Le veau, la vache et l’Alliance écologiste indépendante

Parlons de la seconde profession de foi, des élections européennes de la semaine prochaine, qui parle des animaux (la première ayant été celle du Front National). Cette fois, il s’agit de l’Alliance écologiste indépendante, avec l’incontournable Jean-Marc Governatori.

Pour le coup, on sent que Notre-Dame-des-Landes est passé par là et que la mode est à la petite production. La profession de foi raconte la même chose que les gens de Notre-Dame-des-Landes, les décroissants ou les Hare Krishna : le monde moderne est mauvais et il faut retourner en arrière.

Vive la petite production donc, et c’est cela qui permet l’ambiguïté concernant les animaux. On a ainsi une image d’un veau et d’une vache, avec écrit :

« Une Europe sans élevage en batterie ni expérimentation animale. L’agriculture et la pêches industrielles sont à stopper. »

Cela ne veut nullement dire qu’on arrêtera de tuer les animaux. Cela veut dire qu’il faut freiner et reculer dans l’industrialisation. Cela ne va par conséquent pas du tout dans le bon sens. Bien sûr, les gens refusant le véganisme et prônant le réformisme, le « bien-être », trouveront que c’est un pas en avant.

Cependant, quand on veut la libération animale, on ne peut que vouloir que les choses aillent de l’avant : que l’on dépasse un système totalement… dépassé. Revenir en arrière nous amènerait forcément à devoir refaire le même parcours…

Sans compter que de toutes manières, on ne peut plus trop revenir en arrière, avec les problèmes écologiques, la population mondiale qui s’agrandit : il faut le véganisme à l’échelle mondiale, et vite !

La profession de foi prône ainsi le bien-être animal surtout pour, en réalité, bloquer l’exigence du dépassement de la société actuelle. Plutôt que de dire : mettons un terme à l’exploitation animale du grand capitalisme, l’Alliance écologiste indépendante propose de se cantonner à rêver du moyen-âge… Ce n’est pas comme cela qu’on changera les choses.

Tout le reste du discours de la profession de foi se fonde évidemment sur ce même principe de proposer un modèle dans le passé, au nom du « ni droite ni gauche » et du retour aux valeurs « régionales », avec des concepts farfelus comme le « Bon Sens Paysan » ou bien « Lenteur, de la Simplicité et du Petit ».

Pas la peine de s’y connaître beaucoup pour ne pas reconnaître les thèmes traditionnels de l’extrême-droite des années 1930, avec ses solutions « locales ». La libération animale demande quant à elle une solution universelle et une organisation mondiale de la production alimentaire.

A l’échelle locale, l’exploitation animale a été une condition obligatoire pratiquement dans l’histoire, en termes alimentaires. Aujourd’hui, cela n’a plus aucun sens alors que l’humanité a largement les moyens de vivre de manière végane.

La photo avec la vache et le veau est donc fondamentalement hypocrite. Montrer des animaux en prétendant les défendre, alors que la démarche consiste à les tuer de manière « éthique », à les manger, tout cela n’est pas correct.

Quand on assume de montrer des êtres vivants, alors il faut assumer leur protection également, et déjà Lucrèce, au premier siècle de notre ère, nous parlait de l’amour de la vache pour son petit (dans De rerum natura) :

Devant les temples magnifiques, au pied des autels
où fume l’encens, souvent un taurillon tombe immolé,
exhalant de sa poitrine un flot sanglant et chaud.
Cependant la mère désolée parcourt le bocage,
cherche à reconnaître au sol l’empreinte des sabots,
scrute tous les endroits où d’aventure elle pourrait
retrouver son petit, soudain s’immobilise
à l’orée du bois touffu qu’elle emplit de ses plaintes
et sans cesse revient visiter l’étable,
le coeur transpercé du regret de son petit.
Ni les tendres saules ni l’herbe avivée de rosée
ni les fleuves familiers coulant à pleines rives
ne sauraient la réjouir, la détourner de sa peine.
La vue d’autres taurillons dans les gras pâturages
ne peut la distraire ni soulager son chagrin,
tant elle recherche un être singulier, connu.

Cette exigence de ne plus voir un être vivant « le coeur transpercé du regret de son petit » est désormais réalisable. Mais il ne faut pas compter sur l’Alliance écologiste indépendante pour cela.