Intégration désintégration : un danger

Voici deux exemples totalement différents, mais convergents absolument dans l’idée d’intégration-désintégration. Ils ne sont d’ailleurs différents qu’en apparence, parce qu’au fond ils visent le même public, celui qui consomme, qui est passif, qui est dans le symbole.

En l’occurrence, il s’agit de la cérémonie des oscars 2020 et de l’occupation des locaux parisiens de l’entreprise BlackRock par Youth for Climate Paris. Tous deux ont, à peu de choses près, exactement la même posture.

La cérémonie des oscars 2020 est une fête superficielle hollywoodienne bien connue, et exerçant une puissante fascination. On a Joaquin Phoenix qui a gagné l’oscar du meilleur acteur. Il est vegan et engagé sur ce plan ; c’est lui qui fait notamment la narration sur Earthlings, un célèbre documentaire au service de la cause des animaux.

Lors de la remise de son prix, il a tenu un discours qu’on peut en apparence prendre pour engagé. Après avoir rapidement parlé de l’amour du cinéma partagé par les personnes présentes, il a très vite enchaîné sur la thématique suivante:

« Mais je pense que le plus grand cadeau qui m’a été donné, et à beaucoup de gens [de cette industrie du cinéma], c’est l’opportunité d’utiliser notre voix pour les sans voix.

J’ai pensé à propos de problématiques préoccupantes auxquels nous avons fait face. Je pense que, par moments, nous nous sentons ou sommes amenés à nous sentir les champions de différentes causes.

Mais pour moi, je vois une base commune. Je pense, que nous parlions d’inégalité entre les genres ou de racisme ou de droits des personnes LGBT, des personnes indigènes ou des animaux, nous parlons de la lutte contre l’injustice.

Nous parlons ici de la lutte contre la croyance qu’une nation, un peuple, une race, un genre, une espèce, a la droit de dominer, d’utiliser et de contrôler en toute impunité.

Je pense que nous sommes devenus très déconnectés du monde naturel. Beaucoup d’entre nous sont coupables d’une vision égocentrique du monde, et nous croyons que nous sommes le centre de l’univers. Nous allons dans le monde naturel et nous le pillons pour ses ressources.

Nous nous sentons le droit d’inséminer artificiellement une vache, et quand elle donne naissance, nous lui volons son bébé, alors même que ses cris d’angoisse sont sans équivoque. Ensuite nous prenons le lait qui est censé être pour son veau et nous le mettons dans notre café et nos céréales.

Nous avons peur de l’idée de changement personnel, parce que nous pensons que nous aurions à sacrifier quelque chose. »

Puis ensuite, Joaquin Phoenix s’autoflagelle disant qu’il a lui-même mal agi de par le passé, etc., pour prôner ensuite la rédemption. C’est très religieux, très charity business, totalement hypocrite…. L’Amérique dans ce qu’on fait de pire.

Cela suffira bien sûr pour les gens ne croyant en rien, ne faisant pas d’effort intellectuel ou culturel. Ces gens se précipiteront sur les réseaux sociaux pour dire du bien de cet acteur. Mais c’était justement là le piège.

Pourquoi ? Parce qu’on est là au cœur du système, au cœur de Babylone. On ne peut pas changer les mentalités avec Hollywood… On ne peut les changer que contre Hollywood.

C’est cela que PeTA ne comprend pas par exemple, en utilisant des femmes nues pour ses campagnes. Comme si on pouvait changer les mentalités en s’appuyant sur des mentalités mauvaises.

Un exemple suffit ici pour les Oscars. Les médias ont largement diffusé l’information qu’aux Oscars 2020, il y aurait « un menu à 70% vegan pour la cérémonie ». Ce n’est évidemment pas possible. Le menu est vegan ou il ne l’est pas.

La question n’est pas prise ainsi du côté du charituy business, de l’image promotionnelle. Cela fait bien de mettre un peu de vegan, de connaître des vegans. C’est du veganwashing : on utilise le véganisme comme force d’appui pour se donner une bonne image.

On prétend faire un effort, aller dans le bon sens. On se veut ouvert. Mais cela a ses limites parce que bon, « faut pas déconner ». Le chef Wolfgang Puck s’occupant régulièrement du menu des oscars n’allait tout de même pas supprimer le caviar, le boeuf wagyu, les « statuettes » au saumon fumé !

On remarquera d’ailleurs que Joaquin Phoenix n’a pas parlé du véganisme au sens strict. Il a parlé des animaux parmi d’autres choses, appelant à la fin à se changer individuellement, à ne juger personne. Joaquin Phoenix a joué la carte du « il faut aussi être vegan ».

On dirait que cela ne change rien, mais cela change tout. Car on supprime le véganisme pour faire de l’antispécisme comme produit des catalogues des “anti”.

C’est exactement la même chose que Greta Thunberg. Le véganisme fait partie d’une panoplie de causes diverses et variées, toutes au profit des droits individuels, du respect d’autrui, etc. C’est Jésus au pays du capitalisme.

Le chef Wolfgang Puck a d’ailleurs justifié l’absence de végétalisme complet pour la raison suivante :

« Nous travaillons tous les produits car même si beaucoup de gens aiment le ‘vegan’, la grande majorité mange encore de la viande, du poisson et tout. »

Effectivement, il faut savoir être tolérant, ouvert aux autres malgré les différences, même célébrer les différences, etc.

Et Joaquin Phoenix peut donc raconter ce qu’il veut pour les animaux, il a tout de même gagné un Oscar au moyen d’un rôle, celui du Joker, faisant de la violence folle quelque chose de fascinant. Ce n’est tout simplement pas crédible que de dire qu’on est contre la violence au moment où l’on a gagné un prix en jouant une icône de la violence furieuse.

Et la source des problèmes, c’est la corruption. Ainsi, Natalie Portman était aux oscars. Il est bien connu qu’elle est vegan. Elle a également joué le jeu de « l’engagement », en ayant sur sa cape des nom se réalisatrices non nominées, pour faire « féministe ». Cette cape… est de Dior haute couture. La chanteuse Billie Eilish, qui se revendique vegan également, était quant à elle en tailleur Chanel.

L’engagement, oui… mais confortable. L’intégration désintégration.

C’est pareil pour Youth for Climate Paris. À l’origine, c’est une structure issue directement de l’appel de Greta Thunberg (enfin, de l’équipe autour de Greta Thunberg). Lundi 10 février, ce groupe parisien a occupé les locaux de BlackRock, un gestionnaire d’actifs.

C’est un excellent exemple d’intégration-désintégration, car le communiqué montre parfaitement que l’écologie n’est qu’un prétexte. Ces gens veulent critiquer le capitalisme, soit! Mais ils ne veulent pas rompre avec ses valeurs. Sinon, ils parleraient justement des animaux, de la Nature, du véganisme.

Il faut bien voir que quand il est dit :

« mettre hors service ce qui exploite les humains et le vivant »

C’est là une expression pour avoir l’air de relever du véganisme, de son universalisme, mais sans l’assumer. L’exploitation du vivant, c’est d’ailleurs aussi l’exploitation des arbres. Ces gens sont-ils alors pour dire La Terre d’abord !, pour adopter le biocentrisme ?

Pas du tout, évidemment. C’est donc de l’intégration-désintégration.

En voici le communiqué :

« Mettons Hors Service BlackRock

BlackRock est une multinationale, la plus puissante en gestionnaire d’actions, c’est-à-dire qu’elle gère les capitaux afin de les optimiser un maximum (bien investir pour gagner plus d’argent).

Deux points nous intéressent donc ici:

1. La réforme des retraites

Cette nouvelle réforme pose encore une question primordiale : va-t-on passer d’un système de retraite par répartition (basé sur des cotisations solidaires) à un système de retraite par capitalisation (basé sur l’épargne individuelle) ?

Il semblerait que la nouvelle réforme sur les retraites va grandement profiter à BlackRock puisque cette dernière a tout intérêt à ce que l’on passe à un système par capitalisation.

Avec la retraite par points, le gouvernement aura la possibilité de baisser la valeur du point au fur et à mesure du temps. Afin de s’assurer une bonne retraite, nous serons forcés de nous tourner vers des multinationales comme BlackRock qui investiront notre argent dans des sociétés, des projets, etc… Cet argent nous sera ensuite retourné, valorisé pour nos retraites. C’est le principe du système par capitalisation.

Problème ? Les investissements de BlackRock sont loin d’être en faveur de l’environnement.

2. Les investissements écocides de BlackRock

BlackRock investit dans nombres de sociétés menant des projets écocides comme:

– Vinci (deuxième entreprise mondiale dans le secteur de la construction, elle possède aussi un pôle énergie)

– Total (entreprise pétrolière et gazière, cinquième des six plus grosses entreprises su secteur à l’échelle mondiale)

– BNP Paribas (première banque française dans l’investissement du charbon)

– Société générale (première banque au monde dans le financement des infrastructures d’exportation de gaz de schiste). On a trouvé des documents confidentiels au sein des bureaux de BlackRock montrant leur collaboration, alors qu’on sait que Société générale investit dans des projets comme le Rio Grande LNG Project. http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/20180712rapportsocietegenerale.pdf

Bref, BlackRock est loin d’être un modèle de sainteté dans la protection de l’environnement.

Tout cela est fait dans un seul but: s’enrichir toujours plus, et surtout le haut de la chaîne, et les actionnaires. Nous observons ainsi une augmentation des inégalités et une accumulation des richesses entre les mains d’une très petite minorité (Rapport Oxfam 2020), alors que les plus pauvres sont aussi les premières victimes des problèmes environnementaux.

Cette course au profit se fait grâce à une exploitation du vivant, et des humains.

Nous n’avons pas peur de le dire : tout cela est symptomatique du capitalisme qui est le mécanisme profond à l’origine de ces problèmes. En nous attaquant à blackrock, nous nous attaquons au capitalisme.

Certains diront que nous sommes des vandales, mais ce sont ceux qui volent notre avenir qui le sont.

Ceci n’est que la première action d’une série pour mettre hors service ce qui exploite les humains et le vivant.

Nous ne demandons donc plus rien, nous voulons mettre le système hors service.

Youth for Climate Paris-IDF

Avec le soutien de Youth for Climate France, Désobéissance Écolo Paris, RadiAction, Mr Mondialisation, Cerveaux Non Disponibles, Gilets jaunes Place des Fêtes, La France en Colère – Carte des Rassemblements, Peuple Révolté, Peuple Uni, Comité de Libération et d’Autonomie Queer, Art en Grève. »

C’est une construction qui repose sur du sable. Cela rappelle Laurence Pieau. Elle a été directrice de la rédaction du magazine Closer qu’elle a contribué à fonder, ainsi que directrice de la rédaction de Télé Star et Télé Poche. Elle est devenue vegane et il y a peu, elle a créé le média Alternative vegan.

Elle prétend donc apporter quelque chose, alors que son parcours a été une contribution à de véritables machines à décerveler. Aux pires machines mêmes, parce que Closer, Télé Star, Télé Poche… C’est là la base de la France beauf, pour qui il faut être passif et consommer, ne surtout pas penser, ne pas entrer en rupture en rien.

C’est tout de même un comble que de la voir se poser comme grande contributrice à une cause qu’elle a peut-être comprise, mais qu’elle a de fait combattu pendant des années.

C’est comme la récupération du concept d’écocide ces derniers temps par des gens découvrant l’écologie et cherchant un mot fort pour avoir une image engagée… Ou encore le concept de « climaticide » forgé de manière totalement absurde sur celui d’écocide.

Intégration-désintégration, usurpation… Qu’on ne sous-estime pas les détournements de la Cause vers des voies de garage !

Surtout que les critiques seront dénoncées comme non constructives. Mais sans bataille pour la définition des valeurs, sans lutte pour protéger le contenu… L’intégration-désintégration est assurée dans un monde corrompu!