Francione et la vision des “animaux de compagnie” dans une nature “statique”

Les conceptions religieuses ne sont pas forcément là où on pense ; à moins de s’y connaître en théologie afin inversement d’y échapper, difficile de ne pas tomber dedans…

Voici un exemple avec l’argumentaire de Gary Francione sur les « animaux de compagnie. » Francione est pour leur « abolition » ; voici ce qu’il dit :

Les animaux domestiqués dépendent de nous pour tout ce qui est important dans leurs vies : quand et si ils vont manger ou boire, quand et où ils vont dormir ou se soulager, s’ils obtiendront de l’affection ou s’ils feront de l’exercice, etc. Bien qu’on puisse dire la même chose concernant les enfants humains, la majorité d’entre eux deviennent, une fois adultes, des êtres indépendants et autonomes.

Les animaux domestiques ne font pas réellement partie de notre monde, ni du monde des non-humains. Ils sont pour toujours dans un enfer de vulnérabilité, dépendant de nous en toute chose et en danger dans un environnement qu’ils ne comprennent pas vraiment. Nous les avons élevés afin qu’ils soient conciliants et serviles, qu’ils soient dotés de caractéristiques qui sont réellement dangereuses pour eux mais plaisantes pour nous.

Nous pouvons les rendre heureux dans un sens, mais cette relation ne peut jamais être « naturelle » ou « normale ». Ils ne font pas partie de notre monde et y sont coincés, indépendamment de la façon dont nous les traitons.

Nous ne pouvons justifier un tel système, quand bien même il serait très différent de la situation actuelle. Ma compagne et moi vivons avec cinq chiens sauvés, dont certains souffraient de problèmes de santé lorsque nous les avons adoptés.

Nous les aimons beaucoup et nous efforçons de leur procurer les meilleurs soins et traitements. (Et avant que quelqu’un pose la question, nous sommes végans tous les sept !) Vous ne trouveriez probablement pas sur cette planète deux autres personnes aimant plus que nous vivre avec les chiens.

Et nous encourageons toute personne à adopter ou accueillir autant d’animaux (de n’importe quelle espèce) qu’elle le peut de façon responsable.

Mais s’il n’y avait plus que deux chiens dans l’univers et qu’il ne tenait qu’à nous de décider s’ils pourraient se reproduire afin que nous puissions continuer à vivre avec des chiens, et même si nous pouvions garantir que tous ces chiens auraient un foyer aussi aimant que le nôtre, nous n’hésiterions pas une seconde à mettre fin au système de possession d’« animaux de compagnie ».

Les dernières lignes sont, en fait, éminemment religieuses. Expliquons cela simplement.

Dans la religion chrétienne, ou juive ou musulmane, Dieu a créé le monde. Le problème évidemment, comme nous le savons en athées, c’est que la Bible (pas plus que le Coran) ne parle des dinosaures.

Le « truc » est que la religion a considéré que les animaux avaient été créés pas Dieu, et qu’ils se reproduisaient, restant tels quels.

Ou pour dire les choses de manière plus simple et plus connue : la religion a « oublié » l’évolution.

Il n’y a pas eu d’Adam, pas plus que d’Eve ; les humains sont le fruit d’un long cheminement. Mais pas seulement les humains : c’est le cas de tous les animaux. Et c’est encore le cas aujourd’hui.

Quel rapport avec Francione ? Eh bien Francione a la même approche que la religion. Il dit ainsi :

« Les animaux domestiques ne font pas réellement partie de notre monde, ni du monde des non-humains. Ils sont pour toujours dans un enfer de vulnérabilité, dépendant de nous en toute chose et en danger dans un environnement qu’ils ne comprennent pas vraiment. »

« Nous pouvons les rendre heureux dans un sens, mais cette relation ne peut jamais être « naturelle » ou « normale ». Ils ne font pas partie de notre monde et y sont coincés »

Or, cela veut dire que pour Francione les chiens, tout comme les chats ou les cochons d’Inde, ne seraient plus « naturels. »

Les humains ne le seraient plus non plus d’ailleurs. Et donc les animaux (non humains) doivent être « repoussés » dans la Nature.

Mais c’est une vision catholique, et même catholique extrême. Pour les catholiques (comme pour les autres religieux), les humains ont un statut spécial, les animaux relevant de la simple « nature. »

Mais pour les athées, les humains appartiennent à la Nature, comme tous les êtres vivants. Et en plus, la Nature est en mouvement, il y a évolution.

Un athéisme conséquent ne dirait pas : les chiens ne sont plus conformes à ce qu’ils étaient à la « création » du monde, donc ils doivent disparaître !

Un athéisme conséquent dirait : les chiens accompagnent les humains depuis qu’ils sont organisés en société, et donc il faut abolir le rapport d’oppression qu’ils vivent, mais non pas les abolir eux puisqu’ils vivent en « symbiose » avec les humains.

C’est pareil pour les chats, qui sont devenus des « partenaires » des humains. Ou encore des cochons d’Inde, des chinchillas…

En fait, il est trop tard pour les « repousser » et il est religieux de nier leur existence. Francione est ultra-religieux quand il dit qu’il veut supprimer l’existence des vaches, car elles ne seraient pas « conformes » à leur statut lors d’une hypothétique création.

Va-t-on supprimer les platanes de France parce qu’il s’agit d’un hybride entre le platane d’Occident (Amérique du Nord) et le platane d’Orient (ouest de l’Asie, sud est de l’Europe) ?

Non, bien entendu : c’est trop tard, on ne peut pas aller en arrière dans l’histoire, et de toutes manières la vie c’est le mouvement, l’évolution.

Nous reviendrons sur cette question des « animaux de compagnie » et de leurs droits, mais disons déjà simplement qu’ils ont droit à l’existence, que l’humanité a établi un rapport avec eux qui ne donne pas le droit de les supprimer.

Les cochons d’Inde ont été domestiqués, ils sont exploités, mais pour en terminer avec cela, il ne faut pas les “supprimer”, mais leur donner les moyens de profiter d’une vie la plus épanouie possible, en les assumant. Toute autre position est de l’abandon, du déni. A l’humanité d’assumer!

Les humains font partie de la Nature, tous les êtres vivants en font partie ; les rapports évoluent, et imaginer que tout doit être statique, comme à la création, relève du religieux.