“À dix semaines, le poids du veau doit être doublé”

Il faut bien penser que si les personnes qui défendent les animaux mènent la bataille pour changer les esprits, il y a des gens qui sont rémunérés pour organiser chaque jour de manière meilleure l’exploitation animale.

Voici un article, tiré du Revenu agricole, qui est à ce titre exemplaire. On y reconnaît toute la dimension technique-cynique de l’exploitation animale. On est ici dans un domaine où la vie n’existe plus, n’étant qu’une marchandise…

Santé animale : « À dix semaines, le poids du veau doit être doublé »

Par Erwan Le Duc – Grands TROUPEAUX Magazine –

Une journée technique organisée par la société Denkavit à Châteaugiron (Ille-et-Vilaine) a permis de faire le point sur l’élevage des veaux et des génisses. Moins performants que leurs congénères, les grands troupeaux ont une marge de progrès non négligeable.

sante-animale-poids-du-veauLa conduite alimentaire du veau et de la génisse laitière mérite sans doute quelques rappels. La surmortalité des jeunes bovins s’explique aussi dans ce cas précis. Les enjeux techniques se révèlent essentiels, car comme le souligne Jean-Marc Héliez, vétérinaire au cabinet du Chêne Vert, « le poids d’un veau doit être doublé à dix semaines. Dans le cas contraire, nous avons entamé la capacité laitière de l’animal ». Une croissance soutenue reste synonyme d’expression de la capacité laitière.

Vraie course contre la montre, l’élevage du veau débute par une prise colostrale dans les premières heures. « Au bout de 24 heures, l’absorption de l’intestin se réduit considérablement », prévient le vétérinaire. Le système immunitaire du veau ne sera mature qu’à l’âge de six mois. La buvée du colostrum va donc protéger le nouveau-né.

Attention toutefois, car la prise colostrale ne garantit pas tout : « La réussite des premiers jours repose sur un triptyque que j’appelle colostrum-hygiène-confort. Pour ne pas avoir de veaux malades, nous devons apporter une bonne immunité, mais aussi une faible pression infectieuse », explique le vétérinaire. Le jeune bovin doit ingurgiter environ 200 grammes d’IgG, soit pour une Holstein 4 litres de ce premier lait (le colostrum apportant en moyenne 50 à 55 gr d’IgG/l).

À l’inverse, la concentration en immunoglobulines peut atteindre 110 grammes d’IgG. « L’idéal reste donc deux buvées de 3-4 litres dans les six heures suivant la mise bas. Je ne suis pas très favorable à l’utilisation de sonde pour garantir la buvée. Le cas échéant, le colostrum se garde un an au congélateur, une semaine au réfrigérateur. Attention au prélèvement, il doit s’effectuer dans des conditions sanitaires très strictes. En distribuant un lait souillé, nous perdons les effets positifs de ce précieux liquide.

D’autre part, je rappelle à certains éleveurs estimant ne pas percevoir la transmission du vaccin des mères à leur descendance que les effets de la vaccination se ressentent si le veau boit du colostrum, et donc les anticorps transmis par sa mère ! » Le vétérinaire perçoit les colostrums de synthèse comme un complément, mais pas la solution.

Les Dal [distributeur automatique de lait – LTD] ne font pas l’unanimité

Ensuite vient la phase lactée, avec souvent une mise à disposition trop tardive des aliments solides. « Les Dal présentent un risque de contamination entre veaux, je ne les conseille pas. Je préfère les dispositifs mobiles de distribution du lait », souligne le vétérinaire. Nos voisins allemands, pourtant précurseurs en matière de grands troupeaux, semblent également se désintéresser des Dal (distributeurs d’aliments liquides), avec de meilleurs résultats sur la mortalité des jeunes génisses. Spécialiste du lait au sein de la société Denkavit, Gert Van Tierum ne semble pas non plus convaincu par les Dal.

Dans tous les cas, cet appareil doit être étalonné régulièrement en fonction des conditions météorologiques, les caractéristiques physiques de la poudre de lait évoluent et l’humidité peut modifier sa masse volumique, provoquant le risque d’une mauvaise concentration.

Dans l’alimentation lactée, deux facteurs paraissent essentiels : la température du lait et les volumes. Choix du matériel, température de buvée et volume doivent permettre de se prémunir du « rumen drinking », afin d’empêcher le lait de se retrouver dans la panse du jeune bovin.

La gouttière oesophagienne doit être fermée pour empêcher le lait d’aller dans le rumen et l’obliger à se diriger uniquement vers la caillette. « Attention au volume de la caillette, il reste très restreint, 5 % du poids vif, prévient Gert Van Tierum. À la naissance, il ne peut contenir que 1,5 à 2 litres ; à 10 semaines,il atteint 5 litres. Si la quantité de lait apportée est trop importante, le surplus s’écoule dans le rumen, incapable de digérer ce liquide, qui va pourrir et avoir des effets néfastes sur la santé du veau. Visuellement, ce type de veau reste assez facilement détectable, il paraît ballonné.

Ses fèces se distinguent par une couleur grise caractéristique. Nous pensons que cet élément explique en partie la surmortalité des veaux de race Brune des Alpes. En effet, à la naissance, les préconisations d’apport de 4 litres de lait correspondent à un nouveau-né Holstein et pas à un animal de la race originaire des Alpes n’ayant pas du tout le même gabarit, et donc le même volume utile au niveau de la caillette. Globalement, les volumes de lait distribué aux veaux paraissent trop importants, provoquant du même coup des diarrhées. »

Pour réduire le risque de retrouver du lait dans la panse et assurer le bon fonctionnement de la gouttière oesophagienne, le lait doit être servi à une température entre 41 et 42 °C, pour un Dal un degré au-dessus : « Avant le mélange, l’eau doit donc être plus chaude, à au moins 45 °C. Attention à ne pas dépasser les 65 °C, sous peine de générer une destruction des vitamines, une dénaturation des protéines de la poudre de lait et une moins bonne émulsion des matières grasses. »

La tétine constitue le meilleur mode de buvée

En parallèle, l’éleveur doit veiller à développer le rumen et les papilles du futur ruminant dès sa naissance, lui mettant à disposition du concentré, des fibres et de l’eau. « La paille me paraît mieux adaptée grâce à son taux de matière azotée se situant autour de 4 %, le foin reste trop riche pour le système digestif du veau. Le besoin en eau atteint 10 % du poids vif », souligne le spécialiste. Dans les premiers jours de vie, les teneurs en fer, cuivre et vitamines A, B et C doivent être connues et suivies de près.

L’aliment laitier idéal doit contenir entre 65 et 75 % de lactosérum ou de poudre de lait écrémé, 16 à 22 % d’huile végétale ou animale, 5 à 15 % de produits végétaux, 1 à 2 % de vitamines. Lactosérum et poudre de lait écrémé se distinguent par la durée de prédigestion très différente : 2 à 5 heures pour le premier et 6 à 10 heures pour la seconde. Jean-Marc Héliez déconseille d’utiliser les laits anormaux chargés en leucocytes ou en antibiotiques, « le risque de morbidité reste important », assure-t-il.