L’abandon de l’écotaxe

L’abandon de l’écotaxe est la dernière preuve, s’il en fallait une, qu’en France l’écologie ne “passe” pas. Elle est organisée de manière administrative et forcément, dès que des efforts sont à faire, il n’y a plus personne. C’est non pas la faute aux “lobbys”, mais simplement une réalité économique: quand le profit décide, forcément, l’écologie…

En l’occurrence ceci devait consister en une taxe pour les poids lourds. L’abandon de la taxe n’est pas le seul cadeau aux transporteurs, qui ont également obtenu d’être exonéré de la hausse de la taxe sur le gazole. Un autre gagnant est le “consortium Ecomouv'” qui devait gérer l’obtention de la taxe (avec les portiques, etc.), à qui l’Etat va devoir redonner entre 850 et 950 millions d’euros…

Pour tenter de ne pas perdre la face, la ministre de l’écologie Ségolène Royal a affirmé que les autoroutes seraient taxées. Depuis qu’elles ont été privatisées, elles sont en effet la source de bénéfices faramineux…

Seulement, ce ne sera pas possible. En effet, les cahiers des charges annexés aux contrats de concession disposent d’un article 32 où on peut lire:

“En cas de création d’impôts, de taxes ou de redevances spécifiques aux sociétés concessionnaires d’autoroute, susceptibles de compromettre gravement l’équilibre de la concession, l’État et la société concessionnaire arrêteront d’un commun accord (…) les compensations qui devront être envisagées.”

La conséquence d’une taxe sur les bénéfices des entreprises serait soit l’allongement du temps de la concession, ou bien une hausse des tarifs des péages… Ségolène Royal le sait, et en appelle à la philanthropie de ces entreprises:

“C’est la raison pour laquelle il faut les mettre autour de la table et leur dire : maintenant, il y a un intérêt national qui est en jeu.”

C’est ridicule. Quant à l’intérêt planétaire, il a été totalement oublié…

Europe Ecologie les Verts ne s’en préoccupe pas plus: pour eux, l’écotaxe devait être le symbole de l’écologie comme redistribuant les richesses afin de moderniser le pays. L’écotaxe devait financer le renouvellement des infrastructures. C’était un appel d’air pour un “capitalisme vert”, qui ne peut être qu’un oxymore, car entre quelque chose qui ne vit que dans le court terme et l’individualisme, et quelque chose qui ne peut se concevoir que sur le long terme et du collectif, il y a un monde…

Voici quelle a été la position d’EELV:

Suspension de l’écotaxe : qui paiera les pots cassés ?

ELV dénonce la décision prise par la ministre de l’écologie Ségolène Royal de repousser une nouvelle fois la mise en application de l’écotaxe prévue pour le début de l’année 2015.

Cette décision est d’autant plus surprenante qu’une phase d’expérimentation était en cours depuis le 01 octobre, afin de prendre le temps d’évaluer l’impact d’une telle mesure. Cette précipitation, qui donne raison aux pressions et aux menaces des lobbies routiers contre l’intérêt général, est particulièrement choquante pour les écologistes.

Cet énième report en forme d’enterrement est un signal terrible au moment où la transition énergétique française est en passe d’être engagée, permettant à notre notre pays de se tourner vers les solutions d’avenir et un modèle de développement plus propre, plus sain et durable.

Ce dispositif, qui existe dans de nombreux autres pays en Europe (Allemagne, Autriche, République Tchèque, Slovaquie, Pologne…), a déjà démontré des succès probants, en privilégiant les circuits courts et une utilisation plus effective du transport routier. En Allemagne, où nos décideurs publics ont tendance à prendre exemple en matière économique, elle génère plus de 4 milliards d’euros.

De nombreuses mesures compensatoires avaient été prises à l’origine, dès 2009, pour favoriser le transport routier (diminution de la taxe à l’essieu, exonérations fiscales diverses, comme la TICPE1) en prévision de la mise en place de l’écotaxe.

Rien ne justifiait donc cette victoire des lobbies.

En France, ce dispositif, déjà fortement raboté au demeurant (4300km au lieu de 15000km prévu initialement, engendrant moitié moins de recettes) aurait permis de financer et de développer d’autres modes de transports, moins polluants, comme le frêt ferroviaire et fluvial. De nombreux projets sont désormais gravement menacés. S’ils parviennent à voir le jour, ce sera au prix d’efforts supplémentaires de la part des contribuables, qui paieront pour les pollueurs.

Cette décision pose la question de la réelle volonté de la France de se moderniser et de se tourner vers une voie écologique.

Les questions locales de pollutions sonores, de pollutions de l’air, de rénovation des routes, rencontrées par nos concitoyens, ou les questions internationales d’émissions de Gaz à effet de serre et de réchauffement climatique ne sont malheureusement pas, elles, reportées «sine die».

Qui paiera les pots cassés? EELV dit que c’est les ménages, et c’est vrai. Mais de notre point de vue, c’est surtout la planète!