13 ans après la free party à la piscine Molitor, les drogues ont tout emporté

Hier, la piscine Molitor à Paris a réouvert, étant devenu un hôtel de luxe, l’accès à la piscine coûte 180 euros par jour ou à peu près 3000 euros par an.

Mais la piscine Molitor rappellera surtout autre chose à beaucoup de gens : la fameuse free party du 14 avril 2001, apogée du mouvement qui à partir de là sera criminalisé.

Dans la seconde moitié des années 1990, les free partys sont absolument incontournables pour toute la jeunesse populaire. Cela a été un engouement incroyablement positif, organisé par en bas, dans un esprit festif et solidaire, dans le refus de la violence et dans un esprit très constructif de partage.

Il faut s’imaginer, pour les plus grandes fêtes, de longs cortèges de voitures, les gens se reconnaissant à leurs habits et leurs regards, roulant à travers les campagnes peu éclairées… Jusqu’à aboutir à une sorte de mini ville éclairée, rassemblant les « sons », avec des centaines et des centaines de gens continuant d’arriver.

Le tout sans que les gens ne se sentent inquiets ou quoi que ce soit du genre !

Mais cela a aussi été quelque chose qui a basculé dans la fuite dans les drogues et tout le business qui va avec. En l’absence de projet, la fête pour la fête s’est combinée avec le trafic de drogues, particulièrement lucratifs. Ecstasy, puis cocaïne ou gaz hilarant, voire LSD ou speed, il était finalement impossible d’aller dans une free party sans se droguer.

Et finalement, les drogues n’ont plus été un à côté d’une soirée techno, mais la préoccupation centrale, la musique n’étant là que comme arrière-plan.

Les très rares personnes ne se droguant pas étaient d’ailleurs tout à fait à l’écart du cœur du mouvement. Les free partys sont devenues des lieux de défonce où les vendeurs de drogues savaient qu’ils avaient un marché captif à leur disposition, avec possibilité illimitée de vendre sans surveillance.

L’une des expressions de cette tendance a été la fin du nettoyage des lieux où se déroulaient les soirées, l’arrivée de très nombreuses personnes coupées fondamentalement de la culture rave historique, et surtout un orgueil démesuré quant à ce que représenterait le mouvement des free partys.

En l’occurrence, la soirée à la piscine découverte de Molitor était un piège. Plusieurs jours auparavant, la rumeur parlait déjà d’une soirée à Paris, dans une piscine, le 14 avril. Sur place, la piscine avait été nettoyée, des murs cassés, des places de parking bloquées, tout avait été organisé minutieusement par le collectif « Heretik ».

Le jour dit, les policiers étaient évidemment déjà présents sur les toits dès la fin de l’après-midi, et ils ont laissé faire. Ils prétendent bien entendu le contraire aujourd’hui… La raison est simple : surfant sur le scandale d’une telle soirée en plein Paris et en plein quartier bourgeois, à Auteuil juste à côté de Passy, les free partys se sont faites officiellement illégalisées, ouvrant la voie à la répression tout azimut et aux négociations avec l’Etat (le fameux teknival légal, surnommé « Sarkoval » car Sarkozy a joué un rôle central pour « intégrer » les free partys).

Des centaines de personnes arrivant en l’espace d’une demi-heure, 5000 au total, et la soirée se finissant à… onze heures du matin, il était évident que tout cela arrangeait bien l’État, et c’est ce qui a permis justement que la piscine, classée monument historique, soit par la suite liquidée et transformée en hôtel de luxe…

C’était là la contradiction des free partys : chercher une reconnaissance officielle, par incompréhension de leur propre nature. La tentative de passer du “rat des champs”, des soirées dans les champs, au “rat des villes”, était vouée à l’échec. Il ne restait plus alors qu’à se replier pour les puristes, à tout lâcher pour les opportunistes, qui n’allèrent pas bien loin, étant trop loin de la dimension commerciale.

Tout cela fut un terrible gâchis. Et la raison fondamentale, c’est la fuite dans les drogues, comme si on ne pouvait pas faire la fête autrement, comme si la convivialité et l’agréable auraient moins de valeurs que la défonce.

Voici un reportage sur la fameuse soirée à la piscine Molitor.

Ici, un documentaire très intéressant sur l’aventure qu’a été le collectif Heretik.

Enfin, bien sûr, l’incontournable “Sarko skanking” de l’époque.