Les bourgeois bohèmes français se sont aperçus qu’en traitant trop de la nourriture, ils jouaient avec le feu. Ils ont compris que leurs homologues américains étaient en fait en partie liée à une certaine culture alternative, avec parfois une dimension militante, que ce soit de type activiste ou sympathisante…
Or le bourgeois bohème français veut être un « hipster », sans pour autant avoir à assumer un contenu qui dérangerait son confort. Qu’à cela ne tienne, il suffit d’une bonne campagne française bien sceptique avec comme refrain « point trop n’en faut. »
Le Paris Vegan Day va être déçu, car il va passer de mode avant même d’être « hip » : la mode est à la dénonciation de « l’orthorexie. »
L’orthorexie est une fumisterie intellectuelle visant à dire que les gens qui ne veulent pas manger des choses mauvaises pour leur santé ont un « problème » mental.
Le végétalisme est bien sûr mentionné dans une liste bien longue de régimes « à la mode », cependant si l’on regarde bien c’est plutôt une offensive libérale pour contrer tout rapprochement éventuel avec une culture du « systématique », qui risquerait de passer au véganisme par son refus du libéralisme.
Voici par exemple le très informatif petit « test » publié dans « A nous », magazine bobo diffusé gratuitement à Paris, Lille, Lyon et Marseille / Aix-en-Provence.
Il est évident ici que la démarche végane est également visée, et pour nous qui considérons que le véganisme est l’actualité qui se construit, elle n’est pas que visée, elle est en fait la cible essentielle.
Souffrez-vous d’orthorexie ?
Parfois, vouloir manger sain peut se transformer en une obsession plutôt inquiétante. Phénomène émergent, l’orthorexie est un trouble caractérisé par la hantise de n’avaler que de la nourriture considérée comme bonne pour la santé, au péril de se perdre…
Pour savoir si vous êtes devenu un(e) flippé(e) de la junk food, voici le fameux “test de Bratman” !
1. Passez-vous plus de trois heures par jour à penser à votre régime alimentaire ?
2. Planifiez-vous votre repas plusieurs jours à l’avance ?
3. La valeur nutritionnelle de votre repas est-elle à vos yeux plus importante que le plaisir de le déguster ?
4. La qualité de votre vie s’est-elle dégradée alors que la qualité de votre nourriture s’est améliorée ?
5. Êtes-vous récemment devenu plus exigeant(e) avec vous-même ?
6. Avez-vous renoncé à des aliments que vous aimiez au profit d’aliments “sains” ?
7. Votre régime alimentaire gêne-t-il vos sorties, vous éloignant de votre famille ou de vos amis ?
8. Votre amour-propre est-il renforcé par vote volonté de manger sain ?
9. Éprouvez-vous un sentiment de culpabilité dès que vous vous écartez de ce régime ?
10. Vous sentez-vous en paix avec vous-même lorsque vous mangez sain ?
Résultats
Si vous avez répondu de façon positive à une à trois questions, tout va bien ! Votre rapport à la nourriture est sensé, vous aimez vous faire plaisir en mangeant, bravo !– Si vous avez répondu de façon positive à au moins quatre questions, vous avez un risque potentiel plus élevé de devenir esclave de la carotte et du chou-fleur… Le trouble
serait même installé, prudence ! Un bon steak-frites pourrait vous faire le plus grand bien.– Si vous avez répondu de façon positive à toutes les questions, vous êtes en réel danger, vous n’avez plus de vie ni d’ami, vous avez juste… un menu !
Cet éloge du pseudo mode de vie « sympa » à la française est absolument odieux, mais tellement logique ! Et il est facile de voir qu’à peu de choses près, c’est du véganisme dont il s’agit…
On renonce en effet à certaines choses qu’on appréciait (même si la question n’est pas « sain » ou pas, mais la morale), on a un amour-propre renforcé de par notre position (nulle fierté déplacée, juste la connaissance d’agir correctement), on éprouve de la culpabilité si on trahit la cause (sont concernées ici les personnes n’ayant pas assez avancé encore dans la culture végane et échouant dans le systématique), on se sent en paix de ne pas avoir été la cause de meurtre…
De la même manière, la démarche végane éloigne parfois sur certains points de la famille ou d’amis (finis les « gueuletons »), le goût compte moins que la morale, on planifie car on veut manger équilibré, et puis bien entendu on est plus exigeant avec soi-même, car on a compris qu’on pouvait prendre de bonnes décisions et aller de l’avant…
Ainsi, ce test (qui a quelques années) ne le dit pas, mais on voit bien ce qui est visé si on comprend l’enjeu historique…
Les libéraux l’ont eux compris, et ils savent être lyriques dans leur faux « rationalisme »: regardons la prose de psychologies.com à ce sujet :
Me voilà qui déborde gaillardement sur la religion : le corps de l’orthorexique est un temple, le lieu de toutes les adorations. Il est persuadé que tout ira bien s’il parvient à se nourrir idéalement, en préservant sa pureté corporelle sans jamais déroger.
Mais à quel saint se vouer ? Les nutritionnistes, haut clergé, et les médecins généralistes et les diététiciens, bas clergé de cette religion de la santé, énoncent des vérités inquiétantes par leur complexité et leur réversibilité.
Dès lors, les dogmes rigides des « diétogourous » de tout poil séduisent : il est tentant de se faire végétarien, végétalien, granivore, crudivore, hygiéniste ou macrobiotiste. L’orthorexique erre, à la recherche du régime idéal.
On aurait tort de prendre les orthorexiques à la légère, car ils ne rigolent pas. Ils sont la manifestation d’un nouveau puritanisme, d’une intolérance aux plaisirs gratuits, aux petites joies simples et sans prétention de l’existence. Du « manger droit » au « marcher droit », il n’y a qu’un pas !
C’est très parlant, et pour un peu on a l’impression de lire une dénonciation de la culture vegan straight edge (« puritanisme », « religion », « manger droit », « marcher droit », « ils ne rigolent pas », etc.). C’est que pour l’exploitation animale, le danger vient de là, bien sûr!
Les bourgeois bohèmes ont ainsi fini par comprendre que l’écologie et le végétalisme (ou encore le fait de donner de la valeur à sa santé), si jamais systématisés, amenaient inévitablement à une remise en cause générale, tant de soi que de la société. Ils rectifient par conséquent le tir, et c’est une tendance de fond importante.
C’est sans doute la fin d’une époque où les gens avaient commencé à faire semblant à être « rigoureux », même dans le hipster, le bourgeois bohème, etc. Le degré d’affluence du Paris Vegan Day, qui se place chez les bourgeois bohèmes en tant que « tendance végétalienne » (voire « végétarienne » culturellement), permettra d’évaluer cela à sa juste mesure !
