Game of thrones et l’éloge de la barbarie

Nous avons souvent parlé de cette tendance à l’apologie du terroir, qui est naturellement une menace terrible planant sur la prise de conscience du véganisme et de la Nature.

Comment pousser les gens à aller de l’avant, si en même temps il y a une intense propagande expliquant que c’était mieux avant ?

Nous avons à ce sujet souvent mentionné le rôle pernicieux des films dont le scénario est une mise en avant d’une communauté idéale, plutôt agraire, ethniquement homogène (pour autant que cette expression ait un sens), pseudo égalitaire, etc.

On y trouve systématiquement développé la thèse comme quoi l’exploitation animale à petite échelle est correcte, naturelle, dans l’ordre des choses, etc. Cette fantaisie de pacotille, on la retrouve bien entendu à Notre-Dame-des-landes, mais aussi dans la série Game of Thrones / Le trône de fer, qui fait un tabac en ce moment.

Car malheureusement, c’est dans l’air du temps, et cela se reflète dans ce qui intéresse les gens, sur leur démarche, leur manière de voir le monde.

Le succès de Game of thrones est ici très révélateur. La série, qui fait un tabac, est fondée sur le sexe et la violence, dans un monde où tout change tout le temps et apparaît comme incompréhensible… avec cependant quelques valeurs « éternelles », bien entendu totalement anti-vegan.

Afin de recréer une ambiance faussement médiévale, pas moins de 31 000m² de “fourrures” et de “cuir” ont été utilisées, rien que pour la saison 3 qui vient de sortir…

Il n’est guère surprenant que les bobos des inrockuptibles, dans leur dernier numéro, trouvent cela très bien. Voici par exemple l’apologie malsaine du meurtre d’animaux :

Il ne faut pas croire que cela s’arrête aux animaux. Dans une société tendant au social-darwinisme, tous les faibles sont visés. C’est une tendance générale, propre à une époque, car l’exploitation animale fait partie de la société dans son ensemble, ce n’est pas un élément isolé.

Que dire d’une société qui présente cela comme si de rien n’était? Et des gens qui regardent cela comme si de rien n’était?

Le paradoxe de cet éloge du culte de la force de l’époque barbare est aussi que cela forme toute une culture qui, à travers la démarche racoleuse avec beaucoup de sexe et de violence, se veut ultra-moderne, ou comme on dit, « tendance. »

C’est glauque, mais cela marche, ou plutôt c’est glauque et donc ça marche. C’est un reflet de l’impression que donne la société… mais alors pourquoi s’y complaire, au lieu de refuser un bloc? C’est une tendance très négative, et évidemment les gens pauvres ne deviendront pas vegans tant qu’ils considéreront que leur seule alternative (en plus, irréaliste) est de devenir riche individuellement par tous les moyens, c’est-à-dire de rejoindre les rois du système au lieu d’abolir celui-ci.

Ainsi, le succès d’une série comme Game of thrones témoigne largement que les choses ne vont pas dans ce sens. Ce qui prédomine, c’est la fuite dans un monde imaginaire, et en plus ce monde imaginaire reflète le nôtre ! C’est triste. Et là où cela nous concerne directement, c’est l’influence néfaste sur ce que nous mettons en avant.

Quand la vie n’a pas de sens, et aussi très peu de valeur, comme le montre Game of thrones, comment s’étonner des abandons d’animaux (dits “de compagnie”), ou bien de la paralysie populaire par rapport à la réalité de l’exploitation animale?

“Il faut ce qu’il faut”, dit cyniquement, voilà le leitmotiv qui revient…

Il ne faut pas s’étonner après si, après une telle propagande, le véganisme apparaît comme une proposition décalée, « hippie », revenant à un « ressentiment » de la part de faibles, pour parler comme Nietzsche.

Pourtant, et évidemment, la défense des animaux (tout comme des « faibles ») est la condition obligée pour que l’humanité soit éclairée et sorte de la barbarie (où elle s’enfonce d’ailleurs toujours plus).

La barbarie saluée par Game of thrones doit être un douloureux rappel de tout un chacun ayant conscience de ce qui est nécessaire de faire… et vite !

Si la nature et les êtres qui la composent sont reconnus…

Le dernier « Jours de chasse » est sorti et l’éditorial d’Olivier Dassault est extrêmement intéressant. Il y exprime la panique devant l’hypothèse Gaïa et son affirmation.

Seulement, bien entendu, il ne peut pas la concevoir. C’est là où la thèse Gaïa est révolutionnaire : il y a toute une frange de la population, mêlée de manière complète aux vieilles formes sociales d’oppression et d’exploitation, qui ne peut même pas concevoir la libération animale et la libération de la Terre.

C’est pour cela aussi que sont très dangereux les gens venant de ces milieux et s’immisçant dans la véganisme : ils trahiront tôt ou tard et aident les dominants à s’adapter.

C’est le cas par exemple de l’ONG qui est cité par Olivier Dassault dans son éditorial. Il ne s’agit nullement d’une association radicale, mais d’un simple ONG ayant fait une misérable conférence à Genève avec des représentants gouvernementaux…

Quant à l’exemple de l’Equateur, il faut savoir que précisément maintenant ont lieu des grands pourparlers pour l’ouverture de la forêt vierge à la recherche pétrolière…

Non, ce qui compte, c’est qu’Olivier Dassault devine. Et ces gens le devinent tellement bien que le numéro a un dossier sur… Henry David Thoreau, le philosophe américain du 19ème siècle qui n’a strictement rien à voir avec la chasse menée par des grands bourgeois (Thoreau était végétarien et rejetait le meurtre des animaux).

Mais le but est de se préparer, de s’adapter, de muter son discours, de moderniser les apparences, etc. C’est toute un bataille… l’époque transporte la reconnaissance de Gaïa!

Un point sur la lutte à Notre Dame Des Landes

Nous avons beaucoup parlé de la ZAD sur LTD, en allant cependant toujours plus en direction d’un questionnement de fond. Cela pouvait sembler abstrait. A d’autant plus de valeur cette évaluation de la question de la lutte sur la ZAD de la part de gaRENNES; chaque phrase est véritablement soupesée, afin de toucher la substance même de la question, et cela toujours du point de vue concret.

Un point sur la lutte à Notre Dame Des Landes

Le projet d’aéroport à Notre Dame Des Landes va dans le sens de la concurrence de Nantes avec d’autres villes de même envergure.

Vinci (un des trois grands groupes de Batiments et Travaux Publics en France) profiterait de nouveaux revenus par la construction de l’aéroport et d’infrastructures (barreau routier, tram-train) et la gestion de l’aéroport.

Le site de Bouguenais (Sud de Nantes), serait lui en partie attribué à des opérations de promotion immobilière qui étendraient la ville par le sud.

Le camp action climat sur la ZAD (Zone à Défendre) en 2009 mettait en relation cette lutte, axée principalement sur la défense des terres agricoles avec l’enjeu écologique du réchauffement climatique et dans une perspective globale de changement social et écologique.

Peu à peu, la promotion d’une autonomie vis-à-vis du reste de la société a pris le pas sur le reste.

Aujourd’hui, l’auto-production alimentaire occupe une place importante sur la ZAD et la prochaine grande action (“Sème Ta ZAD“) est basée sur la mise en culture des terres.

Depuis les expulsions d’octobre 2012, la lutte a attiré beaucoup de personnes de milieux alternatifs, contestataires, sans briser un isolement relatif vis-à-vis d’une part importante de la population locale.

Sur place, la lutte est essentiellement soutenue par des exploitantEs agricoles, éleveurEUSEs, habitantEs déjà engagé ou sympathisantEs.

Si la ZAD refuse différentes formes d’oppression, cela ne se vérifie pas forcément sur place.

Seule une minorité a activement lutté contre les comportements sexistes et homophobes (injures au flics pour se “défouler”, mises à l’écart lors de constructions, agressions sexuelles…).

L’opposition à un certain mépris de la Nature reste encore peu écouté (pas de vraie gestion des déchets, défrichage massif, coupe d’arbres vivants pour les barricades). Le refus de l’exploitation des animaux reste aussi un “choix personnel”.

Vouloir “construire une alternative” surtout basée sur une culture paysanne (presque disparue) empêche de faire face aux problèmes que pose le capitalisme dans cette lutte.

Après avoir contraint les paysans à aller en ville, les capitalistes relèguent les classes populaires  dans des zones pavillonnaires sans vrai contact avec la Nature et éloignées de l’activité culturelle des villes.

Ils bétonnent des espaces naturels restants et des campagnes déjà transformées par l’industrie agro-alimentaire.

Sur la ZAD, le peu de coordination entre différents lieux et projets ne permet pas non plus de confrontation réelle au niveau collectif qui permettrait de dépasser cette situation.

Il est toujours possible de soutenir les projets qui ont des bases claires (refusant réellement les logiques capitalistes, racistes, patriarcales, dont le mépris pour la Nature et les animaux). Par contre, sans une remise en question des aspects réactionnaires que porte la ZAD, il n’est plus possible de soutenir la lutte dans son ensemble.

Les rats dans Picsou magazine

Si vous avez les moyens de lire le Picsou magazine du mois de mars, cela vaut vraiment le coup, surtout si l’on s’intéresse à nos fabuleux amis ratounesques. Le numéro est en effet dédié aux rats, mais aussi aux souris, et on voit d’ailleurs sur la couverture un sympathique rongeur censé avoir mangé une partie de la couverture.

Il y a de nombreuses petites histoires où Donald et Picsou font face aux rongeurs, qui se montrent toujours très malins et organisés, et à qui heureusement il n’arrive jamais malheur.

Les rats sont présentés dans les histoires comme des sortes de voisins malins des humains, ce qui est d’ailleurs tout à fait exact. Il n’y a pas de villes sans rats, et ceux-ci ayant un esprit totalement collectif, ils savent gérer les situations les plus difficiles.

On ne peut pas dire d’ailleurs que les humains leur facilitent la vie, et dans les bandes dessinées du magazine, les rats sont présentés comme des espèces de squatters malins et sympathiques, mais squatters quand même.

Des squatters très malins sachant s’adapter à toutes les situations…

On n’échappe ainsi pas à l’esprit de concurrence typiquement anthropocentriste, mais au moins l’existence des rats est reconnue. On notera cette image assez géniale, où apparaît clairement, et involontairement, l’expression la plus pure du fait que la vision de la nature comme un monde de concurrence est le simple reflet de l’économie capitaliste.

On notera d’ailleurs que la plupart des bandes dessinées avec les rats dans ce Picsou sont d’époque et ont été faites par Carl Barks, à l’origine du fameux Donald et par ailleurs nettement engagé socialement.

Dans l’une de ces bandes dessinées, la question des rats de laboratoire est également posée, avec l’expression de la possibilité pour les rats de s’y arracher, parce qu’ils sont reconnus comme des êtres sensibles, mais cela passe par le miroir totalement déformé de la reconnaissance de leur “intelligence.”

Le Picsou magazine (qui est lu par 1,7 million de personnes) n’est pas d’ailleurs pas très critique; il y a des objets proposés, mais ils montrent souvent des rats monstrueux, et pareillement la liste de 16 films sur les rats et les souris présente même des films outrageusement insultants pour nos amiEs…

Heureusement, le fameux temple indien est mentionné… avec une remarque désobligeante sur le caractère protégé de nos chers amiEs, encore une contradiction.

Enfin, pour finir et sans raison très claire, on trouve aussi une bande dessinée sur les taupes, avec encore une fois la contradiction sensibilité / refus de la nature qui est exprimée.

Tout cela est un très intéressant exemple de comment se reflète dans la bande dessinée des questions brûlantes… A laquelle l’humanité devra répondre, en reconnaissant la Nature!

Figeac – le refuge a besoin d’aide

Être vegan va de pair avec l’aide pratique aux animaux, avec la diffusion des informations concernant les refuges, avec l’aide concrète et pratique. Tout le monde peut aider un refuge, que ce soit en jardinerie, en bricolage, en ménage, en électricité, en plomberie, en couture… Les possibilités sont infinies. Prenez contact avec le refuge proche de chez vous!

Voici à titre d’illustration, nous en republions souvent, un article concernant un refuge paru dans un quotidien de la presse régionale. En l’occurrence, il s’agit du refuge situé à Nayrac, dans le sud ouest de la France, et l’article vient de La dépêche.

Le refuge dispose également d’un site, qui est bien fait et présente la liste des amiEs à adopter, avec également des photos.

Figeac. Le refuge ne sait plus où mettre les animaux

C’est un cri du cœur, un cri d’alarme que poussent Cyndy, Christine et Éric. Ces employés du refuge voient arriver des chiens et chats de partout et ils n’ont plus de places pour les accueillir.

«Nous avons une autorisation pour 100 chiens et nous en avons 95. Pour les chats, nous battons un triste record avec 120 animaux», pointe Cindy.

Abandons volontaires, animaux errants, saisis pour maltraitance, viennent chaque jour densifier la population du refuge de Figeac.

Le personnel et la dizaine de bénévoles sont débordés.

«De bonnes volontés seraient les bienvenues pour du petit bricolage, de l’entretien, des promenades de chiens ou même quelques caresses», suggèrent-ils.

Mais ce qu’ils espèrent par-dessus tout c’est que les gens se responsabilisent.

«Lors des abandons, les propriétaires évoquent des problèmes d’argent, de séparation, ou encore des changements de rythmes de travail. Nous avons même des animaux adoptés qui reviennent après 6 mois, deux ans, 3 ans, voire 6 ans. Toutes les excuses sont bonnes !», s’agace Cindy.

Adoption : la seule issue possible

Le refuge de Figeac se met en quatre pour que les adoptions reprennent. Il ouvre ses portes du lundi au vendredi de 10 heures à 11 h 30 et de 14 heures à 16 h 30, et le week-end de 10 heures à 11h30.

«Tous nos animaux sont vaccinés et identifiés, les femelles stérilisées. Lors d’une adoption, le futur propriétaire est convié à assister à une visite chez un vétérinaire.

Le Club canin de Figeac propose aussi 4 séances gratuites, où le maître peut poser toutes les questions sur le comportement, l’éducation, les soins de son chien, auprès de deux éducateurs formés», détaillent les responsables du refuge, qui restent attentifs aux attentes des futurs propriétaires et de bons conseils pour trouver le compagnon de vie idéal pour les familles.

«Ce qui nous donne de l’espoir, ce sont les 60 chats adoptés en 2 012 et les 116 chiens. Ceux-la sont tirés d’affaire, nous l’espérons. Hélas, les abandons augmentent plus vite encore».

Actuellement, le refuge compte des chiots de quelques mois jusqu’à des chiens adultes, et seniors. Le plus âgé a 13 ans. Ses compagnons d’infortune sont de toutes races, plutôt de taille moyenne et grande.

Enfin, le refuge accepte des sacs de croquettes, des traitements anti-parasitaires ou de soins non utilisés, des colliers, laisses, paniers, arbres à chats, etc. même des matériaux, tels des planches, vis et clous ; ainsi que des dons.

Refuge de Figeac, à Nayrac, en face de la déchetterie. Tél. 06 46 38 19 45.Sur le net : http://refuge-de-figeac.wifeo.com

Mise en garde contre les vols d’animaux : le refuge ne se déplace jamais à votre domicile pour récupérer des chiens.

Non, on ne peut pas dire que les animaux ne parlent pas, qu’ils ne se révoltent pas!

Si nous parlons beaucoup du capitalisme ces derniers temps, et de la nécessité d’être d’une fermeté complète, c’est également en raison du contexte.

Le Monde fait par exemple l’éloge d’une personne végane de 21 ans, profil parfait de la bourgeoise tentant de sauver le monde à coups de bonnes intentions et s’imaginant très radical, alors que le discours derrière est à vomir (« Les animaux ne peuvent ni parler ni se révolter »).

Il faut, en effet, être schizophrène pour se dire en faveur des animaux, se dire végane et oser répondre cela :

Selon toi, il ne faudrait plus du tout exploiter les animaux ?

Dans mon monde idéal, oui. Même si on le fait avec douceur et avec respect, exploiter les animaux implique que nous, êtres humains, nous considérons comme étant supérieurs à eux. C’est vrai, on est un animal particulier, plus intelligent et plus fort que d’autres. Mais c’est justement parce qu’on est plus intelligents et plus forts qu’on devrait avoir plus d’humilité et intégrer les animaux dans notre écosystème, et les protéger plutôt que les utiliser.

Cela dit,  je suis réaliste, et je suis consciente que ce monde n’existe pas. C’est pour ça que le combat que je mène aujourd’hui vise avant tout l’élevage industriel.

Je ne suis pas fondamentalement contre les petites fermes indépendantes, dans lesquels les fermiers ont un réel contact avec les animaux, y font attention et les soignent.

Même si en fin de compte ils les emmènent à l’abattoir, il y a un donnant-donnant, un échange de services rendus. Dans le monde réel, c’est ça qu’on peut espérer.

Quelle honte! Quelle infâmie! La libération animale, réduite au nom du “réalisme” bourgeois en une apologie du “donnant-donnant”!

C’est odieux, cela réclame une révolte rien qu’à la lecture, cela exige un écoeurement, cela demande une affirmation simple et claire: non, la libération animale ne se négocie pas!

S’il y en a d’ailleurs qui ne comprennent pas pourquoi nous tirons à boulets verts contre la lutte à Notre-Dame-des-Landes, là cela saute aux yeux. Il y a en ce moment un insupportable discours mettant en avant non pas le peuple, de manière démocratique, mais des individus qui « changeraient » les choses.

Et par ici quelques individus vivant en communauté et vivraient différemment, et par là des carriéristes associatifs qui auraient un style de vie “nouveau”…

De la blague, oui, tout cela c’est du petit-bourgeois et du hipster, et c’est poubelle, version non recyclable!

La personne végane interviewée a d’ailleurs sur le site du Monde toute une panoplie de photographies, notamment celle-ci très parlant dans l’absence complète de respect pour les ours, et montrant le niveau infantile de cette mentalité « fun » et hipster.

Nous masquons le visage, parce qu’à LTD, nous mettons en avant la cause, jamais les individus, et encore moins les humains de toutes manières alors que nous voulons que les animaux soit au centre des préoccupations…

Par contre, évidemment sur Le Monde c’est différent, et naturellement elle est extrêmement  valorisée comme ayant participé à une grande association, comme faisant du lobbying, elle-même expliquant, dans un grand discours plus bourgeois tu meurs :

Comment se retrouve-t-on à Bangkok, au cœur d’une réunion internationale sur les espèces menacées, quand on est étudiante à Sciences Po Lille ?

Dans le cadre de mon stage à l’étranger, qui est obligatoire en troisième année,  je travaille depuis sept mois à Washington pour Humane society international. C’est une grosse organisation, qui emploie plusieurs centaines de personnes rien qu’aux Etats-Unis et qui se préoccupe de toutes les causes : expérimentation animale, élevage industriel, etc. J’ai été affectée au département faune sauvage. C’est pourquoi je suis venue, avec d’autres membres de l’association, suivre la CoP [Conférence des Parties] de la CITES à Bangkok.

Comment es-tu entrée dans l’action pour la protection animale ?

(Elle réfléchit quelques instants.) Ah oui ! Je me rappelle : j’ai lu le livre de Jonathan Safran Foer,  Faut-il manger les animaux ? Il venait juste d’être traduit en français, cela devait être début 2011. Comme je suis végétarienne depuis l’âge de 10 ans, j’étais déjà sensibilisé à la cause animale. Mais ce livre m’a vraiment ouvert les yeux sur l’industrie de la viande et  l’élevage industriel, sur la souffrance qu’on inflige aux animaux.

L’auteur parlait de l’association PETA : je suis entrée en contact avec eux, et j’ai commencé à faire des actions. À Paris d’abord, puis à Lille.

Au moment de choisir mon stage pour Sciences Po, j’avais déjà fait beaucoup de manifestations pour la protection animale. Contre le foie gras, contre la fourrure, contre la corrida… J’aime bien ce genre de happening, c’est très sanglant, très théâtral, mais l’efficacité reste limitée : si on est vingt avec nos panneaux et qu’on n’a pas les médias, ça ne va pas bien loin ! C’est pour ça que j’ai voulu faire mon stage dans une ONG travaillant pour la cause animale. Je voulais apprendre à faire du lobbying, et voir si cela pouvait être efficace.

Et qu’en penses-tu aujourd’hui ?

A Humane Society International, j’ai eu pour tâche de mettre en place la coalition des ONG qui se sont mobilisées pour l’ours polaire. Au niveau politique, cela m’a permis de voir tout le processus qu’implique le lobbying.

J’ai contacté toutes les ONG de France, j’ai fait en sorte qu’elles soutiennent la proposition des Etats-Unis pour que l’ours polaire soit inscrit à l’annexe I de la CITES et que son commerce international soit interdit.

On a envoyé plusieurs lettres à la ministre de l’écologie, Delphine Batho. J’ai appris à communiquer, à faire le lien entre les différentes ONG qui ne sont pas toujours d’accord entre elles… Et puis finalement, on a appris que la France ne soutiendrait pas la proposition, et que l’Union européenne ne le ferait pas non plus.

Le résultat du vote a été très dur pour moi. J’avais travaillé sur ce dossier pendant cinq ou six mois, j’avais vraiment de l’espoir et on s’est pris une bonne raclée. C’est là que j’ai compris que le lobbying, c’était plus difficile que ce que je pensais.

Cela ne t’a pas découragée ?

Pas du tout. Avec ce stage, j’ai l’impression de faire quelque chose. A Sciences-Po, j’étais toujours un peu frustrée par le fait que c’était très théorique. On est jeunes, on est étudiants, mais on devrait aussi être actifs. J’ai toujours l’impression qu’on profite beaucoup, mais qu’au final on ne donne pas grand’ chose. Ce stage se termine bientôt, mais il m’a vraiment comblée : tous les jours, je pouvais faire quelque chose de concret.

(…)

Que vas-tu faire une fois ton stage terminé ?

L’année prochaine je retourne à Lille, où je suis à nouveau étudiante.

Cela va me faire bizarre, d’être seulement étudiante… Mais j’ai pris des contacts pendant mon séjour à Bangkok, j’ai rencontré des gens qui font du lobbying auprès du Parlement européen. C’est vraiment ça qui m’intéresse : pouvoir avoir un peu d’influence sur les dirigeants, les parlementaires, les eurodéputés… C’est à travers la législation et la politique qu’on peut faire bouger les choses, mais aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de politiciens qui s’intéressent à la protection animale. C’est pour ça qu’il faut des lobbyistes pour faire ce travail.

La société a toujours été bâtie sur une exploitation. Il y a eu le racisme, le sexisme, le ségrégationnisme. Mais le problème avec les animaux, c’est qu’ils ne peuvent pas parler, ni se révolter.

On les exploite dans tous les domaines, mais tout le monde préfère l’ignorer. C’est ancré dans les mœurs. C’est pour ça que j’ai envie de travailler pour cette cause qui me passionne, en militante. Ou plutôt en activiste, c’est ce mot-là que je préfère.

L’activisme sponsorisé par des grandes associations elles-mêmes sponsorisées par le capitalisme… Ce n’est pas de la naïveté, non, c’est de l’hypocrisie carriériste, sur le dos des animaux. C’est avec ce genre de bourgeois que les gens du peuple ne prennent pas au sérieux la cause animale.

Il n’y a pas assez de mots assez durs qui doivent être trouvés pour ces gens niant le travail démocratique auprès du « peuple » et valorisant un parcours individuel sponsorisé et sans perspectives, car tout à fait conformiste et totalement acceptable par l’exploitation animale.

D’ailleurs, il est révélateur que cette personne dise :

« La société a toujours été bâtie sur une exploitation. Il y a eu le racisme, le sexisme, le ségrégationnisme. Mais le problème avec les animaux, c’est qu’ils ne peuvent pas parler, ni se révolter. »

Apparemment, on apprend pas à Sciences-Po que l’exploitation, c’est celle du travail, et donc des travailleurs… Le mot capitalisme est ici savamment évacué.

Mais surtout, et là regardons les choses en face, tout simplement, comment peut-on dire :

« Mais le problème avec les animaux, c’est qu’ils ne peuvent pas parler, ni se révolter. »

C’est tout simplement aberrant ! N’importe qui connaissant les animaux sait très bien qu’ils se révoltent lorsqu’on les opprime !

On a là une personne qui entend sauver la faune sauvage, et ne sait même pas reconnaître pourquoi le hamster mord les barreaux de sa cage, pourquoi un cochon d’Inde peut se mettre à « chanter », pourquoi un cochon emprisonné peut s’auto-mutiler, pourquoi un tigre peut attaquer son dresseur…

Quant au fait que les animaux ne parleraient pas, on est là au niveau absolument zéro de la connaissance des animaux. Là on touche le fond, on est avec Descartes et Malebranche, dans l’idéologie de l’animal-robot.

Et même, en allant plus loin et en raisonnant simplement dans un rapport direct humain – animal: cette personne n’a donc jamais vu un animal appeler au secours, elle n’a jamais vu un animal au regard ô combien expressif dans sa demande d’aide? Elle n’a jamais vu un animal batailler pour sa vie, se révolter?

Comment est-ce possible? Nous disons: non, ce n’est pas possible, quand on aime les animaux, on ne peut pas dire que les animaux ne parlent pas, qu’ils ne se révoltent pas! Le prétendre, c’est mentir, c’est anthropocentriste, ce n’est pas du véganisme!

Il n’y a pas à tolérer cela, et profitons-en pour rappeler des vérités élémentaires :

– pas de place pour les carriéristes et les personnes se rémunérant sur le dos de la cause animale, et cela est valable également pour les personnes, aussi justes qu’elles aient été au départ, qui ont été corrompues !

– boycott des médias dominants, car ceux-ci ne recherchent que le superficiel, le sensationnel, réutilisant toujours tout dans leur propre sens et celui de l’idéologie dominante !

– valorisation du travail patient au sein des gens, du lent travail de conscientisation, d’explication idéologique et culturelle de la libération animale (et de la libération de la Terre) !

– aucune illusion sur les élus, les institutions, etc., qui sont inévitablement liés d’une manière ou d’une autre à l’exploitation animale !

– aucun compromis avec notre morale, c’est-à-dire avec la vie et la dignité des animaux !

Et enfin : non à la petite exploitation, au petit commerce ! Non, il n’y a pas de fermes « sympathiques », non il n’y a pas de fermiers ayant un « réel contact avec les animaux », non il n’y a pas de système « donnant-donnant » d’acceptable !

Singer, Regan, l’antispécisme métaphysique…

Dans le prolongement des quelques prises de positions publiées ces derniers temps, voici un extrait de réponses données par l’association Dämmerung d’Allemagne au site vegan italien Asinus Novus. On trouve des éléments très intéressants.

Nous ne voulons nullement dire par là qu’il y aurait ici des réponses parfaitement pratiquables, seulement qu’il s’agit d’une démarche ayant le mérite de rejeter tout le baratin moraliste académique de gens bien établis confortablement dans les institutions, afin inversement de souligner l’importance de voir les choses selon une perspective historique.

Il est évident qu’affirmer “l’homme est mauvais” etc. etc. n’aide pas les animaux, alors que comprendre les mécanismes d’exploitation (et d’oppression) est une première tâche inévitable pour faire triompher la libération animale!

Comme dans beaucoup d’autres pays, il existe trois principaux courants dans le mouvement des droits des animaux en Allemagne: le welfarisme animalier, l’activisme des droits des animaux et des approches militantes qui agissent en faveur de la libération animale.

TAN a commencé comme un groupe de défense des animaux, à la fin des années 1980, et s’est transformé en un groupe de libération animale.

Nous avons partagé la plupart des critiques du mouvement de libération animale en ce qui concerne les deux autres courants, pendant des années – que l’on peut à peu près résumer avec l’argument selon lequel les deux restent bourgeois dans la théorie et dans la pratique, c’est-à-dire qu’ils contribuent à améliorer la société capitaliste et ne se rendent pas compte qu’il est la racine de l’oppression et de l’exploitation des animaux aujourd’hui, et qu’il doit donc être supprimé pour libérer les humains et les animaux.

Mais nous avons souffert de l’auto-critique des partisans de la libération animale pendant des années. Les partisanEs de la libération de la gauche autonome surtout, qui dominent la faction de la libération animale en Allemagne, partagent des choses avec l’anti-spécisme métaphysique auquel on peut supposer qu’ils s’opposent, et qui est hégémonique pour l’ensemble du mouvement des droits des animaux, à travers toutes les factions.

En outre, ils ont adopté un type de libéralisme de gauche radicale, avec lequel nous ne sommes pas d’accord. Déjà, nous ne pensons pas que la libération des animaux puisse être réalisée par la « véganisation » des gens individuellement.

Ce n’est pas progressiste de réitérer l’anti-communisme et l’anti-collectivisme, qui ont actuellement ressuscité en Europe.

Nous comprenons la nécessité d’une contre-culture vegan, mais ce n’est pas l’objectif central de notre politique. En Allemagne, l’activisme pour la libération animale est largement devenu une composante d’un style de vie autonome, auto-référentielle et consumériste pour étudiants de la classe moyenne consommant leur rêve de rébellion.

Leur théorie n’est pas adéquate – c’est juste un vulgaire post-structuralisme racontant de vieilles histoires éthiques, en dépit que soient déjà disponibles de bonnes critiques et la riche histoire de la théorie sociale matérialiste commençant avec Marx et Engels, mais incluant aussi Luxembourg, Gramsci ou, surtout, l’École de Francfort avec les magnifiques œuvres de Marcuse, Horkheimer et Adorno.

Il n’y a eu aucun lien entre la libération animale et d’autres luttes sociales, ni dans les droits des animaux, ni dans le mouvement de libération animale, bien que les partisans de la libération animale affirment toujours qu’ils visent la libération des animaux et des humains.

(…)

Nous commençons notre analyse les rapports sociaux et historiques spécifiques entre animaux et humains avec un examen de la pratique économique et politique dans une société donnée, afin d’explorer les raisons pour lesquelles et comment les animaux sont maltraités, réduits en esclavage, torturés et tués.

Et puis nous découvrons par quelles thèses idéologiques ces pratiques sont légitimées, obscurcies et transmises. Enfin, nous recherchons les influences réciproques et les interconnexions.

Peter Singer et Tom Regan ont historiquement certains indéniables mérites, en particulier dans le monde anglophone. Ils ont popularisé la question des droits des animaux dans le discours académique, même si ils l’ont fait d’une manière totalement bourgeoise.

Ils ont doté au mouvement des droits des animaux d’une voix académique et audible dans deux des pays politiquement et économiquement les plus importants (les Etats-Unis et la Grande-Bretagne).

Presque tous les intellectuels de gauche se sont abstenus d’intervenir dans le jeune mouvement, même s’il y avait quelques réflexions importantes dans l’héritage de Rosa Luxemburg, de Herbert Marcuse, les écrits de Theodor W. Adorno, qui auraient pu être un point de départ utile pour le mouvement.

Même dans les œuvres de Karl Marx et Friedrich Engels, qui ont été sévèrement critiqué pour être prométhéen, on trouve des notes très importantes pour conceptualiser une théorie critique qui inclut les rôles des animaux et pour développer des points de vue politiques pour un mouvement encore inexpérimenté politiquement.

Et enfin, Singer – en particulier dans Libération animale et Questions d’éthique pratique – montre les doubles standards de la pensée anthropocentrique et spéciste que répètent beaucoup de gens – même les progressistes – chaque fois qu’ils parlent franchement de droits des animaux.

Ainsi, Singer et Regan étaient importants pour le développement des mouvements des droits des animaux aux États-Unis et en Grande-Bretagne, mais leur influence n’a cessé de diminuer au fil des décennies, lorsque les anarchistes traditionnels, les post-structuralistes et enfin les marxistes ont commencé à gagner de l’espace.

Et aujourd’hui, il y a heureusement certains courants, même dans le mouvement des droits des animaux, qui ne se réfèrent plus aux approches de Singer et Regan.

En Allemagne, Singer et Regan n’étaient pas vraiment importants, car leurs discours étaient trop radicaux pour les welfaristes animaliers et trop bourgeois pour les mouvements des droits des animaux et de libération, même s’il y a eu des philosophes allemands, par exemple Ursula Wolf, qui ont enseigné leurs principes éthiques.

Nous pensons que les travaux de Singer et Regan n’ont jamais été utiles pour fonder une théorie de la libération animale ou pour concevoir une pensée véritablement critique en faveur de la libération animale, parce que ce sont des moralistes bourgeois qui ne comprennent pas les barrières de l’éthique ou de la philosophie morale positive.

Ces approches reposent sur un individualisme méthodologique – une caractéristique essentielle de la pensée bourgeoise -, abstraite, c’est-à-dire des hypothèses non historiques sur les humains et les relations humain-animal, et ils rendent les choses abstraites à partir des structures matérielles sociales concrètes et ainsi de suite.

Ainsi, leurs travaux sont basés sur une sorte de philosophie qui a été radicalement critiquée et réfutée par de nombreux théoriciens de gauche au milieu du 19ème siècle, à commencer par Marx et Engels.

Par exemple, la critique par Marx de Jeremy Bentham dans le Capital est toujours valable pour les philosophies utilitaristes aujourd’hui, quel que soit le courant spécifique auquel ils appartiennent.

Marx polémique contre Bentham en disant que celui-ci est « cet oracle insipide, pédant et verbeux de l’intelligence bourgeoise ordinaire du XIXe siècle » (Capital, tome 1), qui assume « avec naïveté (…) que le petit-bourgeois (…) est l’homme normal » (Capital, tome 1) sur lequel peut reposer sa théorie.< On pourrait en conclure que Singer joue le même rôle dans la période d’après-guerre du 20e siècle.

Il convient, au contraire, de fonder la lutte politique pour la libération animale dans une théorie sociale critique, commençant avec Marx et Engels, et incluant la critique de l’idéologie faite par l’école de Francfort et d’autres apports des penseurs critiques.

La notion d’impérialisme chez Rosa Luxembourg, par exemple, peut être très utile pour comprendre la marchandisation des animaux et le reste de la nature, sous le capitalisme, dans le but d’accumuler du capital et d’élargir les domaines de l’investissement du capital financier.

Et sa merveilleuse compréhension matérialiste de la souffrance qui lie la libération des humains et des animaux non humains, ensemble, est absolument écrasante. Ce sont les sources d’où la pensée radicale et critique se déverse.

(…)

Nous pensons que la réconciliation de la nature et de l’humain n’est faisable que par le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses, c’est-à-dire la formation sociale capitaliste, y compris toutes les instances de la société capitaliste allant de l’économie à l’industrie de la culture.
Et oui, de l’autre côté, il existe un danger qu’un vaste mouvement anti-capitaliste absorbe la question de la libération animale.

Mais d’un autre côté, il y a aussi le danger d’être absorbé par les mouvements bourgeois qui tentent de réformer le capitalisme au nom des animaux exploités et opprimés, sans jamais abolir la violence à leur encontre et en intégrant le prochain mouvement d’opposition au capitalisme – ce qui est comparable à ce qui est arrivé à d’autres mouvements écologistes.

Enfin, ces problèmes ne peuvent être résolus par des luttes politiques contre les deux tendances en appliquant la stratégie de Rosa Luxembourg de realpolitik révolutionnaire à la lutte pour la libération animale et humaine.