Corinne Lepage en plein recul

Les journées d’été des « écologistes » d’EELV, à Poitiers, commencée il y a deux jours, se terminent aujourd’hui 24 août. Pour l’instant, il y est expliqué que tout va bien, l’écologie politique progresserait, etc. Bref, de la tambouille électorale, comme on dit dans ces cas là.

Voici pour illustrer cela la position de Corinne Lepage, qui avait écrit une lettre ouverte très intéressante avant le début de ces journées.

Très intéressante, parce qu’elle fait du EELV sans faire du EELV : en clair elle se pose comme partenaire plus fiable pour les socialistes qu’EELV.

Au lieu de partir dans une critique radicale devant les faiblesses terribles d’EELV, Corinne Lepage part carrément dans l’autre sens. Elle cherche, en pratique, une future place de ministre, en saluant les possibilités de changement dans le nucléaire grâce aux socialistes (ce qui est d’une hypocrisie complète), en faisant l’apologie d’un capitalisme « écolo. »

Elle ose même parler d’une « approche éthique de l’économie de marché » ! Ce qui bien entendu veut dire qu’elle ne parle, bien évidemment, pas du tout des animaux.

Là est le fond de la question : pour avancer dans l’écologie, Corinne Lepage devrait reconnaître la question animale… Mais elle ne le veut pas, elle ne le peut pas, car elle veut rester dans le cadre existant.

Inévitablement, son écologie se brise sur la question de l’exploitation animale !

Les écologistes doivent se remettre en cause

Par Corinne Lepage, eurodéputée, Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, présidente de CAP21

Le problème des écologistes est sans doute comportemental. A tort ou à raison, leur perception par l’opinion est d’être souvent animés par des ambitions ministérielles et parlementaires qui les conduisent, parfois, à d’étranges concessions sur le fond de leurs convictions.

Si l’on peut comprendre que le jeu politique exige la formation de coalitions, et donc l’acceptation d’un projet qui n’est pas intégralement celui que l’on défend initialement, il n’en demeure pas moins vrai qu’il reste encore à expliquer, sur le fond, les raisons de l’alliance et les perspectives que cette dernière offre pour gagner les combats essentiels.

Ainsi, les écologistes ne sont pas coupables d’avoir conclu un accord avec le Parti socialiste qui ne prône pas la sortie définitive du nucléaire, mais le sont de n’avoir pas expliqué à l’opinion en quoi le projet de François Hollande permettait, à terme, d’envisager une telle sortie. Même chose pour les organismes génétiquement modifiés, l’économie circulaire et les enjeux qui structurent l’identité politique des écologistes.

Le plus grave est ailleurs. Le problème majeur des écologistes est idéologique. Car si l’opinion a sans doute conscience que, s’agissant de la préservation de la planète et de ses ressources, les écologistes sont les plus compétents, s’agissant en revanche des enjeux économiques et sociaux, personne ne croit en leur capacité à trouver des solutions efficaces.

A force, en effet, de se livrer à une course à l’échalote avec l’extrême gauche sur la contestation du système capitaliste et sur la promotion de solutions sociales utopiques parfois absurdes, l’écologie a perdu toute crédibilité là où, justement, elle devait être la plus pertinente.

Car tout l’enjeu du développement soutenable est de faire de la transition économique et de ce qui l’accompagne l’impératif majeur de notre société. Un tel changement appelle de sortir d’une attitude jugée à juste titre par le plus grand nombre comme systématiquement négative envers les entreprises, opposées à tous les projets, et contre-productive pour l’emploi et l’activité économique.

Etre écologiste, pourtant, c’est aimer les entreprises !

Les entreprises dans toute l’acception du terme dès lors qu’elles privilégient l’humain et la gouvernance éthique.

Cela concerne les entreprises familiales quelle que soit leur taille, le tissu des PME-PMI et le formidable vivier de l’économie sociale et solidaire qui démontrent, au quotidien, que l’économie de marché peut oeuvrer en faveur de l’intérêt général ; les entreprises qui, conscientes de leurs responsabilités sociétales, agissent en faveur des nouvelles technologies vertueuses sur les plans écologiques et sanitaires, et qui garantissent un haut niveau de protection de leurs salariés ; les entreprises qui, d’une façon générale, envisagent leur action dans une perspective éthique, qui protège l’homme et son environnement, et qui est la condition sine qua non à la transition de civilisation qui s’impose à l’humanité.

Assurer le mariage de l’économie et de l’écologie sans oublier la dimension sociale, en faisant en sorte que toute décision soit la meilleure sur les trois plans de manière systématique : telle devrait être la doxa de l’écologie responsable.

Si l’écologie politique sait négocier ce double virage (comportemental et idéologique), alors, elle sera le ciment d’une nouvelle alliance pour un progrès soutenable. L’écologie doit s’approprier la notion de progrès, rendue possible par l’approche éthique de l’économie de marché.

Cette affirmation peut apparaître paradoxale alors même que l’écologie est présentée par ses ennemis comme l’antinomie du progrès. Il n’en est rien. Le progrès humain, plus que jamais indispensable, passe par la reconquête du sens autant que par le progrès scientifique qui doit conforter les connaissances et offrir des technologies nouvelles qui seront une partie de la solution.

Les écologistes doivent se faire un devoir de pousser dans cette direction afin d’accélérer la transition inéluctable vers le nouveau modèle de développement. Ils doivent être à la pointe sur les propositions du “comment y parvenir”, qu’il s’agisse des nouvelles modalités de calcul économique qui commencent à intéresser les organismes économiques les plus conventionnels, de la recherche et du développement, de la création d’activités économiques inscrites dans la troisième révolution industrielle. Ils doivent également être des moteurs des consensus à trouver et de la promotion de l’intérêt général bien compris.

Cette nouvelle alliance pour un progrès soutenable n’est pas seulement d’ordre sociétal. Elle est aussi politique. Il s’agit de construire une alliance politique, fondée sur la base et non sur le sommet, sur le pragmatisme et non sur des idéologies dépassées, sur le retour au bon sens et à la proximité et non sur la virtualité, sur une confiance dans le renforcement de l’Europe politique et non sur un renfermement hexagonal.

L’écologie, si elle accepte de se remettre en cause, peut et doit devenir la source de consensus autorisant le rassemblement le plus large de tous ceux qui ont compris que nous avons changé de monde. Nombreux sont nos concitoyens en attente de cette nouvelle dynamique. Il ne dépend que de notre volonté commune de la lancer.

Corinne Lepage, eurodéputée, Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, présidente de CAP21