Nous avons à plusieurs reprises parlé des abattoirs Gad, parce que c’est un thème important (L’abattoir Gad et le « pacte d’avenir » ministériel, Abattoir Gad, l’écotaxe et reprise du logo de la « marche des cochons »…).
On ne peut pas dire qu’il faut la libération animale et ne pas chercher à comprendre de quelle manière cela peut se réaliser concrètement. C’est une question de projet de société, il faut montrer aux gens que tout cela tient debout, sinon ils considéreront que c’est de l’utopie, et le véganisme ne sera pas crédible.
C’est d’autant plus valable que le capitalisme subit une crise terrible et que de nombreuses personnes perdent leur emploi. En l’occurrence, c’est l’abattoir de Josselin, dans le Morbihan, qui est concerné, avec 1000 emplois qui risquent disparaître.
Mais si l’on se rappelle bien, ce sont précisément ces travailleurs là qui étaient intervenus comme briseurs de grève en affrontant les travailleurs venus de l’abattoir de Lampaul-Guimiliau dans le Finistère, qui tentaient de bloquer l’abattoir de Josselin (voir Abattoir Gad de Josselin et affrontement anti-bloqueurs).
Cela a été quelque chose de marquant et de particulièrement terrible. C’était un sacré reflet de l’individualisme complet régnant en France.
La facture est donc ici salée : à l’ignominie et la honte, s’ajoutent la défaite qui arrive, le licenciement plus ou moins inéluctable. A la misère s’associe la perte de toute dignité. Voilà ce qui découle d’une mentalité égoïste lamentable, mais aussi d’une incompréhension de ce qu’est l’exploitation animale, qui en raison des lois du capitalisme exigent une productivité toujours plus grande.
Pour ne pas avoir compris que les animaux sont une donnée ajustable, une simple marchandise, les travailleurs paient le prix de ne pas avoir compris qu’il en était de même pour eux. C’est inévitable.
Il faut bien comprendre aussi que ce qui compte ce ne sont pas les critères de l’exploitation animale dans un lieu donné, mais à l’échelle mondiale, et le capitalisme choisit là où cela rapporte le plus. Donc Gad est en liquidation judiciaire, après un redressement judiciaire en février 2013.
Mais derrière, il y a Intermarché, qui va sans doute racheter l’abattoir. Tout cela c’est une bataille pour le profit. Voici ce que disent Les échos :
Les conditions financières du rachat sont encore inconnues, mais le groupe précise qu’il n’entre pas dans le cadre du plan de continuation. « Nous reprendrons uniquement l’outil », insiste Dominique Langlois, le directeur général de SVA Jean Rozé. La disparition de cet opérateur risquerait de mettre en péril plusieurs centaines de producteurs de porcs qui l’approvisionnent en matière première, principalement les adhérents du groupement Prestor, actionnaire minoritaire de Gad.
Ce sauvetage enlèverait une épine du pied au groupe Cecab (1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2013), dont une partie des fonds propres ont été absorbés par sa filiale déficitaire. Ce qui l’a obligé à céder l’an passé ses 8 usines de surgélation de légumes. Cecab reste un acteur de premier plan dans les conserves de légumes vendues sous sa marque d’aucy. Intermarché possède plus de 60 usines pour 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.
Le 1er juin dernier, SVA Jean Rozé a pris le contrôle d’un autre abattoir de truies de réforme (viandes destinées à la fabrication de saucissons et de rillettes) précédemment dans le giron du groupe Terrena (Ancenis). La filiale d’Intermarché va y investir 12 millions d’euros et créer 70 emplois.
Comme on le voit, la bataille économique bat son plein. Et ce sont les animaux les victimes, tout comme les travailleurs. C’est l’accélération tout azimut. Voici par exemple ce que dit leporc.com, un site bien sûr lié à l’exploitation animale :
Une viande classée n°1 dans l’assiette des Français
Avec 34 kg par an et par habitant, le porc est la première viande consommée en France. Les trois quarts étant dégustés sous la forme de produits de charcuterie, un quart sous la forme de viande fraîche, le porc se conjugue au pluriel, à l’image de la charcuterie qui compte plus de 400 produits (rillettes, andouille, boudin, jambon sec ou à l’os, petit salé…).
Ces derniers, qui font partie intégrante du patrimoine culinaire de l’Hexagone, sont travaillés avec soin par les charcutiers et les salaisonniers.
Chaque année, la population française consomme l’équivalent de 23 millions de porcs. Pour satisfaire sa demande, la filière porcine produit près de 25 millions de porcs par an. La France est donc autonome à 106% pour sa consommation de porc.
Des bénéfices, il y en a donc, mais le capitalisme en veut toujours plus. Par conséquent l’exploitation animale s’accentue, quant aux conditions de travail des gens, n’en parlons pas. C’est toute une machinerie terrible et criminelle.
Les travailleurs de Gad espéraient mener une vie tranquille d’ouvriers des abattoirs, tuant à la chaîne, s’imaginant au-delà de la réalité, au-dessus de questions économiques et morales. Quitte pour cela à se désolidariser de leurs collègues, de gens menant la même vie qu’eux. C’est une sacrée défaite sur toute la ligne !
