à rouvrir des centrales à charbon ou des centrales thermiques. Et donc faire l’inverse de ce que nous sommes en train de nous engager à faire.

La priorité, c’est la baisse des émissions, la priorité c’est de baisser les émissions de gaz à effet de serre et donc la politique CO2, c’est celle-ci dans laquelle le gouvernement est pleinement engagé et aura des résultats dans les prochaines années.

Cette priorité, c’est aussi celle du plan climat qui a décidé pour la mobilité, d’une part d’engager une politique fiscale inédite permettant de faire converger l’ensemble des modes de transport pour des meilleurs résultats en terme là aussi d’émissions de carbone et d’émissions de particules, et c’est l’objectif que nous nous sommes fixés d’ici à vingt ans de supprimer les véhicules contribuant à l’effet de serre.

Engagement ferme de l’État, de l’ensemble des industriels dans lequel nous avons donc décidé d’entrer.

Et c’est aussi le même engagement qui nous conduit à investir massivement dans la rénovation thermique des bâtiments, dans l’efficacité énergétique et dans une vraie politique d’investissement dans la transformation de notre modèle énergétique industriel et économique.

Le plan climat qui a été présenté par le ministre est un plan courageux. Aucun recul sur notre engagement sur le climat n’a été fait, au contraire ; des décisions responsables ont été prises qui ont abandonné les fétiches irréalistes mais ont pris avant tout un agenda de décisions crédibles, volontaristes qui supposera l’engagement de tous. J’y veillerai et je m’en porte ici garant.

Les pays riches, mesdames et messieurs, ont une double responsabilité. Nous avons participé au changement climatique, nous avons participé à la transformation de l’ère industrielle et contemporaine avec tous les effets que nous connaissons ; nous devons donc participer aujourd’hui activement à la transition climatique et à l’atténuation de ses effets.

Au siècle dernier, les pays riches ont imposé au monde leur modèle industriel, aujourd’hui il leur est interdit d’imposer au monde leur propre tragédie. Nous n’avons donc qu’une obsession : l’action ; nous n’avons qu’un horizon : c’est maintenant.

Je vous remercie.

Ouverture de la COP23

Aujourd’hui s’ouvre la COP23, c’est-à-dire la Conférence de Bonn de 2017 sur les changements climatiques. Ce sont les îles Fidji qui président cette conférence, qui a lieu par contre en Allemagne, en raison de l’incapacité d’accueillir celle-ci en plein milieu du Pacifique.

Cette conférence se veut naturellement dans le prolongement des précédentes, notamment la fameuse COP21. A l’époque, il y avait bien peu de critiques, aussi documentons-nous le document officiel de l’ONU publié à la veille de la conférence.

Il y a trois bonnes raisons de le faire : tout d’abord, il est important de valoriser l’ONU, dans la mesure où  la solution ne peut qu’être mondiale, avec une vision biocentrée, où la Terre est considérée comme un ensemble organisé devant être au centre de nos préoccupations.

L’ONU n’est ici pas à la hauteur : c’est le second sens de l’intérêt du document, qu’on peut comparer avec les multiples articles de bilan que nous avions fait de la COP21.

La troisième raison est tout aussi importante : le document rappelle des faits, en toute objectivité. L’ONU a d’ailleurs publié un nouveau rapport (en anglais uniquement, ce qui est absurde) sur la situation des émissions de gaz à effet de serre.

La situation exige un engagement complet, un affrontement avec les forces de destruction. Il faut une conscience mondiale et engagée, en aucun cas un esprit de repli et de fuite.

Les engagements pris à Paris couvrent seulement un tiers des mesures nécessaires pour éviter les conséquences les plus dramatiques des changements climatiques

Selon une nouvelle étude de l’ONU, il faut que les gouvernements et les acteurs non-étatiques fassent preuve d’ambitions à la hausse afin de garantir que les objectifs de l’Accord de Paris puissent encore être atteints.

La huitième édition du rapport annuel de l’ONU sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions, publié en amont de la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques à Bonn, révèle que les engagements pris par les pays au niveau national ne représentent qu’un tiers des réductions d’émissions nécessaires à l’horizon 2030 pour respecter les objectifs relatifs à la lutte contre les changements climatiques.

Les mesures prises par le secteur privé et les mesures à l’échelle infranationales ne se multiplient pas à un rythme qui permettrait de combler cet écart inquiétant.

L’Accord de Paris vise à limiter le réchauffement climatique en-deçà des 2°C mais un objectif encore plus ambitieux de 1,5°C est également suggéré. Atteindre ces objectifs réduirait la probabilité de sérieuses conséquences climatiques nocives pour la santé des êtres humains, pour les moyens de subsistance et les économies du monde entier.

Dans l’état actuel des choses, une mise en œuvre complète des contributions prévues déterminées au niveau national conditionnelles et inconditionnelles entraînerait très probablement une augmentation des températures d’au moins 3°C à l’horizon 2100 – « inconditionnelles » signifie que les gouvernements seront tenus de prendre des engagements bien plus importants lorsque ceux-ci seront révisés en 2020.

Dans le cas de figure où les Etats-Unis donneraient suite à leur intention déclarée de quitter l’Accord de Paris en 2020, le scénario pourrait se révéler encore plus sombre.

Cependant, le rapport présente des solutions pratiques pour réduire drastiquement les émissions de CO2 grâce à des mesures d’atténuation en développement rapide basées sur des modèles existants dans les domaines de l’agriculture, des bâtiments, de l’énergie, de la foresterie, de l’industrie et des transports.

Des mesures fortes pour la réduction des forceurs climatiques tels que les hydrofluorocarbones, par le biais de l’amendement de Kigali au Protocole de Montréal, et à d’autres polluants à courte durée de vie comme le carbone noir, pourraient aussi grandement contribuer à réduire les émissions de CO2.

« Un an après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, nous nous retrouvons dans une situation où les efforts sont encore insuffisants pour éviter un avenir misérable à des centaines de millions de personnes », affirme Erik Solheim, le patron de l’ONU Environnement.

« C’est inacceptable. Si nous investissons dans les technologies adéquates en nous assurant que le secteur privé soit impliqué, il est possible de respecter la promesse que nous avons faites à nos enfants de protéger leur avenir. Il faut que nous nous y attelions dès maintenant. »

Les émissions de CO2 ont été stables en 2014, en partie grâce à la transition vers des sources d’énergies renouvelables, notamment en Chine et en Inde. Cela a suscité l’espoir que le pic des émissions ait été atteint et allait désormais suivre une trajectoire à la baisse à l’horizon 2020. Cependant, le rapport révèle que d’autres gaz à effet de serre, comme le méthane, continuent à augmenter et que l’accélération de la croissance économique mondiale pourrait être responsables d’une hausse des émissions de CO2.

Le rapport démontre que les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris déboucheraient sur des émissions à hauteur de 11 à 13,5 gigatonnes d’équivalent de dioxyde de carbone (Gt éq-CO2) en 2030, au-dessus du niveau nécessaire pour maintenir le monde sur la voie la moins coûteuse et pour atteindre l’objectif des 2°C de hausse des températures.

Une gigatonne est l’équivalent environ d’une année d’émissions produites par le secteur des transports dans l’Union Européenne (dont l’aviation).

Selon de nouvelles études récemment publiées, l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions pour atteindre l’objectif de 1,5°C de réchauffement se situe entre 16 et 19 Gt éq-CO2, plus important que celui prévu auparavant.

« L’accord de Paris a donné un nouvel élan aux mesures pour lutter contre les changements climatiques, mais cet élan faiblit », déclare Edgar E. Gutiérrez-Espeleta, ministre de l’environnement et de l’énergie du Costa Rica et Président de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement 2017. « Nous faisons face à des choix douloureux : renforcer nos ambitions ou subir les conséquences de leur affaiblissement. »

Investir dans les technologies est la clé du succès

Afin d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, les gouvernements (y compris en revoyant leurs engagements à la hausse), le secteur privé, les villes et les autres parties prenantes doivent absolument poursuivre les mesures initiées qui déboucheront sur des réductions d’émissions rapides et profondes.

Le rapport détaille différentes façons pour y parvenir, particulièrement dans le domaine de l’agriculture, du bâtiment, de l’énergie, de la foresterie, de l’industrie et du transport. Les investissements dans les technologies spécifiques à ces secteur – d’un coût inférieur à 100 dollars par tonne de CO2 évitée, et souvent beaucoup moindre – pourrait contribuer à éviter jusqu’à 36 Gt éq-CO2 par an à l’horizon 2030.

Une grande partie du potentiel de l’ensemble des secteurs découle de l’investissement dans l’énergie solaire et éolienne, des appareils électroménagers efficaces, des voitures particulières efficaces, du boisement et de l’arrêt de la déforestation. Si l’industrie se concentrait uniquement sur les actions recommandées dans ces domaines – dont les coûts sont modestes ou même négatifs – les émissions pourraient être réduites jusqu’à 22 Gt éq-CO2 en 2030.

À elles seules, ces réductions mettraient le monde sur la bonne voie pour atteindre l’objectif des 2°C et ouvriraient la possibilité d’atteindre la cible ambitieuse de 1,5°C.

Mesures non étatique et autres initiatives

Les mesures promises par des organismes non étatiques et infranationaux (tels que les villes et le secteur privé) pourraient réduire l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions de 2030 de quelques Gt éq-CO2, ceci même en tenant compte du chevauchement avec les contributions déterminées au niveau national.

Par exemple, les 100 sociétés cotées en bourse responsables des émissions les plus importantes au monde représentent environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui révèle une énorme marge de manœuvre pour aspirer à un niveau d’ambition accru.

L’amendement de Kigali au Protocole de Montréal vise à éliminer l’utilisation et la production d’hydrofluorocarbones – des produits chimiques principalement utilisés dans la climatisation, la réfrigération et la mousse isolante.

Même s’il était mis en œuvre avec succès, il interviendrait trop tard pour avoir une influence sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions en 2030, mais il pourrait cependant contribuer de manière significative à atteindre les objectifs relatifs à la hausse des températures sur le plus long terme.

D’ici le milieu du siècle, la réduction des polluants climatiques à courte durée de vie, tels que le carbone noir et le méthane, pourrait réduire les impacts basés sur l’absorption de chaleur cumulative et aider à maintenir une trajectoire stable et plus basse des températures en accord avec les objectifs à long terme de l’Accord de Paris.

En outre, alors que le G20 est collectivement sur la bonne voie pour respecter ses engagement relatifs au climat pris à Cancún pour l’année 2020, ils ne sont pas suffisamment ambitieux pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris (voir l’analyse ci-jointe des engagements pris à Cancun).

Bien que l’année 2020 approche à grands pas, les pays du G20 peuvent encore conduire des mesures qui mèneront à des réductions d’émissions à court terme et ouvriront la voie à d’autres changements au cours de la prochaine décennie.

Ne pas ouvrir de nouvelles centrales électriques alimentées au charbon et accélérer la suppression progressive des centrales existantes – en veillant à la bonne gestion des problèmes tels que l’emploi, les intérêts des investisseurs et la stabilité du réseau – serait d’une grande aide.

On estime à 6 683 le nombre de centrales au charbon exploitées dans le monde, d’une capacité combinée de 1 964 GW. Si ces centrales étaient exploitées jusqu’au terme de leur durée de vie et n’étaient pas réaménagées avec le captage et le stockage du carbone, elles émettraient 190 Gt de CO2 accumulées.

Au début de l’année 2017, 273 GW supplémentaires des capacités de production d’électricité à partir du charbon étaient en construction et 570 GW en pré-construction. Ces nouvelles centrales pourraient générer des émissions cumulées supplémentaires d’environ 150 Gt de CO2.

Dix pays constituent environ 85 % de l’ensemble du pipeline de charbon : la Chine, l’Inde, la Turquie, l’Indonésie, le Vietnam, le Japon, l’Égypte, le Bangladesh, le Pakistan et la République de Corée.

Le rapport examine également l’élimination du CO2 de l’atmosphère grâce au boisement, reboisement, à la gestion des forêts, la restauration des terres dégradées et l’amélioration des stocks de carbone dans les sols – comme autant de solutions pour la prises de mesures favorisant une réduction des émissions.

De plus, un nouveau rapport publié par la Coalition 1 Gigatonne ce même jour montre que les projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique soutenus par les partenaires dans les pays en développement peuvent réduire de 1,4 Gt éq-CO2 d’ici 2020 – à condition que la communauté internationale aide les pays en développement à s’adapter aux changements climatiques et à réduire leurs émissions.

« Les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ont de nombreux avantages, notamment une meilleure santé pour les êtres humains et de nouveaux emplois, j’exhorte donc la communauté internationale à fournir les fonds promis pour soutenir les pays en développement dans leur mesures pour lutter contre les changements climatiques », a déclaré Mme Ine Eriksen Søreide, ministre des Affaires étrangères norvégienne.

« Les projets et les politiques en faveur des énergies renouvelable et de l’efficacité énergétique soutenus par les partenaires sont vitaux pour la décarbonisation mondiale, car ils fournissent des ressources clés et créent des environnements favorables dans les régions critiques. »

La Coalition 1 Gigatonne est soutenue par ONU Environnement et le gouvernement norvégien.

Les avantages d’une société sobre en carbone pour la réduction de la pollution mondiale – qui permettraient par exemple d’éviter des millions de décès liés à la pollution atmosphérique chaque année – sont également clairement illustrés dans Vers une planète sans pollution, un rapport du directeur exécutif d’ONU Environnement qui sera présenté à la prochaine Assemblée des Nations Unies pour l’environnement. Le rapport présente un cadre ambitieux pour lutter contre la pollution, grâce au leadership politique ou la consommation et la production durables et en investissant massivement dans le développement durable.

La COP22

Du 7 au 18 novembre s’est tenue à Marrakech la 22ème « Conférence des parties à la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques », c’est-à-dire la COP22.

Le roi Mohammed VI a exprimé à cette occasion, dans une longue phrase :

« ses remerciements et sa Haute considération, pour les efforts louables entrepris par le Comité d’organisation et le Comité de pilotage, ainsi que par les différentes autorités locales et territoriales, la sûreté nationale, les forces militaires et auxiliaires, les acteurs du secteur privé, les organisations de la société civile et les habitants de la ville de Marrakech en général ».

La COP22 a salué dans le même esprit le roi Mohammed VI, dans une longue phrase également :

« Nous, Chefs d’États, de Gouvernements, et Délégations, rassemblés à Marrakech, en sol Africain, pour la Vingt-deuxième session de la Conférence des Parties, la douzième session de la Conférence des Parties agissant comme réunion des Parties au Protocole de Kyoto et la Première session de la Conférence des Parties agissant comme réunion des Parties à l’Accord de Paris, à la gracieuse invitation de Sa Majesté le Roi du Maroc, Mohammed VI, prononçons cette proclamation afin de signaler un changement vers une nouvelle ère de mise en œuvre et d’action en faveur du climat et du développement durable. »

Bref, on a compris qu’on était dans un environnement très feutré, très aseptisé, très technocratique, avec une dose énorme d’auto-satisfaction, perturbé il est vrai par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, celui-ci étant un « climato-sceptique » notoire.

Voici un exemple de ce que celui-ci peut raconter :

« Je ne crois pas au changement climatique, c’est juste de la météo. Ça a toujours été comme ça, le temps change, il y a des tempêtes, de la pluie, et des belles journées. »

Cela donne le ton, mais cela n’empêche pas non plus le gouvernement américain d’annoncer à la COP22 qu’en 2050, les États-Unis produiront 80 % de CO2 en moins par rapport à 2005.

Une promesse donc entièrement gratuite, puisque Obama part et est remplacé par Trump… Mais les promesses n’engagent, on le sait bien, que ceux qui y croient.

D’ailleurs, Donald Trump a annoncé qu’il supprimerait l’Agence de protection de l’environnement américaine. Et en attendant, il a nommé à sa tête Myron Ebell, qui dirige depuis 1997 une coalition de groupes et de réseaux combattant le « mythe du réchauffement climatique ».

De toutes manières, Donald Trump a également raconté que les Etats-Unis devaient sortir des COP. Alors, quand on voit cela, les promesses américaines…

Mais les autres pays riches sont de toutes façons également sur la même longueur d’onde, avec plus d’hypocrisie, un style différent.

Par exemple, chaque année, de 142 à 178 milliards d’euros sont donnés comme aides publiques pour l’usage des énergies fossiles par les 34 pays les plus riches.

C’est une somme gigantesque, qui montre bien que les priorités restent économiques.

Rappelons au passage que les mesures de la COP21 ne sont nullement obligatoires pour les pays l’ayant signé. Cela en dit long sur l’authenticité de l’engagement dans la COP21. En fait, tant qu’il y a un semblant d’unité, il y a quelques pas en avant, mais dans le fond la démarche n’est pas nécessaire et à la première grande occasion, ce sera le chacun pour soi.

Les mentalités sont déjà prêtes, d’ailleurs, vu le succès des populistes nationalistes, de Trump à Poutine ou Marine Le Pen ici, qui prône le refus de voir les choses autrement que de manière la plus étroite, dans le respect des « traditions », du conservatisme, etc.

Cette ambiance n’empêche pas la « déclaration de Marrakech » de faire dans le satisfecit complet :

« Cette année, nous avons assisté, à un élan extraordinaire en matière de lutte contre les changements climatiques, partout dans le monde, ainsi que dans de nombreux fora multilatéraux.

Cet élan est irréversible – il est guidé non seulement par les gouvernements, mais également par la science, par le monde des entreprises ainsi que par une action mondiale de tous types et à tous niveaux. »

Ce qui est absolument fascinant dans cette explication, c’est que la population n’est pas mentionnée. On a les gouvernements, les scientifiques, les entreprises, une bien mystérieuse « action mondiale de tous types et à tous niveaux ».

Mais on n’a pas les gens. La population est totalement laissée à l’écart, ce qui est logique : si le refus du réchauffement climatique était populaire, alors ce serait la révolution, car les gens verraient qui est qui, qui fait quoi.

On l’a bien vu avec la COP21 à Paris : la population est restée à l’écart. On l’a mise à l’écart, mais il n’y a également eu aucune mobilisation populaire, dans le sens d’une lutte sérieuse.

Le contexte des attentats n’explique pas tout et après tout la mobilisation contre la loi travail a bien eu lieu. Non, le fait est que les gens font confiance aux dominants, tout comme à l’arrière-plan ils acceptent le principe comme quoi les intérêts de son propre pays doivent être privilégiées.

L’égoïsme de Marine Le Pen est ici le pendant de l’hypocrisie de François Hollande pendant la COP21. Ce dernier était d’ailleurs à Marrakech, pour la COP22… Mais en même temps pour le sommet des chefs d’État et de gouvernement Africains !

On reconnaît ici le sens des priorités, l’horrible pragmatisme des dominants, qui ne font même pas vraiment semblant…

Voici également ce que François Hollande a entre autres expliqué :

« La France, vous le savez, avait présidé la COP21 et avait été très fière qu’à Paris, il puisse y avoir un accord universel contraignant qui engage le monde.

Donc, venant ici à Marrakech dans un contexte que chacun connait, où il pouvait y avoir à la fois de l’espoir et des doutes, il était très important qu’au nom de la France, mais aussi au nom des 110 pays qui ont ratifié l’Accord de Paris, je puisse affirmer que cet Accord est irréversible.

Il est irréversible en droit, parce qu’en moins d’un an il a pu entrer en vigueur, irréversible dans les faits, parce qu’il y a un mouvement, une mobilisation des acteurs privés, publics, gouvernements, entreprises, organisations non gouvernementales qui fait que ce mouvement est irrépressible, inarrêtable et inaltérable.

Et puis, il est irrépressible aussi parce que dans les consciences, il est maintenant acté que l’enjeu climatique est un enjeu commun et qu’il concerne aussi bien des îles qui sont menacées pour leur propre survie que des grands continents, des pays immenses qui sont touchés par des catastrophes. »

C’est naturellement de la poudre aux yeux, car il n’y a rien de contraignant. Mais voici également ce qu’il précise, et qui montre très bien ce que signifie la COP21 pour la France : une manière de se renforcer économiquement en Afrique…

« Nous sommes à Marrakech, au Maroc, il y aura d’autres rendez-vous avec l’Afrique mais ici l’Afrique était représentée au plus haut niveau parce qu’elle avait compris qu’elle était au cœur du projet climatique.

C’est également notre intérêt commun. Pas simplement un acte de solidarité, pas simplement une volonté -qui suffirait d’ailleurs- de préserver la planète, mais parce que c’est aussi la sécurité de nos deux continents qui est en cause.

Si nous voulons limiter ou réduire ou empêcher l’immigration c’est en luttant contre le réchauffement climatique et en assurant la sécurité du continent. Si nous voulons qu’il y ait un développement en Afrique qui puisse être une source de croissance en Europe c’est à travers le plan que nous pouvons lancer aujourd’hui.

Si nous voulons qu’il y ait ce partage des technologies, c’est avec l’Afrique que nous devons l’engager et la France est particulièrement bien placée pour jouer ce rôle. »

La France est « particulièrement bien placée » : voilà ce qui compte. L’écologie n’est qu’un faire-valoir économique, permettant de se donner une bonne image (comme souvent aux dépens des Etats-Unis), d’organiser des investissements nouveaux, d’élargir son influence…

Une écologie néo-coloniale, opportuniste, sans contenu, ce qui ne doit pas nous étonner !

Nicolas Hulot avoue sa position sur la COP 21

Après le show pour l’opinion publique, la “vérité” pour les décideurs, hauts fonctionnaires et cadres d’entreprises, dans le journal Le Monde! Nicolas Hulot n’aura pas été démocratique jusqu’au bout.

On aurait bien aimé l’entendre dire ce qu’il ose expliquer dans le Monde… A savoir que rien n’a été mis en place, que les dirigeants ne veulent pas, que l’écologie n’est présente nulle part!

Cela aurait été franc et son appui consensuel factice n’aurait pas contribué à désarmer la population sur cette question… Mais justement il n’est pas démocratique, il se contente de reproches aux “décideurs”, de quémander aux grandes entreprises…

“La vaste farce de la COP 21”

Voici une intéressante lettre du courrier des lecteurs de Clicanoo, un journal de la Réunion. Elle synthétise bien ce que tout observateur un tant soit peu sérieux peut comprendre de la COP 21.

Mieux encore, elle doit inspirer: nombreuses sont les personnes ayant compris que la COP 21 avait failli. Que vont faire ces personnes? Vont-elles se replier sur elles-mêmes, ou se lancer dans la bataille pour la planète? Comment ont-elles saisi les enjeux?

Pour les gens sans conscience, la COP 21 a été un fait divers parmi d’autres. En réalité, son impact va être immense, tant positivement que négativement : le soulèvement pour la Nature est inévitable.

La vaste farce de la COP 21

Une très longue ovation a clôturé la fin de la comédie écolo de la COP 21 aboutissant à des obligations non contraignantes telles que :

– Tous les 5 ans,un mécanisme de contrôle du respect des engagements sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre pris par les États s’effectuera en 2025 sur la base du volontariat. Les méchants contrôleurs seront… les États eux-mêmes !

– Un fonds de 100 milliards de dollars sera abondé par les pays riches,sur la base du volontariat pour aider les plus pauvres à réguler leurs émissions à partir de 2020 ! La Chine (la nation la plus riche et la plus polluante au monde) s’est exclue de ce dispositif ! Au vu des délais, autant dire que c’est renvoyé aux calendes grecques.

Pour rappel,10% des États parmi les plus riches sont responsables de 50% des émissions polluantes de la Terre.

– Les 195 États ont jusqu’à avril 2017 pour signer ce traité et,ensuite, devront le faire ratifier par leur parlement. Enfin,cerise sur le gâteau (c’est là qu’on s’aperçoit de la force des multinationales dans leur travail de lobbying), cet accord contraignant sur la base du volontariat (sic) ne s’appliquera que si au moins 55 États représentant 55% des émissions le ratifient.

Avant la Conférence, chaque État devait dire qu’elle serait sa contribution volontaire de réduction d’ici 2030 (pourquoi pas 2060 ou 2080 ?).

Mais aucune sanction n’est prévue. Sur proposition des USA (2e pollueur mondial), une mauvaise publicité serait faite à l’encontre du pays réticent à respecter ses pseudo-engagements pour qu’il ait honte !

C’est tellement ridicule qu’on se croirait dans une cour de récréation de maternelle et ce serait risible s’il n’y avait pas l’enjeu de la survie de l’espèce humaine.

Et dire que les USA sont capables de faire signer des accords commerciaux comportant de très fortes pénalités pour les États et de les faire juger par des tribunaux internationaux de coquins à leur solde.

En cas de signature du TAFTA (Europe/USA), si un État veut restreindre l’exploitation de gaz de schiste ou veut favoriser par des incitations fiscales le développement de l’énergie solaire, toute multinationale pollueuse pourra lui demander de très importants dommages et intérêts pour tout risque de diminution de profits possibles.

L’Union Européenne a adopté un double langage au cours de cette COP 21 : favorable dans le discours, mais très réticente en coulisses vis-à-vis de toute réglementation climatique qui pourrait entraver le libre-échange commercial entre blocs économiques signataires.

La montagne a encore accouché d’une souris,elle-même déjà mal barrée pour un renouvellement de la future espèce intelligente à l’instar de celle qui a vu notre émergence (suite à une très longue évolution des espèces) après l’extinction des dinosaures il y a 65 millions d’années.

Le citoyen pas si naïf

“Fin de la Cop21 : un accord universel à suivre de près…”

Voici le point de vue d’Europe Ecologie Les Verts sur la COP 21. On remarquera qu’il est présenté de manière très technocratique, et pour cause : son auteur, Lucile Schmid, a fait Sciences-Po et l’ENA, travaillant à de multiples postes de haut fonctionnaire, membre du Parti Socialiste pendant des années, avant de rejoindre EELV en 2010.

À 19h29 le 12 décembre 2015, les 195 pays réunis à Paris ont adopté à l’unanimité un accord pour limiter le réchauffement climatique. Après 24 heures de prolongation, les points de blocage ont été surmontés.

L’accord reflète dans son équilibre général la persistance de réelles divergences dues à la très grande diversité des situations nationales.

Mais c’est un véritable succès d’avoir réussi à obtenir une approbation universelle – l’accord de Kyoto ne portait au final que sur 15% des émissions de CO2 mondiales – cet accord de Paris permet donc de trouver un socle commun de discussion et de dynamique vers une économie décarbonée pour l’avenir.

L’accord sera définitivement signé en avril 2016 et entrera en vigueur en 2020.

On peut en retenir la garantie d’un financement à hauteur d’un plancher de 100 milliards de dollars à compter de 2020 qui était un sujet essentiel pour que la confiance soit établie entre les pays occidentaux et le groupe des 77, la confirmation du mécanisme de révision tous les 5 ans à compter là encore de 2020, ou la confirmation du principe de responsabilité commune mais différenciée qui fonde l’approche des COP et conduit à reconnaître que les efforts à mener pour aboutir à l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre doivent être proportionnés aux responsabilités et moyens de chaque pays.

Les Etats insulaires ont obtenu que l’accord mentionne l’objectif de contenir en dessous de 2 degrés le réchauffement climatique si possible à à 1,5 degrés, limite au-dessus de laquelle de nombreux états insulaires seront en effet submergés.

C’est une surprise lorsqu’au début de la négociation seul l’objectif de 2 degrés était communément évoqué.

Mais cette victoire a un prix. L’objectif de réduction des émissions à long terme est particulièrement flou et ne constitue pas une contrainte.

Il est juste prévu de « viser un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre dès que possible «.

Pour mémoire le GIEC juge nécessaire de baisser de 40 à 70% les émissions de GES d’ici 2050 pour se situer dans une trajectoire de réchauffement à deux degrés.

Jean Jouzel,  ancien vice-président du GIEC, a dans les heures qui ont suivi l’adoption de l’accord alerté sur le fait que se fixer un objectif de 1,5 degrés sans y adjoindre les contraintes correspondantes n’avait pas de sens. Il a également rappelé que le scénario de réchauffement à deux degrés était déjà extrêmement difficile à atteindre.

Il faut également remarquer que l’accord devant entrer en vigueur en 2020 et le mécanisme de révision prenant effet tous les 5 ans, l’addition de ces deux éléments nous emmènerait beaucoup trop loin dans le temps sans revue des engagements par rapport à la situation (15 ans de délai alors que le GIEC a estimé dans son dernier rapport que c’était les 20 prochaines années qui étaient décisives).

C’est pour cette raison que le groupe de pays qui s’est formé pour porter une haute ambition sur le climat (high ambition) et qui comprend l’Union européenne comme les Etats-Unis ( qui ont fait le choix de s’y joindre au cours de la négociation de Paris) ou le Brésil et des pays particulièrement vulnérables au réchauffement s’est engagé à une révision de ses engagements avant 2020.

Au vu de cette situation plusieurs orientations se dégagent :

–        D’abord la nécessité de faire d’un accord universel mais peu contraignant le point de départ d’une dynamique ce qui ne va pas de soi ;

–        Ensuite l’importance pour l’Union européenne de retravailler rapidement sur sa cohésion et son rôle de leadership et de médiation entre le Nord et le Sud dans la perspective de la Cop22 qui aura lieu au Maroc ;

–        Ensuite encore la nécessité de donner aux pays les plus impactés aujourd’hui par le dérèglement climatique (Afrique, pays les moins avancés, Etats insulaires) les moyens d’une adaptation concrète, rapide et efficace. Attendre 2020 pour mettre en place les outils d’une adaptation efficace serait criminel ;

–        Enfin le travail à effectuer rapidement pour faire le lien entre les engagements de l’accord et ceux des collectivités locales et des entreprises, comme des initiatives citoyennes.

Lucile Schmid, membre du Bureau exécutif chargée de la COP21

“Le monde comme il va, 10 jours après la Cop 21”

Gérard Le Puill est journaliste à l’Humanité depuis 30 ans, après avoir travaillé à la ferme dès l’âge de 14 ans et avoir été ouvrier caoutchoutier pendant quasiment vingt ans.

Il a écrit un billet intéressant sur ce qui se passe dans le monde considérant le réchauffement climatique, dix jours après la COP 21.

Le monde comme il va, 10 jours après la Cop 21

Une fois éteints le lampions du Bourget et passés les commentaires élogieux de certains médias sur le succès de la présidence française lors de la Conférence sur le climat, les mauvaises habitudes reprennent de manière accentuée dans toutes les régions du monde.

Dans le texte adopté en clôture de la Cop 21 est inscrit l’objectif de « contenir l’élévation de la température moyenne nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C ».

Dix jours plus tard, les nouvelles du monde nous montrent à quel point le climat devient secondaire sous toutes les latitudes en dépit de la douceur inhabituelle de cette fin d’automne.

Qu’on en juge : A Téhéran et dans trois autres grandes villes d’Iran, il a fallu fermer les écoles en raison de la pollution de l’air résultant du chauffage et surtout de la circulation automobile.

Dans la capitale iranienne, « la pollution est provoquée à 80% par les gaz d’échappement de cinq millions de véhicules et autant de motocyclettes circulant quotidiennement dans la capitale embouteillée de manière quasi permanente et dont les effets sont amplifiés en hiver », écrit l’Agencer France Presse(AFP). Ces vastes pollutions dans plusieurs villes iraniennes succèdent à celles qui ont frappé les villes chinoises et indiennes, dont Pékin et Delhi, ces dernières semaines.

Ce mardi matin, toujours selon l’AFP, l’Australie a approuvé le projet qui fera du port d’Abbot Point « l’un des plus grands ports charbonniers du monde, capable d’exporter jusqu’à 120 millions de tonnes chaque année, deux mois après avoir approuvé un projet de mine géante présentée par le géant indien Adani ».

Les opposant au projet faisaient notamment valoir que ce n’était pas le moment de relancer la production charbonnière et que les travaux d’agrandissement du port allaient détériorer le récif corallien.

Leurs arguments n’ont pas été retenus. L’Australie est, comme l’Iran, l’une des 195 «parties » qui on accepté l’accord de Paris pour freiner le réchauffement climatique.

En France aussi, on semble avoir oublié les conclusions de la Cop 21, y compris et surtout dans les médias. Ce mardi matin aussi, l’AFP s’est mise au diapason des télés, des journaux et des radios pour insister sur l’effet d’aubaine que constitue la chute des cours du pétrole et nous suggérer que le père Noël s’appelle « gazole». Dans une dépêche matinale, l’Agence nous dit que « c’est Noël avant l’heure pour les consommateurs français ».

Elle fait témoigner plusieurs automobilistes dont une lui dit « avec les baisse des prix, je vais en profiter pour sortir plus la voiture». Faut-il croire qu’il s’agit d’un besoin pour … la voiture ?

L’AFP recueille aussi le témoignage de François Carlier délégué général de l’association de consommateurs « Consommation, Logement et Cadre de Vie » (CLCV). « En termes de pouvoir d’achat , c’est probablement la meilleure nouvelle de ces 18 derniers mois » se réjouit -il , estimant qu’en dépit de la hausse prochaine des taxe de 3,5 centimes sur le litre de gazole et de 2 centimes sur le SP95 « le consommateur restera gagnant » en raison de la baisse prolongée du prix du brut.

Faut-il obligatoirement militer pour le réchauffement climatique au nom de la défense du consommateur ? Jusqu’à présent, c’est presque toujours le cas à la CLCV comme à l’UFC-Que Choisir.

On ne niera pas ici que la baisse du prix des carburants est un soulagement pour de nombreux ménages contraints d’utiliser la voiture pour se rendre au travail et pour d’autres usages.

Mais la question première du siècle en cours est d’éviter l’emballement climatique. Rappelons que pour contenir le réchauffement à plus 2°C d’ici la fin du siècle, il faudrait diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.

Ce qui suppose d’en finir avec les villes embouteillée, de diviser par dix la consommation de charbon de diviser par quatre celle des produits pétroliers.

Le texte de la Cop 21 a été accepté par toutes les parties parce qu’il n’avance aucune contrainte pour atteindre un objectif de réchauffement inférieur à +2°C. La réunion finie, on continue d’agir comme avant. En France, en Australie et ailleurs.

Gérard Le Puill est journaliste et auteur, de « L’écologie peut encore sauver l’économie », mai 2015, une coédition de Pascal Galodé et de l’Humanité

Les végans et la COP 21 : un ratage

C’est l’un des aspects qui nous aura le plus frappé : il n’y a pas eu d’intérêt pour la COP 21 à s’être exprimé de la part des gens. Les médias en ont parlé, les ONG se sont beaucoup investis, mais par obligation, étant donné qu’être liés aux institutions est dans leur ADN.

Mais la passivité a été complète, notamment chez les jeunes. La COP 21 n’a absolument pas parlé chez eux, elle n’a signifié rien du tout. Chez certaines personnes, l’intérêt pour l’écologie s’est renforcé, mais c’est totalement individuel.

Il n’y a aucun mouvement de masse à s’être élancé sur la base d’une révolte contre ce qui se passe. C’est extrêmement grave et c’est quelque chose qu’on regrettera et paiera amèrement dans l’avenir.

En un certain sens, il s’est passé en France pour l’écologie ce qui s’est passé pour le véganisme : les idées ont été récupérées par les personnes ayant du savoir et des moyens financiers.

Il ne faut pas se voiler la face : le véganisme est devenu une sous-culture annexe aux hipsters et aux bobos et les couches populaires méprisent cette approche qui ne leur parle absolument pas, qui leur semble totalement étrangère.

Cette tendance était nette, mais encore pouvait-on penser qu’émerge un contre-courant, allant dans un sens alternatif : cela n’a pas été le cas. C’est au mieux la culture zadiste – éloge du terroir qui a avancé comme modèle faussement alternatif. La responsabilité des anarcho-antispécistes totalement folkloriques est ici importante d’ailleurs ; leur vidéo porno « la Terre déviante » a été un exemple tout à fait révélateur de leur approche nihiliste et contre-productive.

Il y a donc énormément de choses à penser après la COP 21, non seulement en raison de l’échec de celle-ci comme proposition historique pour freiner le réchauffement climatique, mais aussi de par l’échec des gens à se mobiliser en faveur de la planète.

Il semble vraiment que les personnes les plus âgées aient capitulées, que les gens de 40-50 ans ont conscience de la situation mais considèrent qu’ils ne peuvent plus vraiment se remettre en cause, que ceux de 25-35 ans préfèrent vivre leur vie, alors que les plus jeunes sont en dehors de toute culture de la responsabilité et de l’engagement.

Le véganisme va subir d’ailleurs un contre-coup terrible de la COP 21. Les vegans ont été inexistants, d’un silence complet. C’était pourtant l’occasion ou jamais de proposer une utopie, mais comme le véganisme est porté surtout sur un mode individualiste, de « témoignage », de réformes à la L214 c’est-à-dire sur 250 années au mieux, rien n’a pu émerger.

Les vegans ont fait comme si la question du véganisme était imperméable à la société, en dehors de la réalité. Comme si la COP 21 n’avait pas eu lieu, comme si le réchauffement climatique n’avait pas eu lieu…

Sauf que le véganisme a tout à voir avec l’écologie, car l’écologie authentique, radicale, c’est la défense de la Nature, et les animaux c’est la Nature aussi ! En résumant le véganisme à une posture individuelle de « refus », en se limitant aux élevages, les vegans français ont montré qu’ils rataient la dimension réelle de la lutte.

On ne peut pas rater une dynamique comme la COP 21 impunément. La portée historique de la COP 21, ou de ce qu’elle aurait dû être, ne peut pas être niée ou considérée comme une sorte de fait divers.

Quant au fait d’apprécier comme incroyable les avancées du véganisme en France, c’est se voiler la face sur le fait que c’était inéluctable et que cela se déroule avec des années voire des décennies de retard sur les autres pays d’Europe équivalents comme l’Angleterre ou l’Allemagne.

Tout cela montre à quel point tout reste à faire pour un véganisme démocratique, porté par la population et non pas par une minorité infirme et urbaine, faisant du véganisme une tendance semi-fashion semi-bobo, avec un zeste de témoignage chrétien et un autre de misanthropie.

Quand on voit un vrai torchon bourgeois bohème comme Libération faire un éditorial pour dénoncer le foie gras ainsi que le spécisme, et appeler le gouvernement et à avoir la « décence de se pencher sérieusement sur les questions de l’élevage, du végétarisme et du statut des animaux », on croit rêver : c’est du grand bourgeois grand guignol.

Le véganisme est en train d’être happé par les institutions, d’être transformé en sous-culture de bobos, afin d’être neutralisé : voilà ce que révèle « l’oubli » par les vegan de la COP 21 comme problématique mondiale pour les animaux.

Aux personnes conscientes de cela de faire en sorte de préserver les fondamentaux et d’aller dans une autre direction !

Les quatre lacunes principales de l’accord de la COP 21

“COP21 : pourquoi l’accord ne suffira pas pour sauver la planète” : c’est le titre très france d’un article du site Francetvinfo, lié aux chaînes publiques en France.

Cela a le mérite d’être franc. On notera la précaution prise dans l’introduction :

“Le texte de l’accord de Paris, adopté samedi par les 196 parties au Bourget, suscite de nombreux espoirs. Pourtant, certains spécialistes et ONG doutent de son efficacité. Francetv info vous explique pourquoi.”

En pratique, il s’agit cependant d’une présentation très précise des grands points faibles de l’accord final.

Francetv info se penche, lundi 14 décembre, sur les lacunes de ce texte. Autant de points qu’il faudra trancher pour faire de l’accord de Paris un succès.

Il ne dit pas comment “décarboner” l’économie

Les ONG sont unanimes : pour atteindre les objectifs validés par l’accord, il faut entrer dans l’ère du 100% renouvelable, et donc renoncer immédiatement aux énergies fossiles. Or, les pays dont l’économie dépend du pétrole et du charbon ne l’entendent pas de cette oreille. L’Arabie saoudite, fer de lance de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), et le Venezuela sont ainsi parvenus à exclure toute référence à l’instauration d’un prix du carbone.

Il est à peine évoqué en préambule, à l’alinéa 137, avec la formulation suivante : les Etats reconnaissent “combien il importe de fournir des incitations aux activités de réduction des émissions, s’agissant notamment d’outils tels que les politiques nationales et la tarification du carbone.” “Une formulation vague, décevante pour le monde économique qui s’était fortement mobilisé sur la question,” relève Challenges.

De même, l’objectif de 100% d’énergies renouvelables, qui doit être atteint d’ici à 2050 (soit le recours au solaire, à l’éolien, à la biomasse, etc.) ne figure pas dans le texte de l’accord. Au grand dam des ONG.

Il élude la question des transports

Le texte ne fait, par ailleurs, pas mention de l’enjeu des transports aériens et maritimes, lesquels pourraient, selon les experts, représenter un tiers des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Au moment le plus critique des négociations, le 9 décembre, la question a été retirée du projet de texte.

Le commissaire européen à l’Energie, Miguel Arias Cañete, a eu beau “se battre pour qu’[elle] soit réintégrée”, le paragraphe qui la concernait a sauté. “De nombreux pays dépendent trop du transport de marchandises et de l’aviation pour tolérer la mention de ces deux secteurs, les Etats-Unis et la Chine en premier lieu”, a expliqué 20 Minutes.

L’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre des avions et des bateaux de marine marchande a longtemps été inscrit dans les projets d’accord. Certes, l’aérien contribue à 2,5% des émissions mondiales de CO2 et le maritime à 2,2%.

Mais leurs rejets augmentent deux fois plus vite que ceux de la moyenne mondiale depuis 1980, rappelle la revue Nature Climate Change, citée par Le Figaro. Or, “selon les professionnels, le trafic aérien de passagers devrait doubler, le fret aérien tripler et le trafic maritime de conteneurs quadrupler d’ici à 2030”, explique le quotidien.

Il n’est pas intégralement contraignant

L’accord de Paris n’est pas véritablement contraignant, déplorent les ONG. Elles auraient notamment souhaité la création d’un “comité de contrôle du respect des dispositions [prises par chaque Etat]”, ainsi que la mise en place d’un mécanisme de sanctions, capable de pénaliser les pays récalcitrants à tenir leurs promesses.

Mais attention, cela ne signifie pas que l’accord n’a pas de force juridique. “Les contributions nationales livrées par les pays (…) n’ont pas de valeur contraignante, étant volontaires dans leur ambition et ne faisant pas partie de l’accord stricto sensu, explique Le Monde.fr. En revanche, chaque Etat a malgré tout l’obligation d’en établir une, de la mettre en œuvre, et surtout de la réviser à la hausse tous les cinq ans, selon les articles 3 et 4 de l’accord.”

Le quotidien met par ailleurs en lumière l’article 13 du texte, lequel “prévoit un mécanisme de transparence, qui conduira un comité d’experts internationaux à vérifier, publiquement, les informations fournies par les pays en termes de suivi de leurs émissions et des progrès accomplis pour les réduire.”

Il ne sécurise pas à long terme les pays les plus vulnérables

Pendant quinze jours, les négociateurs ont débattu autour de l’épineuse question du financement de la transition et de l’adaptation dans les pays en voie de développement. Et pour cause, ils sont bien souvent les plus violemment impactés par les conséquences du réchauffement climatique (sécheresse, typhons, etc.). Un fonds vert de l’ONU, alimenté par les pays riches à hauteur de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020, doit permettre aux pays pauvres de réaliser les investissements dont ils ont besoin. Problème : le texte indique que ce fonds doit être réévalué en 2025. A la hausse ? Pas forcément, s’inquiètent encore les ONG.

La COP 21 et les objectifs pour 2100

La COP 21, comme on le sait, a eu lieu en considérant qu’il fallait freiner le réchauffement climatique. C’est l’année 2100 qui sert de référence, tout au moins c’est ce qu’ont expliqué les médias et les commentateurs.

Quand on parle des fameux 2°C, on veut dire par là qu’il s’agit des 2°C de plus entre l’ère pré-industrielle – avant la révolution industrielle, environ autour de 1870-1880 – et l’année 2100.

Voici les passages de l’accord abordant cette question. On notera que l’accord ne cache pas du tout que les promesses faites par les États de baisse des émissions de CO2 ne suffisent pas du tout pour cet objectif de 2°C, qui est en plus présenté comme une sorte d’étape vers un autre objectif qu’il serait idéal d’atteindre et qui serait de 1,5°C.

« Insistant avec une vive préoccupation sur l’urgence de combler l’écart significatif entre l’effet global des engagements d’atténuation pris par les Parties en termes d’émissions annuelles mondiales de gaz à effet de serre jusqu’à 2020 et les profils d’évolution des émissions globales compatibles avec la perspective de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C »

« Note avec préoccupation que les niveaux des émissions globales de gaz à effet de serre en 2025 et 2030 estimés sur la base des contributions prévues déterminées au niveau national ne sont pas compatibles avec des scénarios au moindre coût prévoyant une hausse de la température de 2 °C, mais se traduisent par un niveau prévisible d’émissions de 55 gigatonnes en 2030, et note également que des efforts de réduction des émissions beaucoup plus importants que ceux associés aux contributions prévues déterminées au niveau national seront nécessaires pour contenir l’élévation de la température de la planète en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à 40 gigatonnes ou en dessous de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à un niveau devant être défini dans le rapport spécial mentionné au paragraphe 21 ci-après »

On remarquera la taille de la phrase précédente, qui en dit long sur le caractère technocrate et non démocratique de l’accord final de la COP 21…

« Invite le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat à présenter un rapport spécial en 2018 sur les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre »

« Contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques »

Sans parler de la question de comment – nous avons vu qu’ici c’est vide – la COP 21 a affirmé l’objectif de 2°C de réchauffement climatique entre 1880 et 2100. C’est considéré par les ONG comme la très bonne nouvelle, le point de départ psychologique d’un nouveau cours (psychologique, car rappelons qu’il n’y a rien de contraignant pour aucun État).

N’est-ce pas pourtant contradictoire que les mêmes qui disent qu’il faut aller à 2°C, voire 1,5°C, comme objectif aient rendu des listes d’objectifs de leur part qui permettent seulement d’avoir comme objectif au moins 3°C ?

Les mêmes disent qu’ils regrettent que leurs propres efforts sont insuffisants : n’est-ce pas là quelque chose d’absurde, voire de franchement démagogique ?

On peut alors voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Une anecdote très parlante consiste justement ici en deux communiqués du 12 décembre 2015 de l’AFP au sujet de la COP 21, qui se contredisent dans leur évaluation. L’AFP ne savait pas trop s’il fallait pencher dans un sens ou dans l’autre, alors elle a fait les deux!

Le titre du premier communiqué était le suivant, dans une veine triomphaliste :

Accord historique à Paris pour sauver la planète du désordre climatique

Le titre du second communiqué dit précisément le contraire :

COP21: 187 pays ont fait des promesses, insuffisantes pour tenir les 2°C

Voici, enfin, deux graphiques permettant de mieux comprendre ce qui se passe sur ce plan.

Le premier montre les émissions de CO2 et leur évolution malgré les conférences de Rio, Kyoto, Copenhague et Doha. Nous sommes en 2015 et donc Paris est à mettre à ce niveau. On voit que la tendance ne va pas dans le sens des 2°C…

Cet autre graphique est sans doute plus parlant. Au-delà des discours, ce qu’il faut c’est la science. Il est très compliqué de comprendre tous les aspects du réchauffement climatique, surtout quand on nie Gaïa comme concept. Mais on a tout de même différents scénarios…

On remarquera que ce graphique montre que même si on arrive à commencer à stocker du CO2 en plus de ne plus en produire, on aura tout de même un réchauffement climatique.

Gaïa, inéluctablement, fait face à la folie humaine, se rappelant à l’humanité au-delà de sa vaine prétention à vivre coupée, séparée, voire contre la Nature.

Bilan de la COP 21 selon la Fondation Nicolas Hulot

Elargissons notre horizon et approfondissons notre compréhension de la COP 21, en voyant ce que dit la Fondation Nicolas Hulot. C’est un point de vue bien sûr très différent du nôtre.

LES POINTS POSITIFS :

+ Pour la première fois, un accord universel sur le climat impliquant 195 pays qui devront tous agir pour lutter contre les changements climatiques.

+ Des contraintes différentes selon le niveau de développement et de responsabilité des Etats, les pays développés continuant à assumer le leadership de l’action et des financements.

+ Une ambition forte : limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C en poursuivant les efforts pour ne pas dépasser 1,5°C par rapport à l’époque pré-industrielle. Au delà des 1,5°C certains des pays les plus vulnérables pourraient purement et simplement disparaître.

+ Pour atteindre cet objectif, la science (GIEC) a démontré que les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront diminuer de 70 à 90 % d’ici 2050 bien que ce ne soit pas explicitement dit dans l’accord qui reste regrettablement très flou sur ce point.

+ Des Etats qui devront tous soumettre des contributions nationales contenant des engagements détaillés et vérifiables de réduction de leurs émissions de gaz à effet des serre. Aujourd’hui, 187 pays ont déjà soumis une première contribution qu’ils devront confirmer ou mettre à jour en 2020. Ces contributions devront être renouvelées tous les 5 ans à partir de 2025, toujours à la hausse.

+ Les pays développés devront continuer à faire acte de solidarité, après 2020, en finançant à part égale le développement soutenable et l’adaptation aux conséquences du changement climatique des pays en développement. Ce financement sera au moins de 100 Milliards par an jusqu’en 2025 et devra continuer ensuite. Au delà, d’autres pays, dont la richesse a augmenté ces dernières années, sont invités eux aussi à financer le développement des pays du Sud. La Chine a par exemple déjà promis 3 Milliards.

+ Les pertes et dommages (catastrophes naturelles accentuées par le réchauffement, déplacement de population etc) déjà subis par les pays les plus vulnérables sont reconnues dans l’accord. Un soutien financier et une meilleure gestion des déplacés climatiques sont prévus.

+ Pour la première fois, 195 Etats reconnaissent l’intérêt de donner un prix au carbone pour accélérer la réduction des émissions de GES. En marge de l’accord, de plus en plus de pays rejoignent la coalition pour un prix du carbone et mettent en place de telles politiques au niveau national.

LES POINTS NEGATIFS :

– Si l’accord contient de nombreuses dispositions contraignantes (transparence, soumissions régulières de nouveaux engagements de réduction et de nouveaux engagements financiers entre autres), il n’introduit pas de contraintes sur le respect des engagements pris ni de sanctions.

Il ne permet pas non plus de s’assurer d’une cohérence entre l’ambition de l’accord et celles des engagements nationaux. Ainsi, les contributions nationales soumises par les Etats avant le sommet de Paris ne sont pas cohérentes avec l’ambition de l’accord. Si elles étaient respectées, elles entraineraient un réchauffement de plus de 3°C. L’accord ne prévoit pas d’en réhausser l’ambition avant 2025 bien que chaque Etat puisse décider, à n’importe quel moment, d’augmenter son effort.

Ce n’est donc évidemment pas un accord miraculeux qui va résoudre à lui tout seul le problème du changement climatique. Certains le lui reprochent. Mais la FNH n’attendait pas un tel miracle de l’accord de Paris ! Comment l’espérer quand cet accord réunis des pays pétroliers ou les Etats Unis qui ont un congrès plus ou moins climato-sceptique ?

Obtenir un outil commun à l’ensemble des Etats qui transcrive dans le droit international une mobilisation sans précédent de toutes les composantes de la société, voilà ce qu’était notre objectif ! Cet outil nous l’avons.

Cette mobilisation ne devra pas faiblir, et c’est elle qui nous permettra de réussir ce à quoi les Etats ne peuvent pas s’engager sans elle ! Le métier est prêt, il ne reste plus qu’à tisser les motifs de la transition énergétique point après point. Partout les citoyens doivent continuer à faire pression ! Nous sommes le fil conducteur.

La COP 21 et le développement durable

Regardons maintenant ce que dit la COP 21 sur le développement durable, alors qu’hier le cuisinier Marc Veyrat, qui avait cuisiné pour les chefs d’État lors de la conférence, a été condamné dans un procès pour avoir défriché 7.000 m2 de bois et de forêt sans autorisation, ainsi que pour avoir porté atteinte à des zones humides sur une surface de plus de 10.000 m2.

Une bonne idée, en théorie, pourrait être de lire ce que dit Céline Ramstein, chef de projet COP21 à l’Institut du développement durable et des relations internationales.

Cet institut est en fait un projet réalisé par Sciences Po à Paris, le CNRS, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, mais aussi EDF, GDF-Suez, Véolia. Sa fondatrice, Laurence Tubiana, est même une des 26 personnes membres du Conseil consultatif scientifique de l’Organisation des Nations unies.

Tout cela est on ne peut plus « sérieux » et donc, la chef de projet COP21 de cet institut, déclare dans une longue interview à touteleurope.eu :

« Plus généralement, il faut bien dire que cet accord est bon, alors même que, jusqu’au dernier moment, c’était assez tendu. (…)

Le monde et le climat ne sont pas sauvés, mais la COP21 offre un cadre et une vision de long terme pour mettre en place les politiques publiques nécessaires dans les différents pays. (…)

La COP21 n’allait jamais, d’un coup de baguette magique, régler le problème climatique. »

C’est étrange, nous pensions justement que c’était la mission de la COP 21 que de tracer une voie pour régler justement le problème climatique…

Enfin, passons et regardons ce qui est dit sur le développement durable, afin de se faire une idée.

Or, le problème, c’est que dans cette longue interview, cette personne qui est chef de projet COP21 à l’Institut du développement durable et des relations internationale… ne parle pas une seule fois de la question des énergies renouvelables !

C’est tout à fait étrange… Ou peut-être pas tant que cela. Aussi, allons voir ce que dit l’accord final de la COP 21. Que trouve-t-on sur le développement durable.

Déjà, contrairement à ce qu’on a pu voir pour d’autres concepts, celui-ci est bien présent, étant même une expression revenant régulièrement et sur laquelle l’accord s’appuie pratiquement.

Voici quelques exemples de phrases :

« Considérant la nécessité de promouvoir l’accès universel à l’énergie durable dans les pays en développement, en particulier en Afrique, en renforçant le déploiement d’énergies renouvelables »

« Reconnaît l’intérêt social, économique et environnemental des mesures d’atténuation volontaires et leurs retombées bénéfiques sur l’adaptation, la santé et le développement durable »

« Soulignant qu’il existe des liens intrinsèques entre l’action et la riposte face aux changements climatiques et à leurs effets et un accès équitable au développement durable et à l’élimination de la pauvreté »

« Reconnaissant également que des modes de vie durables et des modes durables de consommation et de production, les pays développés parties montrant la voie, jouent un rôle important pour faire face aux changements climatiques »

« Recommande à la Conférence des Parties agissant comme réunion des Parties à l’Accord de Paris d’adopter les règles, modalités et procédures applicables au mécanisme pour le développement durable »

« Les Parties reconnaissent que certaines Parties décident d’agir volontairement en concertation dans la mise en œuvre de leurs contributions déterminées au niveau national pour relever le niveau d’ambition de leurs mesures d’atténuation et d’adaptation et pour promouvoir le développement durable et l’intégrité environnementale. »

« Les Parties, lorsqu’elles mènent à titre volontaire des démarches concertées passant par l’utilisation de résultats d’atténuation transférés au niveau international aux fins des contributions déterminées au niveau national, promeuvent le développement durable et garantissent l’intégrité environnementale et la transparence, y compris en matière de gouvernance »

« Il est établi un mécanisme pour contribuer à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et promouvoir le développement durable, placé sous l’autorité de la Conférence des Parties agissant comme réunion des Parties à l’Accord de Paris »

« Promouvoir l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre tout en favorisant le développement durable »

Cette dernière phrase est sans doute la plus importante. Il faut d’un côté atténuer les émissions, de l’autre favoriser le développement durable.

En fait, l’un ne va pas sans l’autre, mais il s’agit ici d’arracher diplomatiquement la reconnaissance de la mise en valeur du développement durable.

Mais comment peut-on parler de développement durable sans parler des énergies qui en sont le moteur ? On ne trouve pas un mot sur l’énergie solaire, les éoliennes, l’énergie hydroélectrique !

Une preuve que, comme les médias sérieux l’ont reconnu, la COP 21 a été un succès diplomatique, sans perspective concrète.

La COP 21 et les énergies fossiles

Voici un thème qui, logiquement, devrait être bien plus facile à expliquer et bien moins « polémique » que d’autres thèmes, aux yeux de certains : les énergies fossiles.

Qu’est-ce qu’on entend par cette expression ? Voici la définition de wikipedia, bien synthétique :

« On appelle combustible fossile tous les combustibles riches en carbone — essentiellement des hydrocarbures — issus de la méthanisation d’êtres vivants morts et enfouis dans le sol depuis plusieurs millions d’années, jusqu’à parfois 650 millions d’années. Il s’agit du pétrole, du charbon, de la tourbe et du gaz naturel. »

Ce sont des énergies qui, comme on le sait, ont massivement été employées par l’humanité, tout au moins certains pays, ceux ayant connu la révolution industrielle, à part pour le nucléaire qui est plus tardif et ne produit pas directement de CO2 en tant que tel, ce qui est d’ailleurs le grand argument des industriels de ce secteur pour la valoriser.

Aujourd’hui encore, ce sont les énergies les plus communément utilisées : 35 % environ de l’énergie utilisée dans le monde provient du pétrole, 25 % du charbon, 20 % du gaz naturel. On les utilise d’ailleurs toujours davantage, comme le montre le graphique suivant.

Voici les projections pour le futur, avec différents scénarios.

Or, l’utilisation de ces énergies a joué et joue encore un rôle essentiel dans le changement climatique. Voici un graphique montrant comment le réchauffement climatique correspond directement à la révolution industrielle.

Enfin, voici un graphique montrant les émissions globales de carbone fossile par type de combustible, de 1800 à 2000, ce qu’il est toujours utile de connaître.

On peut donc s’attendre à ce que la COP 21 ait abordé de front cette question. Selon Nicolas Hulot, la COP 21 a été un succès sur ce plan là : « Le glas des énergies fossiles a été sonné » a-t-il expliqué.

C’est même une « révolution » qui est en cours selon lui :

« Le coup est parti. Vous allez voir qu’on est à l’aune d’une révolution. Mais est-ce qu’elle ira assez vite, parce que la fenêtre est très étroite et le temps est compté ? Seul l’avenir le dira. »

Thierry Lepercq, président de Solairedirect, développeur et exploitant de centrales photovoltaïques acquis par Engie récemment, a expliqué de la même manière à l’Usine nouvelle, une très importante revue du milieu industriel :

« On peine à trouver dans le texte d’accord mention des énergies renouvelables…

Le terme “énergie” ne figure pas dans le texte, le mot “carbone” à peine… On peut le regretter mais il y a un point qui me paraît en revanche très clair, c’est que l’arrêt de mort des énergies fossiles a été décrété. L’accord vise la neutralité carbone dans la seconde moitié du siècle.

Or, en l’état actuel des technologies, la neutralité carbone veut dire ne plus émettre de carbone, donc ne plus brûler d’énergies fossiles. C’est la première fois qu’on a un message stratégique radical porté par toute la communauté internationale.

Ce message qui annonce la fin des énergies fossiles, sera-t-il entendu ?

Il sera entendu par les financiers, les investisseurs. Quand ils investissent dans un projet de centrale électrique, c’est un investissement sur trente ou quarante ans. L’accord parle de la seconde moitié du siècle, mais ce n’est pas si lointain pour les investisseurs. Cette échéance concerne leurs investissements aujourd’hui à l’étude. Le message de la COP21 ne peut que les détourner des fossiles. »

Tout cela est très bien et très joli, mais ce sont là les propos d’un agent commercial, qui déduit que même si on ne parle pas de son produit, c’est d’autant plus une raison qu’il soit le meilleur.

Car on si regarde l’accord de la COP 21, tout est bien différent. Ce qui compte, au-delà des intentions finales, ce sont les moyens. Or, là, comme il est constaté dans l’interview cité, il n’est pas parlé des énergies fossiles dans l’accord de la COP 21.

N’est-ce pas, là aussi, totalement fou ?

Il serait très facile, pour des scientifiques sérieux, des humanistes, de dire : bon, puisque ces énergies fossiles contribuent en grande majorité au réchauffement climatique, il faut s’en passer le plus vite possible.

Mais comme les représentants de nos pays ne sont ni l’un ni l’autre, ils ne le disent pas. Ils ne peuvent pas le dire, car leur modèle économique s’appuie dessus fondamentalement, ils ne veulent pas le dire, quand il s’agit de pays comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Venezuela, la Russie, etc.

On peut alors bien sûr faire des contorsions intellectuelles comme on veut et dire qu’on peut en déduire qu’il faut cesser d’utiliser des énergies fossiles, sans quoi la COP 21 ne rime à rien.

Mais selon nous, de manière cohérente, il faut plutôt dire que la COP 21 ne rime rien justement parce qu’elle n’affronte pas cette question essentielle de savoir comment cesser le plus rapidement possible l’utilisation des énergies fossiles.

Et pour cela, il faut une population consciente et assumant l’écologie, donc la reconnaissance de la Nature, une humanité unie sans divisions nationales… Il y a du travail !

La COP 21, le changement climatique et les changements climatiques

Cela peut sembler une anecdote, mais ce n’en est pas du tout une. Les conséquences sont mêmes énormes sur le plan intellectuel et scientifique. Au sens strict, on peut même considérer que l’accord de la COP 21 n’a aucune valeur rien qu’avec cela !

On ne peut qu’être très surpris d’ailleurs que cela n’a pas été remarqué, tellement c’est important. Mais il est vrai que si on ne reconnaît pas la planète comme « Gaïa », comme un ensemble, on ne peut vraiment le remarquer.

De quoi s’agit-il ? En fait, le document français parle des changements climatiques, le document anglais du changement climatique. Dans un cas cela désigne par conséquent les événements relevant de modifications du climat, dans l’autre cela désigne un phénomène général et unique, avec plusieurs aspects qui en découlent.

Les deux concepts s’opposent : dans le premier cas, il y a des soucis divers ayant un dénominateur commun, devant donc être résolu séparément. C’est traditionnellement la conception française de réduire chaque problème à sa spécificité, de nier qu’il y ait un ensemble, cela remonte à Descartes, notamment.

Dans l’autre cas, on a une vision globale, on part du tout pour aller au particulier, on a une vue d’ensemble.

La COP 21 a ainsi, en français, été une « Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques », mais en anglais cela donne « United Nations Framework Convention on Climate Change ». Dans le premier cas, la page wikipedia ne donne d’ailleurs pas de lien vers l’expression « changements climatiques ».

La page en anglais le fait par contre, vers l’expression « climate change » et si l’on regarde la version française de cette page, on a bien « changement climatique », au singulier.

Il apparaît bien qu’il y a ici une erreur essentielle de traduction, remontant d’ailleurs à plus loin que la COP 21. Cela relève d’un manque de sérieux assez grossier.

On pourrait dire cependant qu’on coupe les cheveux en quatre, que c’est bien trop philosophique et que cela ne change pas grand-chose. Or, justement, nous allons voir qu’il n’en est rien et que les conséquences sont fondamentales.

Regardons, en effet, l’accord de la COP 21. On pourrait s’attendre à ce que l’expression « changement climatique », ou bien « changements climatiques » donc, revienne souvent, puisque c’est le thème même de la conférence.

Ce n’est pas le cas, justement ! Et la raison en est que le changement climatique n’est pas expliqué, conceptualisé, il s’agit d’une sorte de fourre-tout.

L’expression « changements climatiques » (« changement climatique » dans la version anglaise) ne revient que quatre fois dans le document de 39 pages…

« Reconnaissant que les changements climatiques représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines et la planète et qu’ils nécessitent donc la coopération la plus large possible de tous les pays ainsi que leur participation dans le cadre d’une riposte internationale efficace et appropriée, en vue d’accélérer la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre »

« Reconnaissant également qu’il faudra fortement réduire les émissions mondiales pour atteindre l’objectif ultime de la Convention et soulignant qu’il est urgent de faire face aux changements climatiques »

« Considérant que les changements climatiques sont un sujet de préoccupation pour l’humanité tout entière, les Parties devraient, lorsqu’elles prennent des mesures pour faire face à ces changements, respecter, promouvoir et prendre en considération leurs obligations respectives concernant les droits de l’homme, le droit à la santé, les droits des peuples autochtones, des communautés locales, des migrants, des enfants, des personnes handicapées et des personnes en situation vulnérable, et le droit au développement, ainsi que l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et l’équité entre les générations »

« Décide d’adopter l’Accord de Paris en vertu de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (ci-après dénommé «Accord») figurant dans l’annexe »

Le terme “climatique” revient, en tout et pour tout, deux fois seulement en plus :

« Convenant de soutenir et de promouvoir la coopération régionale et international e afin de mobiliser une action climatique plus forte et plus ambitieuse de la part de toutes les Parties et des autres acteurs, y compris de la société civile, du secteur privé, des institutions financières, des villes et autres autorités infranationales, des communautés locales et des peuples autochtones »

« Invite le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat à présenter un rapport spécial en 2018 sur les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre »

N’est-ce pas totalement aberrant ? Il ne peut, de ce fait, y avoir qu’une seule raison : le changement climatique n’a pas été conceptualisé, il est pris au sens de « dérèglements divers et variés provoqués par les émissions de CO2 », mais sans aucune vue d’ensemble.

Comment peut-on alors résoudre cette question planétaire si, à la base même, on la fragmente, on la tronçonne, on la divise ?

C’est impossible, et cela correspond malheureusement à la logique d’une approche d’une humanité divisée en multiples nations et niant la Nature comme grand ensemble. C’est là le point essentiel.

Notons enfin, pour conclure, les quelques pages abordant la question du singulier ou du pluriel de changement climatique.

Sur la page de discussion consacrée à la page wikipedia sur la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatique, une personne répond à la question de savoir s’il faut un singulier ou un pluriel de la manière suivante :

« La traduction des Nations unies est belle et bien Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Voir ce lien : http://unterm.un.org/dgaacs/unterm.nsf/WebView/584E8ECC6D9176CD852569FA0000DB06?OpenDocument. Par ailleurs, comme le climat n’évolue pas également à la grandeur du globe, il est préférable d’utiliser le pluriel. »

Cette personne se contredit, pour au moins deux raisons.

D’abord, pourquoi ne pourrait-on pas considérer qu’il existe un climat général pour la planète, dont les autres climats sont des expressions secondaires ? Ensuite, s’il faut obéir au choix de l’ONU, pourquoi prendrait-on la version française plutôt que la version anglaise ?

De plus, si la version française est bonne, la version anglais est alors fausse et la personne devrait le dire, ce qu’elle ne fait pas car elle prétexte l’ONU – en français – pour justifier son interprétation !

C’est la même interprétation qu’on a sur une page avec quelques articles d’une traductrice français-anglais, avec un petit topo sur cette opposition singulier/pluriel de l’expression, qu’elle a également remarqué. Elle dit qu’au niveau local (ville, région, etc.) il y a un changement climatique, et que si on parle de ces multiples changements climatiques, forcément on utilise le pluriel.

Sauf que c’est là, également, nier l’unicité du phénomène, c’est encore le tronçonner, et donc perdre sa substance même, qui est générale, tout comme la planète est une et non pas composée de plusieurs éléments indépendants…

Mais on aura compris que pour saisir cette unicité du changement climatique, il faut avoir saisi la planète comme « Gaïa »…

En voici une preuve de plus avec le site Planète saine, qui n’est plus mis à jour, et qui aborde dans un article plus simplement la question et de manière bien plus pertinente.

L’article de ce site explique que l’expression « changement climatique » peut être utilisé de deux manières, soit comme chez la traductrice mentionnée plus haut, comme ensemble des changements climatiques différents, soit comme nous nous pouvons le faire, comme vision générale.

L’article, au nom du slogan « Think global, act local », considère qu’il faut parler de « changements climatiques » au pluriel, ce qui est évidemment contradictoire puisqu’on est censé penser globalement, et donc en terme de « changement climatique » comme phénomène général !

Encore une fois, on en revient à la question du général et du particulier. Et on voit que pour combattre les changements climatiques, encore faut-il subordonner ce concept à celui de “changement climatique”, à considérer la planète non pas comme un gros caillou où les phénomènes existent indépendamment, tous comme les pays existeraient indépendamment, mais comme un grand tout, une seule entité : Gaïa.