“16 raisons de manger les animaux” de Frédéric Beigbeder

Nous avons parlé du livre de Jonathan Safran Foer et nous y reviendrons de nouveau. Mais voici déjà une critique très représentative de cet ouvrage, par Frédéric Beigbeder.

Frédéric Beigbeder est relativement connu depuis le vaste succès de son roman 99 francs, et il fait office de « rebelle » de la littérature, en quelque sorte de bobo ne sachant pas vraiment se tenir.

Il est donc « légitime » à expliquer dans… le Figaro,  revue de droite (alors que lui-même s’est occupé de la présidentielle de Robert Hue, du PCF, en 2002) en quoi il faut se moquer des « prétentions » de Foer, au nom du « savoir-vivre. »

16 raisons de manger les animaux

Jonathan Safran Foer nous avait époustouflés avec ses deux premiers romans. Son dernier livre, plus lourd, prétend nous convaincre de répondre non à son titre : Faut-il manger les animaux? Voici donc seize raisons de manger des animaux.

1. Parce que les animaux ont été créés par Dieu pour nourrir ses enfants (les humains).

2. Parce que le foie gras est une tradition française et le saucisson, un hobby national.

3. Parce que toutes les espèces qu’on ne mange pas sont en voie de disparition : manger les animaux est donc le seul moyen de préserver leur existence.

4.Parce que, sinon, à quoi servirait la sauce béarnaise ?

5. Parce que déjà qu’on ne peut plus fumer dans les restaurants, si en plus on fout dehors les carnivores…

6. Parce que le tofu, ça va cinq minutes.

7. Parce que, quand Jonathan Safran Foer évoque sa grand-mère, affamée pendant la guerre, pour défendre la cause des vaches exterminées, il est aussi subtil qu’Alexandre Jardin instrumentalisant son association « Lire et faire lire » pour se faire pardonner les pseudo-crimes de son grand-père.

8. Parce que chez Lipp il n’y a que la côte de bœuf de comestible.

9. Parce que Safran Foer a raison : il faut bien traiter les animaux, surtout pour le goût (le bœuf de Kobé massé et abreuvé de bière japonaise est meilleur que le poulet déplumé, claustrophobe, dopé aux hormones et électrocuté dans une baignoire).

10. Parce que les animaux n’avaient qu’à inventer la poudre.

11. Parce que manger des animaux nous rappelle notre fragilité, notre violence, notre finitude, bref, la cruauté de la vie.

12. Parce que vous trouvez que c’est plus gentil de faire comme Alain Passard : cultiver des fruits et légumes pour finir par les arracher du sol, les dépecer et les faire bouillir vivants ?

13. Parce que manger des animaux est une métaphore de la sympathique philosophie capitaliste (bouffer ou être bouffé).

14. Parce qu’aucun animal n’a écrit Les Fleurs du mal.

15. Parce que si on devient tous végétariens, que vont manger Gargantua, Athos, Porthos, Aramis, Bérurier et Obélix ?

16.Parce que Jonathan Safran Foer essayant de nous émouvoir avec l’évasion d’un bovin dans le Missouri est involontairement plus rigolo que Fernandel dans La Vache et le Prisonnier.

Faut-il manger les animaux?de Jonathan Safran Foer, L’Olivier, 328p., 22€. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par G. Berton et R. Clarinard.

On reconnaît ici un esprit « cocasse » tout à fait français, avec d’un côté une tendance à la moquerie gentille, de l’autre une tendance outrancière à assumer le côte le plus beauf qui soit.

Il faut cependant reconnaître que Beigbeder a raison quand il affirme que « le foie gras est une tradition française et le saucisson, un hobby national » et que les animaux n’ont pas inventé la foudre.

Car, inversement, la libération animale propose justement que le rapport de force soit utilisé afin que le véganisme soit la norme, et l’exploitation animale strictement interdite.

Et cela veut dire donc forcément que les traditions françaises et les hobbys nationaux de ce type peuvent et doivent passer à la trappe.

La libération animale est forcément alternative et internationale, car elle parle de l’humanité et ne s’intéresse pas aux cafés luxueux, aux restaurants des beaux quartiers, aux « traditions » meurtrières.

Et elle est culturelle : quand Beigbeder dit « Parce qu’aucun animal n’a écrit Les Fleurs du mal » il pose un problème énorme. Un problème qui ne sera pas résolu en proposant des « vegans playmates » ou en raisonnant de manière universitaire sur les droits des animaux.

Un problème qui ne peut être résolu qu’à la lumière de la libération de la Terre, qui montre que le véganisme est un premier pas vers une manière vraie et correcte de regarder le monde, et d’y vivre.

Etre végan n’est pas qu’un choix qui ne prête pas à conséquences dans la société, et d’ailleurs la société le fait bien sentir. Etre vegan, quand on l’est jusqu’au bout donc jusqu’à la reconnaissance que sur la planète il y a des êtres vivants qu’il faut protéger, c’est immédiatement raisonner de manière collective.

Nos vies ne nous « appartiennent » pas, ou plus précisément : elles nous appartiennent, mais dans un cadre précis, celui d’une planète agonisante, et pour laquelle il faut lutter!