Le baron d’Holbach et la Nature

Le baron d’Holbach, mort juste avant l’avènement de la révolution française, est un penseur incontournable de la philosophie des Lumières, même s’il n’est pas aussi connu que Roussau, Voltaire ou Diderot.

Ses dîners étaient très connus et y venaient de nombreuses figures intellectuelles ; lui-même représentait le courant le plus athée des Lumières.

Son Système de la nature est ainsi condamné par le gouvernement qui le défère au parlement, ce dernier condamnant le livre, le 18 août 1770, à être brûlé. D’autres ouvrages de Holbach subiront le même sort.

Le crime de Holbach ? Il était impardonnable pour les religeiux : il disait qu’il n’y a pas de Dieu et que l’être humain est naturel…

Voici des extraits du premier chapitre du Système de la nature, intitulé De la nature.

« Les hommes se tromperont toujours quand ils abandonneront l’expérience pour des systèmes enfantés par l’imagination.

L’homme est l’ouvrage de la nature, il existe dans la nature, il est soumis à ses lois, il ne peut s’en affranchir, il ne peut même par la pensée en sortir ; c’est en vain que son esprit veut s’élancer au delà des bornes du monde visible, il est toujours forcé d’y rentrer.

Pour un être formé par la nature et circonscrit par elle, il n’existe rien au-delà du grand tout dont il fait partie, et dont il éprouve les influences ; les êtres que l’on suppose au dessus de la nature ou distingués d’elle-même seront toujours des chimères, dont il ne nous sera jamais possible de nous former des idées véritables, non plus que du lieu qu’elles occupent et de leur façon d’agir.

Il n’est et il ne peut rien y avoir hors de l’enceinte qui renferme tous les êtres.

Que l’homme cesse donc de chercher hors du monde qu’il habite des êtres qui lui procurent un bonheur que la nature lui refuse : qu’il étudie cette nature, qu’il apprenne ses lois, qu’il contemple son énergie et la façon immuable dont elle agit ; qu’il applique ses découvertes à sa propre félicité, et qu’il se soumette en silence à des lois auxquelles rien ne peut le soustraire ; qu’il consente à ignorer les causes entourées pour lui d’un voile impénétrable ; qu’il subisse sans murmurer les arrêts d’une force universelle qui ne peut revenir sur ses pas, ou qui jamais ne peut s’écarter des règles que son essence lui impose.

On a visiblement abusé de la distinction que l’on a faite si souvent de l’homme physique et de l’homme moral. L’homme est un être purement physique ; l’homme moral n’est que cet être physique considéré sous un certain point de vue, c’est-à-dire, relativement à quelques-unes de ses façons d’agir, dues à son organisation particulière.

Mais cette organisation n’est-elle pas l’ouvrage de la nature ? Les mouvements ou façons d’agir dont elle est susceptible ne sont-ils pas physiques ?

Ses actions visibles ainsi que les mouvements invisibles excités dans son intérieur, qui viennent de sa volonté ou de sa pensée, sont également des effets naturels, des suites nécessaires de son mécanisme propre, et des impulsions qu’il reçoit des êtres dont il est entouré.

Tout ce que l’esprit humain a successivement inventé pour changer ou perfectionner sa façon d’être et pour la rendre plus heureuse, ne fut jamais qu’une conséquence nécessaire de l’essence propre de l’homme et de celle des êtres qui agissent sur lui.

Toutes nos institutions, nos réflexions, nos connaissances n’ont pour objet que de nous procurer un bonheur vers lequel notre propre nature nous force de tendre sans cesse.

Tout ce que nous faisons ou pensons, tout ce que nous sommes et ce que nous serons n’est jamais qu’une suite de ce que la nature universelle nous a faits.

Toutes nos idées, nos volontés, nos actions sont des effets nécessaires de l’essence et des qualités que cette nature a mises en nous, et des circonstances par lesquelles elle nous oblige de passer et d’être modifiés. »

Enfin, à la fin du chapitre, le baron d’Holbach fait une petite précision qui est assez intéressante, par rapport aux gens prétendant que le fait que nous parlions de Gaïa serait « religieux. » En réalité, c’est le contraire de la religion que de parler de la Nature, mais encore faut-il la reconnaître…

« N B. Après avoir fixé le sens que l’on doit attacher au mot nature, je crois devoir avertir le lecteur, une fois pour toutes, que lorsque dans le cours de cet ouvrage, je dis que la nature produit un effet, je ne prétends point personnifier cette nature, qui est un être abstrait ; mais j’entends que l’effet dont je parle est le résultat nécessaire des propriétés de quelqu’un des êtres qui composent le grand ensemble que nous voyons.

Ainsi quand je dis la nature veut que l’homme travaille à son bonheur, c’est pour éviter les circonlocutions et les redites, et j’entends par-là qu’il est de l’essence d’un être qui sent, qui pense, qui veut, qui agit, de travailler à son bonheur.

Enfin j’appelle naturel ce qui est conforme à l’essence des choses ou aux lois que la nature prescrit à tous les êtres qu’elle renferme, dans les ordres différents que ces êtres occupent, et dans les différentes circonstances par lesquelles ils sont obligés de passer.

Ainsi la santé est naturelle à l’homme dans un certain état ; la maladie est un état naturel pour lui dans d’autres circonstances, la mort est un état naturel du corps privé de quelques-unes des choses nécessaires au maintien, à l’existence de l’animal etc.

Par essence, j’entends ce qui constitue un être ce qu’il est, la somme de ses propriétés ou des qualités d’après lesquelles il existe et agit comme il fait.

Quand on dit qu’il est de l’essence de la pierre de tomber, c’est comme si l’on disait que sa chute est un effet nécessaire de son poids, de sa densité, de la liaison de ses parties, des éléments dont elle est composée. En un mot l’essence d’un être est sa nature individuelle et particulière. »