Kurt Cobain, le gâchis

Les médias ont tous parlé de la mort dramatique de Kurt Cobain, afin de le récupérer toujours davantage, lui qui paradoxalement a été la victime de sa propre capitulation devant le succès. On ne peut en effet pas rester authentique et participer de plein pied à une société capitaliste qui célèbre l’individualisme et l’esprit d’arnaque.

Il faut crucifier sa dignité pour faire carrière, il faut faire des compromis qui deviennent des trahisons. C’est cela qui amène la drogue chez nombre d’artistes, et non pas le contraire : ce n’est pas la drogue qui permet aux artistes d’être inspiré !

Malheureusement, cette idéologie de la drogue qui « inspire », qui permet de « créer », etc. a largement conquis la jeunesse, et cela depuis longtemps. Chaque génération reprend le flambeau et assume l’ivresse et les drogues comme « paradis artificiels ».

Kurt Cobain était quelqu’un de progressiste, qui refusait la société dominante. Son grand ami était par exemple Michael Stipe, le chanteur du groupe REM, et leur culture ouverte et « étudiante » était à l’opposé de la démarche populaire mais « beauf » rock’n roll des Gun’s roses.

Seulement voilà, les progressistes ont alors « oublié » le plus souvent l’importance de la culture vegan straight edge. Au lieu de reconnaître la Nature et les animaux, ils ont tenté de compenser dans les drogues et dans une attitude de rocker urbain et décadent.

Kurt Cobain a malheureusement été un exemple de cette fuite en avant, qu’on trouve bien sûr chez d’autres artistes sincères, comme le chanteur des Doors Jim Morrisson. A l’opposé de ce dernier qui valorisait la drogue comme moyen « poétique » dans un esprit français décadent du 19ème siècle, Kurt Cobain a quant à lui basculé dans les drogues d’une manière terrible.

Voici ce qu’il a par exemple dit au sujet de l’héroïne :

« C’était une connerie et je ne le referai jamais et je plains vraiment quiconque croit pouvoir utiliser l’héroïne comme médicament, parce que, hum, eh ben, ça ne marche pas. L’état de manque ressemble en tout point à ce que vous avez entendu dire, on vomit, on sue, on chie au lit exactement comme dans le film « Moi, Christiane F ». C’est atroce, laissez tomber. »

La référence au film « Moi, Christiane F » est malheureusement très parlante (voir notre article L’image d’Epinal de Berlin et l’héroïne).

Kurt Cobain aurait pu partir dans une autre direction, comme par exemple le chanteur de Pearl Jam, Eddie Vedder, qui a largement assumé de se positionner en faveur des causes progressistes, comme les animaux ou Earth first !

Bien sûr, cela reste un engagement relativement limité, rien de révolutionnaire, mais en tout cas c’est une perspective bien plus intéressante que se suicider (si l’on considère que Kurt Cobain s’est vraiment suicidé et n’a pas été tué).

Dans la lettre qu’il a ou aurait laissé, Kurt Cobain tient même des propos qui relèvent du social-darwinisme : il se considère comme un « faible » qui par conséquent devrait s’auto-supprimer :

« Je vous remercie tous, depuis le gouffre brûlant de mon estomac nauséeux, pour vos lettres et l’intérêt que vous m’avez accordé ces dernières années. Je suis un gosse, trop erratique et trop instable! Je n’ai plus de passion, alors rappelez-vous: il vaut mieux brûler franchement que s’éteindre à petit feu. »

C’est un vraiment très grand gâchis, car Kurt Cobain aurait eu des choses à dire, mais pour cela il faut sortir de l’esprit du rebelle des classe moyennes issues des pavillons. Et le grand paradoxe c’est que depuis quelques années, tant aux États-Unis qu’en France, il existe une sorte de variante « vegan » de postures dépressives et plus ou moins misanthropes, tendant soit vers les nazis soit vers le « queer ».
Au nom de la tristesse qui marque notre monde, « tout serait permis » et tout comportement « transgressif » serait en soi un grand acte de rébellion.

On est là bien sûr aux antipodes de la culture vegan straight edge, qui présuppose une discipline certaine et une volonté très nette de socialiser dans un esprit positif.

Le grunge a été ainsi un gigantesque gâchis, avec de nombreuses figures artistiques qui sont mortes, comme par exemple également le chanteur d’Alice in chains. Toute une expression authentique a été pulvérisée et tout cela pour quoi ? Par fascination pour le glauque, par refus de reconnaître la Nature, et cela au nom d’une vision égocentrique.