Menace de sécurité n°1

Aujourd’hui, c’est le 11 septembre 2011, et les médias parleront évidemment des dix ans des attentats aux États-Unis, et les interventions guerrières seront “justifiées” par ces attentats. Mais les États-Unis connaissent déjà une guerre, une guerre sociale, celle qui a comme cause les drogues.

Voici le texte de la chanson “Security Threat number one” du groupe vegan straight edge Earth Crisis, qui rappelle cette réalité quotidienne.

The weapons and drugs of dealers
Kill more in months and weeks
Than all of Al-Qaeda’s victims
For the cartel’s greed

Les armes et les drogues des dealers
Tuent plus dans les mois et les semaines
Que l’ensemble des victimes d’Al-Qaïda
Pour l’avidité du cartel

Their numbers equivalent
To an invading force
Violent drug gangs are terrorists
Track the chaos to its source

Leur nombre équivalent
à une force d’invasion
Les gangs violents de la drogue sont des terroristes
Suivre le chaos à sa source

Terror tactics bribery
Torture and murder
Forced into a fearful silence
In a one-sided war

Terreur des tactiques de corruption
La torture et le meurtre
Forcé à un silence plein de peur
Dans une guerre unilatérale

Security Threat number one
Security Threat number one

Menace de sécurité n°1
Menace de sécurité n°1

Collaborators betray
Till the system fails
Tally up the death toll
On a global scale

Les collaborateurs trahissent
Jusqu’à ce que le système tombe en panne
Font grimper le nombre de morts
À l’échelle mondiale

The body count rises
Overdoses and accidents
Bullets kill both innocents
And law enforcement

Le décompte des morts augmente
Les overdoses et les accidents
Les balles tuent à la fois les innocents
et l’application de la loi

Security Threat number one
Security Threat number one

Menace de sécurité n°1
Menace de sécurité n°1

Don’t tell me it’s just a choice
Don’t tell me it expands minds
Don’t tell me it doesn’t harm

Ne me dites pas que c’est juste un choix
Ne me dites pas que cela élargit les esprits
Ne me dites pas que cela ne ne nuit pas

Bruxelles : bataille pour sauver les platanes !

La situation est tendue à Bruxelles en Belgique en ce moment pour sauver des platanes sur l’avenue du port.

De quoi s’agit-il exactement ? Le site activiste avenueduport.be retrace l’histoire du combat pour les platanes et la situation actuelle.

Le point de départ c’est ça :

“Suite à une étude menée par un bureau spécialisé, il semble que pas mal d’arbres se trouvent en mauvaise santé. Lorsque plus de 60% des arbres semblent devoir être remplacés, le processus de rénovation est enclenché.” dixit la ministre Brigitte Grouwels.

L’étude phytosanitaire du bureau ARBORIS ne mentionne que “24 éléments affaiblis ou dangereux”, dont 11 ont déjà été supprimés en 2005. Ce qui fait bien moins de 10% du total des arbres. Le cabinet de la ministre persiste sur le nombre de 150 arbres malades : mais où sont donc les études qui attestent de cela ? Tant que la ministre n’aura pas fourni des informations probantes, nous considérerons ses affirmations comme des MENSONGES.

Il vous est possible de consulter une partie de l’étude phytosanitaire en téléchargeant ce document pdf (3,7MB). Notons que le cabinet du ministère de la mobilité refuse de publier l’intégralité de l’étude.

Ce que veulent les défenseurs des arbres, c’est principalement ça :

  • Principe 1 : Conserver la rangée d’arbres existants, gérer convenablement ces platanes, les remplacer individuellement au cas par cas, selon les besoins.  C’est au technicien à s’adapter à l’arbre, pas l’arbre au technicien;

Les travaux devaient commencer le 5 septembre, des veillées de nuit ont été organisées pour les bloquer, mais finalement les travaux sont arrêtés et la situation est en stand-by.

La campagne continue donc, alors que tous les arbres ont déjà été symboliquement « adoptés. »

Espérons que beaucoup de monde participe à la campagne et qu’elle soit un succès, et il est rappelé que ces arbres ne sont pas les seuls menacés :

Arbres en danger

Malheureusement, l’avenue du Port est loin d’être un cas isolé.

Par-ci, par-là, pour le réaménagement d’une place ou d’une route, il semble que l’abattage des arbres soit le premier réflexe de ceux à qui l’on confie la conception des plans qui redessineront Bruxelles.

Vous trouverez dans la liste ci-dessous un échantillon de plusieurs cas de figure : des arbres menacés, d’autres ayant été sauvés par des collectifs de citoyens, d’autres encore qui ont malheureusement déjà été liquidés.

Chaque situation présente ses propres tenants et aboutissants, et il ne nous appartient pas de nous prononcer sur la pertinence du maintien ou de l’abattage des arbres dans le cadre de chacune de ces situations. On remarquera néanmoins que la Région et certaines communes ont entrepris de revoir leur politique, ou du moins leur communication.

Nous ne prétendons pas qu’il faut à tout prix sauver tous les arbres, mais en appelons à une gestion responsable des arbres dans la ville.

Si, par exemple, nous remplacions petit à petit un arbre sur trois toutes les x années, ainsi que les arbres malades lorsque cela s’avère nécessaire, il serait tout à fait possible de protéger une rangée d’arbres de la calvitie et l’on pourrait garantir à Bruxelles des avenues et des places dignes d’une capitale européenne, agréables, majestueuses et ombragées.

“Le végétalisme en vogue”

S’il y a une chose à LTD que nous ne supportons pas, mais alors vraiment pas du tout, c’est le véganisme version bobo, le végétalisme “passif” par rapport aux animaux.

Voici un exemple illustrant cela avec un article de Métro Montréal. Pas une seule fois les animaux ne sont mentionnés. On a là même pas un véganisme moraliste (ne s’intéressant ni aux animaux, ni à la Nature), mais bien une sorte d’horreur bobo!

Le végétalisme en vogue
Les végétaliens sont souvent dépeints comme des personnes pâles et un peu hippies
Mais une alimentation basée sur les végétaux peut être santé, sexy et moralement acceptable
Pendant des années, on a entendu toutes sortes de choses à propos des végétaliens : «Ils ont l’air émacié.» «Ils sont ennuyeux lors des soupers entre amis.» Aujourd’hui, le discours a bien changé. «Les végétaliens sont minces, sexy et généralement plus en santé que les omnivores.» Le végétalisme est plus glamour que jamais.

Surtout lorsqu’il est promu par des stars comme Zooey Deschanel, Alicia Silverstone, Jared Leto et Liv Tyler. Et l’aspect santé ne peut être réfuté quand on sait que de costauds sportifs comme Mike Tyson et Georges Laraque sont des adeptes du végétalisme. Être végétalien implique de retirer tout produit d’origine animale de son alimentation : pas de viande, pas d’œufs ni de lait ou autres produits laitiers, et pas de miel non plus.

Pendant longtemps, le terme «végétalien» glaçait le sang des carnivores, qui l’associait à la privation, aux repas fades, à la malnutrition et à une santé fragile. Au cours des deux dernières décennies, la popularité des régimes très protéinés com­me Atkins ou Dukan ont rendu les gens très sceptiques face au mode de vie végétalien.

En ne mangeant que des graines, des légumineuses, des fruits, des légumes et du soya, les vegans manquent nécessairement de nutriments pour être en bonne santé, se disent leurs détracteurs. C’est un mensonge, rétorquent les chefs végétaliens.

C’est même bien meilleur pour la santé. Kathy Freston, auteure du livre Veganist, dit qu’elle peut même le prouver. Freston est passée de «mangeuse de poulet frit» à lacto-végétarienne, puis est ensuite devenue vé­gétalienne il y a sept ans. «Après quelques semaines de régime végétalien, mon ni­veau d’énergie a augmenté et mon teint s’est éclairci», dit-elle.

Un régime végétalien fait baisser dramatiquement le cholestérol ainsi que le taux de sucre dans le sang et augmente le métabolisme basal. Même si l’humain est omnivore, notre corps prospère sur une diète à base de végétaux. Les taux d’obésité et de maladies cardiaques sont aussi moins élevés par­mi les végétaliens.

«Le fait de ne manger que des végétaux fait en sorte que les calories ingurgitées sont plus rapidement brûlées que les calories venant d’un régime omnivore», in­dique Mme Freston.

Faire le saut

La végétalienne admet que devenir végétalien demande efforts et volonté. «On a un lien émotif avec la nourriture, dit-elle. Alors, quand vient le temps de changer ses habitudes et faire des sacrifices, il faut aller à son rythme.»

Kathy Freston avoue aus­si avoir adopté une certaine flexibilité quand elle mange à l’extérieur pour faciliter sa vie sociale. Les 4 groupesLes quatre groupes alimentaires du régime végétalien.

  1. Protéines : un des plus grands mythes liés au végétarisme (et au végétalisme) est le manque de protéines. Exit les protéines animales, faites place aux légumineuses, aux noix, aux pois chiches, au seitan et au tofu.
  2. Glucides complexes : patate douce, riz brun, quinoa, orge, etc.
  3. Légumes : brocoli, bette à carde, kalé, épinards, etc.
  4. Fruits : pommes, framboises, bananes, raisins, mangues, ananas, etc.

Yvonne rejoint par des chimpanzés dans son sanctuaire

Yvonne est donc arrivée au sanctuaire de “Gut Aiderbichl” ; voici des photos d’elle là-bas.

Voici également une vue prise par hélicoptère de la forêt où Yvonne s’était enfuie.

Yvonne s’est fait rejoindre dans le sanctuaire, par des chimpanzés. Leur nombre est de 38, et ils ont passé des années dans les laboratoires (on les a contaminé avec le virus du SIDA, les hépatites B et C, etc.).

Ils n’ont jamais connu le soleil depuis leur enlèvement, qui a eu lieu, selon les chimpanzés, entre il y a entre 29 et 33 ans…

On peut voir une vidéo de présentation ici, et voici des photos de la première sortie d’un groupe de dix, que l’on peut voir dans la vidéo. C’est l’émotion qui envahit tous les êtres.

Les chimpanzés ont passé des décennies en isolement dans de petites cages, sans aucun contact avec aucun être vivant ; quatre spécialistes des chimpanzés s’occupent désormais de leur resocialisation.

L’entreprise Baxter avait racheté le laboratoire de vivisection, mais stoppé les « études » et a cherché à se débarrasser des singes.

Elle les a alors confié dans deux « maisons pour singes » d’une sorte de parc safari en Autriche, qui a fait faillite… Le sanctuaire de Gut Aiderbichl, la fondation Jane Goodall et l’État autrichien ont pris le relais, après des années de négociation.

11 promenades extérieures, d’un coût de 3 millions d’euros, ont été construites dans le sanctuaire de Gut Aiderbichl. Le « Affen Refugium » fait 2500 m².

Enquête sur le plus grand éleveur de furets (PeTA et l’ALF)

Il y a quelques jours, l’association PeTA a rendu public une enquête clandestine aux États-Unis, au sein du plus grand éleveur de furets au monde. Elevage pour la vivisection et pour alimenter les animaleries.

L’enquêteur a tenu un journal de bord qu’on peut lire ici, et on peut voir une vidéo qui, évidemment, soulève le cœur et révolte.

6000 furets sont entassés dans des cages dont le sol est grillagé, sans visite jamais d’aucun vétérinaire. Les ablations d’organes sont parfois faites avec des anesthésies ratées, des bébés sont abandonnés tel quel, des furets à l’agonie ont même été simplement jetés à la poubelle ou l’incinérateur…

Il fait 37°C dans les locaux, les cages ne sont nettoyées que toutes les trois-six semaines…

Bref, c’est une entreprise infernale, qui malgré ses dires sur son site, est une production de haut rendement avec toute l’énergie concentrée sur le profit.

PeTA souligne la dimension « non naturelle » de la condition de ces furets : c’est dans sa logique « welfariste. » PeTA veut améliorer les conditions des animaux, afin de graduellement amener un changement général.

PeTA a ainsi envoyé ses documents… aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Les CDC ce sont les « Centres pour le contrôle et la prévention des maladies » c’est-à-dire l’organisme d l’Etat américain pour la santé publique.

Les CDC ont, en tant qu’organisme, signé des contrats pour 1,5 millions de dollars avec l’éleveur de furets, ces cinq dernières années, pour s’approvisionner en furets pour les tests.

En gros, PeTA explique aux vivisecteurs que les conditions d’élevage sont « mauvaises » et qu’elles sont donc à améliorer, qu’il faut changer d’éleveur, en quelque sorte !

C’est pour le moins étrange, alors que l’existence même d’une telle ferme est une honte. Mais c’est dans la logique de PeTA, qui est ici clairement absurde : PeTA sert de bonne conscience, de « pôle radical » mais utile, etc.

Il y a ici une caricature de l’idée initiale des enquêtes et des « révélations. » Car contrairement à ce qu’on pourrait penser de manière logique, initialement PeTA fait partie du courant de la libération animale…

Les « révélations » sur la condition dans les labos sont à l’origine même de PeTA. PeTA est véritablement né suite aux révélations sur la situation de macaques dans des laboratoires (l’affaire des « Silver Spring monkeys ») suite à une enquête illégale d’un des principaux fondateurs de PeTA, Alex Pacheco.

C’est la campagne en faveur de ces singes qui a fait de PeTA une association offensive et connue, passant d’une vingtaine de membres à 400 000 membres en très peu d’années au début des années 1980.

C’est la même campagne qui a donné naissance à l’ALF aux États-Unis…

Quelques années plus tard, l’une des actions les plus connues de la jeune ALF américaine est un raid dans l’université de Pennsylvanie, dans un laboratoire étudiant les blessures à la tête.

60 heures de vidéos de recherche par les vivisecteurs furent volées par l’ALF et confiées… à PeTA, qui réalisa un résumé appelé « Unnecessary Fuss. » Cette dernière vidéo, de 26 minutes, était commentée par Newkirk elle-même, la fondatrice de PeTA.

Dans les années 1980 et au début des années 1990, PeTA est une sorte de « front » légal, un « à côté » accepté même par les radicaux.

Les initiatives vegan radicales, vegan straight edge ou même hardline diffusaient toujours de la documentation de PeTA. Un zine comme « Destroy Babylon », du « chapitre Hardline » de Cincinnati aux États-Unis a ainsi dans son numéro deux un encart de PeTA, entre des réflexions sur la lutte armée et des instructions pour les sabotages…

PeTA refuse ainsi de condamner l’ALF. Voici ce que dit sa FAQ :

  • « Les militants pour les droits des animaux ne commettent-ils pas des actes de terrorisme ? »
    Le mouvement pour les droits des animaux est non violent. Notre combat se fonde sur le refus de porter atteinte à un animal, qu’il soit humain ou non. Cependant, comme dans n’importe quel mouvement d’importance, il peut exister des factions qui utilisent la violence.
  • « Comment justifier les dégâts s’élevant à des millions d’euros provoqués par l’ALF (Animal Liberation Front) ? »
    Pendant la Résistance, beaucoup d’hommes et de femmes guidés par leur conscience ont estimé devoir enfreindre les lois. De même, les militants de l’ALF ont choisi de sauver des vies en détruisant des biens matériels tels que du matériel de laboratoire servant aux expériences scientifiques sur les animaux ou en brûlant des bâtiments vides dans lesquels des animaux ont été torturés et tués. Les « raids » de l’ALF ont permis de faire connaître des actes d’une cruauté inimaginable. À la suite de ces interventions, des laboratoires ont été poursuivis pour violation de la loi et certains ont été définitivement fermés. Une fois connues, les pratiques de certains laboratoires ont été unanimement condamnées par la communauté scientifique.

La fondatrice de PeTA assume cette position ouvertement. Ingrid Newkirk explique d’ailleurs, dans un ouvrage consacré à l’ALF dans une optique clairement pro-ALF (article “The ALF: Who, Why, and What?”, dans « Terrorists or Freedom Fighters? ») :

« Des penseurs peuvent préparer des révolutions, mais ce sont les bandits qui doivent les mener. »

On peut lire aussi :

« Je me risquerais à dire qu’aucun mouvement de changement social n’a réussi sans la « composante militaire. »

Ce n’est que lorsque les manifestants noirs ont eu recours à la violence que le gouvernement national a travaillé sérieusement sur la législation des droits civils…

En 1850, les abolitionnistes blancs, ayant abandonné les moyens pacifiques, ont commencé à encourager et à s’engager dans des actions qui perturbaient les opérations de plantations et libéraient les esclaves… Était-ce erroné ? »

Ces propos ne se trouvent pas n’importe où dans l’ouvrage en question ; Newkirk a écrit cela dans un article consistant en la postface, et ses derniers mots sont :

« Ce sont ces guerriers qui sont l’épine dans le pied à la fois des protecteurs des animaux qui sont conservateurs et des exploiteurs d’animaux.

Leur existence même est un réquisitoire sur comment la société change. Elle est aussi, peut-être, le plus grand espoir des animaux. »

C’est on ne peut plus clair sur la conception de Newkirk : PeTA fait un travail de masse, mais à un moment tout va craquer et la violence scellera l’abolition.

Mais évidemment, au fur et à mesure PeTA s’est émancipé de la libération animale, justifiant tout, jusqu’au sexisme voire la pornographie, pour maintenir sa raison d’être…

Un manchot pris en otage par la publicité en Nouvelle-Zélande

Que les animaux ne puissent pas être séparés de leur environnement, cela apparaît comme une évidence, au fond. Mais les bons sentiments ne suffisent pas, et sans compréhension de la libération animale non seulement on n’aide pas les animaux, mais on se fait vite avoir.

La situation du pauvre « Happy Feet » est un cas d’école.

Fin juin, un manchot empereur s’est trompé de chemin et s’est retrouvé en Nouvelle Zélande.

Le climat néo-zélandais, à 3000 kilomètres de l’Antarctique, ne lui convenait évidemment pas. Il avait en l’occurrence trop chaud, et a tenté de se rafraîchir en mangeant du sable (dans l’Antarctique, c’est de la glace qui est mangée et le manchot a tenté de même par analogie).

Sa situation a attiré l’attention de la population, le manchot a gagné un surnom (“Happy Feet”, du nom d’un dessin animé avec un manchot). Il est devenu une cause à rallier, et un bon moyen pour les spécialistes du marketing d’utiliser la bonne volonté de la population.

Le manchot a tout d’abord été soigné au zoo de Wellington, où il a attiré en masse. Le zoo a largement utilisé le manchot afin de faire sa publicité.

Ainsi, l’opération pour enlever les trois kilos de sable a été observée par une centaine de personnes !

Le requinquage permettant au manchot de prendre quatre kilos (pour faire désormais 27 kilos et demi) a été un prétexte pour l’entreprise « Bluebird » qui produit des snacks de filer un petit pourcentage des ventes au manchot afin de financer sa nourriture.

Le symbole de « Bluebird » est en effet un manchot surfant sur une chips, et c’était l’occasion de se faire de la publicité à peu de frais !

Ensuite, il fallait ramener le manchot chez lui, tout comme le dernier manchot qui s’était trompé de route et était arrivé en Nouvelle Zélande en 1967.

C’est donc un multimillionnaire qui a financé le voyage d'”Happy Feet”, histoire de faire de la publicité pour sa banque d’investissement « Kiwisaver. »

Une sorte de toboggan a été mis en place rien que pour le manchot sur le brise-glace, comme on peut le voir ici.

Mais le manchot n’a pas été ramené chez lui… on l’a laissé à 2619 kilomètres de la colonie de manchots ! Et pour l’instant il n’a parcouru que 7 kilomètres en 24 heures…

Pourquoi l’a-t-on laissé aussi loin ? Parce qu’on lui a placé un tracker, qui fait 100 grammes et qui permet de suivre son parcours (sur ce site). C’est une entreprise qui fait sa « publicité » par ce moyen…

Le pauvre « Happy Feet » a été sauvé, mais ce sauvetage a été manipulé par des entreprises dans une visée marketing. On a commencé à donner au manchot un nom de personnage de dessin animé, et de cet esprit « nunuche » on est passé à l’opération marketing de grande envergure.

Tout le contraire d’un esprit sérieux et plein de sensibilité qui aurait dû prévaloir !

Des décroissants toujours plus fachos

Qu’entend-on par écologie ? Et par écologie radicale ?

Pour nous, c’est entendu : c’est changer le rapport à la nature, aux animaux, vivre pacifiquement, avec une humanité qui recule, une planète qui redevient bleu et verte.

L’humanité comprendrait qu’elle fait partie de Gaïa, et serait à son service, elle chanterait la vie, la joie de vivre…

Mais pour d’autres, comme EELV, l’écologie n’est qu’un prétexte pour pouvoir gérer la société comme avant malgré les problèmes. Pour d’autres encore, l’écologie c’est le retour en arrière.

Ces derniers, ce sont les « décroissants », dont nous avons déjà parlé et qui deviennent de plus en plus réactionnaires. Ils n’en ont strictement rien à faire des animaux, tout comme de la nature d’ailleurs : ils veulent vivre tranquillement, comme on pouvait le faire « dans le passé. »

S’il y a quelques années cela pouvait encore apparaître comme une sorte d’attitude décalée, pas difficile de voir qu’avec la crise économique cela sonne toujours plus facho.

Le dernier numéro du journal « La décroissance » s’acharne d’ailleurs sur… la musique techno (résumé de manière inculte à l’eurodance, grosso modo!).

Et on trouve également une image résumant parfaitement la décroissance, et où on peut voir que le rapport aux animaux est exactement celui de l’exploitation animale.

Voici l’image.

On a deux exemples d’animaux, de parfaites caricatures de l’exploitation animale.

On a ainsi les poulets, symbole du petit capitalisme, du petit commerce. De l’hypocrisie de ne pas « exploiter » les animaux aussi, bien souvent. Car ce dessin qui montre le “tiers-monde” est fait en France, pays très développé économiquement où il serait facile de généraliser le véganisme!

La misère des pays du tiers-monde est utilisée pour un modèle de petite exploitation.

Et on a les rats, qui représentent ici la « menace » de l’animal triomphant sur l’humain en cas de problème, symbole aussi soit disant de saleté etc. Bref l’image tente d’éveiller un sentiment de « répugnance. »

On a donc d’un côté le petit commerce rassurant (soit disant), et de l’autre la société de « masses » mauvais et chaotique. Les fachos ne disent pas autre chose ! Et l’exploitation animale non plus !

Les deux images ne s’opposent pas du tout, comme le pensent les « décroissants », bien au contraire.

Illustrons ce délire du retour en arrière avec la présentation d’une conférence qui aura lieu la semaine prochaine à Paris.

Voici la présentation :

« Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, aux sources de l’écologie radicale du XXIème siècle

avec Frédéric Rognon, professeur de philosophie des religions à l’Université de Strasbourg, Frédéric Rognon est notamment l’auteur de « Jacques Ellul : une pensée en dialogue » (2007) et de « Médias et démocratie : entre affinités électives et mutuelles suspicions » (2010).

Jacques Ellul et Bernard Charbonneau sont deux penseurs majeurs de l’écologie politique. Amis d’enfance, ils ne cesseront d’enrichir mutuellement leurs travaux malgré une divergence essentielle : la foi en Dieu. Ils développent dès les années 1930 une pensée radicale face à l’émergence de ce qu’ils désignent respectivement comme le système technicien et la Méga-machine. A l’aube du XXIème siècle, en quoi ce parcours commun éclaire-t-il le champ des possibles pour une écologie à la croisée des chemins ? »

Jacques Ellul et Bernard Charbonneau ne sont nullement des « penseurs majeurs de l’écologie politique. »

Il y a là un délire bien français et bien facho, ce qui est d’ailleurs à comprendre de l’allusion aux années 1930, cette mouvance anti-technique étant fascinée historiquement par le fascisme.

Car lorsqu’il est dit :

« Amis d’enfance, ils ne cesseront d’enrichir mutuellement leurs travaux malgré une divergence essentielle : la foi en Dieu. »

Il ne faut pas comprendre que l’un serait athée et pas l’autre.

Bernard Charbonneau est un philosophe catholique, et Jacques Ellul est lui un philosophe protestant, considéré même comme un théologien (nous lui avons consacré un article: Ellul et la critique chrétienne conservatrice et romantique de la technique).

Ce sont deux religieux qui idéalisent le passé, ce sont des néo-mystiques chrétiens. Leur trip est appelé aujourd’hui écologie? C’est de l’escroquerie!

Ces gens-là se moquent des animaux, culturellement ils ne veulent qu’un retour vers le passé. Le nom de l’association à laquelle appartient un fils de Bernard Charbonneau, qui est « spécialiste du droit de l’environnement », parle de lui-même : « association nationale pour une chasse écologiquement responsable » !

La décroissance, c’est triste, c’est glauque, c’est la nostalgie d’un passé censé avoir été merveilleux, alors qu’il faut lutter pour un futur bleu et vert avec une humanité végane!

Sur un arbre perché… les flics en bas

Une dizaine d’opposantEs au projet de métropole Nantes-Saint-Nazaire ont occupé vendredi des arbres du parc Elisa Mercœur (près de Bouffay à Nantes).

La police a d’abord embarqué, en deux fois, la vingtaine de personnes qui les soutenaient, par des chansons et des tracts. Deux personnes ont apparemment subi un déchaînement de la brutalité policière.

Puis ce sont les personnes occupant les arbres qui ont été violemment arrêtées dans une intervention du GIPN (Groupe d’Intervention de la Police nationale) aidé des pompiers, au moyen de nacelles et de coups de Tazer.

Voici le tract diffusé à l’occasion de l’occupation.

Sur un arbre perché !

Toi passant-e qui arpente sans cesse les rues le nez rivé au sol, nous grimpons aux arbres pour que, l’espace d’un instant, tu lèves les yeux au ciel… Nous
occupons ce parc pour partager avec toi un moment de dialogue et de rencontre.

Depuis plusieurs années, a émergé un mouvement de lutte contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, qui a notamment pris la forme d’une vague d’occupation. Au cœur des 1600 hectares de terres agricoles confisquées, de bocages menacés et de forêts en sursis, nous créons des lieux de vie collective.

Cabanes dans les arbres, jardins potagers, fermes, caravanes, constructions de pailles et maisons réinvesties, constituent autant d’îlots de résistance à l’aéroport. La ZAD, zone d’aménagement différée dans le jargon des urbanistes, est devenue une zone à défendre pour celles et ceux qui ont décidé de s’installer sur place pour y vivre.

La construction de l’aéroport s’inscrit dans un projet plus vaste : celui de la Métropole Nantes Saint Nazaire. Partout, la ville se transforme et se densifie.

Les chantiers se multiplient, comme celui de la SOGEA juste en face de ce parc. Ce sont autant de marchés juteux pour les entreprises du BTP, comme Vinci, dont l’unique souci est le profit à court terme, qu’elles qu’en soient les conséquences sociales et écologiques.

Les aménageurs planifient l’urbanisation massive sans que la population n’ait aucun contrôle sur ces projets qui transforment les paysages environnants en un désert de béton. La construction d’un aéroport à Notre Dame des Landes permettra de déplacer ou de réduire la zone de bruit autour de l’aéroport Nantes Atlantique.

Le bien être des habitants de la zone de bruit est un argument brandi par Jean Marc Ayrault pour des raisons bassement électoralistes. En réalité, le remaniement de la zone de bruit permettra une transformation complète de l’espace urbain : multiplication des chantiers, augmentation des loyers, segmentation de la ville entre un centre ville vitrine sous surveillance et des quartiers populaires relégués en périphérie.

Aéroports, déchetteries, autoroutes, incinérateurs, centrales nucléaires, usines, nul n’en veut dans son voisinage immédiat, tandis que le système ne cesse de promouvoir des modes de vie qui nous rendent dépendants de telles infrastructures. La lutte contre l’aéroport n’est pas qu’une lutte locale menée par celles et ceux qui refusent d’être survolés en continu par des avions.

L’aéroport, comme toutes les infrastructures industrielles, participe de la destruction à terme de la globalité de notre planète. Les laisserons-nous faire ?

La résistance par l’occupation permet l’expérimentation de nouveaux modes de vies et d’organisation, en dehors du carcan de l’État et du marché.

Les lieux occupés de la ZAD sont autant de grains de sable incrustés dans la machine à bétonner.

Mais l’État répressif au service de Vinci, cherche et cherchera par tous les moyens à bétonner la ZAD, et planifie pour cela notre expulsion. Les 6 et 15 septembre à Saint Nazaire puis à Nantes, se dérouleront les procès des lieux de vie menacés d’expulsion. Venez nous rendre visite, nous rencontrer sur la ZAD, nous soutenir le 15 septembre lors du procès à Nantes, ou tout simplement discuter avec nous dans ce parc.

La terre entière est une zone à défendre !
N’attendons plus de l’État qu’il le fasse à notre place !

Yvonne a été retrouvée

Fin août, les recherches pour trouver Yvonne, la vache qui a fui l’abattoir, avaient été arrêtées : malgré les intenses recherches, elle était introuvable, et qui plus est c’est toute la forêt qui était perturbée par tous les gens la traversant.

Yvonne devrait revenir d’elle-même, ce serait le plus simple, et justement, le 1er septembre on l’a retrouvé en train de brouter avec d’autres vaches. Et hier, les membres du sanctuaire « Gut Aiderbichl » ont réussi à la « capturer. »

La « capture » a été difficile, malgré les produits pour l’endormir, elle était seulement groggy, et la mettre dans le camion de transport a été difficile.

C’est donc la fin de l’histoire, ou plutôt le début puisque désormais Yvonne sera dans un sanctuaire (dont nous reparlerons), sa vie étant sauvée.

Et il reste une véritable mobilisation en sa faveur : l’Etat a dû annuler l’ordre de la tuer, et le journal ultra-populiste « Bild Zeitung » a même promis 10 000 euros de récompense à qui permettrait de la retrouver saine et sauve.

Il y a également de multiples chansons qui témoignent de cet engouement populaire, comme celle-là (« Hey Yvonne, toi la vache sauvage, tu vis dans la forêt et tu veux ta paix »), ou bien encore celle-là  (« Hou hou je suis une vache et j’ai un coeur comme toi, Je m’appelle Yvonne et si je veux je m’enfuis, je ne suis pas une vache à massacrer et ne me laisserai pas transformer en saucisson, plutôt être libre dans la forêt quitte à avoir faim »).

Ou encore celle-ci, cette dernière chanson est d’ailleurs directement engagée en faveur des animaux, voici par exemple des images qu’on trouve dans la vidéo.

Sur la seconde image, le fond est le drapeau de la Bavière, car la vache autrichienne indique le chemin de la libération aux animaux opprimés de Bavière!

Le chanteur de cette chanson a d’ailleurs réalisé une « interview » d’Yvonne, humoristique mais également en faveur des animaux.

Nous reparlerons bien entendu d’Yvonne lorsqu’elle sera installée dans le sanctuaire!

Le “divertissement de Versailles” de 1674

Il y a le jardin pour se sentir bien, en phase avec la nature et pour donner libre cours à ses réflexions, et il y a le jardin comme ornement.

Voici un exemple illustrant le principe, avec le « divertissement de Versailles. » Il s’agit d’une fête qui s’est tenue l’été 1674, suite à la conquête de la Bourgogne par Louis XIV.

Voici le programme (tiré du livre « Le grand théâtre du monde » de Richard Alewin). La retranscription est clairement fascinée et sans sens critique. Mais de notre point de vue, pas difficile de voir comment la nature se voit réduite à un ornement, à une démonstration de force.

Par nature il faut entendre ici d’ailleurs non seulement le jardin, mais également les animaux avec la « ménagerie » : les zoos naissent à cette époque comme symbole de la richesse et de l’influence internationale des royautés et des empires.

On notera d’ailleurs bien sûr le symbole du dragon et de Neptune tiré par des chevaux marins : la nature « sert » l’humanité, ou plus exactement un absolutisme au faîte de sa puissance.

« Le soir du premier jour, après une collation dans le Bosquet du Marais, sous le ciel étoilé de la cour de Marbre toute décorée de fleurs et de petits orangers, on eut le plaisir de voir l’Alceste, dont Quinault a écrit le texte et Lully la musique, avec les ballets de Benserade.

Après cela, c’est le souper de médianoche au château, puis bal jusqu’à l’aube.

Le jour suivant se monte dans le jardin du Trianon un Salon de Verdure, petite architecture octogonale toute de feuilles, avec une grande ouverture dans le toit et une vue grandiose sur l’allée.

On y joue l’Églogue de Versailles, un intermède de Lully et de Quinault. Ensuite de cela, il y a souper dans une île flottante sur le Grand Canal, à l’abri d’une barrière de vingt-trois jets d’eau.

On a dîné à la lumière des torches, que l’éclat de l’argenterie multipliait par milliers, et au son du jaillissement et de l’effondrement de l’eau.

Le troisième soir, la collation à la Ménagerie est suivie d’une promenade en bateau sur le Grand Canal avec lumières et musique.

Le troisième soir, la collation à la Ménagerie est suivie d’une promenade en bateau sur le Grand Canal avec lumières et musique.

Après quoi l’on donne le Malade imaginaire de Molière, dans le cadre grotesque des grottes.

Le quatrième soir, la collation fut prise au théâtre d’eau. Sur les trois marches qui en bordent le rond avaient été disposés 160 arbres fruitiers, 120 corbeilles de pâtisseries et de confitures, 400 coupes de glace et 1000 carafes de liqueurs.

Les jets d’eau fusaient de partout.

A un autre endroit du parc, un théâtre avait été dressé. On y a joué, chanté, dansé : Les Fêtes d’Amour et de Bacchus.

Après cela, promenade à travers le parc à la lueur des torches, avec des feux d’artifices sur le Grand Canal, et pour finir une Médianoche dans la cour de Marbre.

La table était un émerveillement de mets, de fleurs et de pierres.

Le cinquième jour, l’Iphigénie de Racine donnée à l’Orangerie, fut suivie d’une illumination magique du Grand Canal. L’auteur en était Le Brun, le peintre de la cour. Du milieu de l’eau se dressait, porté par des griffes d’or, un obélisque de lumière à la pointe duquel rayonnait un soleil.

A son pied, un dragon battait majestueusement des ailes. On voyait d’humbles prisonniers et le roi triomphant.

Soudain, on entend 1500 explosions. Les rives du canal, les marches de la cascade sont illuminées, le dragon crache des flots de feu, des fumées bleues et rouges fusant de la gueule, des yeux et des narines, la surface de l’eau est parcourue d’éclairs et pour finir, 5000 fusées montent d’un seul coup dans la nuit, faisant sur le canal un dôme de lumière avant de retomber sur terre en une pluie d’étoiles.

La dernière nuit – l’une des plus noires et les plus calmes de l’été -, vers une heure, le parc tout entier fut illuminé : la terrasse, les balustrades, les bassins, le canal furent entourés de colliers de perles lumineuses, les fontaines jetèrent de mystérieux éclats, le canal ressembla à un étrange miroir de cristal.

A son extrémité, on vit s’illuminer la façade d’un palais magique. Toute la cour monta sur des gondoles.

Neptune arriva, tiré par quatre chevaux marins, se dirigeant sur l’eau vers les convives.

Le palais était couronné de personnages. Lorsque la musique approcha, ils se mirent à chanter délicieusement sous le ciel bas et les lourdes vapeurs de la nuit de juillet.

Ainsi se termine la dernière des grandes fêtes de Versailles. »

Les jardins anglais : fausse irrégularité, vraie domestication

Les jardins anglais sont un style particulier de jardin, qui prend en fait même à contre-pied le principe du jardin à la française, en apparence du moins.

Ici, pas de figures géométriques : les chemins sont sinueux, à travers une végétation laissée libre, tout au moins à ce qu’on peut « imaginer » en se promenant. Ce qui compte ici c’est l’esprit reposé du peintre, qui admire un paysage pittoresque. On peut penser aux poèmes de Verlaine, ou à la peinture impressionniste, avec une dimension moins triste et plus pittoresque.

Pittoresque, et donc romantique et surtout… fictif. Le jardin à l’anglaise est extrêmement organisé. Il donne l’illusion de laisser libres les personnes se promenant, mais celles-ci débouchent immanquablement sur différents points de vue, que l’on doit qualifier de « romantique. »

Le jardin à l’anglaise est en effet né comme objet de raffinement, dans une Angleterre ayant brisée la monarchie absolue et où les classes possédantes, au 18ème siècle, témoignent de leur esprit d’indépendance avec de tels jardins.

Si les jardins à la française sont l’expression d’un pouvoir central organisant géométriquement des grands espaces symboles de pouvoir, le jardin à l’anglaise est né dans une aristocratie égayant ses petits domaines.

Les jardins anglais et à la française ne s’opposent donc pas : ils sont simplement des « décors » destinés à des élites différentes.

L’abondance de la diversité et les nombreuses couleurs des jardins anglais ne célèbrent donc pas la nature, mais le promeneur, riche propriétaire.

Au début du 18ème siècle en effet, ces jardins naissent sous la forme d’un prolongement d’un autre jardin, débouchant finalement sur la campagne (normalement, avec un lac), à travers des paysages censés évoquer l’antiquité (avec des temples, etc.).

Puis Lancelot Brown, connu sous le nom de Capability Brown, développe ces jardins dans ce qui sera le jardin anglais, symbole national d’une Angleterre où les aristocrates se lancent dans le capitalisme naissant.

Son surnom « Capability » vient de son côté commercial, puisqu’il assurait à ses riches clients que leur domaine avait de bonnes « capacités » à être transformé. Il a organisé 170 jardins dans les domaines des familles les plus riches, dans un esprit de confort tel que les riches l’exigeaient.

La composition des jardins devient alors sobre et sensuelle, régulière par certains aspects et « sauvage » par d’autres. Cet aspect pittoresque, et par là romantique, aura un grand succès en Europe, et notamment en France.

Le second Empire, qui consiste en le règne de Napoléon III, fera logiquement des jardins anglais le style officiel.

Car c’est ici un mélange de romantisme aristocrate et de naturalisme bourgeois : au plaisir tranquille et imaginaire d’une nature belle « dans le passé » s’associe la mentalité industrielle qui font que les parcs comportent des fermes-écoles, ainsi que des fermes destinées aux enfants des villes pour qu’ils assimilent l’esprit de domination de la nature.

Quant à l’Angleterre, elle connaît un second bouleversement de son type de jardin, qui adopte des manières bourgeoises : espaces fragmentés plein de couleurs et « virtuosité » de différentes espèces se conjuguent pour une atmosphère « plaisante. » Aux grottes viendront s’ajouter des pagodes, symbole d’exotisme colonial.

Voici comment un inspecteur des Ponts et Chaussées et directeur de travaux à Paris, expert en jardins, présente cela en 1867, dans une analyse des promenades parisiennes, dont il a été un des principaux penseurs : c’est en effet Jean-Charles-Adolphe Alphand qui a aménagé les jardins des Champs-Élysées, le parc Monceau, le parc Montsouris, le bois de Boulogne, le bois de Vincennes, le parc des Buttes-Chaumont, etc.

Pour comprendre cette longue et intéressante citation, il faut connaître le mot « agreste » utilisé au début du texte. On appelle « agreste” les plantes qui ne sont pas taillées, ou bien recevant le même genre de traitement que les plantes des champs.

Alphand appelle ainsi « agrestes » les jardins anglais, et son point de vue est vraiment très utile, puisqu’il n’oppose pas jardins anglais et à la française, mais comprend (sans comprendre) que leur fonction sociale n’est pas la même à la base…

« Les jardins agrestes ont été créés dans le Nord, parce que c’est là leur véritable patrie, le climat qui leur convient réellement.

L’Angleterre n’a jamais été attachée comme la France et l’Italie, au style classique, à l’architecture symétrique ; elle repousse encore à présent les formules systématiques auxquelles nos artistes se sont assujettis.

Faut-il en attribuer la cause à sa situation insulaire, qui l’isole des autres nations ; ou bien à cette facilité pour les voyages qui permet à ses artistes de visiter des peuples ayant des arts très différents ? Nous pensons qu’il faut surtout tenir compte de son climat.

Dans cette atmosphère brumeuse, où le passage est doucement estompé, les plans se détachent par masses successives, qui fuient en prenant des tons bleuâtres.

Le soleil tantôt projette des ombres qui détachent vigoureusement les objets sur des fonds brillants, et tantôt enlève les premiers plans en lumière, sur des fonds noyés dans une vapeur grise.

On ne peut imaginer rien de plus poétique que ces paysages au ton doux, et que le mouvement des vapeurs semble animer.

C’est un décor sans cesse modifié par des effets inattendus, et qui ne peut se reproduire dans les contrées du Midi, baignées d’une lumière égale. Aussi les dispositions régulières, dont l’effet est imposant en Italie, perdent beaucoup de leur valeur sous le ciel nuageux du Nord.

En Angleterre, mais surtout en Écosse, les paysages sont admirables, moins à cause de la richesse de la végétation que par les contrastes que produit le jeu de la lumière.

Les habitants ont dû chercher à tirer parti de ces phénomènes naturels. Ils ont donc composé des jardins où la nature conservait le premier rôle. Les poètes, les peintres, les paysagistes, subissant les mêmes impressions, se sont trouvés d’accord sur le but à atteindre et sur les moyens d’y arriver.

Un pâturage où sont jetés ça et là des bouquets de grands arbres, à travers lesquels fuit l’horizon zébré de lignes claires et d’ombres bleues ; une rivière, ou quelque pièce d’eau, réfléchissant le ciel et les saules qui croissent sur ses bords : voilà les éléments primitifs du jardin anglais, ou plutôt du jardin agreste des pays du Nord (…).

Indépendamment des rapports de style entre l’habitation et le jardin les tracés réguliers sont heureusement employés au milieu de paysages offrant de puissants reliefs, des profils très mouvementés et des horizons étendus.

Enfin ces jardins s’agencent souvent mieux dans les périmètres réguliers des propriétés situées dans les villes. Ils s’harmonisent plus aisément avec la correction des lignes architecturales qui les entourent et qui dominent toujours dans l’ensemble.

Mais l’emploi de ce style exige, pour produire un bon effet, des surfaces beaucoup plus étendues qu’il n’est nécessaire dans le style pittoresque.

Aussi le jardin agreste se prête mieux à des compositions d’une étendue restreinte ; ses lignes sont plus souples, d’une distribution plus facile ; l’élasticité de son tracé se prête, avec la même facilité, aux dispositions les plus réduites, comme aux conceptions les plus larges ; il se raccorde bien avec les perspectives naturelles, et se fond mieux avec la nature environnante.

Cependant, lorsqu’il faut encadrer des œuvres de grand style, des palais, et non plus de simples habitations bourgeoises, le jardin agreste ne donne pas assez de relief à l’architecture ; il ne prépare pas à l’impression recherchée par l’artiste ; il s’ajuste moins bien avec les lignes générales ; son allure un peu familière n’a pas le ton qui convient auprès des fières ordonnances de l’art classique.

Tout à fait convenable dans les parties un peu éloignées de l’édifice, il doit, aux abords de celui-ci, céder la place au tracé régulier, dont la décoration accompagne mieux les lignes de l’architecture symétrique. »

Cet extrait est véritablement très parlant, et révèle bien comment les jardins anglais et à la française, loin de s’opposer, visaient à agrémenter des domaines différents, des élites différentes.