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Document : la vénerie sous terre

Voici un nouveau document, dans l’esprit de ceux mis en ligne récemment. Il traite de la vénerie sous terre, et au-delà de l’aspect des connaissances, il peut et doit s’agir de la perspective de l’ouverture de nouveaux fronts de lutte. Il ne faut pas tant copier ce qui fonctionne, qu’en saisir la substance et lancer de nouvelles batailles.

vènerie sous terre
(PDF)

“Même s’il pouvait y avoir une majorité de Français”…

Nous sommes à la veille de la Saint-Hubert, une date centrale pour les chasseurs. C’est une excellente occasion de faire le point. Car le véganisme a connu en cette rentrée un véritable tournant historique, comme donc on pouvait le pressentir ou même carrément le voir. Après, cela dépend sous quel angle on le considère, bien entendu, mais de notre point de vue, on peut dire qu’on est passé enfin à quelque chose de tout à fait concret et ayant prise sur la société française.

Nous avons ici bien sûr en tête la question de la chasse, qui est devenue une thématique littéralement brûlante dans la société française, grâce à la lutte exemplaire contre la chasse à courre partie de Picardie. Il y a ici une perspective de tracée pour les prochains mois, voir les prochaines années.

A l’inverse, l’antispécisme qui a occupé la scène médiatique s’avère une voie de garage complète, sans aucune prise sur la société française, qui l’a littéralement rejeté comme un corps étranger.

Commençons tout d’abord par deux excellentes nouvelles. La première, c’est que le parquet de Compiègne a classé sans suite les plaintes faites par les veneurs contre Abolissons la vénerie aujourd’hui (AVA). Cette nouvelle toute fraîche est une victoire énorme, car on se doute bien qu’il existe une pression terrible de la part des veneurs sur les institutions et les forces de répression.

Les veneurs ont échoué devant le succès populaire d’AVA, qui a été leur muraille protectrice. Tous les opposants qui par le passé se sont confrontés à la chasse à courre se sont retrouvés isolés et à la merci de l’écrasement : cette fois c’est fini.

La seconde excellente nouvelle, c’est également la tenue par AVA d’un congrès. Cela signifie beaucoup de choses. Tout d’abord, qu’il y a une base solide de formée, ensuite que le modèle a pu être reproduit par des gens sérieux. Enfin, qu’il y a eu la capacité à s’unir.

Ce n’est jamais simple, surtout lorsqu’on ne part de rien, et on sait à quel point nombre de gens ont, dans des associations, un sentiment scandaleux de jalousie par rapport à tout cela. C’est honteux, il faut saluer humblement ces efforts bien dosés, très réfléchis, et victorieux.

Il y a donc désormais 16 groupes AVA à travers la France. C’est une victoire qu’on peut qualifier sans précédent.

Il y a par ailleurs deux points qui semblent importants ici. Tout d’abord, il y a des gens qui veulent monter un groupe anti-chasse à courre… Là où il n’y a pas de chasse à courre. L’intention peut être louable, elle n’en a pas moins aucun sens. Mieux vaut apprendre du succès et monter une nouvelle lutte, ce ne sont pas les prétextes qui manquent pour cela !

Mais rien ne sert de faire du forcing abstrait, de basculer dans l’aventurisme ou de chercher à surfer sur quelque chose qui marche, sans se préoccuper de la réalité. Ce n’est pas là servir les animaux.

Le second point consiste en un regret, puisque certaines personnes relevant du noyau historique d’AVA ont décidé de passer à autre chose. Il y a l’envie d’aller plus loin dans « l’animalisme », l’envie de ne pas se retrouver avec des gens anti-chasse à courre mais pas forcément anti-chasse, la sensation de se faire déposséder alors que d’autres groupes se forment… C’est compréhensible, mais fort regrettable.

Mieux aurait valu continuer cette lutte et contribuer à un autre projet parallèlement, plutôt que de faire un fétiche de sa propre prise de conscience. La lutte anti-chasse à courre est une lutte qui est ce qu’elle est ; elle n’est pas le véganisme, c’est certain. Mais elle est un vecteur à part entière et la faire disparaître dans autre chose, ce n’est pas comprendre la dynamique des luttes ni la bataille des idées, et encore moins la question de l’ancrage dans la population.

Espérons qu’il en ressortira tout de même quelque chose de constructif et ayons l’espoir qu’à terme, les luttes se rejoignent, de par leur base positive !

Surtout qu’il faut faire bloc, sans discontinuer. Il y a quelques jours ont ainsi été lacérées 8 pneus de voitures, au moment de la chasse à courre du Rallye Roumare, en forêt d’Eawy aux Grandes-Ventes en Seine-Maritime. Une voiture d’activistes d’AVA et une autre de cueilleurs de champignons ont été pris pour cible, par des gens qui sentent bien que le vent tourne dans la population, mais qui savent aussi qu’ils ont l’appui de l’État.

Qu’a dit par exemple François de Rugy, le nouveau ministre de l’écologie, à la suite de sa rencontre avec les représentants de la fédération nationale des chasseurs, la semaine dernière ?

« Je n’ai pas été nommé ministre et Emmanuel Macron n’a pas été élu pour supprimer la chasse, même s’il pouvait y avoir une majorité de Français favorables à cette idée ! »

Voilà une posture anti-démocratique absolument limpide. Dans un même ordre d’idée, en Savoir, le maire de Jarsy exige des cueilleurs de champignons que les mercredi, jeudi, samedi et dimanche, ils portent un gilet fluo en raison de la chasse.

D’autres anecdotes du même type sont assez marquantes. La fédération des chasseurs de Charente-Maritime a ainsi promis de rembourser le permis de chasse à ceux qui ramèneraient 35 queues de renard.

Il y a eu aussi des surfeurs qui se sont fait tirer dessus, sur la presqu’île de Crozon, dans le Finistère. Les chasseurs ont expliqué qu’en réalité, des plombs leur étaient simplement retombés dessus…

Il devait également y avoir la première édition de « Fort en Trail », à côté de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Cette course devait avoir 350 participants, mais les chasseurs ont expliqué qu’il était hors de question qu’ils ne chassent pas ce jour-là, d’où l’annulation…

Cela n’empêche bien entendu pas les chasseurs de chercher de manière idéaliste à mettre en avant une image intellectuelle et chic par l’intermédiaire de femmes. Il y a eu une photographe végétarienne publiant un ouvrage de photos « Chasse à courre – À la croisée des mondes » chez Flammarion, il y a aussi Johanna Clermont qui se met en scène, avec de nombreuses marques de chasse, dans de nombreuses photos.

La réalité est bien différente et voici la lettre ouverte d’une femme dont le mari a été tué par des chasseurs.

Monsieur le Président de la république Emmanuel Macron, Monsieur le président de la fédération nationale des chasseurs, Messieurs les présidents des fédérations départementales, Mesdames et Messieurs les chasseurs.

Il y a 3 ans le 5 décembre 2015, mon mari est mort d’une balle en pleine tête, tué par un chasseur dans les hauteurs d’Annecy alors que nous courrions tous les 2 sur des sentiers balisés. Il était le papa de 2 petites filles, de nos 2 petites filles…

Nous aimions la nature, nous aimions le sport, nous aimions notre liberté. Ce jour-là un jeune chasseur, aveuglé par sa passion de la chasse, a tiré sans prendre le temps d’identifier sa cible ( mon mari mesurait 1,83 m et nous étions à 30 cm l’un de l’autre) , a enfreint toutes les règles de sécurité et a tué mon mari.

Depuis notre accident, certaines mesures de sécurité complémentaires ont été prises. Il n’y a d’ailleurs qu’en Haute Savoie que cela a été fait, les autres fédérations de chasse n’ayant pas voulu en entendre parler, cela était certainement trop contraignant…

Mais force est de constater que ces mesures sont loin d’être suffisantes et samedi, de nouveau en Haute Savoie, c’est un VTTiste de 34 ans qui est mort tué, lui également par un jeune chasseur. Il semble également qu’un Vttiste soit assez identifiable, avec son vélo… Lui aussi aimait la nature, lui aussi était heureux certainement ce jour-là de pratiquer son sport mais il est mort tué par un chasseur qui pratiquait lui aussi son loisir… !!

La différence c’est que nous pratiquons, nous, marcheurs, promeneurs, coureurs, VTTistes, ramasseurs de champignons, des loisirs qui ne mettent pas la vie d’autrui en danger. Les chasseurs si !

Et Monsieur le président, vous décidez début septembre de rendre le permis de chasse encore plus accessible en divisant son prix par 2, sans aucune contrepartie au niveau de notre sécurité et de notre liberté.

Partageons la nature, c’est cela le message des fédérations ? Comment cela est possible quand n’ importe qui peut passer et obtenir son permis de chasse, sans encadrement, sans tutorat, sans zone clairement délimitée, sans jour et heures délimités le week-end, sans contrôle, sans sanction? C’est une activité qui doit être pratiquée par des personnes qui sont en mesure de pratiquer ces activités avec des règles strictes et un encadrement stricte.

La pratique aujourd’hui des sports Outdoor, des activités en plein air, le mode de vie des gens vivant à la campagne, à la montagne a évolué. N’est-il alors pas nécessaire de faire évoluer également cette pratique qui aujourd’hui tue entre 20 et 30 personnes par an.
Où vivons-nous ? Où se trouve le respect de notre liberté ?
Combien de morts faudra-t-il pour que vous décidiez de mettre des vraies mesures en place ?

Monsieur le Président, Monsieur le président de la fédération nationale des chasseurs, Messieurs les présidents des fédérations départementales, Mesdames et Messieurs les chasseurs, je vous pose la question, prenez quelques minutes pour y réfléchir.

Ce texte est triste et il souligne en même temps une véritable prise de conscience. Cependant, c’est un raccourci de s’imaginer qu’Emmanuel Macron cède devant le lobby des chasseurs, ou bien qu’il recherche leurs voix. En réalité, on est là dans un dispositif de maintien de l’ordre réactionnaire dans la France rurale. C’est la sainte alliance de tous les réactionnaires.

C’est en cela que le véganisme ne peut qu’apporter son attention à la question de la chasse. C’est tout le rapport à la Nature qui se révèle avec cela. C’est un moyen de faire prendre conscience du rapport positif nécessaire. Inversement, les antispécistes assument d’être coupés de la Nature et même de la population, ne voyant les animaux que négativement, par rapport aux fermes-usines.

Ce qui est en jeu, ici, c’est la possibilité même d’un véganisme de masse.