Enquête sur le plus grand éleveur de furets (PeTA et l’ALF)

Il y a quelques jours, l’association PeTA a rendu public une enquête clandestine aux États-Unis, au sein du plus grand éleveur de furets au monde. Elevage pour la vivisection et pour alimenter les animaleries.

L’enquêteur a tenu un journal de bord qu’on peut lire ici, et on peut voir une vidéo qui, évidemment, soulève le cœur et révolte.

6000 furets sont entassés dans des cages dont le sol est grillagé, sans visite jamais d’aucun vétérinaire. Les ablations d’organes sont parfois faites avec des anesthésies ratées, des bébés sont abandonnés tel quel, des furets à l’agonie ont même été simplement jetés à la poubelle ou l’incinérateur…

Il fait 37°C dans les locaux, les cages ne sont nettoyées que toutes les trois-six semaines…

Bref, c’est une entreprise infernale, qui malgré ses dires sur son site, est une production de haut rendement avec toute l’énergie concentrée sur le profit.

PeTA souligne la dimension « non naturelle » de la condition de ces furets : c’est dans sa logique « welfariste. » PeTA veut améliorer les conditions des animaux, afin de graduellement amener un changement général.

PeTA a ainsi envoyé ses documents… aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Les CDC ce sont les « Centres pour le contrôle et la prévention des maladies » c’est-à-dire l’organisme d l’Etat américain pour la santé publique.

Les CDC ont, en tant qu’organisme, signé des contrats pour 1,5 millions de dollars avec l’éleveur de furets, ces cinq dernières années, pour s’approvisionner en furets pour les tests.

En gros, PeTA explique aux vivisecteurs que les conditions d’élevage sont « mauvaises » et qu’elles sont donc à améliorer, qu’il faut changer d’éleveur, en quelque sorte !

C’est pour le moins étrange, alors que l’existence même d’une telle ferme est une honte. Mais c’est dans la logique de PeTA, qui est ici clairement absurde : PeTA sert de bonne conscience, de « pôle radical » mais utile, etc.

Il y a ici une caricature de l’idée initiale des enquêtes et des « révélations. » Car contrairement à ce qu’on pourrait penser de manière logique, initialement PeTA fait partie du courant de la libération animale…

Les « révélations » sur la condition dans les labos sont à l’origine même de PeTA. PeTA est véritablement né suite aux révélations sur la situation de macaques dans des laboratoires (l’affaire des « Silver Spring monkeys ») suite à une enquête illégale d’un des principaux fondateurs de PeTA, Alex Pacheco.

C’est la campagne en faveur de ces singes qui a fait de PeTA une association offensive et connue, passant d’une vingtaine de membres à 400 000 membres en très peu d’années au début des années 1980.

C’est la même campagne qui a donné naissance à l’ALF aux États-Unis…

Quelques années plus tard, l’une des actions les plus connues de la jeune ALF américaine est un raid dans l’université de Pennsylvanie, dans un laboratoire étudiant les blessures à la tête.

60 heures de vidéos de recherche par les vivisecteurs furent volées par l’ALF et confiées… à PeTA, qui réalisa un résumé appelé « Unnecessary Fuss. » Cette dernière vidéo, de 26 minutes, était commentée par Newkirk elle-même, la fondatrice de PeTA.

Dans les années 1980 et au début des années 1990, PeTA est une sorte de « front » légal, un « à côté » accepté même par les radicaux.

Les initiatives vegan radicales, vegan straight edge ou même hardline diffusaient toujours de la documentation de PeTA. Un zine comme « Destroy Babylon », du « chapitre Hardline » de Cincinnati aux États-Unis a ainsi dans son numéro deux un encart de PeTA, entre des réflexions sur la lutte armée et des instructions pour les sabotages…

PeTA refuse ainsi de condamner l’ALF. Voici ce que dit sa FAQ :

  • « Les militants pour les droits des animaux ne commettent-ils pas des actes de terrorisme ? »
    Le mouvement pour les droits des animaux est non violent. Notre combat se fonde sur le refus de porter atteinte à un animal, qu’il soit humain ou non. Cependant, comme dans n’importe quel mouvement d’importance, il peut exister des factions qui utilisent la violence.
  • « Comment justifier les dégâts s’élevant à des millions d’euros provoqués par l’ALF (Animal Liberation Front) ? »
    Pendant la Résistance, beaucoup d’hommes et de femmes guidés par leur conscience ont estimé devoir enfreindre les lois. De même, les militants de l’ALF ont choisi de sauver des vies en détruisant des biens matériels tels que du matériel de laboratoire servant aux expériences scientifiques sur les animaux ou en brûlant des bâtiments vides dans lesquels des animaux ont été torturés et tués. Les « raids » de l’ALF ont permis de faire connaître des actes d’une cruauté inimaginable. À la suite de ces interventions, des laboratoires ont été poursuivis pour violation de la loi et certains ont été définitivement fermés. Une fois connues, les pratiques de certains laboratoires ont été unanimement condamnées par la communauté scientifique.

La fondatrice de PeTA assume cette position ouvertement. Ingrid Newkirk explique d’ailleurs, dans un ouvrage consacré à l’ALF dans une optique clairement pro-ALF (article “The ALF: Who, Why, and What?”, dans « Terrorists or Freedom Fighters? ») :

« Des penseurs peuvent préparer des révolutions, mais ce sont les bandits qui doivent les mener. »

On peut lire aussi :

« Je me risquerais à dire qu’aucun mouvement de changement social n’a réussi sans la « composante militaire. »

Ce n’est que lorsque les manifestants noirs ont eu recours à la violence que le gouvernement national a travaillé sérieusement sur la législation des droits civils…

En 1850, les abolitionnistes blancs, ayant abandonné les moyens pacifiques, ont commencé à encourager et à s’engager dans des actions qui perturbaient les opérations de plantations et libéraient les esclaves… Était-ce erroné ? »

Ces propos ne se trouvent pas n’importe où dans l’ouvrage en question ; Newkirk a écrit cela dans un article consistant en la postface, et ses derniers mots sont :

« Ce sont ces guerriers qui sont l’épine dans le pied à la fois des protecteurs des animaux qui sont conservateurs et des exploiteurs d’animaux.

Leur existence même est un réquisitoire sur comment la société change. Elle est aussi, peut-être, le plus grand espoir des animaux. »

C’est on ne peut plus clair sur la conception de Newkirk : PeTA fait un travail de masse, mais à un moment tout va craquer et la violence scellera l’abolition.

Mais évidemment, au fur et à mesure PeTA s’est émancipé de la libération animale, justifiant tout, jusqu’au sexisme voire la pornographie, pour maintenir sa raison d’être…