Echec de l’extermination des blaireaux en Grande-Bretagne

En France, la pratique barbare du « déterrage » des blaireaux est courante : c’est une monstruosité à faire connaître et à vaincre.

Ce qui se passe en Angleterre est un mélange de cette mentalité social-darwiniste et de prétention à « l’anthropocène » : l’Etat a décidé… d’exterminer tous les blaireaux.

La raison est économique : les blaireaux étaient accusés de nuire aux élevages en transportant la tuberculose bovine, 350 000 animaux composant le soi-disant « bétail » ayant péri en dix ans.

Bien entendu, la campagne d’extermination a été un échec complet et les experts craignent même que la maladie en question ne se répande encore plus…

Voici quelques informations tirées du quotidien Le Monde au sujet de cette campagne exterminatrice et anthropocentrique :

La chasse au mustélidé, autorisée par le gouvernement sous la pression des éleveurs, avait démarré en septembre dans deux comtés ruraux pilotes : le Gloucestershire (ouest du pays) et le Somerset (sud-ouest). Selon les chiffres du ministère de l’écologie et des affaires rurales dévoilés lundi 2 décembre, 40 % de la population locale de blaireaux (soit 921 bêtes) a été abattue dans la première région.

Un chiffre bien inférieur à l’objectif de 70 % nécessaire pour enrayer le fléau de la tuberculose bovine, et ce en dépit de la prolongation de huit nouvelles semaines de la campagne initialement prévue pour en durer six. [L’Etat a changé plusieurs fois sa position, passant d’au moins 70 % à l’espoir de 70 %, puis à 53 %, annonçant finalement 39 % de « réussite ».]

Face à des « progrès » considérés comme trop lents, l’agence gouvernementale britannique Natural England a révoqué les licences d’abattage plus tôt que prévu – la date de clôture était le 18 décembre.

La campagne similaire menée dans le Somerset s’est terminée il y a un mois après avoir également échoué à atteindre son objectif, malgré une prolongation de trois semaines : 940 animaux ont péri, soit 65 % des effectifs de la région.

« Cette campagne a été une avancée majeure dans notre objectif d’éradiquer la maladie d’Angleterre d’ici 25 ans », a toutefois affirmé, lors d’une déclaration devant le Parlement lundi, le ministre de l’environnement Owen Paterson, rappelant que son plan prévoit aussi une campagne de vaccination et une meilleure gestion du déplacement des bovins. Rendant « hommage » aux agriculteurs et aux propriétaires fonciers qui ont mené une campagne « difficile », le ministre a également critiqué « une petite minorité qui a eu recours à la criminalité généralisée dans sa volonté de stopper cette politique de contrôle de la maladie ».

Depuis plusieurs semaines, la question est devenue un enjeu national déchaînant les passions. D’un côté, le gouvernement de David Cameron, soutenu par les agriculteurs et une large partie de la population rurale, poussent à un abattage massif des blaireaux, considérés comme l’un des vecteurs de la tuberculose bovine.
En 2012, l’épidémie a entraîné l’abattage de 28 000 bovins en Angleterre, une perte estimée par le gouvernement à 100 millions de livres (121 millions d’euros), du fait des compensations aux éleveurs et du dépistage. Ce montant pourrait s’élever à 1 milliard de livres au cours de la prochaine décennie si la maladie n’était pas maîtrisée.

De l’autre, les défenseurs des animaux, de nombreux scientifiques et l’opposition travailliste dénoncent cette pratique brutale et inutile à l’encontre d’une espèce protégée depuis 1992 et particulièrement aimée de la population.

Parmi leurs arguments : une étude remise au gouvernement britannique en 2007 qui concluait que l’abattage « ne pouvait pas apporter une contribution significative à la lutte contre la tuberculose bovine en Grande-Bretagne ».

Au mieux, une réduction de 16 % des cas de contamination pouvait être obtenue. Une pétition lancée par le guitariste de Queen, Brian May, contre les campagnes d’abattage a rassemblé plus de 300 000 signatures. Sur le terrain, des collectifs se sont formés pour empêcher les tirs.

« Cette campagne a été un fiasco et un horrible gaspillage des vies de plusieurs centaines de blaireaux, de temps et d’argent pour le contribuable, déplore Jack Reedy, le porte-parole de Badger Trust, l’ONG fer de lance du mouvement d’opposition. C’est un revers humiliant pour Owen Paterson. »

Les coûts des campagnes n’ont pas été communiqués par le ministre de l’environnement. Les militants, eux, les chiffrent à 2 200 livres (2 700 euros) par blaireau tué, soit un total de 4,2 millions d’euros pour l’ensemble des opérations.

Un panel d’experts indépendants doit maintenant évaluer les opérations pilotes en matière « d’efficacité, de sécurité et d’humanité des tirs ». Les résultats permettront au ministre de l’environnement de décider, ou pas, de déployer les opérations d’abattage à large échelle dans les régions de l’Angleterre les plus durement touchées par la tuberculose bovine.

Il est facile de comprendre ici que c’est l’industrie de l’exploitation animale qui a décidé de la mise à mort de blaireaux, pour une simple raison : l’entrave à la bonne marche de ses opérations. C’est lourd de significations, et des exemples comme cela non seulement il y en a plein, mais il y en aura de plus en plus.

De la même manière que la forêt amazonienne est considérée comme un obstacle à surmonter pour l’exploitation animale, la Nature en général devient de plus en plus une ennemie ouverte pour une quête de profits effrénée et sans limites.

C’est tout l’enjeu planétaire de la question de l’exploitation qui s’approfondit chaque jour.