Sarkozy et EDF s’entendent pour prolonger d’une décennie le risque nucléaire

Voici un communiqué de Sortir du nucléaire, sur une réalité très claire: à moins d’un changement radical de société, jamais le nucléaire ne sera abandonné en France. Cela fait trop partie de la stratégie industrielle et commerciale du capitalisme français, qui considère qu’ainsi il peut être indépendant et produire vite et bien.

Le communiqué concerne ici Sarkozy, mais c’est pareil pour Hollande (ou Le Pen bien sûr); quant à EELV c’est une simple roue de secours du PS. Face au nucléaire, seule la libération de la Terre a un sens car c’est la seule démarche qui ne fait pas de compromis et qui propose une alternative positive!

Sarkozy et EDF s’entendent pour prolonger d’une décennie le risque nucléaire

C’est désormais officiel : le président français et candidat à sa propre succession, Nicolas Sarkozy, a décidé de l’allongement de la durée de vie des réacteurs français à 40 ans, pourtant conçus pour fonctionner une décennie de moins. Une annonce absolument consternante mais prévisible compte-tenu du climat de « Sauve-qui-peut » général qui règne actuellement dans le milieu nucléaire français.

Rapport Énergies 2050
Cette annonce coïncide avec la sortie du Rapport Energies 2050, commandée par le gouvernement en juillet dernier. Les conclusions de ce documents sont sans surprise, vu le partisanisme des membres de la commission chargée de l’élaborer et les prémonitions autoréalisatrices de M. Besson, qui avait déclaré « être convaincu qu’à terme de vingt ou trente ans, la France a besoin d’un socle d’environ 2/3 d’électricité d’origine nucléaire. » Difficile d’émettre un avis contradictoire, quand même le ministre de l’Industrie prend position sur ce que doivent être les futures conclusions de la Commission… [1]

Baisse des dépenses publiques… mais hausse du budget nucléaire !
Au-delà de la difficulté manifeste du gouvernement à s’émanciper du dogme pro-nucléaire dans lequel il s’enferme, la décision de Mr Sarkozy, étayée pour la forme par le Rapport Energies 2050, ne repose que sur des motivations économiques, par ailleurs tronquées : la prolongation de l’activité des centrales est présentée comme économiquement incontournable.

Cette décision implique des dépenses pharaoniques, qui se chiffrent en milliards d’euros. Sans même inclure le devis à venir des travaux post-Fukushima, EDF table déjà sur un investissement de 3,7 milliards d’euros par an pour une telle prolongation. La rhétorique actuelle, consistant à affirmer que trop d’argent a été investi dans les centrales nucléaires pour les fermer maintenant, est singulière : elle suppose à la fois que la vétusté des installations s’efface devant l’exigence de rentabilité, et que les sommes démesurées que l’on s’apprête à y injecter de nouveau nous rendront prisonniers de cette logique plus longtemps encore.

L’extension de la durée de vie des centrales est présentée comme une fatalité par le duo Sarkozy-Besson. Nous sommes pourtant à l’heure des choix : au lieu de continuer avec une technologie obsolète et de plus en plus risquée, la France peut aussi s’engager résolument dans des énergies propres et sûres, créatrices d’emplois et réparties sur tout le territoire. C’est maintenant que la transition énergétique se décide !

Vers l’inconnu… et au-delà

Cela fait déjà bien longtemps qu’EDF milite pour étendre la durée d’exploitation des centrales ; lors d’une présentation à des investisseurs en décembre 2008, EDF affirmait déjà « être confiant dans l’obtention de l’autorisation de fonctionnement à 40 ans. » C’est dire si les 40 ans sont acquis depuis longtemps… La prolongation des centrales avait d’ailleurs été entérinée en septembre dernier, lors de la commande par EDF de 44 générateurs vapeurs [2].

Au niveau mondial, moins de 10 réacteurs ont dépassé l’âge de 40 ans – parmi lesquels on ne compte d’ailleurs aucun réacteur à eau pressurisée – le modèle utilisé en France. Les phénomènes de vieillissement restent mal connus, difficile à prévoir et à déceler. Bien peu d’éléments empiriques existent aujourd’hui qui permettraient d’envisager avec succès cette prolongation, alors que la documentation scientifique sur le sujet, elle, existe et plaide largement en sa défaveur.

Le mépris affiché par le Gouvernement sur des considérations de sûreté et de sécurité nucléaires au profit d’une rentabilité “à tout prix“ est inquiétant. Les risques sont en effet bien réels : s’il est possible de changer certaines pièces des réacteurs, d’autres ne peuvent être remplacées. C’est notamment le cas de la cuve, en permanence fragilisée, qui subit de nombreuses agressions liées à l’irradiation et aux hautes températures. Conçue pour résister à 30 ans d’irradiation, elle est résistante au-delà d’une certaine température, et cassante en-deçà. A Fessenheim, la cuve montre depuis déjà quelques années des signes de faiblesse, avec notamment l’apparition de fissures. Notons par ailleurs que de nombreuses pièces ne sont pas remplacées pour des raisons d’arbitrage économique. A moins d’investissements extrêmement lourds, la prolongation nous mène tout droit à une sûreté bradée.

A l’heure où TEPCO est confronté à de sévères difficultés pour contrôler le réacteur n°2 de Fukushima, il est particulièrement irresponsable de pouvoir prétendre à un contrôle absolu du devenir des centrales françaises. Il est fort regrettable, alors que la campagne électorale pour les Présidentielles bat son plein, que l’avis d’un président/candidat malmené par les sondages prévale sur la sécurité et sur un débat ouvert sur les questions énergétiques. La production d’études officielles biaisées n’est que le dernier fait d’arme de ce gouvernement, prêt à toutes les danses du ventre pour sauver son industrie.

Notes :
[1] Pour plus d’informations concernant notre position sur le rapport Energies 2050, voir notre communiqué commun « Nucléaire mon amour » par Eric Besson

[2] EDF commande 44 générateurs de vapeur à Areva et Westinghouse