Le film “Into the wild”

Into the Wild est un film sorti en 2007, par le réalisateur « engagé » Sean Penn. C’est un film très intéressant, fondé sur un ouvrage racontant la démarche (authentique) d’un jeune américain du nom de Christopher McCandless.

Étudiant « brillant » venant d’une famille traditionnelle et aisée, celui-ci a tout plaqué, pour vivre en voyageur, rompant avec l’intégralité de son passé (plus de carte d’identité, de carte bancaire, faisant un don de 25000 dollars à une association, etc.).

Son périple l’amène à rencontrer des gens alternatifs et sympathiques, à travers l’Arizona, le Grand Canyon, la Californie, le Dakota, le Colorado… Tout en vivant d’expédients et de petits boulots.

Incapable toutefois d’accrocher affectivement avec quelqu’un, malgré les multiples opportunités, il est finalement emporté par son obsession d’aller en Alaska.

Il y meurt au bout de quelques mois, dans un bus abandonné, théoriquement suite à un empoisonnement due à une confusion entre deux plantes mais a priori plutôt de malnutrition, en raison d’un empoisonnement du à la consommation immodérée de « viande faisandée. »

Christopher McCandless avait eu une démarche totalement idéaliste, il ne connaissait ni la culture alternative en faveur de la Nature, ni les méthodes traditionnelles et meurtrières pour survivre dans un tel environnement.

Il a tenté de survivre comme chasseur cueilleur, mais sans en connaître les méthodes (contrairement par exemple à Pete Fromm comme il le raconte dans Indian Creek).

Christopher McCandless avait également essayé de quitter la zone où il était, mais le fleuve était trop fort, et il a mal lu la carte où était pourtant indiqué un passage à quelques centaines de mètres, consistant en un petit téléphérique manuel. Voici une image montrant en quoi consiste un tel dispositif.

La démarche de Christopher McCandless était donc seulement une fuite en avant, totalement individualiste et sans démarche en faveur de la Nature. Son retour au « Wild », à la vie sauvage, a été celui de l’individualiste maniant le fusil.

Il a souvent été mentionné le rapport à Henry David Thoreau (1817 – 1862), mais Thoreau allait quant à lui dans le sens de l’ouverture à la Nature et du végétarisme, et il était également très philosophe et cultivé.

Christopher McCandless fait partie, si l’on regarde bien, d’une tendance historique allant du film Koyaanisqatsi (1983) à l’Earth Liberation Front (dont les actions commencent au milieu des années 1990)… tout en ne connaissant pas cela, en raison d’une orientation purement individualiste.

C’est pourquoi 15 années après sa mort, son périple a pu être compris dans un sens que Christopher McCandless n’a pas assumé.

Si le film « Into the wild » a eu un énorme succès d’estime, c’est par sa dimension sauvage et son affirmation du besoin de Nature, de par sa dimension critique de la société américaine ; la BO est d’ailleurs chantée par Eddie Vedder du groupe Pearl Jam (et possédant un tatouage « Earth First! »).

Mais Christopher McCandless était un aventurier individualiste vivant un périple fou par rapport à ses propres critères, comme l’ont pu faire bien d’autres, comme déjà Everett Ruess (1914  – 1934?) au début du 20ème siècle.

C’est le problème du film, qui est interprétable dans de très nombreux sens, et qui s’il pose une problématique allant dans le bon sens, est extrêmement faible dans sa compréhension de la dimension de la question.

Le titre québécois du film est d’ailleurs “Vers l’inconnu”, ce qui est logique si l’on comprend la démarche comme une sorte d’aventure et non pas comme une tentative de retourner à la vie sauvage, de la rejoindre comme Rimbaud dans son fameux poème “Aube” (“J’ai embrassé l’aube d’été…”).

Le roman biographique à l’origine du film s’intitule également “Voyage au bout de la solitude” dans sa version française, et le petit article à la base du roman avait comme titre “Death of an Innocent: How Christopher McCandless lost his way in the wilds”, c’est-à-dire “Mort d’un innocent: Comment Christopher McCandless a perdu son chemin dans la nature sauvage”.

La Nature, finalement reste d’une certaine manière hostile dans cette perspective, même si prétexte à une sorte d’aventure initiatique.