Un reportage sur “les végétariens de l’extrême”…

Hier, dans 66 minutes à la une, on a pu voir un petit reportage sur le véganisme.

C’est visible ici, émission du 28 avril  2013 (si cela ne marche pas, cela repasse le 5 mai à 17h20, sur m6).

C’est encore racoleur, le véganisme est encore mal défini avec un libéralisme énorme qui plane sur les définitions (y compris chez les gens présentés. Un coup on parle de végétarisme, l’autre de végétalisme, le tout mélangé n’importe comment), sans parler du simili carné qui montre la non rupture culturelle avec les goûts façonnés par l’exploitation animale.

De manière plus nouvelle, par contre, on voit de présenté un couple qui est menacé par les services sociaux, leurs deux enfants étant végétaliens. On voit également deux personnes âgées de la famille qui ont porté plainte auprès des services sociaux en raison de la « maltraitance alimentaire » qui serait infligée aux enfants !

Il n’y a pas lieu de rappeler une énième fois le caractère moyen-âgeux de la France concernant le véganisme. Il est aberrant de voir qu’être végan ne pose pas de problème en Angleterre ou en Allemagne, pays voisins, alors qu’en France…

Cependant, il n’y a pas pour autant lieu de considérer qu’il faille accepter absolument tout de l’administration française. Les parents ont été convoqués quatre fois par l’administration.

Ce qu’il faut faire à ce moment là est très simple. Il suffit de faire un blog en présentant les faits et les documents. Alors, il suffit d’envoyer un email en expliquant l’affaire à tous les sites végans francophones, puis de prendre contact avec les groupes et associations.

Si on peut, il faut également prendre contact à l’étranger. Naturellement, l’argument « massue », c’est le principe de recourir à la Cour européenne des droits de l’Homme… Ce qui prend du temps, mais si l’on se montre décidé et organisé, qu’on montre qu’on est prêt à aller jusqu’au bout, l’administration se calme toujours très rapidement…

Il y a une différence entre une administration qui s’imagine faire face à des individus isolés, et une administration qui fait face à des gens prêts à se proposer comme grande cause nationale, avec des idées pouvant être reprises…

Indubitablement, cela demande une capacité de conflictualité. Et ce n’est pas conforme à un certain esprit bobo, pour qui le véganisme est une sorte de morale ultra, sans aucune conséquence politique. Le reportage de 66 minutes était dans cette lignée, expliquant que le véganisme serait arrivé il y a quelques années, depuis les Etats-Unis.

C’est bien entendu totalement ridicule, puisque le véganisme existe depuis au moins le début des années 1990 comme vague politique, liée aux squatts dans le Nord de la France, comme mouvance de réflexion sur les animaux à Lyon, etc.

Mais c’est très parlant d’un certain état d’esprit. Il y a ceux et celles qui ont compris que le véganisme était antagonique à l’idéologie dominante, et ceux et celles qui aimeraient que le véganisme se développe en s’intégrant au système.

Ce qui est impossible en général, et encore plus en France. Il y a ici beaucoup de désillusions qui vont se produire, beaucoup de déceptions sont à prévoir ! Car vivre en « adulte » dans la société française et être végan, cela demande de l’opiniâtreté, il en faut de la capacité à persister face à la propagande ennemie, de la fermeté pour rejeter tout compromis !

On comprend tout le mal que nous pouvons penser d’initiatives comme L214, qui tente de diluer le véganisme dans une sorte de frontisme végétarien qui non seulement n’a aucun résultat, mais en plus désarme culturellement les vegans.

A moyen terme, ce qui se joue, c’est de savoir si le véganisme n’est qu’un appendice « radical » d’une sorte de mouvement de protection animal s’inféodant de moins en moins discrètement à Marine Le Pen, ou bien si le véganisme s’affirme comme véritable proposition indépendante.

Car comment veut-on que les gens soient végans, si le véganisme n’est pas défini, s’il est une sorte de démarche présentée comme un « végétarisme extrême » ( le titre de l’émission de 66 minutes est d’ailleurs “Les végétariens de l’extrême”), comme une forme secondaire d’un « vaste » mouvement aux contours flous et aux valeurs jamais définies ?