Tugdual Derville : « Le Temps de l’Homme »

Tugdual Derville est une figure intellectuelle qui a émergé de la vague catholique de ces dernières années.

Lui-même a été délégué général d’Alliance Vita et c’est l’ancien porte-parole de La Manif pour tous, il a six enfants, son frère est directeur spirituel de l’Opus Dei, il a fait Sciences-Po et la prestigieuse école de commerce ESSEC, etc. : un profil facile à comprendre.

Son objectif est de voir les failles de l’écologie dominante, qui rejette la Nature, pour récupérer ceux et celles qui voient qu’il y a des manques, pour rediriger vers l’Eglise catholique. On se rappelle que le pape François a engagé un processus en ce sens avec son encyclique « Laudato si ».

Par exemple, l’écologie dominante ne parle jamais des animaux : Tugdual Derville en parle alors, avec un bestiaire illustré intitulé « Animaux dans l’Évangile », expliquant qu’il faut être bienveillant envers les animaux, mais les utiliser quand même, les respecter car on se respecte soi-même (la même chose que ce que dit Kant dans le sujet de philosophie du bac de cette année à Pondichéry), etc.

Voici la présentation de son ouvrage venant d’être publié : « Le temps de l’ Homme« . On peut y voir qu’il pense comme nous énormément de mal des bobos branchés d’esprit libéral-libertaire, niant la différence homme-femme au nom du « queer », etc., mais que lui ne le fait pas au nom de la Nature, mais de Dieu.

L’avenir de l’homme est la grande question de notre temps.

Fragilisée par cinquante ans de déconstruction libertaire, l’humanité va-t-elle s’engouffrer dans la promesse du transhumanisme, de l’homme sans limites, unisexe, invulnérable et immortel ? C’est le nouveau fantasme totalitaire. Le défi du millénaire.

Pour Tugdual Derville, il est temps pour l’homme de préserver sa liberté d’une dissolution dans l’absolutisme technologique, la vacuité consumériste et le déni de ses repères culturels et naturels.

La solution ? L’écologie humaine, qui propose de revenir au réel – celui d’un homme fragile, sexué, enraciné corps et âme – et considère « tout l’homme et tous les hommes » comme critère de chaque décision.

Là où nous disons : « la Terre d’abord », l’humanité n’étant qu’une composante de la planète, de « Gaïa » comme métaphore de l’athéisme le plus complet où il faut prendre la Terre comme un grand ensemble, lui maintient coûte que coûte l’anthropocentrisme.

On a ici la même idéologique que les zadistes, mais en mode religieux : il faut rejeter le « monde moderne » en étant solidaires, par le « don ». Ce n’est pas seulement de la proximité intellectuelle : c’est exactement la même conception.

Voici ce que dit par exemple la revue ultra-conservatrice Valeurs Actuelles au sujet de l’ouvrage :

« La vertu du mouvement qui s’est levé en 2012 contre la loi Taubira est d’avoir démontré qu’audelà du “mariage pour tous” c’est à une véritable révolution anthropologique, issue de la “société liquide”, qu’il s’agit de résister. Négation du caractère fondateur de l’altérité sexuelle et du rôle social de la famille ; dématérialisation du processus reproductif ; marchandisation du corps de la femme ; instrumentalisation de l’enfant au service d’une parentalité réduite à un désir consumériste : tout cela était en jeu dans le sillage du mariage homosexuel. (…)

C’est contre cette « tyrannie du possible » — “puisque c’est possible, faisons-le”, devise éternelle de la science sans conscience —, qui aboutit à déconstruire les fondements anthropologiques de la civilisation, et à détruire notre humanité en voulant la libérer, que Tugdual Derville, dans un essai limpide et étayé, appelle à une « révolution de l’écologie humaine ».

Celui qui fut l’un des principaux porte-parole de La Manif pour tous voit dans le mouvement social qui en est issu la première étape d’une résistance visant à « préserver l’humanité de la dissolution dans l’absolutisme technologique ».

Car, se refusant à en rester au stade de la déploration catastrophiste, il définit les voies d’une nouvelle espérance : la restauration d’une « anthropologie du don » selon laquelle l’homme n’est pas fait pour se réinventer en permanence, mais pour se donner.

Cette révolution de l’écologie humaine, qui ne pourra se faire que sur un vaste terreau associatif formant ce que Václav Benda a appelé une “polis parallèle”, Tugdual Derville en définit les trois axes : le parti pris de la bienveillance, qui cherche avant tout le bien supérieur de l’homme et s’interdit de le considérer comme un objet ; le retour aux “communs”, qui consiste à privilégier ce qui nous réunit dans un même dessein plutôt que ce qui nous singularise ; une culture de la vulnérabilité, qui invite chacun à reconnaître sa propre fragilité et sa propre dépendance, condition sine qua non pour reconnaître la dignité de l’autre.

Quand l’écologie politique a trahi sa propre cause « en soutenant les réformes portant atteinte à l’écosystème familial naturel et à l’embryon humain », l’écologie humaine sait, comme l’écrit Benoît XVI, que « l’homme possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté ».

Elle vise à le replacer au centre, à retrouver le sens de l’homme pour sauver notre humanité menacée par des mirages d’autoengendrement. En cherchant ce sens du côté du don plutôt que de l’accomplissement personnel, elle ne vise en fait à rien d’autre qu’à sauver l’amour des fantasmes individualistes et technologiques.

Avec son ton tranquille et mesuré, c’est finalement comme une nouvelle version de la France contre les robots que nous offre Tugdual Derville. »

La « France contre les robots » est une allusion à un texte du très « zadiste » avant l’heure Georges Bernanos, dans l’esprit des fachos des années 1930 et de leur « retour à la terre ».

Voilà bien ce qui définit notre époque : nous sommes coincés entre les libéraux-libertaires et leur déconstruction d’un côté, les fachos voulant revenir aux années 1960 de l’autre !

Fête de la Nature 2016

Ce week-end, c’est la « fête de la Nature », une initiative visant à faire découvrir la Nature, avec pas moins de 6000 possibilités de le faire dans toute la France.

On peut trouver les informations sur ce qui se passe dans son département ici. C’est forcément gratuit et cela va toujours dans le sens de la protection de la Nature, même si évidemment cela reste dans une orientation anthropocentriste le plus souvent.

D’ailleurs, l’un des organisateurs est EDF, un autre est l’Office National des Forêts…

Cela reste donc souvent contradictoire, mais évidemment cela peut être une excellente occasion de découvrir et de discuter, selon les situations.

Voici, à titre d’illustration, une présentation d’une initiative par le Réveil normand. On y voit tous les défauts possibles : insistance sur la dimension « conviviale » et « festive » propre à la « fête de la Nature » (qui a placé ce principe dans sa charte), associé à des activités typiques du genre comme les calèches, le transport à dos d’ânes, de chevaux, de poneys, « dégustation » en mode « terroir », présence institutionnelle vigoureuse, etc.

Samedi 21 mai, la commune de Chéronvilliers, qui a reçu récemment le Label Terre Saine décerné par le ministère de l’Ecologie et du Développement durable pour son engagement dans la charte d’entretien des espaces publics, organise la Fête de la Nature de 14h à 18h dans le Parc de la mairie. Cette manifestation est organisée en partenariat avec le Syndicat d’adduction d’eau potable de la région risloise et rugloise (SAEP 3R), présidé par Philippe Dorshies.

Marché bio, balades, démonstrations…
Au programme : marché bio (légumes, fromages, pain, cire), troc aux plantes, atelier bouturage pour enfants, découverte de la ruche et des abeilles, compostage, démonstration de matériel de désherbage alternatif, exposition sur la protection de la ressource en eau, balade en calèche tout l’après-midi (gratuit).

L’association 1001 légumes du Jardin de Beaumesnil tiendra par ailleurs à 15h une conférence les messicoles (fleurs de moissons, bleuets et coquelicots, entre-autres), qui permettront d’apprendre pourquoi elles sont en voie de disparition, quel est leur intérêt pour la biodiversité, voire d’autres utilisations, et comment participer à leur sauvegarde.

Suivra à 16h une conférence sur le thème « un potager sans pesticides ». Comment limiter les mauvaises herbes sans utiliser de produits ? Comment attirer les auxiliaires de culture dans son jardin ? Quelles sont les associations favorables et les cultures associées ?

Une benne sera mise à disposition pour collecter les pesticides et pour chaque dépôt, un sachet de graines et un ticket de tombola seront offerts. A 18h, tirage de la tombola.

Les voitures sportives, aberration écologique

C’est l’histoire d’une Porsche qui défraie la chronique et qui en dit long sur l’état culturel de notre pays. Les gens disposant d’une certaine richesse considèrent que chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut, qu’avoir de l’argent relève du travail et que, si on veut une Porsche, alors on doit pouvoir l’avoir.

Comme c’est le premier mai, moquons-nous de cela et disons justement que, si l’humanité était cohérente, elle ne produirait pas des voitures pouvant dépasser les limitations de vitesse, ni d’ailleurs des voitures coûtant une fortune juste pour le prestige.

Une Porsche peut être considérée comme très belle esthétiquement, mais en tant que voiture individuelle c’est un mélange de m’as-tu-vu et de consommation d’essence multipliée par deux.

Aucune humanité n’assumant l’écologie ne peut tolérer une monstruosité pareille, un tel gâchis d’énergie et de moyens. Libre aux riches de défendre leur droit à « faire ce qu’ils veulent », libre aux gens rationnels de s’y opposer de la manière la plus stricte.

C’est bien pour cela d’ailleurs que si on dit qu’en France, les gens sont très mécontents, ils ne le sont finalement pas tant que cela, car la critique de la société ne va pas jusqu’à remettre en question le style de vie.

L’hégémonie culturelle est telle que les partisans de ce culte des voitures polluantes et chères n’ont pas hésité à faire un hashtag #JeSuisPorsche sur Twitter. L’objectif : défendre un pauvre « ouvrier » ayant vu sa voiture incendiée lors d’une manifestation contre la loi travail…

Dans Le Figaro, le propriétaire de la voiture, « un électricien de 30 ans », raconte son « désarroi » et explique les choses suivantes :

«Sur Twitter, j’ai vu que les gens disaient que c’était une voiture de patron, alors que je ne suis qu’ouvrier!».

«Je suis juste un passionné de Porsche depuis que je suis gamin… C’est la troisième que j’ai depuis mes 28 ans»

«magnifique Porsche 911 type 996 Carrera 4S» de 2002, un modèle dont la cote varie «entre 35 et 42.000 €»

Trois Porsches en deux ans, on a compris qu’on est loin de l’ouvrier classique avec son SMIC, même si les commentaires du Figaro expliquent que ce serait possible en se privant, en revendant ses voitures, en les bichonnant, en travaillant la mécanique, etc.

C’est là sous-estimer le coût de la vie et nier les coûts de réparation et d’entretien astronomiques de ce type de voitures… Il faut compter 1500 euros par an, qu’on multiplie rapidement en cas de soucis mécaniques, inévitables avec les voitures sportives…

Autant dire que cela ne tient pas debout et d’ailleurs, le père de « l’électricien » n’y est pas allé par quatre chemins dans Ouest-France, vendant la mèche :

« Mon fils a 30 ans, c’est un jeune cadre qui travaille dans une grande entreprise. C’était sa semaine de RTT donc il a décidé de refaire la carte grise d’une autre voiture ce jour-là. Et voilà. Le mauvais jour au mauvais endroit. »

Benoit a acheté sa Porsche Carrera 4S « entre 40 000 et 60 000 € », il l’avait depuis trois mois et a longuement économisé pour se la payer. « C’est quelqu’un qui est passionné, qui a économisé. »

« Mon fils n’est ni facho, ni capitaliste. Son argent, il ne le vole pas, il travaille dur pour l’avoir. »

Ce que veut dire ici sans doute le « entre 40 000 et 60 000 € », c’est que la voiture a été achetée vers 40 000 et qu’il a fallu améliorer le tout pour environ 10 000 euros. A part cela, il ne serait pas un capitaliste?

Mais même s’il était ouvrier ayant économisé toute une vie, il aurait exprimé le capitalisme, son aliénation.

Les voitures sportives et tout ce qu’on peut y rattacher représentent un système où les individus font ce qu’ils veulent et le revendiquent de manière tapageuse, gâchent les énergies pour des choses inutiles, polluent. Elles n’ont pas leur place dans l’avenir !

Antoine Waechter, candidat aux présidentielles 2017

Antoine Waechter, qui avait déjà été candidat aux élections présidentielles en 1988 où il avait obtenu 3,78 % des voix, sera candidat l’année prochaine, au nom du Mouvement écologiste indépendant.

Ce mouvement, très restreint, représente en quelque sorte le canal historique de l’écologie politique des années 1970 et à la française, le canal habituel ayant donné EELV. La candidature a clairement comme but de viser au remplacement d’EELV, accusé d’avoir transformé l’écologie politique en simple soutien au Parti Socialiste.

Voici la déclaration du MEI :

Un candidat incarnant l’indépendance de l’Ecologie Politique pour l’élection présidentielle de 2017

Réunis en Conseil National ces 19 et 20 mars 2016, les Écologistes du Mouvement Écologiste Indépendant,

– au regard des exigences environnementales, démographiques, sociétales et de leur urgente prise en compte,
– au regard de la nécessité politique de présenter un candidat qui ait la volonté de rassembler toutes les forces de l’écologie en France,
ont désigné Antoine Waechter, Président des Écologistes M.E.I., afin de présenter sa candidature à l’élection présidentielle de 2017.

Pour faire face à la gravité de la situation écologique, seule l’indépendance de l’Ecologie Politique, un rassemblement, une coordination entre tous les écologistes, pourra permettre la prise en compte des enjeux environnementaux dans toutes les politiques menées.

Par son engagement : co-fondateur de l’Ecologie Politique en France, son expérience : il a été candidat à cette élection, sa constante implication pour défendre l’indépendance de l’Ecologie, Antoine Waechter est un candidat intègre et crédible.

Ce sont les principales raisons qui ont amené le Conseil National du M.E.I. à formuler ce choix.

On peut, en effet, accuser Antoine Waechter de ce qu’on veut, mais il est toujours resté opiniâtre dans son option et, pour le coup, il a un véritable engagement « naturaliste » absolument éloigné d’EELV.

Il est vrai toutefois qu’il a appelé à soutenir François Bayrou aux présidentielles de 2007, ce qui montre que ce genre de projet est ramené à être simplement « centriste » en l’absence de ligne autre que décroissance + critique de la démographie + volonté de stabiliser l’écosystème.

Dans cette tradition historique de l’écologie politique, soulignons tout de même l’indéniable ouverture aux animaux, avec un texte très abouti sur la condition animale, qu’on peut qualifier de welfariste ultra, avec par exemple la volonté d’interdiction de vente à l’étalage des animaux.

Symbole de la contradiction, il est demandé également l’interdiction de chasser les mercredis et dimanches, ce qui est un indicateur de la volonté de ne pas chercher la « rupture ».

On a ici la vraie écologie politique à la française, qui se considère comme « à part », comme ayant une bonne idée essentielle, le reste ne la regardant pas. C’est une attitude qu’on retrouve historiquement d’ailleurs dans la scène de protection animale. D’où, évidemment, la récupération de cet apolitisme par le populisme d’extrême-droite parfois.

Le problème, cependant, au-delà du manque d’orientation végane, est le manque de remise en cause par rapport à un échec historique. L’écologie politique à la française s’est déjà réalisée : cela a donné EELV. On peut bien sûr penser qu’il aurait mieux fallu que Waechter gagne, mais cela n’a pas été le cas, et il y a des raisons à cela.

Pour les résumer simplement : incapacité à voir l’expansion massive de la production de « viande » à l’échelle mondiale, aveuglement devant la nécessité morale de la libération animale, acceptation du capitalisme qu’il faudrait « ralentir » et des institutions qu’il faudrait « aménager », et surtout incompréhension de la dimension profonde de la négation de la Nature en France (celle-ci étant d’ailleurs ici réduite au terme d’écosystème).

La « revue d’Ecologie intégrale Limite »

Avec son encyclique à prétention écologiste Laudato Si, le pape a lancé le début d’une offensive religieuse sur l’écologie, en mode décroissance, sobriété, retour à la terre, etc. On aurait tort de penser que cela n’a pas d’effets.

Déjà parce que les catholiques disposent d’une très riche tradition dans le genre datant des années 1920-1930, ensuite parce qu’ils sont aidés indirectement par les zadistes, qui racontent peu ou prou la même chose.

On a donc tout intérêt à se pencher sur la Revue d’Ecologie intégrale Limite, titre faisant très peur car la seule fois que le terme intégral a été employé dans un tel cadre, c’est pour le « nationalisme intégral » de Maurras.

A vrai dire, on en est pas loin, mais de manière masquée, derrière l’inévitable défense du terroir, la critique de l’usure, etc. On est là dans la ligne catho réac mais sympa, dans la figure du scout ou du militant de la Manif pour tous, qui est social, convivial, mais conservateur.

Dans un article on trouve exposée la perspective de front de la revue, dans un article parlant d’un rassemblement :

« Anticapitalistes, libertaires, zadistes de Notre-Dame-des-Landes, élus, chrétiens écolos, ou simples citoyens sensibles à la beauté de la nature… les visages de la décroissance sont multiples. »

A côté de multiples éloges de la décroissance (le concept, comme le journal), on y trouve également appel de chrétiens contre Notre-Dame-des-Landes, évidemment avec de nombreuses références à Laudato Si.

Voilà exactement le but des cathos « écolos » : aider à la formation d’une critique du « monde moderne » qui passe par les idées de conservation, de localisme, d’autogestion, de sobriété, etc.

Un retour à la France des années 1960, voire 1930-1940 pour les idées « communautaires ». On lit par exemple dans la revue :

« Nous préférons un monde divers, multiple, riche de l’incroyable variété de ses paysages et des sociétés qui la peuplent. Et si nous voulons résolument nous réenraciner, si tout ce qui est jet set, offshore, Sofitel et CAC 40, bref, hors-sol ou indifférencié, nous est étranger, voire odieux, c’est que nous sommes nous-mêmes d’une génération précarisée, éparpillée. »

Le monde moderne nous a individualisé, nous allons nous reconquérir notre « identité », qui est forcément ici localiste-régionaliste, « enracinée », etc. bref le discours des années 1930.

On a ici du zadiste de droite, ou plutôt devrait-on dire que les zadistes sont des cathos réacs de gauche. Car on reste en terrain éminemment religieux, proche de médias comme Philitt ou Le verbe.

Voici un exemple, lyrique et mystique, de ce qu’on peut trouver dans la revue Limite :

« Voilà ce que le dinosaure en peluche insinue au petit enfant, lequel, devenu grand, n’a plus guère d’autre alternative : ou bien se jeter dans les divertissements du désespoir, ou bien s’ouvrir à une espérance divine, qui l’entraîne à cultiver cette terre précisément parce qu’elle ne durera pas toujours, et parce que c’est la gloire de l’Éternel de prendre soin des éphémères. »

De notre côté, nous préférions que les enfants en profitent pour apprécier les oiseaux qui sont le prolongement des dinosaures, mais bon on l’aura compris les catholiques ne quittent pas l’anthropocentrisme.

Les animaux restent un thème absolument inaccessible. Ces gens savent que, dans ce domaine, on ne peut pas faire semblant, alors ils n’en parlent pas.

Reste que la revue, bien faite, avec des articles construits, présente une tendance réelle, conforme à tout un pan de la société française hostile à l’universalisme, au véganisme, au rejet de l’anthropocentrisme. Il y a donc tout lieu de s’y intéresser et de s’y confronter.

L’hymne socialiste « Changer la vie »

La polémique au sein du Parti Socialiste occupe beaucoup les médias, aussi jetons un regard sur le passé. Nous sommes en juin 1977 au Parc des expositions de la Beaujoire, à Nantes ; le PS tient son congrès et il présente un nouvel hymne : « Changer la vie ».

Les paroles ont été écrites par Herbert Pagani, d’origine libyenne juive et la musique composée par Míkis Theodorákis, artiste grec très connu.

On est là, bien sûr, extrêmement loin du Parti Socialiste d’aujourd’hui, mais là n’est pas l’intérêt de la chanson. En effet, les passages concernant la ville sont d’une très grande valeur, reflétant la vraie exigence démocratique pour l’écologie.

C’était il y a 40 ans… Cela fait 40 ans de retard dans cette nécessité de changer la vie !

Voici les paroles et la vidéo de la chanson ; la seconde vidéo est d’une meilleure qualité, mais ne présente pas les paroles.

Les voix des femmes et les voix des hommes
Ont dû se taire beaucoup trop longtemps
Ne croyons plus aux lendemains qui chantent
Changeons la vie ici et maintenant
C’est aujourd’hui que l’avenir s’invente
Changeons la vie ici et maintenant

Prendre la parole
Décider nous-mêmes
Libérer nos vies des chaînes de l’argent
Écrire notre histoire à la première personne
Être enfin des hommes et non des instruments

France socialiste puisque tu existes
Tout devient possible ici et maintenant

Ne versons plus au nom de leur puissance
Notre sueur, nos larmes, notre sang
Les travailleurs travaillent pour la France
Pas au profit de quelques possédants
Pour partager les fruits de l’abondance

Changeons la vie ici et maintenant
Prendre la parole
Décider nous mêmes

Libérer nos vies des chaînes de l’argent
Faire du bonheur notre monnaie courante
Maîtriser la science et dominer le temps

France socialiste puisque tu existes
Tout devient possible ici et maintenant

Il nous faudra reprendre en main nos villes
Qui ne sont plus que des ghettos géants
Où le printemps n’a plus le droit d’asile
Où meurent les vieux, les arbres, les enfants
C’est dans nos propres murs qu’on nous exile

Changeons la vie ici et maintenant
Prendre la parole
Décider nous-mêmes

Libérer nos vies des fleuves de ciment
pour ne plus mourir de l’air que l’on respire
Et pour pouvoir vieillir auprès de nos enfants

France socialiste puisque tu existes
Tout devient possible ici et maintenant

Un siècle meurt, un millénaire commence
Plus de prisons, de cages et de camps
Tendons la rose rouge de l’espérance
Aux opprimés de tous les continents
L’histoire est là qui nous offre une chance

Changeons la vie ici et maintenant
Libérer la femme
Libérer l’école
Donner la parole aux frères émigrants

Ecrire notre histoire à la première personne
Être enfin des hommes et non des instruments

France socialiste puisque tu existes
Tout devient possible ici et maintenant.

Tribune au sujet du projet « Europa City »

Voici un document très intéressant et important, au sujet du projet « Europa City », une initiative capitaliste de type pharaonique qui est ici bien présentée de manière paradoxale par un élu des Républicains, un parti soutenant pourtant entièrement ce type de démarche…

Il a été publié initialement en tant que tribune dans Libération.

Europa City : quand les galeries marchandes remplacent les terres agricoles

A quelques kilomètres de Paris, la filiale immobilière du Groupe Auchan a jeté son dévolu sur 300 hectares de terres agricoles où l’on cultive le blé, le colza, le maïs et la betterave afin d’y construire Europa City, un complexe à la fois gigantesque, démesuré et contre-nature.

En Ile-de-France, entre l’aéroport du Bourget et l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, on s’apprête à détruire, dans le silence le plus total, 300 hectares de terres agricoles parmi les plus fertiles de France. Cela se passera sur le «triangle de Gonesse», à moins de 7 kilomètres du Parc des Expositions de Paris-Le Bourget où fut signé, à l’issue de la COP21, l’accord de Paris sur le climat.

La filiale immobilière du Groupe Auchan a en effet jeté son dévolu sur ce terrain où l’on cultive aujourd’hui le blé, le colza, le maïs et la betterave afin d’y construire Europa City, un complexe à la fois gigantesque, démesuré et contre-nature.

Europa City, dont l’ouverture est envisagée entre 2021 et 2024, est un équipement qui nécessitera au minimum deux milliards d’euros d’investissement privé et près d’un milliard d’euros d’investissement public. Il s’agit d’y bâtir 230 000 m2 de galeries marchandes, 50 000 m2 de parc d’attractions, 2 700 chambres d’hôtel, un parc aquatique de 20 000 m2, une piste de ski, un cirque, un auditorium et plusieurs salles de spectacle.

Les terres agricoles du triangle de Gonesse accueilleraient ainsi d’ici quelques années plus de 30 millions de visiteurs par an, soit deux fois plus que Disneyland Paris.

Néfaste à plusieurs titres, ce projet constituerait d’abord une véritable catastrophe écologique s’il voyait le jour, puisqu’on ne peut construire Europa City sans détruire en même temps des sols qui ont atteint des niveaux de fertilité exceptionnels.

Selon les termes de Michel Isambert, pédologue retraité de l’INRA, «les sols couvrant la zone du triangle de Gonesse se sont développés pour l’essentiel dans des dépôts limoneux éoliens épais de plusieurs mètres.

Ils sont faciles à travailler, à forte réserve en eau accessible aux racines des cultures annuelles et assurent des récoltes abondantes».

C’est en définitive un véritable trésor que le groupe Auchan s’apprête à détruire de façon irréversible, un trésor lentement constitué à la suite de phénomènes géologiques et climatiques exceptionnels.

Si encore ce projet n’était porté que par une société privée, prête à détruire une partie du patrimoine de l’humanité pour assurer son développement de court terme, on pourrait aisément lui opposer avec force la poursuite de l’intérêt général.

Mais la puissance publique, sans doute par naïveté, prête avec zèle son concours à ce projet contre-nature. Ce faisant, elle contrevient de manière totalement irresponsable à l’article 6 de la charte de l’environnement qui dispose que «les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable».

Car le groupe Auchan dispose en réalité d’un véritable bras armé public, l’Etablissement Public d’Aménagement (EPA) Plaine de France, situé à la fois sur le département de la Seine-Saint-Denis et sur celui du Val-d’Oise et qui est chargé, par l’Etat, de procéder à toutes les opérations nécessaires à la réalisation du projet.

Le groupe Auchan dispose également de relais importants auprès des élus locaux, notamment dans le département du Val d’Oise.

Ces derniers, alléchés par les promesses d’emploi formulées par les porteurs du projet, sont prêts à toutes les concessions et n’hésitent pas, pour certains, à se transformer en véritables représentants de commerce au service de la famille Mulliez, propriétaire du groupe Auchan.

La ficelle est grosse et le procédé, en plus d’être malhonnête, est pour le moins détestable. En effet, les thuriféraires d’Europa City n’hésitent pas à faire miroiter la création de 17 000 emplois à des maires de communes où le taux de chômage est sensiblement plus élevé que dans le reste de l’Ile de France.

Europa City serait en quelque sorte la chance ultime d’un territoire économiquement dévasté : le chantage à l’emploi est ici à peine masqué.

Mais les promesses ne seront pas tenues. Sur les 17 000 emplois projetés on additionne en réalité des emplois qui correspondent à différentes phases du projet, de la construction à l’exploitation. En somme, on agrège artificiellement des emplois qui ne font que se succéder.

Par ailleurs, les métiers qui seraient proposés par Europa City correspondent à des métiers dits «en tension», sur lesquels il est déjà très difficile de recruter. Europa City ne créera pas d’emplois, il se contentera d’en déplacer.

Enfin, si les créations d’emplois sont pour le moins incertaines, les destructions d’emplois seront, elles, bien réelles.

Dans le contexte bien connu de l’hyperinflation des grands complexes commerciaux en France, les galeries marchandes déjà sur place, et qui peinent à attirer plus de la moitié du trafic projeté au moment de leur création, seraient vouées à une mort certaine.

Au moment où le débat public commence, il convient d’appeler nos concitoyens à la plus grande vigilance car nous ne voulons pas que les promesses d’aujourd’hui produisent les déceptions de demain. Nous appelons à la mobilisation citoyenne car nous croyons fermement que l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de son milieu naturel.

Vijay Monany Conseiller Départemental (LR) de la Seine-Saint-Denis

Terrasses chauffées « rétablies » à Paris et loi sur la biodiversité écornée

Ce qui est vraiment frappant, c’est à quel point la société ne fait même pas semblant d’aller dans le sens de l’écologie. Il suffit de lire la presse pour voir à quel point les choses avancent… pour reculer.

Voici deux exemples pathétiques. Le premier concerne l’interdiction des terrasses chauffantes, le second la loi sur la biodiversité. Dans les deux cas, cela fut un pas en avant, deux pas en arrière.

Voici ce que Le Parisien constatait hier, dans son article La justice autorise les contre-terrasses chauffées :

Non, les contre-terrasses des bars et restaurants de la capitale ne sont pas interdites de chauffage ! C’est du moins ce qu’a jugé, vendredi dernier, le tribunal administratif de Paris, après l’examen du dossier présenté par la propriétaire de l’établissement les Patios, un établissement de la place de la Sorbonne (Ve).

La décision, qui vient contredire un arrêté municipal de mai 2011, interdisant de chauffer ces espaces — généralement situés en vis-à-vis des brasseries, un peu à l’écart de l’établissement dont ils dépendent — devrait, à l’évidence, faire jurisprudence.

Et concerner des centaines de cafés parisiens. « Cette décision, détaille Me Philippe Meilhac, l’avocat des Patios, s’applique à tous les titulaires de l’autorisation d’exploitation d’une contre-terrasse, qui peuvent désormais utiliser du chauffage, qu’elle que soit la période de l’année. »

La Ville de Paris, qui devrait faire appel de cette décision, plaide son côté, la dangerosité des dispositifs de chauffage pour la sécurité des consommateurs, et leur incompatibilité avec la préservation de l’environnement… Des arguments qui n’ont pas convaincu la justice.

« En l’absence de tout élément de nature à démontrer ce qui est avancé, l’article du règlement des étalages et terrasses prévoyant une interdiction totale de tout dispositif de chauffage sur les contre-terrasses, est entaché d’illégalité », tranche le tribunal administratif.

Précisant également que les Patios sont déchargés des 28 589 € qui étaient réclamés à l’établissement par la Ville de Paris, au titre de la taxe sur le chauffage… pourtant interdit par l’arrêté !

La triste blague dans cette histoire, c’est que les terrasses chauffantes n’ont de toutes manières jamais cessé d’exister à Paris…

Voici également ce que Le Monde constate dans son article « Biodiversité : le Sénat vote une loi écornée par le lobby des chasseurs » :

Des reculs importants sur la chasse ou les néonicotinoïdes

A côté de ces avancées, le texte issu des travaux du Sénat affiche aussi d’importants reculs.

« Il s’agit, au final, d’un texte très hétérogène, commente Ronan Dantec (Loire-Atlantique), chef de file du groupe écologiste. Nous avons obtenu de vraies victoires pour la protection de la biodiversité, mais le lobby des chasseurs, des agriculteurs et des industriels reste très organisé au Sénat. » De fait, le groupe d’études chasse et pêche de la chambre haute, qui transcende les courants politiques, compte 84 membres, sur 348 sénateurs, qui se sont montrés extrêmement actifs tout au long des débats.

C’est ainsi que l’interdiction de la chasse aux oiseaux à la glu ou à la colle, approuvée par les députés, a disparu. De même que l’interdiction de chasser les mammifères en période de reproduction. Ainsi encore que l’autorisation du chalutage en eaux profondes – une pratique dévastatrice pour la faune et les fonds marins –, qui avait été supprimée par la commission du développement durable du Sénat, et qui a été rétablie.

Une autre régression marquante concerne les néonicotinoïdes, ces pesticides reconnus nocifs pour les insectes pollinisateurs et, plus généralement, pour l’environnement et la santé. Les députés avaient voté leur interdiction à compter du 1er janvier 2016. Les sénateurs sont revenus sur cette mesure. Il est seulement prévu que le ministre de l’agriculture prenne, dans les trois mois suivant la promulgation de la loi, un arrêté déterminant « les conditions d’utilisation » de ces substances chimiques. Cela, en tenant compte des « conséquences sur la production agricole », ce qui augure mal d’un bannissement de ces produits.

En conclure que les lobbies ont imposé leur loi serait excessif. « Une frange de sénateurs, notamment pro-chasse, mène un combat de fond contre la loi, mais une partie de leurs amendements a été retoquée, note Christophe Aubel (Humanité et biodiversité).

Dans la plupart des groupes, les rapports de force sont différents de ceux d’il y a quelques années. Une part importante des sénateurs ont compris que l’avenir de la biodiversité est aussi celui des sociétés humaines, bien au-delà de simples histoires de fleurs et d’oiseaux. »

On remarque comment l’article tente tout à fait classiquement de relativiser le poids du « lobby » de la chasse. Alors que tout ce qui est raconté ici est tout à fait clair et devrait être totalement dénoncé. Rompre avec tout cela est une nécessité. On voit bien que par « respect » des valeurs dominantes et des institutions, le pas n’est ici pas franchi par Le Monde, ou encore Le Parisien…

Les effluents toxiques dans les eaux du Parc national des calanques

Hier nous parlions du possible changement de mentalité suite à la COP 21 chez les gens conscients (100 tonnes de neige « de production » par hélicoptère à Sainte-Foy-Tarentaise). On ne peut plus faire comme avant et désormais ce qui est non écologiste apparaît comme anti-écologiste.

En voici un nouvel exemple, avec le « coup de gueule » de la chanteuse Nolwenn Leroy, qui reprend précisément ce mode d’argumentation.

Voici un extrait de l’article du Nouvel Observateur, mis en lien par la chanteuse.

A partir du 1er janvier, l’usine d’alumine de Gardane va pouvoir continuer à rejeter ses effluents toxiques dans les eaux du Parc national des calanques. 270 mètres cube déversés chaque heure, au grand dam de protecteurs de la Méditerranée comme le pêcheur Gérard Carrodano.

Propriété depuis 2012 du fonds d’investissement américain HIG, l’ancien site Péchiney de l’usine Alteo avait, contre toute attente, obtenu l’aval du Parc national pour poursuivre ses rejets.

Un choix qualifié d' »équilibré » par Didier Réault, président du conseil d’administration du Parc qui a précisé que l’avis favorable est assorti de réserves et qu’il pourra faire pression afin de contraindre l’industriel à une pratique plus vertueuse.

L’industriel assure de son côté qu’il se conforme déjà au respect des normes environnementales et ne rejette les fameuses boues rouges tant décriée mais de l’eau filtrée grâce à un dispositif en partie financé par l’Agence de l’eau.

Seulement voilà, pour les associations environnementales impliquées dans ce long combat, l’eau déversée est chargée de métaux lourds, du mercure, de l’arsenic, du plomb…

Y a-t-il donc un changement d’attitude qui serait en cours? L’échec de la COP 21 ne change rien au fait que, pour de nombreuses personnes, la situation est considérée comme grave. Le plus grand problème est malheureusement que la jeunesse est totalement passive à ce niveau.

Mais un glissement de terrain culturel est possible et après tout absolument logique. Les choses ne peuvent pas rester en l’état. L’argument comme quoi après la COP 21, il y a des choses inacceptables, est sans doute le reflet d’une vraie lame de fond.

Tout un travail reste par contre à faire avec l’écologie, il faut que celle-ci se synthétise, se structure, saisisse le véganisme…

100 tonnes de neige « de production » par hélicoptère à Sainte-Foy-Tarentaise

Si vous avez eu des illusions quelconques sur la COP 21, voici qu’avant la fin de l’année, la station de ski de Sainte-Foy-Tarentaise vient les enlever.

Afin de satisfaire l’infime minorité aisée de France qui va au ski, cette station près du Mont Blanc a décidé de transporter une centaine de tonnes de neige par hélicoptère.

On a en quelque sorte un résumé de ce qui ne va pas : une minorité qui profite, dont le style de vie est destructeur, des gens qui travaillent et qui sont otages de cette minorité par conséquent, avec entre les deux une administration permettant que tout fonctionne comme il se doit.

Quand on pense que la station en question revendique sa démarche « développement durable », on voit la dimension barbare de cette hypocrisie.

Voici d’ailleurs la justification, on ne peut plus capitaliste, donnée par la station et qu’on pouvait lire dans Le Parisien :

« On a déposé cette neige de culture produite en novembre, à 2 200 m d’altitude, sur la piste de l’Aiguille qui est un secteur très important de la station avec trois télésièges et neuf pistes de tout niveau.

Si la piste de l’Aiguille ferme, tout s’arrête. Il fallait donc faire quelque chose pour satisfaire notre clientèle et préserver l’emploi des professionnels de la station. Il a fallu 80 rotations d’hélicoptère pour monter la neige. Cela a coûté entre 5 000 et 10 000 euros », explique François Piquet, directeur du domaine skiable.

Il ne faut pas cependant s’arrêter là! La neige amenée était considérée par la station comme… du « stock »! Il s’agit même de « neige de production », réalisée au moyen de « canons à neige », comme on l’apprend sur Francetvinfo!

Jointe par francetv info, Anne Marmottan, directrice de l’Office du tourisme de cette station de ski de la Tarentaise, affirme que « le débat est clos » et « ne souhaite pas alimenter la polémique ».

« Amener la neige par chenillettes plutôt que par hélicoptère aurait demandé trop de rotations », explique-t-elle. L’opération visait « à réeneiger une piste tout en haut qui risquait de ne plus être praticable dans sa partie du milieu. A force de passer dessus, les skieurs usent la neige, les cailloux affleurent. Si nous ne faisons rien, nous sommes obligés de fermer cette piste qui maintient l’axe du sommet à l’arrivée ».

Elle précise qu’il s’agissait d’une « neige de production déplacée d’un point à un autre en hélicoptère ». Plus précisément, d’eau transformée en neige, en novembre, avec des canons à neige, et stockée au cas où l’or blanc viendrait à manquer.

Toujours prêt à se lancer dans l’obséquiosité, voici encore ce que dit la responsable au sujet des hélicoptères, qui sont là pour le confort!

La responsable tient à pointer un émoi qu’elle juge hors de propos : « L’hélicoptère, c’est un moyen de transport qu’on utilise beaucoup en montagne, pour les secours, les refuges … On s’en sert quand on en a besoin. »

Elle note qu’on s’interroge moins sur les pratiques d’héliski (où l’hélicoptère emmène le skieur jusqu’au sommet d’une pente), théoriquement interdites, mais autorisées par des pays voisins, ou sur la façon dont les sodas servis frais en terrasse sont amenés aux skieurs, dans ces stations d’altitude. « Les touristes sont habitués au confort ».

Elle précise également, dans son grand élan de générosité pour le droit des bourgeois à skier :

« Spontanément, nous n’avons pas eu de remarques [des vacanciers]. Mais il y a des répercussions de cette affaire montée en épingle par les médias sur les réseaux sociaux, sur Facebook. Loin, dans les villes, les gens face à leur ordinateur y vont de leurs commentaires. »

Voilà au moins qui est franc ; la minorité aisée de ce pays peut lui remettre la médaille du dévouement. On peut difficilement faire pire dans le réactionnaire, le beauf, l’anti-Nature.

De manière plus intéressante, voici le point de vue à ce sujet du facebook Humans of Chamonix qui a été créé il y a quelques mois par une personne habitant là-bas et qui raconte la vie des gens, ce qui se passe, etc.

Je suis guide de haute-montagne et fondateur de TVMountain, une chaine de télévision spécialisée dans les reportages montagne. J’aime aussi dire ce que je pense et même si cela ne plait pas toujours à tout le monde, dans ce microcosme qu’est Chamonix, je continue de m’exprimer.

Hier après-midi, j’étais dans la benne du Prarion quand on m’a dit qu’il y avait des rotations d’hélicoptère pour transporter la neige sur les pistes des Houches. Les gens parlaient de ca et cela les révoltait.

Après les visites de nos ministres sur le glacier de la Mer de Glace, après la COP 21, après des dizaines de manifestations contre la pollution dans la vallée, nous, les Chamoniards, les professionnels de cette vallée, les montagnards amoureux de notre air pur, on accepte qu’on transporte la neige par hélicoptère au mépris de toute éthique écologique ? On soutient cette image de la montagne bling-bling, agenouillée devant les dollars ? Si nous ne défendons pas notre environnement et notre qualité de vie, personne ne le fera à notre place.

Bien-sûr, j’entends déjà les contre-arguments : « ce n’est pas quelques heures d’hélicoptère qui vont changer le taux de gaz carbonique » ou alors « il y va de l’emploi de nos professionnels ». Mais le changement climatique n’est-il pas l’affaire de tous ?

N’est-il pas la somme des efforts particuliers pour obtenir un résultat commun ?

Cet « or blanc » transporté à prix d’or ne donne t-il pas la pire des images de notre vallée ? Comment est ce que les gens d’ici vont encore pouvoir avoir confiance dans les politiques en place quand de tels agissements sont possibles ?

Comment vont-ils pouvoir rester motivés à faire des efforts écologiques quand d’un autre côté, on démarre l’hélicoptère quand la neige ne vient pas ?

Peut-être qu’on a là déjà un effet de la COP 21. Avant ce qui n’était pas écolo apparaissait comme non conforme à la Nature. Aujourd’hui, les gens les plus conscients comprennent, peut-être enfin, que c’est anti-Nature.

C’est peut-être une nouvelle époque qui s’ouvre, enfin! La planète n’attend que cela : que le bleu et le vert reprennent leurs droits, que l’humanité brise l’anthropocentrisme et assume le mot d’ordre « la Terre d’abord! », dans une vie collective pacifiée, faisant du véganisme une valeur universelle.

L’exposition universelle de survie de 1975

Voici des documents extrêmement précieux, au sujet d’un événement qui devrait être – et qui sera – dans les livres d’histoire :  l’exposition universelle de survie, qui s’est tenue à Bruxelles en 1975.

20 000 entrées payantes et autant de personnes présentes au nom des associations : cela a été un fait marquant et on ne peut qu’être frappé de l’extrême modernité des thèmes qui y ont été abordés.

Bien sûr, on pourra toujours reprocher telle ou telle approche, tel ou tel point de vue, tel ou tel oubli. Mais comment ne pas voir que cela allait dans le bon sens, que cela tentait, de manière démocratique, de faire évoluer l’opinion publique.

Voici l’affiche de l’initiative.

Voici, en pdf (cliquer sur l’image), le dossier de presse, extrêmement intéressant, une source d’inspiration pour aujourd’hui encore, avec la variété des thèmes, le souci démocratique.

Les gens ayant été à l’origine de l’initiative ont publié un petit texte de rappel, à l’occasion de la COP 21, le voici (cliquer sur l’image).

Voilà des documents très utiles, appartenant à la grande cause qu’est notre planète, l’ensemble vivant qu’elle forme!

 

Décès de Jean-Marie Pelt

Les médias ont très largement repris l’annonce du décès de Jean-Marie Pelt, qui a notamment publié de nombreux livres dédiés à l’écologie, écologie dont il est présenté comme un « pionnier ».

Najat Vallaud Belkacem, ministre de l’éducation a tweeté le message suivant:

Hommage à Jean-Marie Pelt, biologiste, botaniste et défenseur de notre environnement qui avait su transmettre ses passions au grand public.

EELV – qui entend par ailleurs bientôt changer de nom pour masquer son effondrement – a publié un message court et simple :

Europe Ecologie – Les Verts adresse ses condoléances à la famille du professeur Jean-Marie Pelt et rend hommage à l’oeuvre de ce botaniste passionné qui a tant apporté à l’écologie.

Fondateur de l’Institut européen d’écologie, opposant aux OGM et co-fondateur du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN), défenseur d’une agriculture biologique sans pesticide mais aussi élu local passionné par l’écologie urbaine, son engagement pour l’environnement en faisait une figure incontournable de l’écologie.

Le journal orienté business Les échos titre de son côté son très court article :

Décès : DE JEAN-MARIE PELT, PRECURSEUR DE L’ECOLOGIE

En réalité, Jean-Marie Pelt était un catho-écolo, dans un tradition datant des années 1930-1940. Ce n’est pas pour rien que la ville de Metz a confié à l’Institut qu’il a créé un cloître franciscain en plein centre-ville, au sommet de la colline Sainte-Croix…

C’était un décroissant, un zadiste en quelque sorte et c’est le journal La Croix qui présente le mieux ce qu’il a été et représenté.

Accueillant et chaleureux, scientifiquement cultivé et animé par la foi, Jean-Marie Pelt s’en est allé dans la nuit du 22 au 23 décembre 2015, d’un infarctus.

Bien connu des Français au travers de plus d’une cinquantaine de livres de vulgarisation de sciences naturelles (Consommer moins, consommer mieux, Jean-Maris Pelt, Serge Papin et Céline Rouden, édition Bayard-Autrement 2009), grâce à ses interventions à la télévision ou la radio, c’est un des pionniers français de l’écologie qui disparaît au lendemain de la tenue de la COP 21 à Paris.

EXPLORATEUR EN AFRIQUE, AU VIETNAM, AU BRÉSIL ET EN AFGHANISTAN

Issu d’une famille modeste installée en Lorraine [mais petit neveu de l’évêque de Metz, tout de même], Jean-Marie Pelt fit des études de botanique et de pharmacie avant d’entreprendre de grandes explorations en Afrique, au Vietnam, au Brésil et en Afghanistan où il contribua à isoler une substance antibactérienne contre la lèpre.

De 1956 à 1963, il collabore puis devient secrétaire de Robert Schuman (MRP), l’un des « pères de l’Europe » : une rencontre qui marquera beaucoup le pharmacien tant du point de vue politique que spirituel.

Il est nommé professeur à l’université de Nancy en 1967 puis est élu à la municipalité de Metz sur la liste de Jean-Marie Rausch (divers droite). Il crée l’Institut européen d’écologie – une association loi 1901 – dans l’ancien couvent des Récollets datant du XIVe  siècle en 1971.

Conscient de cette nouvelle charge, il s’attache alors à promouvoir l’écologie urbaine, en verdissant la ville et en maintenant des logements à dimension humaine.

UN « ÉCOLOGISTE » UN PEU PARTICULIER

Convaincu avant bien d’autres de l’existence du réchauffement climatique, il fut ragaillardi par le Grenelle de l’environnement de 2007 où, « pour la première fois », il vit des hommes et des femmes que tout séparait se mettre autour d’une table.

Jean-Marie Pelt restait quant à lui un « écologiste » un peu particulier. Un homme de discussion et de synthèse capable de défendre la nature, de promouvoir une agriculture si possible biologique – a minima avec moins de pesticides – et de soutenir les énergies renouvelables plutôt que l’énergie nucléaire.

Une attitude qui ne l’empêchait pas d’être favorable à « certains » OGM, « à condition qu’ils ne nuisent ni à la santé ni à l’environnement et que les agrochimistes n’en profitent pas pour déposer des brevets sur le vivant ».

JEAN-MARIE PELT SE VOULAIT À LA FOIS CONTEMPLATIF, LANCEUR D’ALERTE ET PORTEUR D’ESPÉRANCE

Célibataire, il n’hésite pas à prendre son bâton de pèlerin pour donner des conférences dans toute la France et, même, semer des « graines écologiques » auprès de certaines grandes entreprises de l’environnement qui s’intéressent à l’écologie industrielle et à la valorisation des déchets.

Doté d’une vision globale du monde, oscillant entre un « pessimisme joyeux et méthodique », il se voulait à la fois contemplatif, lanceur d’alerte et porteur d’espérance : « Tous les êtres vivants, du plus petit au plus grand, sont soumis à des lois naturelles, universelles. Y compris l’homme qui, par son arrogance, voudrait bien prendre la direction des opérations, maîtriser la nature, se croire Dieu », confiait-il à La Croix en 2009.

C’était « un arbre », disait de lui le journaliste Denis Cheissoux, animateur de « CO2 Mon Amour » sur France Inter. Un « arbre » qui voyait loin devant et restait bien enraciné en terre.

« Enraciné en terroir » : on voit bien ici comment l’éloge réactionnaire du terroir progresse toujours davantage et comment les catholiques basculent de plus en plus là-dedans…

« Le monde comme il va, 10 jours après la Cop 21 »

Gérard Le Puill est journaliste à l’Humanité depuis 30 ans, après avoir travaillé à la ferme dès l’âge de 14 ans et avoir été ouvrier caoutchoutier pendant quasiment vingt ans.

Il a écrit un billet intéressant sur ce qui se passe dans le monde considérant le réchauffement climatique, dix jours après la COP 21.

Le monde comme il va, 10 jours après la Cop 21

Une fois éteints le lampions du Bourget et passés les commentaires élogieux de certains médias sur le succès de la présidence française lors de la Conférence sur le climat, les mauvaises habitudes reprennent de manière accentuée dans toutes les régions du monde.

Dans le texte adopté en clôture de la Cop 21 est inscrit l’objectif de « contenir l’élévation de la température moyenne nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C ».

Dix jours plus tard, les nouvelles du monde nous montrent à quel point le climat devient secondaire sous toutes les latitudes en dépit de la douceur inhabituelle de cette fin d’automne.

Qu’on en juge : A Téhéran et dans trois autres grandes villes d’Iran, il a fallu fermer les écoles en raison de la pollution de l’air résultant du chauffage et surtout de la circulation automobile.

Dans la capitale iranienne, « la pollution est provoquée à 80% par les gaz d’échappement de cinq millions de véhicules et autant de motocyclettes circulant quotidiennement dans la capitale embouteillée de manière quasi permanente et dont les effets sont amplifiés en hiver », écrit l’Agencer France Presse(AFP). Ces vastes pollutions dans plusieurs villes iraniennes succèdent à celles qui ont frappé les villes chinoises et indiennes, dont Pékin et Delhi, ces dernières semaines.

Ce mardi matin, toujours selon l’AFP, l’Australie a approuvé le projet qui fera du port d’Abbot Point « l’un des plus grands ports charbonniers du monde, capable d’exporter jusqu’à 120 millions de tonnes chaque année, deux mois après avoir approuvé un projet de mine géante présentée par le géant indien Adani ».

Les opposant au projet faisaient notamment valoir que ce n’était pas le moment de relancer la production charbonnière et que les travaux d’agrandissement du port allaient détériorer le récif corallien.

Leurs arguments n’ont pas été retenus. L’Australie est, comme l’Iran, l’une des 195 «parties » qui on accepté l’accord de Paris pour freiner le réchauffement climatique.

En France aussi, on semble avoir oublié les conclusions de la Cop 21, y compris et surtout dans les médias. Ce mardi matin aussi, l’AFP s’est mise au diapason des télés, des journaux et des radios pour insister sur l’effet d’aubaine que constitue la chute des cours du pétrole et nous suggérer que le père Noël s’appelle « gazole». Dans une dépêche matinale, l’Agence nous dit que « c’est Noël avant l’heure pour les consommateurs français ».

Elle fait témoigner plusieurs automobilistes dont une lui dit « avec les baisse des prix, je vais en profiter pour sortir plus la voiture». Faut-il croire qu’il s’agit d’un besoin pour … la voiture ?

L’AFP recueille aussi le témoignage de François Carlier délégué général de l’association de consommateurs « Consommation, Logement et Cadre de Vie » (CLCV). « En termes de pouvoir d’achat , c’est probablement la meilleure nouvelle de ces 18 derniers mois » se réjouit -il , estimant qu’en dépit de la hausse prochaine des taxe de 3,5 centimes sur le litre de gazole et de 2 centimes sur le SP95 « le consommateur restera gagnant » en raison de la baisse prolongée du prix du brut.

Faut-il obligatoirement militer pour le réchauffement climatique au nom de la défense du consommateur ? Jusqu’à présent, c’est presque toujours le cas à la CLCV comme à l’UFC-Que Choisir.

On ne niera pas ici que la baisse du prix des carburants est un soulagement pour de nombreux ménages contraints d’utiliser la voiture pour se rendre au travail et pour d’autres usages.

Mais la question première du siècle en cours est d’éviter l’emballement climatique. Rappelons que pour contenir le réchauffement à plus 2°C d’ici la fin du siècle, il faudrait diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.

Ce qui suppose d’en finir avec les villes embouteillée, de diviser par dix la consommation de charbon de diviser par quatre celle des produits pétroliers.

Le texte de la Cop 21 a été accepté par toutes les parties parce qu’il n’avance aucune contrainte pour atteindre un objectif de réchauffement inférieur à +2°C. La réunion finie, on continue d’agir comme avant. En France, en Australie et ailleurs.

Gérard Le Puill est journaliste et auteur, de « L’écologie peut encore sauver l’économie », mai 2015, une coédition de Pascal Galodé et de l’Humanité

Actions anti-COP21… mais pas pour l’écologie

En raison des attentats, l’Etat a déclaré l’état d’urgence et il y a une interdiction de manifester au moins jusqu’au 30 novembre. La mouvance zadiste, qui prévoit de manifester depuis longtemps à l’occasion de la cop21, compte bien passer outre.

Il y a ainsi déjà un rassemblement prévu dimanche :

L’Assemblée pari­sienne contre la COP 21 main­tient son appel à ras­sem­ble­ment Place de la République à Paris le diman­che 29 novem­bre à 12 h 00.
Nous ne lais­se­rons pas l’État déci­der à notre place. Nous ne vou­lons ni de ses faus­ses solu­tions pour le climat, ni de ses inter­dic­tions de nous retrou­ver dans la rue.
Si l’accès à la Place de la République est rendu impos­si­ble diman­che par l’état d’urgence, nous appe­lons à mar­cher par­tout ailleurs dans Paris avec nos slo­gans et nos idées.

Il y a également différents « convois » qui vont arriver dans le sud de Paris à Châtillon samedi. Dans les deux cas on s’imagine que le but du jeu pour la mouvance zadiste est la « confrontation ».

Voici d’ailleurs un document synthétisant bien le point de vue de ces gens. Comme le réchauffement climatique ne colle pas à leur point de vue : en effet, ils rejettent l’existence de la planète comme « grand ensemble » et ne rêvent que de retour en arrière.

Aussi la COP21 est-elle propice à un discours où les animaux n’existent pas, ni la Nature, l’enjeu étant seulement une sorte de rébellion individuelle existentialiste, dans une sorte de mélange de pétainisme à la zad et de radicalisme version « L’insurrection qui vient ».

Il est évident que l’écologie est pour ces gens un simple prétexte.

Un appel à manifestations et blocus lycéens/étudiants contre la mascarade climatique.

Du 30 novembre au 11 décembre, a lieu la COP21, énième sommet international sur le climat. 20 000 chefs d’état, fonctionnaires internationaux, industriels, lobbyers vont y prendre leurs habits de justiciers climatiques, protégés par quelques milliers de policiers ONUsiens et Français.

Le spectre du réchauffement climatique est un leurre. La véritable catastrophe écologique n’est pas située dans un futur abstrait mais inscrite au cœur de nos quotidiens. Aucune solution « experte », aucun travestissement « durable » du système productif et économique n’y changera quelque chose. Que des technocrates se réunissent dans un aéroport d’affaires pour décider du sort de la planète marque bien la prétention d’un monde à « gérer » l’intégralité de nos vies. S’opposer à la COP21, c’est se donner la possibilité de reprendre en main nos conditions d’existence, politiser la question écologique loin des cabinets d’experts, percer à jour la volonté de gouverner toute l’étendue du vivant.

Les dirigeants eux-même admettent que ce sommet, dans la continuité de Copenhague, sera une mascarade. Rien de très étonnant. On ne s’attendait pas à ce que les premiers responsables du ravage des écosystèmes reviennent subitement sur leurs pas. Cette fois-ci le cynisme est poussé très loin puisque la COP21 est sponsorisée par EDF qui en profite pour vendre son nucléaire « propre ». La Coalition Climat 21 sensée incarner la « société civile » vient clore la farce : elle n’existe que pour donner une caution citoyenne aux non-décisions prises à la COP21.

L’opération revient à brouiller les pistes, en pilotant une pseudo-contestation pour prévenir toute opposition consistante. Nous ne sommes pas dupes, et voyons notamment que cibler la seule hypocrisie des gouvernants – comme si l’on attendait encore qu’ils prennent au sérieux la question de l’écologie – ne suffit pas. Car plus qu’une simple affaire d’intérêts politiciens, ce sommet est une opération de police mondiale.

En effet, quand les apologistes de la COP21 – la presse de gauche en première ligne – glosent sur une fin prochaine de la civilisation ou un autre cataclysme imminent, il s’agit bien d’une technique de gouvernement. Cette menace que l’on repousse à l’infini rentre dans une logique de mobilisation générale et de mise au pas des populations. L’enjeu politique est sur l’instant, de rediriger les inquiétudes collectives pour neutraliser en elles tout potentiel de rupture. Cette terreur distillée par la COP21 prend la forme d’une injonction au repentir individuel (le refrain inquisiteur du « petit-geste-qui-sauve-la-planète ») ou citoyen comme s’il nous revenait de sauver ce monde sous un vague vernis « écolo ».

Tout comme la mobilisation « Je suis Charlie » a servi à occulter le fait brûlant que ce monde fabrique des millions de Kouachi potentiels, individus dépressifs, nihilistes prêts à tout pour donner un sens à leur vie, la binôme COP21/Coalition 21 cherche à ce que, pris dans l’urgence, nous ne voyions pas que le désastre écologique n’est pas en instance, qu’il est déjà là et que son périmètre dépasse la simple donnée abstraite du changement climatique. On n’étouffe pas que de l’air pollué.

Car non seulement ces pseudo-solutions et leur pseudo-contestation sont de la poudre aux yeux, mais la façon-même de les formuler fait partie intégrante du problème. Mesurer la transition climatique, calculer le rythme de la fonte des glaces revient toujours à défendre la même approche gestionnaire du vivant consistant à penser l’homme arraché de son milieu naturel pour qu’il s’y rapporte selon un rapport technique et scientifique soumis aux impératifs de croissance.

L’urbanisme, même « écologique », consiste à délier tout attachement organique à un territoire pour en faire un espace aseptisé, consacré à la circulation des flux et à la consommation. Nous refusons cette vision désastreuse du vivant, portée par l’époque et étalée lors de la COP21.

Car prendre au sérieux la question écologique signifie plutôt pour nous : se fonder sur son expérience quotidienne et sensible, penser l’écologie à une échelle plus locale, accorder une attention poussée aux rapports que tissent nos existences communes avec les territoires où nous vivons. Aussi, la COP21 est le moment opportun pour affirmer et tenir une position antagoniste sur l’écologie. Dans le processus-même de la lutte contre ce sommet qui prétend borner un peu plus l’horizon des possibles, réside la possibilité d’élaborer NOS mondes.

La situation exige donc d’opposer une résistance matérielle à la COP21 et se donner les moyens d’entraver le bon déroulement du sommet. Ce n’est pas à coup de pétitions Avaaz pour le rééquilibrage du marché des crédits carbone, de défilés « Bastille-Répu » bien sages ou de bulletins de vote EELV – autant de signes d’une même impuissance politique – que nous violenterons le cours des choses.

Nous n’aurons que ce que nous saurons prendre, sur la base d’un rapport de forces. Il ne faut pas se contenter de la diffusion d’une critique de la COP21 – même « radicale » – chose permise sous le régime de la « liberté d’expression » qui autorise à tout critiquer tant que ça n’appelle pas à conséquence. Ici, l’enjeu est de relier la pensée et les actes et assumer notre propre légitimité politique.

Ce monde perdure car il a aboli l’idée-même que l’on puisse en finir pratiquement avec lui, en masquant ses points de vulnérabilité, alors que les flux peuvent être bloqués facilement. Le mouvement des retraites en 2009 a montré qu’un blocus des raffineries était infiniment plus menaçant pour le pouvoir que 300 000 personnes qui geignent sur les boulevards de la capitale. Si quelques centaines de personnes suffisent à paralyser l’économie d’un pays, saboter un sommet international pourrait presque paraître chose aisée…

L’expérience de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes montre que quelques centaines de personnes organisées peuvent arracher un territoire à la République, y expérimenter d’autres formes de vie tout en repoussant plusieurs assauts policiers.

La COP21, grand-messe du capitalisme vert n’est pas le sommet de la « dernière chance ». Nous ne succombons pas aux sirènes alarmistes des gouvernants mais prenons acte que la catastrophe est déjà là. Celle-ci ne se décrit pas avec des chiffres, des statistiques car elle est affaire de sensibilité. Il est de notre droit le plus intime de reprendre aux institutions ce qui nous a été spolié : nos conditions d’existence. Partant de ce constat, il ne nous faut plus réclamer, suggérer, revendiquer mais nous donner les moyens de vivre autrement maintenant et opposer une autre idée du politique, indistincte de la vie. La COP21 est l’occasion de faire apparaître cette conflictualité et de l’habiter.

Rendons visible le pouvoir comme infrastructure matérielle, bloquons tout : lycées, facultés, routes. Faisons de Paris notre aire de jeu. Trouvons des lieux pour s’organiser et manifester notre haine dans la plus grande des joies. Voici déjà quelques moments ou nous pourrons nous retrouver. D’autres suivront.

Jeudi et vendredi 26-27 novembre – 3-4 décembre – Blocus et manifs lycéennes/étudiantes (départ Nation – 11h)
Samedi 28 novembre – Arrivée de la marche des ZADs à Paris http://marchesurlacop.noblogs.org/
Dimanche 29 novembre – Manifestation à PARIS
8-12 décembre – Semaine d’actions à PARIS

« Dix gestes pour le climat »

Dans la lutte pour le changement, l’un des plus gros soucis, si ce n’est le plus important, est la réduction de la cause à une démarche individuelle. Bien entendu, avoir une démarche correcte individuellement est fondamental.

Mais ce n’est pas une fin en soi, car pour changer les choses, il faut disposer de moyens immenses. Voici par exemple ce que propose le site gouvernemental consacré à la COP21 (petit rappel il y a un site alternatif ici).

Il s’agit de « dix gestes pour le climat », qui sont clairement présentés comme résolument corrects et ayant réellement un impact.

Or, c’est absolument faux. C’est à l’échelle de la société qu’il faut agir, pas simplement par des petites actions individuelles. Stopper la déforestation au Brésil ne peut pas dépendre de solutions « individuelles », mais bien de bouleversements des valeurs de la société elle-même.

On voit bien comment la condition animale en France est modelée par la course aux profits, et que sans changement global, on ne saurait aboutir à rien.

En fait, avec cette présentation des « dix gestes pour le climat », on réduit la cause écologiste à des « gestes », niant sa dimension générale. On réduit la question de l’engagement à quelques mesures individuelles, pendant que les gouvernements s’occuperaient du reste. Mais ce qu’il faut plutôt c’est que les gens contrôlent réellement le gouvernement et que des mesures générales soient prises à l’échelle de toute la société, qu’elles soient imposées.

On sait toutefois quel sera alors l’argument libéral : ce serait une écologie punitive. Et c’est indéniablement le cas, et en quoi serait-ce moralement faux? Alors qu’en plus c’est nécessaire!

Philippe Verdier : « Climat investigation »

A écouter Philippe Verdier, le « monsieur météo » de France 2, les gens qui luttent contre la destruction de notre planète sont des menteurs et alors, logiquement, LTD serait un produit des grandes banques et des plus riches de la planète.

Il n’y a qu’en France où un truc pareil pouvait arriver : un présentateur télé qui, juste avant la COP21, sort un bouquin dans une maison d’éditions ultra-conservatrice – identitaire pour expliquer que le réchauffement climatique est un complot médiatico-financier.

Voici la vidéo de présentation, qui est un mélange de narcissisme et de discours classique de l’extrême-droite des années 1930, juste remanié pour correspondre à l’époque.


TEASER OFFICIEL – CLIMAT INVESTIGATION… par Editions_Ring

Ce type n’a peur de rien. Les gens en France n’en ont rien à faire de l’idéologie, les grandes entreprises généralisent l’écocide, et lui, arrive en disant que la défense du climat serait une « prise d’otages » de la population.

Voici la présentation officielle du livre, intitulé « Climat investigation », dans l’esprit de ces enquêtes ultra-racoleuses qu’on peut voir sur les chaînes de la TNT :

Le climat est aujourd’hui une guerre, une religion. Tout avis contraire sera éliminé. Quelle voix s’élèvera pour rompre le silence pour faire éclater la vérité avant le sommet de Paris ?

Il n’existe aujourd’hui plus de lien entre le climat et le discours alarmiste sur ce sujet. Les Français sont maintenus dans la peur par un matraquage sans précédent. Cette prise d’otages constitue un enjeu diplomatique pour la Conférence de Paris. Au plus haut sommet de l’Etat, l’échec de la COP 21 est diagnostiqué depuis longtemps mais la manipulation et le spectacle s’amplifient davantage.

Le GIEC, ultra politisé, se délite sous les scandales et ses méthodes critiquables. La parole scientifique est inaudible. Les Nations Unies plongées dans la corruption pataugent volontairement depuis une génération de pourparlers. Lobbies économiques, associations écologistes, gouvernements et religions tissent des liens dangereux. Les ambassadeurs du climat entretiennent cette crise aussi brûlante qu’impalpable.

La France figure pourtant parmi les pays les moins touchés par le changement climatique. Notre économie et notre société bénéficient déjà des avantages considérables du réchauffement. Le développement des énergies renouvelables menace notre sécurité et ne compensera aucunement l’explosion démographique identifiée comme une cause principale du problème. Qui osera ouvertement rompre ces tabous sous la pression extrême des dirigeants ?

Philippe VERDIER est journaliste-présentateur à France 2 et chef du service météo de France Télévisions. Diplômé d’un master en Développement Durable à l’Université de Paris Dauphine, il a couvert trois conférences sur le climat, dont celle de Copenhague.

Voici sa bio plus complète et officielle :

En 1994, il présente la météo en voix-off sur La Cinquième (Aujourd’hui France 5).
En 1995, il devient journaliste sur la Chaîne Météo en pleine création.
Il y restera treize ans et devient le seul journaliste-permanent.
En 2006, il rejoint BFMTV en plein essor où il devient présentateur météo de la matinale et chef du service météo.
En 2011, il est appelé sur France 2.
En 2012, il prend la direction du service météo où il commence à apporter des changements visuels.
Début 2014, il lance avec succès la nouvelle offre météo de France Télévisions avec son amie Florence Klein (France 3). Cette refonte des météo de France 2 et France 3 entraina une modernisation des process et une économie de 30% sur la fourniture de données météo.

On remarquera l’ironie : Philippe Verdier est passé par ce que la France compte ce qu’il y a de plus libéral (Université de Paris Dauphine, BFM TV…) et de plus institutionnel (France 2, Europe 1…) pour prétendre dénoncer autant que les autres!

C’est une « révolte » depuis l’intérieur du « système » lui-même et on ne sera guère étonné que le livre qui vient de sortir soit déjà dans les 40 meilleures ventes livres en France. Tout cela correspond bien à la pesanteur qui règne en France, à la négation de la Nature, à tout prix, jusqu’à l’hypocrisie, l’ignominie, le mensonge, l’extrême-droite.

Quelques exemples sur la forêt en France

Puisque hier il était parlé de la forêt dans le monde, jetons un oeil sur la situation en France, avec trois exemples pouvant avoir l’air anecdotique, mais qui révèle la tendance de fond…

Commençons par ce que Le Parisien constate dans la banlieue parisienne, dans un article intitulé « Les forêts franciliennes envahies par les déchets de chantier ».

Impossible de les rater. Les tas d’immondices qui défigurent la forêt de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) sont devenus omniprésents. Les gens qui se promènent dans cet immense poumon vert de 3 500 ha voient se multiplier des amoncellements de gravats et de déchets de chantier. Et si le massif forestier des Yvelines est parmi les plus touchés, c’est un problème en pleine expansion dans toute la région.

Dans ses forêts d’Ile-de-France, l’Office national des forêts a ramassé pas moins de 1 500 t de déchets en 2014. (…)

Ici, on est arrivé au point de rupture. « En 2014, nous avons ramassé 3,5 t de déchets de chantier, raconte Pascal Loffroy, le responsable de l’unité territoriale du Nord-Yvelines à l’ONF. En 2015, entre janvier et juillet, les chiffres ont complètement explosé. On est déjà à 40 t ! »

Le chiffre est colossal mais, estime Pascal Loffroy, « on en compte tout autant qui est encore au sol et ça va grimper après la rentrée, une période où les chantiers s’enchaîneront et où l’on verra fleurir de nouveaux dépôts sauvages. » Et à chaque fois, par effet boule de neige, d’autres poubelles seront déposées, faisant grossir les entassements.

L’extrait d’article suivant vient de France Bleu, au titre qui en dit long sur un certain degré de folie de la société actuelle: « Gironde : ils avaient défriché un bois pour cultiver du cannabis »…

Quatre personnes ont été interpellées par les gendarmes à Reignac, au nord de Bordeaux. Elles avaient installé leur plantation de cannabis au milieu d’un bois de la commune. (…)

Les militaires ont effectivement découvert une jolie plantation de 141 pieds de cannabis. Non contents de cultiver leurs plantes, les occupants s’étaient aménagés un véritable espace de dégustation !

Un salon de jardin en pleine nature

C’est mercredi dernier que les gendarmes de Saint-Ciers-sur-Gironde ont trouvé l’endroit. Sans la moindre gêne, quatre personnes avaient défriché et clôturé un bois de la commune de Reignac, sur environ 200 m2.

Ils ont été arrêtés en flagrant délit, en pleine séance de jardinage. Ils avaient également installé sur place un très confortable salon de jardin.

Enfin, voici ce que constate Le Monde, dans un article intitulé « Crise à l’ONF : quand la forêt s’enflamme », avec un arrière-plan terrible : suicides en série dans des proportions incroyables, camps de vacances de luxe comme programme de l’ONF devenue ouvertement une entreprise d’Etat au service des entreprises du privé…

C’était au début de l’été, le 1er juin 2015. Un ouvrier forestier de l’Office national des forêts, l’établissement public chargé d’administrer et d’exploiter les bois et les forêts françaises, mettait fin à ses jours. Un acte qui porte à trois le nombre de suicides à l’ONF depuis le début de l’année, et à 38 depuis 2005. (…)

L’ONF, sous la double tutelle des ministères de l’agriculture et de l’écologie, est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), comme l’Etablissement français du sang, la Comédie-Française, le Centre national d’études spatiales ou encore l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

En tant qu’EPIC, il doit gérer une activité de service public, mais peut également dégager des profits du fait de l’exploitation forestière. Après une année de résultat net négatif (une perte de 900 000 euros en 2012), l’établissement affiche un rebond progressif avec un résultat de 2,5 millions d’euros en 2013 et de plus de 10 millions en 2014. (…)

Le nouveau directeur va devoir conduire les négociations en vue de la signature, en octobre prochain, du prochain contrat d’objectifs et de permanence (COP), qui détermine les orientations de gestion et les programmes d’action de l’établissement et doit entrer en vigueur au 1er janvier 2016.

La situation est d’autant plus inquiétante que la transparence ne semble pas être la norme : organigramme complet impossible à consulter selon les syndicats, absence de système informatique pour gérer les ressources humaines, rémunérations biaisées par des primes dont les montants ne sont pas connus, multiplication des filiales (plus d’une vingtaine actuellement)…

L’une d’elles est d’ailleurs l’un des projets les plus décriés de l’ONF : Huttopia, des camps de vacances de luxe, dont le terme est annoncé, car l’accord du ministère pourrait lui être retiré. Qualifiée d’« exotique » par la Cour des comptes, l’opération est en effet assez éloignée de l’activité de l’ONF et a été mise en place avec une entreprise privée dans des conditions peu favorables à l’établissement public (qui a amené les fonds mais ne possède pas la majorité des parts). »

5 points majeurs imprévus de perte de la couverture arborée

Voici un article de Global Forest Watch, un projet commun de Google et de l’université américaine du Maryland.

Les Satellites Détectent 5 Points Majeurs Imprévus de Perte de la Couverture Arborée

Les forêts tropicales du monde sont menacées, confirme des nouvelles données satellites de l’Université du Maryland et Google et publiées aujourd’hui sur Global Forest Watch.

Le monde a perdu plus de 18 millions d’hectares (45 millions d’acres) de couverture arborée – deux fois la superficie du Portugal – en 2014. Les pays tropicaux ont perdu 9.9 millions d’hectares (24.5 millions d’acres) de couverture arborée – plus de la moitié du total.

La perte de la couverture arborée mesure le retrait ou la mort des arbres, indépendamment de la cause et prenant en compte tous les types de couverture arborée, des forêts tropicales humides en Indonésie aux plantations d’arbres en Europe. Ces données ne prennent pas en compte le gain de couverture arborée qui est une autre dynamique importante affectant les paysages forestiers dans le monde entier.

L’accélération de la perte de couverture arborée au niveau des tropiques constitue une préoccupation majeure, et une recherche plus approfondie sur ces données peut révéler des moyens pour lutter contre les causes de la déforestation.

Voici un aperçu sur cinq grands points majeurs de perte de la couverture arborée en 2014:

La perte de la couverture arborée s’étend au-delà du Brésil et de l’Indonésie

Les pays tropicaux ont à eux seuls perdu près de 10 millions d’hectares (25 million acres) de couverture arborée en 2014, une superficie représentant à peu près la taille de la Corée du Sud. Et la perte de couverture arborée dans les tropiques s’accélère.

Ceux qui suivent la déforestation tropicale ont tendance à se concentrer sur deux pays, le Brésil et l’Indonésie—pour la simple raison que les deux pays contiennent certaines des plus grandes superficies de forêts tropicales de la planète. Toutefois, le Brésil a réduit la déforestation en Amazonie de 70 percent au cours de la dernière décennie, ce qui est considéré comme un succès dans l’histoire de la conservation forestière. L’Indonésie a récemment prolongé un moratoire pour prévenir la délivrance des licences pour la déforestation dans certaines zones les plus riches en forêts du pays.

En 2014 cependant, nous pouvons constater une hausse dans la perte de la couverture arborée dans les deux pays. Les observateurs ont suggéré que l’augmentation au Brésil serait due aux changements des prix des matières premières et de la législation. En Indonésie, les dernières données déçoivent après la baisse dans la perte de la couverture arborée en 2013, mais les pertes restent bien au-dessous des taux de 2012. (Pour d’information à ce sujet, consulter notre prochain blog à paraitre le 3 septembre).

Le Brésil et l’Indonésie ne traduisent pas à eux tout seul l’image entière de la perte de la couverture arborée. Plus de 62% de perte de couverture arborée en zone tropicale en 2014 ont eu lieu dans des pays autres que le Brésil et l’Indonésie, comparée à 47% en 2001.

Cambodge : Un Point Majeur de Perte de Couverture Arborée dans le Mékong

La région du Grand Mékong (constitué du (consisting ofVietnam, Thaïlande, Cambodge,Laos, Myanmar and China’sprovince du Yunnan) en Chine) est le foyer de quelques-unes des forêts les plus riches en biodiversité dans le monde. Ces forêts sont économiquement importantes pour les populations locales. À l’exception de la Chine, le taux moyen de perte de la couverture arborée dans les pays du Mékong entre de 2001-2014 a augmenté **de plus de cinq fois du taux du reste des tropiques**

La situation est particulièrement préoccupante au Cambodge, due en grande partie à la conversion des forêts naturelles en plantations de caoutchouc. Depuis 2001, perte de la couverture arborée au Cambodge a augmenté plus rapidement que dans tout autre pays dans le monde. Bien que la perte de la couverture arborée au Cambodge ait atteint son sommet en 2010, il reste très élevé au cours des dernières années.

Le Cambodge a perdu 4 fois la superficie de la couverture arborée en 2014 comme il l’a fait en 2001. Les chercheurs ont établi une forte corrélation entre déforestation dans le Mékong et les prix du caoutchouc sur le marché mondial, suggérant que la déforestation se poursuivra certainement avec l’augmentation de prix des matières premières.

En dehors de l’Amazonie: Le Gran Chaco disparaît rapidement

Alors que les taux de perte de la couverture arborée ont sensiblement baissés dans l’Amazone brésilienne, nous assistons maintenant à une augmentation inquiétante du taux de perte de la couverture arborée dans d’autres régions boisées de l’Amérique du Sud, particulièrement dans les forêts tropicales sèches du Gran Chaco couvrant les zones du Paraguay, l’Argentine et la Bolivie. Le Paraguay se distingue particulièrement comme un point majeur notable de perte – tant dans le Chaco que d’autres écosystèmes comme les forêts Atlantiques—riches en biodiversité – en raison de l’extension de l’élevage du bétail et la culture de soja.

Certains prévoient que la déforestation continuera à augmenter dans le Gran Chaco et les forêts environnantes compte tenu du fait les éleveurs et les cultivateurs de soja étendent leurs activités dans des régions autrefois isolées, mais il y a des raisons d’être optimiste.

De plus en plus d’entreprises – y compris les acheteurs de soja et de bœufs – prennent des engagements vis avis des politiques à zéro-déforestation. Il sera important de tenir ces entreprises pour responsables vis-à-vis de ces engagements. Global Forest Watch Commodities contribue au suivi des progrès réalisés dans ce sens.

Afrique de l’Ouest et Bassin du Congo

Des dix pays ayant la plus grande vitesse de perte de la couverture arborée, presque la moitié se trouve en Afrique de l’Ouest et Madagascar. Bien que l’Afrique de l’Ouest n’est pas souvent considérée comme un point majeur de déforestation, l’expansion du développement d’huile de palme a atteint son paroxysme sur les forêts de la région étant donné que les investisseurs et autres acteurs accélèrent la déforestation.

Les pays du Bassin du Congo, y compris la Democratic Republic of the Congo,Republic of Congo, Cameroon, Central African Republic and Gabon ont aussi connu une augmentation rapide de la perte de la couverture arborée du fait de l’expansion des plantations d’huile de palme, l’extraction du bois et l’agriculture à petite échelle.

Madagascar

En 2014, Madagascar a perdu 318,465 hectares importants (787,000 acres) de couverture arborée, environ 2% de sa superficie forestière totale, du fait de l’agriculture, des activités minières et l’extraction du bois de haute valeur.

Qu’est-ce que tout cela veut dire?

Alors que nous nous rapprochons du prochain Sommet sur le Climat de l’ONU (COP 21) a Paris en Décembre, les pays devront accorder une attention particulière à leurs forêts. Dans chaque pays figurant dans ce blog à l’exception de la Chine, le changement d’utilisation des terres, y compris la déforestation représente la plus grande source d’émissions de gaz à effet de serre.

En absence de mesures urgentes pour mieux gérer les forêts, par exemple diriger l’expansion agricole sur des terres déjà dégradées—plusieurs pays pourraient ne pas atteindre leurs objectifs de réduction des émissions. Cela pourrait également limiter leur accès au financementREDD+ ou d’autres régimes de paiement basé sur la performance offerts par les pays donateurs. Plus important encore, ces pays vont perdre les bénéfices innombrables que les forêts procurent aux citoyens, tels que l’air pur et l’eau filtrée, le bois de chauffe et les aliments, l’habitat pour la faune, et bien plus encore.

Ces leçons sont également importantes pour les entreprises de consommation et les pays qui achètent les produits qui ont un impact direct et indirect sur les forêts. La Chine par exemple, a des répercussions massives sur les forêts bien au-delà de ses frontières, compte tenu du fait que sa demande en soja entrainent la déforestation en Amérique Latine et sa demande en bois, caoutchouc et enhydroélectricitéconduit au défrichement de forêts dans le Mékong. Les autres grands pays consommateurs, y compris les Etats-Unis et les pays européens devraient également trouver des moyens pour réduire leur impact sur les forêts à l’étranger.

Les données peuvent aider. Compte tenu du fait que la technologie s’améliore,Global Forest Watch aura davantage de grandes capacités pour le contrôle de la perte de la couverture arborée et son corollaire important, le gain de la couverture arborée, pour fournir une image plus complète de la dynamique compliquée de perte et de gain qui caractérise les forêts du monde.

Le prochain rapport de la FAO relatif à l’Evaluation de Ressources Forestière qui sera lancée la semaine prochaine au Congrès Forestier Mondial en Afrique du Sud va également contenir des informations importantes nous aidant à comprendre les changements en milieu forestier dans le monde entier, enrichissant une banque de données qui remontent à un plus d’un demi-siècle. Comme le monde de l’information forestière devient plus riche, tout le monde des représentants gouvernementaux, aux chercheurs et citoyens ordinaires peut être plus impliqué dans le suivi et la gestion de nos ressources forestières.

31 arbres abattus pour le passage d’un convoi exceptionnel

Dans la vie de tous les jours, nous utilisons des vies végétales. C’est regrettable, et forcément temporaire. Car toute vie doit être défendue, et l’humanité devra élargir toujours plus la compassion.

Un arbre vit, et veut vivre. C’est suffisant. Le véganisme ne saurait être considéré comme la fin, mais bien comme le commencement. Aussi, il est juste de défendre les végétaux comme étant des êtres vivants c’est en raison de cela que cette information très triste ne peut que susciter l’indignation : en début de semaine, 31 platanes (des tilleuls) ont été massacrés afin de laisser passer un convoi exceptionnel. Ce drame s’est déroulé près de Luçon, en Vendée, le convoi transportait 2 coques de bateau, de 10 mètres de long, reliant Fontenay-le-Comte aux Sables-d’Olonne.

Au départ, le convoi devait passer cette portion de route à travers un champ (ce qui détruit aussi de la végétation!), mais de fortes précipitations ont rendues le champ impraticable. Il faut savoir que ce transport était prévu depuis un an ce qui laissait largement le temps de prévoir d’autres solutions, et la présence de ces arbres était donc connue, il était donc facile et simple de gérer correctement ce transport.

L’autorisation d’abattage valait pour 5 arbres, ce qui est déjà honteux et inacceptable, mais ce sont 31 arbres qui ont été massacrés de manière illégale, décision manifestement prise par le transporteur qui préférait détruire des vies plutôt que d’attendre une demi-journée que le champ sèche et prendre cette voie de transport proposée alternativement.

Le maire de Luçon, Pierre-Guy Perrier , indigné par cet acte d’inconscience, a demandé que « 31 arbres centenaires soit replantés au même endroit et que l’on fasse le nécessaire pour que les auteurs soient mis en situation de ne jamais pouvoir recommencer une telle chose.  »

Avec ou sans autorisation, de manière légale ou non, l’abattage de ces tilleuls est honteux, impossible de se dire qu’on est arrivé à cette situation à cause d’un manque d’organisation. Non, c’est bien le déni de la Nature qui a primé ici, la volonté de ne pas attendre, de ne pas vouloir réfléchir pour préserver un tant soit peu la Nature.

Les commentaires qui se lisent sur le net vont bon train, certains sont anti-Nature :

Oui, enfin « acte odieux », c’est quand même un peu exagéré. C’est bien dommage, mais ce n’est que 32 arbres, et on peut en replanter. Il faudra bien sur attendre qu’ils repoussent pour que le coin retrouve la même physionomie qu’avant, et ça va être long, mais il faut avouer que ce n’est pas l’endroit le plus charmant de France.
Ce qui doit être condamné, c’est l’atteinte au bien public sans autorisation. Le paysage s’en remettra.

Les platanes au bord des routes sont dangereuses, la prévention de la sécurité routière consiste à les couper, toutes les supprimer, mais cette mesure heurte à une certaine protestation. Les vies ou ces platanes, il va falloir choisir.

Mais la plupart s’indigne de ce genre de comportement :

C’est assez déplorable dans les faits autant que dans le principe. Tout ça pour une coquille de noix qu’on eu peut-être pu transporter sur l’eau. Et il s’en trouve pour dire que c’est la faute à pas de chance !

Non ! C’est la faute à celui qui n’a pas calculer son coup correctement. C’est la faute à celui qui a autorisé à couper 5 arbres. C’est la faute à ceux qui les ont coupés et qui en ont coupé 27 de plus dans la foulée, parce que 5 ou 27, c’est un peu pareil quand on est une buche. Enfin bref, c’est la faute à quelques personnes bien précises et qui ne peuvent pas se défausser.

Et quand je lis dans les commentaires qu’un platane est dangereux, je m’interroge. Comment, les platanes attaquent les passants, renversent les cyclistes ?

Soyons juste, ce n’est pas l’arbre qui est dangereux, c’est l’automobile. Mais les années 70 sont loin à présent et il serait temps de réduire l’usage et la vitesse de ses engins.

Une belle route ombragée parcourue à vitesse réduite et en toute sérénité, avec une voiture entretenue et uniquement lorsque c’est nécessaire, ça vous réconcilie avec les platanes et vous fait regretter la disparition de ces 32 là.

Et si c’étaient des maisons, poteaux télécoms ou EDF, clôtures… qui s’étaient trouvés là, le transporteur les auraient fait raser avec autant de célérité? Avant d’engager son convoi sur cette route, n’aurait il pas été judicieux pour le transporteur de vérifier que l’itinéraire était praticable?
Visiblement quelqu’un n’a pas fait son boulot. Pas grave diront certains, ce ne sont que des arbres. Lamentable et pas qu’un petit peu.

Nicolas Hulot dans les bras du « Saint-Père »

Nicolas Hulot, en tant qu’envoyé spécial du président de la République chargé de l’écologie, est un partisan acharné du Vatican, oeuvrant par tous les moyens pour que le pape soit à Paris à l’occasion de la conférence de l’ONU à la fin de l’année.

Lors de la publication de l’encyclique « Laudato Si' », il était présent à une conférence avec des évêques. A ses yeux, l’encyclique est une « magnifique feuille de route »… Comme il l’explique ici à Radio Vatican, en utilisant même l’expression « Saint-Père » pour parler du pape!

On a ici un éloge de l’anthropocentrisme, une volonté acharnée de refuser de reconnaître la Nature…

J’ai reçu ce texte avec beaucoup d’enthousiasme, avec un sentiment, pour une fois de satisfaction, c’est à dire que grâce à ce texte, on va enfin placer l’enjeu écologique, à un niveau, à une échelle supérieure majeure. On replace bien l’enjeu écologique comme étant un profond enjeu humaniste.

Donc, tous les doutes sont levés sur le fait que l’enjeu écologique et l’enjeu climatique placent bien l’Homme au cœur de nos préoccupations. C’est donc un texte qui confirme, conforte, éclaire et qui analyse.

Ce qui est aussi très important , c’est qu’il ne se contente pas simplement, même s’il le fait avec beaucoup de discernement, de faire un constat sur la situation à la fois écologique- mais quelque part- j’allais dire presque sur la situation culturelle de notre société mais c’est un texte qui nous invite à une forme d’introspection pour essayer de comprendre finement comment nous en sommes arrivés à ce point, qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans notre paradigme et même temps c’est une magnifique feuille de route pour chaque individu, mais également pour les responsables politiques et économiques.

En proposant une écologie globale, cette encyclique va permettre de dépasser les couleurs politiques, de transcender le débat ?

Oui, vous savez l’écologie c’est justement par principe normalement, transcender les dogmes.

Et malheureusement, c’est l’effet inverse qui s’est produit, ici et ailleurs depuis des années. D’un enjeu qui est un enjeu universel, qui est un enjeu supra-politique, il a été perçu ou parfois même exprimé avec un substrat idéologique ou dogmatique, ce qui fait qu’on a réduit dans sa perception un enjeu universel à un enjeu partisan.

Là, l’intérêt notamment de ce texte, c’est qu’il place cet enjeu au-dessus de tout cela et qu’il confirme encore une fois, ce que la science nous a expliqué, c’est que nous sommes dans un point critique, un moment de rupture psychique et physique de notre planète et que nous sommes dans une profonde crise anthropologique, nous ne sommes pas simplement dans une crise environnementale, nous sommes dans une profonde crise systémique et je pense que c’est important que le diagnostic soit à la hauteur si l’on veut que les révisions de modes de vie, de comportement soient également à l’échelle.

Si le diagnostic n’est pas à la dimension de la situation, la réaction de la communauté internationale, ne sera pas également proportionnée au diagnostic.

Vous militez depuis de nombreuses années pour sensibiliser au changement climatique, aux enjeux environnementaux, il faut que l’Homme soit placé au centre de cette question, c’est pour cette raison que vous souhaitiez entendre la voix du Pape François, que vous attendiez cette encyclique ?

Pour un ensemble de raisons, d’abord oui on a besoin de sacraliser un enjeu que certains ont parfois tourné en dérision, qui peut parfois provoquer une forme d’aversion ou simplement parce que cet enjeu pouvait susciter une forme de malentendu, sur le fait que l’Homme n’était pas la priorité de nos préoccupations.

On avait besoin aussi, que cet enjeu ne soit pas simplement abordé sous un plan économique ou technologique mais également avec une dimension spirituelle parce que comme le rappelle cette encyclique nous traversons une profonde crise de sens, et comme nous y appelle l’encyclique nous avons besoin collectivement de partager une vision et de redéfinir le progrès, et de ce fait, je pense qu’ il y a des voix qui peuvent tout y indiquer, des voix qui seront écoutées, qui portent au-delà de la communauté des croyants, et la voix du Pape à travers cette encyclique fait partie de ces voix qui passent au-dessus du bruit de fond de nos sociétés qui nous empêchent parfois de discerner l’essentiel du superficiel et justement le Pape nous invite à ce discernement.

Le Pape nous invite à choisir ce qui participe vraiment au progrès de l’humanité.

Le Saint-Père a très clairement dénoncé les différents sommets sur l’environnement qui ont lieu jusqu’à présent, vous pensez que cette encyclique peut véritablement peser avant les discussions qui auront lieu à Paris lors de la Conférence sur les changements climatiques en décembre prochain ?

Vous savez quand je suis allé plusieurs fois au Vatican, justement j’ai mis en exergue le fait que c’était un peu la Conférence de la dernière chance, et que compte tenu des échecs précédents, il ne suffirait pas que la France fasse preuve de bonne volonté pour que cette Conférence devienne un succès.

Il fallait placer chacun, et notamment les responsables politiques devant leur responsabilité. Ils ont l’Histoire en main, voilà.

Alors, je ne surestime pas l’importance de cette encyclique, mais je ne la sous-estime surtout pas.

J’en vois déjà d’ailleurs les réactions, y compris du Président Obama, et quand je dis que la voix du Pape porte au-delà des croyants, je vois les réactions dans le monde entier, c’est une contribution excessivement positive, et compte tenu de la complexité de la négociation, compte tenu que les États ont du mal à se débarrasser du prisme de leurs intérêts nationaux, c’est l’appel également à l’universalité, à une vision universelle des enjeux et pour moi aussi contribution magnifique.

Si on peut se réjouir de l’attente qu’a suscitée cette encyclique, de l’accueil qu’elle a reçue, est-ce que dans le même temps ce n’est pas un constat d’échecs pour les dirigeants politiques de ce monde qui jusqu’à présent n’ont pas véritablement pris à bras le corps cette question écologique ?

Oui, il y a une critique ou un constat plus qu’une critique sur le fait que, jusqu’à présent la seule chose qui se soit développée, c’est le phénomène que nous somme sensés combattre, que la prise de conscience n’a pas été accompagnée des mutations, des révisions, des ambitions à la hauteur de cette situation et le Saint-Père nous exhorte à du courage et à de l’honnêteté.

Courage dans l’ambition, et honnêteté de ne pas fuir la réalité et d’écrire l’Histoire à Paris. Il nous exhorte quelque part à faire de Paris effectivement un moment de vérité et d’honnêteté.

Et donc, il a raison de dire que jusqu’à présent malheureusement ces conférences n’ont pas réussi, en même temps chacun peut comprendre que c’est très complexe car en même temps combiner le court terme et le long terme, que mettre 195 Etats sur une même dynamique c’est compliqué sachant que 195 Etats ont des situations, des responsabilités, des conditions très différentes.

Mais justement, il faut que pour réussir, nous abordions cet enjeu et c’est ce à quoi le Saint-Père nous invite, avec encore une fois une vision universelle pour comprendre que c’est la famille humaine qui est au pied du mur, qu’il y a une communauté de destins. Il faut aussi que chacun acte cette notion que nous rappelle l’encyclique, cette notion de « maison commune » et cette notion de «bien commun ».

Et puis il y a une chose aussi qui est très importante dans l’encyclique, à laquelle je suis très attachée. Je pense que cette encyclique n’est pas une encyclique qui soit là pour culpabiliser.

L’encyclique est là pour responsabiliser, ça veut dire reconnaitre aussi une forme de responsabilité et notamment quand l’encyclique parle de la dette écologique des pays du Nord vis-à-vis des pays du Sud moi, je me réjouis de cette vérité, de cette transparence parce que nous avons une responsabilité vis-à-vis de l’Histoire et une responsabilité effectivement vis à vis des pays du Sud qui subissent un phénomène qu’ils n’ont pas provoqué, qui est la conséquence d’un mode de développement qui ne leur a pas bénéficié, qui parfois s’est fait d’ailleurs à leur détriment et dont maintenant ils subissent les conséquences. Et je pense que c’est très important de replacer cet enjeu dans cette perspective.

Avec cette encyclique, c’est une révolution verte qui est en marche, qui a été entamée ?

Vous savez, Victor Hugo disait : « Le progrès c’est la révolution faite à l’amiable » et il faut faire cette révolution à l’amiable et nous pouvons le faire à l’amiable si nous sommes capables de transformer nos ambitions en intelligence collective et à l’inverse si nous ne le faisons pas maintenant, cette révolution se fera mais pas forcément dans des conditions pacifiques.

Vers l’encyclique « Laudato Sii »

Ce jeudi, le pape va rendre public son « encyclique », et les résultats vont être dévastateurs. C’est très facile à comprendre : l’écologie est une priorité historique. Or, la gauche est molle et institutionnalisée, tandis que les gens plus à gauche ont abandonné toute utopie, rejetant le concept de Nature au profit de l’individualisme anti « oppression ».

Par conséquent, il y a un boulevard pour l’anticapitalisme catholique qui compte bien s’affirmer comme la véritable démarche écologiste. C’est le pétainisme qui revient, et les « zadistes » n’en auront été que le signe avant-coureur.

Voici comment La vie (une composante du groupe Le Monde) présente l’approche catholique, qui va monter toujours plus en puissance.

Jamais un pape n’avait écrit une encyclique dédiée à l’écologie. Très attendue, l’encyclique du pape François Laudato Sii (Loué sois-tu) sera publiée le 18 juin. Quatre personnalités engagées pour une approche chrétienne de l’écologie ont confié leurs attentes à La Vie.

Patrice de Plunkett : « Une critique virulente du modèle économique »

Journaliste et essayiste, Patrice de Plunkett vient de publier Cathos, écolos, mêmes combats ? (Editions du Peuple libre, 2015) où il fait la promotion d’une écologie intégrale. Son blog : plunkett.hautetfort.com

« Je ne peux pas prédire ce qu’il y aura dedans, mais je pense qu’on va y retrouver une partie de l’exhortation apostolique La joie de l’Évangile, notamment les paragraphes 54 à 64 qui sont une critique violente et excellente du modèle économique actuel. Nous savons déjà quelle est la vision du monde du pape François, une vision extraordinairement lucide, incisive et constructive en même temps. Cette encyclique sera donc nécessairement dans la continuité, dans la perspective que le pape a ouverte depuis le début de son pontificat. On ne peut que l’attendre avec beaucoup d’espérance et de confiance.

Certains sont très frileux vis-à-vis du pape Francois, on l’a vu avec le texte du banquier Tedeschi, qui a écrit une lettre ouverte au pape pleine de méfiance. Les milieux ultralibéraux sont hostiles au pape pratiquement depuis le début du pontificat, en particulier les milieux conservateurs américains qui se sont déchainés contre lui l’année dernière. Cette cabale contre le pape consiste à lui prêter des intentions qui ne sont absolument pas les siennes sur le plan de la théologie morale. En réalité, ce qui les inquiète, ce sont les positions politiques, économiques et écologiques du pape. Ils n’ont pas apprécié La joie de l’Évangile et redoutent l’encyclique à venir sur l’écologie. »

Fabien Revol : « Des réponses pastorales et théologiques »

Jeune chercheur spécialiste de la théologie de la Création, Fabien Revol est titulaire de la chaire Jean Bastaire, qui vient d’être inaugurée au sein du Centre interdisciplinaire d’éthique de la Catho de Lyon.

« J’attends des réponses dans deux directions. D’abord, dans le domaine de la pastorale. Il y a un lien entre le fait que cette encyclique sorte maintenant, et le sommet pour le climat qui doit se tenir à Paris en décembre prochain, la COP21. Nicolas Hulot s’est rendu plusieurs fois au Vatican, pour demander au pape de quelles ressources il disposait pour mobiliser les catholiques autour des problèmes écologiques. L’encyclique peut être une réponse, même si le pape avait déjà l’idée de l’écrire avant. Cette encyclique, c’est la sensibilisation des catholiques aux enjeux de la COP 21.

Elle peut susciter des démarches d’engagement chez les chrétiens pour la sauvegarde de la Création. Il y a aussi des enjeux théologiques. Je ne sais pas encore ce qu’il y aura dans l’encyclique, j’attends de voir comment le pape François va se situer dans la continuité de ses prédécesseurs, qui ont été eux-mêmes innovants.

Un Jean Paul II s’est démarqué en introduisant des éléments de théologie en provenance de Saint Francois d’Assise, en mettant en valeur la théologie de la Création. Benoit XVI avait emboité le pas de Jean-Paul II. Je m’attends à ce que François soit dans une démarche d’approfondissement de ces questions. Rien qu’à voir le titre de l’encyclique, Laudato Sii, on se dit qu’il a puisé du coté de saint Francois. Est-ce qu’il y aura des idées nouvelles, qui vont étonner et surprendre les catholiques dans leurs habitudes de penser ? Je suis en attente de ces nouvelles idées, j’attends de voir comment cela va féconder, enrichir la pensée catholique sur la question du rapport chrétien à l’écologie. »
François Euvé : « La confirmation de l’engagement de l’Eglise sur l’écologie »

Jésuite, le P. François Euvé est le rédacteur en chef de la revue Etudes et enseigne la théologie au Centre Sèvres, à Paris. Théologien et physicien, il s’est intéressé très tôt à la théologie de la Création.

« J’attends de l’encyclique du pape François une confirmation de l’engagement de l’Eglise sur la nécessaire transition écologique. J’attends qu’il y ait de manière officielle, à haut niveau, la confirmation d’un propos qui n’est pas proprement nouveau. On trouve déjà des éléments sur l’écologie chez Jean Paul II et éventuellement chez Paul VI, dans Benoit XVI aussi. Mais jamais l’écologie n’a fait l’objet d’une encyclique… Symboliquement, même si le contenu n’est pas radicalement nouveau, c’est très important.

Sur le plan du contenu, je ne sais pas s’il est à attendre quelque chose de nouveau par rapport à ce qui a déjà été dit par les précédents papes. Le pape François aura son style propre, avec l’insistance sur le lien entre écologie et justice sociale. Y aura-t-il des avancées en matière de théologie ? Je ne sais pas. Le pape François n’est pas un théologien comme l’était Benoît XVI. C’est vrai que ce serait intéressant s’il y avait un argumentaire théologique plus développé là-dessus. De fait, cette encyclique sera très intéressante. »

Tugdual Derville : « Un supplément d’âme et de cohérence sur les questions écologiques »

Co-fondateur du Courant pour une écologie humaine, Tugdual Derville plaide pour approche globale de l’écologie, qui concilie le respect de la nature et celui de la vie humaine.

« J’attends d’être surpris, bousculé, éclairé par cette encyclique… Si le texte du pape François ne fait que me caresser dans le sens du poil, quel intérêt aura-t-il pour moi ? Là ou ça va être intéressant, c’est : où est-ce qu’il va me bousculer ? Où est-ce qu’il va me déranger, m’éclairer ? Est-ce qu’il va apporter un supplément d’âme et de cohérence sur les questions écologiques ?

Quand le pape parle du gaspillage comme d’un vol à la table des pauvres, alors là il fait un lien très fort entre la pauvreté et la Création. J’espère que cette cohérence sera écoutée sans faire trop de tri, qu’on ne se mette pas à tirer la couverture à nous en prenant une seule phrase et en oubliant les autres qui pourraient nous faire bouger.

Sur le plan théologique, je trouve qu’on assiste aux prémices de cette encyclique à un renouveau de la théologie de la création. Je trouve cela intéressant d’observer ce manichéisme qui traite l’homme comme une machine dotée de raison sans voir qu’il est partie de la nature, une partie magnifique. Je suis curieux de voir de quelle manière le pape François va aborder la théologie de la Création. Je pense qu’il n’y a pas de rupture à attendre, mais peut-être une mise en perspective éclairante. Et bien sur, j’attends de cette encyclique qu’elle soit accueillie avec des cœurs ouverts. »

L’Église catholique et le réchauffement climatique

Voici un article tiré d’un site dont nous avons déjà parlé, consacré à la présentation « alternative » de la conférence sur le climat se tenant à Paris à la fin de l’année.

Lorsqu’il est question de réchauffement climatique et plus généralement d’écologie, on ne pense pas forcément à la religion. Pourtant, les initiatives religieuses qui abordent ces thématiques existent et sont loin d’être anecdotiques pour certaines.

Et pour être exact, il faut bien reconnaître que l’Église catholique, en France et dans d’autres pays, a pris les devants. En voici quelques-unes.

Jeûne pour le climat

Le jeûne pour le climat est une initiative de croyants soutenu par de nombreuses organisations plus ou moins explicitement religieuses et qui se présente ainsi:

Rejoignez les milliers de personnes qui jeûnent pour une action conséquente sur le changement climatique.

Un mouvement grandissant de jeunes, d’écologistes et de croyants montre son engagement en ne mangeant pas une fois par mois afin d’appeler les dirigeants du monde à résoudre la crise climatique. Rejoignez-nous !

Comme son nom l’indique, le but est de…jeûner pour le climat.

Assises chrétiennes de l’écologie

En France, les « assises chrétiennes de l’écologie » auront lieu à Saint-Étienne du 28 au 30 août. L’événement est organisé par le diocèse de Saint Etienne et L’hebdomadaire La Vie, en lien avec « le Service National Famille et Société » de la Conférence des évêques de France.

Ces assises comporteront des conférences, des ateliers, des spectacles et des moments plus spirituels.

Le nombre de sujets abordés dans les forums est grand: 80 en tout, allant de « Les animaux dans la Bible et la foi chrétienne » à « Soigner l’esprit, guérir la Terre 1: à la découverte de l’éco psychologie » en passant par « Le nucléaire : une énergie d’avenir ou une énergie mortifère qu’il faut abandonner rapidement ? ». Le programme est disponible sur le site du diocèse de Saint-Etienne.

Dans le numéro d’avril 2015 de la revue du diocèse de Saint-Étienne, il y a cette phrase qui résume clairement la vision de l’écologie qui est porté par cet événement:

comment les chrétiens prennent-t-ils soin de la Création ?
Ceci se retrouve logiquement dans un des objectifs de ces assises:
Souligner l’importance d’une mobilisation personnelle et collective pour permettre aux jeunes générations d’hériter d’une planète encore viable.
Pour ce faire, proposer à chacun des pistes concrètes d’action, tout en mettant un accent particulier sur la nécessité d’une conversion des individus et de la société.
Car la crise écologique est aussi ou plutôt d’abord une crise spirituelle.
Elle appelle de nouveaux modes de vie qui feront davantage place à la solidarité, aux échanges interpersonnels, à la richesse relationnelle, à l’imagination, à la contemplation, etc.
Sur tous ces aspects les chrétiens (et plus largement les croyants) ont des choses à dire et à proposer…
A noter également que de son côté le journal La Croix (quotidien catholique qui diffuse à plus de 100 000 exemplaires) consacre toute une page de son site au thème Religion et écologie avec de nombreux articles et dossiers. Ceci témoigne d’un intérêt global pour l’écologie du côté du catholicisme.

Encyclique du pape François

Une encyclique sur le thème de l’écologie est prévue pour la fin juin. Une encyclique est une lettre « circulaire » adressée aux évêques, elle est une étude théologique qui vise à clarifier un point précis de la doctrine de l’Église.

Une encyclique sur l’écologie est donc tout un symbole, surtout en 2015, année de la conférence sur le changement climatique. Pour le pape François, ce document est une contribution à la réflexion mondiale sur le changement climatique.

En avril avait déjà eu lieu une conférence sur le thème « Protéger la Terre, redonner sa dignité à l’humanité. Les dimensions morales du changement climatique et du développement durable » au Vatican à l’Académie pontificale des sciences. Voici la présentation:

Organisé par l’académie pontificale des sciences, l’académie pontificales des sciences humaines, le SDSN et Religions pour la paix, l’objectif de ce sommet et d’aider à renforcer le consensus sur l’importance du changement climatique dans le cadre du développement durable.

Le changement climatique a des répercussions sur tous les aspects de notre civilisation et doit donc être un sujet de préoccupation majeur pour toutes les religions du monde.

Ces effets sur les pauvres sont encore plus marqués. Nous souhaitons souligner l’importance de la dimension morale de protéger l’environnement en prévision de l’encyclique papale et construire un mouvement global pour faire face au changement climatique et soutenir le développement durable tout au long de 2015 et pour les années qui suivent.

Ces deux événements montrent l’importance qu’accorde en ce moment l’Église catholique à l’écologie. Elle n’investit pas ce thème de manière neutre, les thèmes de la place et du rôle de l’humanité sur Terre en témoignent.

La question est de savoir si cet engagement croissant avec l’arrivée de la conférence à la fin de l’année continuera et s’il sera plus qu’un moyen de redonner du poids et de l’influence à l’Église.

Hulot rejoint l’écologie en mode catho

C’est une prise de choix pour l’Eglise catholique: Nicolas Hulot rejoint leur camp, parlant de « l’âme du monde », promouvant une écologie dont les termes sont absolument catholiques. Le journal La Vie souligne même que lorsque Hulot a pris la parole, il avait des accents « bergogliens », allusion à Jorge Mario Bergoglio, l’actuel pape François!

Pape qui sera accueilli en grande pompe par un autre François, le président de la République française quant à lui, trop heureux d’avoir le pape en « guest star » à la conférence de l’ONU sur le changement climatique qui se déroulera à Paris à la fin de l’année!

Tous unis afin… de ne surtout pas critiquer l’anthropocentrisme, de bien faire en sorte que le concept de Nature soit réfuté, que tout résumé à une question « environnementale » qui serait à « gérer »…

Nicolas Hulot : « l’âme du monde est profondément malade »

Des responsables religieux chrétiens, musulmans, juifs et bouddhistes de la Conférence des responsables du culte en France se sont réunis le 21 mai au Sénat pour un colloque sur le climat et les religions. Une journée marquée par l’intervention de Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète qui les a interpellés dans un discours aux accents « bergogliens ».

À un mois de la publication de l’encyclique sur l’écologie, c’est un appel très spirituel, aux accents bergogliens, qu’a lancé Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète, aux responsables religieux chrétiens, musulmans, juifs et bouddhistes de la Conférence des responsables du culte en France, réunis le 21 mai au Sénat pour un colloque sur « le climat et les religions » en prévision de la conférence de Paris sur les changements climatiques (COP 21).

« Nous sommes dans une profonde crise de civilisation, et d’ailleurs le mot crise lui même d’ailleurs a-t-il encore un sens, dans la mesure où en théorie une crise est un mauvais moment à passer … ? Reconnaissons ici que ce mauvais moment ne cesse de s’éterniser ce qui prouve qu’il y a quelque chose de profondément intime qui ne fonctionne plus dans nos sociétés. Pour moi, il y a une nécessité absolue, effectivement de mener la bataille de l’Histoire. L’âme du monde est profondément malade. »

Ainsi, pour Nicolas Hulot, le rôle particulier des religieux est de placer cet enjeu à « un niveau supérieur », de relier les hommes entre eux et à leur Histoire pour guérir « l’âme du monde » : « Si la dimension éthique ne dépasse pas la simple expertise, je pense que l’effort, l’échéance sera insuffisante » a-t-il déploré avant de poursuivre : « L’homme n’est plus relié à rien. C’est le désarroi tragique de l’homme moderne. Il n’est plus relié à son passé, il est en train de se désolidariser de son futur et il a pensé, probablement aveuglé par l’hypertrophie de la technique et de la technologie qu’il pouvait détacher sa branche de l’arbre de la création. »

Des propos qui font écho avec ceux du pape François que l’envoyé spécial du Président à rencontré à plusieurs reprises au Vatican : « C’est une grande méprise qui advient « quand l’absolutisation de la technique prévaut », ce qui finit par produire « une confusion entre la fin et moyens . Résultat inévitable de la « culture du déchet » et de la « mentalité de consommation exagérée ».

Au contraire, affirmer la dignité de la personne c’est reconnaître le caractère précieux de la vie humaine, qui nous est donnée gratuitement et qui ne peut, pour cette raison, être objet d’échange ou de commerce » déclarait ainsi le pape fin novembre devant le Parlement européen.

Hulot, lui, déclare : « Je sais que dans une société matérialiste tout cela est complètement hors sol. Mais qui mieux que vous peut nous aider à replacer l’homme là où il est ? »

Accents bergogliens aussi dans cette dénonciation forte d’une culture du déchet qui fait le lit des conflits et des intégrismes : « Dans un monde qui n’a pas besoin d’humiliations supplémentaires ni d’occasions de tensions, de conflits supplémentaires, la crise climatique est l’ultime injustice, a-t-il affirmé parce qu’elle affecte et frappe prioritairement des hommes, des femmes et des enfants qui sont déjà en situation de vulnérabilité, qui pour la plupart n’ont pas bénéficié d’un mode de développement qui parfois s’est fait même sur leur dos et dont ils subissent les conséquences négatives. (…) Dans un monde aussi réactif, cette ultime humiliation fait le lit de tous les intégrismes. Prendre en charge collectivement l’enjeu climatique c’est pacifier le monde; laisser le temps de dicter la mutation c’est nous livrer un XXIème siècle à côté duquel les tragédies du XXème nous sembleront dérisoires. »

Des responsables religieux, il attend ainsi qu’ils aident à séparer le bon grain de l’ivraie du le discours politique : « C’est un moment de vérité et vous devrez nous aider à faire en sorte que, derrière les mots plein d’empathie, parfois larmoyants, parfois sincères mais parfois éloignés de la sincérité les responsables politiques mettent en place des actions à la hauteur de la situation et qu’à Paris ils écrivent l’Histoire et ne la laissent pas s’écrire à notre place ».

Faisant allusion aux moqueries qui ont suivi ses trois visites au Vatican il a déclaré : « On dit que je suis tellement désespéré que je vais chercher un miracle. Mais la crise est tellement grave qu’il faut une dimension verticale… ». Les membres de la Conférence des responsables du culte en France doivent rencontrer François Hollande le 1er juillet et lui remettre un texte interreligieux sur le sujet.

Programme des Assises chrétiennes de l’écologie,

Voici le programme des Assises chrétiennes de l’écologie, qui se dérouleront du 28 au 30 août à Saint-Étienne. Nous en avons parlé et nous en reparlerons: il est vraiment significatif que ce soit les catholiques qui aient ici mis l’initiative.

Ils ont en effet compris que le grand risque était l’affirmation de la Nature, qui saperait le principe de « Dieu ». Et ils ont compris que les gens qui ne les soutenaient pas étaient dominés culturellement par des gens anthropocentristes rejetant la Nature, tout en préservant un compromis « laïc » avec l’Église.

Il y a donc un boulevard pour faire passer le catholicisme pour « écologiste », avec comme bouquet final la venue du pape à Paris pour la conférence de l’ONU sur le climat, en décembre…

La dimension « anticapitaliste » n’est également forcément pas oubliée: il y a ainsi la publication par La Vie d’une interview de Naomi Klein, figure « altermondialiste », présentée ainsi:

Pour Naomie Klein, «ne pas se résigner à la crise climatique est une question morale». Pour l’altermondialiste candienne, la lutte contre le changement climatique doit remettre en cause la domination du capitalisme.

Tout cela est, malheureusement, vraiment très bien ficelé, et foncièrement logique. Raison de plus d’assumer « la Terre d’abord! » à la fois face aux individualistes anti-Nature et aux religieux pro-mysticisme.

Agir sur mon empreinte écologique. Pourquoi ? Comment ?

Si tous les humains consommaient autant que les ­Français, il faudrait trois fois notre planète pour y pourvoir. Aliments, mobilité, habitat, loisirs, culture, etc. : nous simulerons la façon dont chacun peut diminuer ses principaux postes de consommation pour réduire son empreinte écologique, qui mesure l’impact de notre mode de vie sur la planète. Avec Arnaud du Crest, membre du Forum pour d’autres indicateurs de richesse et du groupe Paroles de chrétiens sur l’écologie, auteur de Pour un engagement écologique : simplicité et justice.
> Forum 2 Ven 18 h-19 h 15, sam 12 h 30-13 h 45.
Devenir une famille à énergie positive

Les consommations d’énergie et d’eau à la maison représentent une source de dépense importante. Elles sont aussi coûteuses pour l’environnement. Des milliers de « familles à énergie positive » montrent qu’il est possible d’agir ensemble de façon concrète, efficace et ludique pour trouver les solutions. ­Frédéric Delhommeau est l’un de ces pionniers, qui a lancé cette opération en France en 2008. Responsable de l’antenne parisienne de l’association ­Prioriterre (www.prioriterre.org), il présentera cette démarche de sobriété ­heureuse.
> Forum 57 Ven 18 h-19 h 15, sam 12 h 30-13 h 45.
Prier avec la Création, en prenant son temps…

Se mettre à l’écoute de la parole de Dieu. Contempler la Création que le Seigneur nous donne à aimer. Expérimenter le silence, l’écoute de Sa parole, de ma parole, de la parole des autres, en prenant du temps. Faire l’expérience avec d’autres d’une prière guidée, ou pas… Isabelle Ezanno, membre des Chemins ignatiens dans la Loire, nous introduira dans ce chemin de beauté.
> Forum 6 Ven 18 h-19 h 15, sam 14 h 15 à 15 h 30.
Jeûner pour le climat ? Quand spiritualité et écologie s’embrassent

Jeûner le premier jour de chaque mois pour soutenir spirituellement les négociations de l’Onu sur le réchauffement climatique, lors de la conférence Paris Climat 2015. Tel est l’objectif de l’initiative Jeûne pour le ­climat, qui relie 10 000 personnes dans le monde depuis une année. Martin Kopp, chargé de plaidoyer pour la justice climatique au niveau de la Fédération luthérienne mondiale, présentera cette démarche et l’avancée des négociations climatiques.
> Forum 8 Ven 18 h-19 h 15.
« Christianisme et objection de croissance »

Quelles limites se donner individuellement et collectivement ? Avec Chrétiens et pic de pétrole, un groupe basé à Lyon, et Olivier Rey, philosophe, auteur d’Une question de taille (Stock, 2014) nous explorerons les pistes individuelles et collectives pour construire un autre modèle de société fondé sur la convivialité, l’autonomie des individus et la notion de limites.
> Forum 16 Ven 16 h 30-17 h 45, sam 12 h 30-13 h 45.
Banque et climat : comment mettre notre argent au service d’une transition vers des sociétés soutenables

Quel rôle jouent les banques françaises dans le dérèglement climatique ? ­Comment reprendre le contrôle de son argent ? Lucie Pinson, chargée de la campagne « Finance privée » pour l’association environnementale les Amis de la Terre, proposera des pistes concrètes d’action pour des placements éthiques et écologiquement ­compatibles.
> Forum 19 Ven 18 h-19 h 15, sam 14 h 15-15 h 30.
L’Église, actrice de la transition énergétique : pourquoi et comment ?

Emmanuelle Geffriaud est conseillère énergie puis responsable du pôle « Espace info énergie » au sein de l’association Prioriterre, qui aide les citoyens à baisser leur consommation énergétique. Elle nous aidera à comprendre, exemples à l’appui, comment, dans l’Église, on peut impliquer les paroisses, et les paroissiens, de manière concrète dans la transition énergétique.
> Forum 27 Sam 12 h 30-13 h 45, sam 14 h 15-15 h 30.
Vivre en harmonie avec tous les vivants, humains et non-humains, est-ce possible ?

En vérité, quel a été au long des siècles notre comportement de chrétiens vis-à-vis de l’ensemble des vivants ? Et que devrait-il être ? Nous y réfléchirons avec Jean-Pierre Raffin, ancien enseignant-chercheur à l’université Paris VII-Denis Diderot, membre actif de l’antenne ­Environnement et Modes de vie au sein de la Conférence des évêques.
> Forum 3 Ven 18 h-19 h 15.
François d’Assise, patron de l’écologie

Qu’en est-il en réalité de saint François d’Assise ? Que nous enseignent les sources dont on dispose ? Et aujourd’hui, comment pouvons-nous nous inspirer de lui ? Patrice Kervyn, religieux franciscain, nous aidera à mieux situer l’immense envergure de ce saint universel que Jean Paul II a fait patron de l’écologie.
> Forum 28 Ven 18 h-19 h 15, sam 14 h 15-15 h 30.
Résister en animant un éco-hameau chrétien

Est-on condamné à mener une vie « sur les rails » ? Alexandre Sokolovitch, animateur coordinateur de l’éco-hameau Goshen, où vivent quatre familles, nous fera part des expériences alternatives autour d’une ferme en agroécologie qui sont menées dans ce lieu expérimental, principalement auprès des jeunes. Alexandre se réfère à une démarche chrétienne inspirée par les courants de pensée de l’éducation populaire, de la non-violence et des valeurs de l’altermondialisme. Avant de se fixer à Goshen, il a vécu avec sa femme Marie et leur ­premier enfant pendant trois ans en nomade dans un bus à la rencontre de la marginalité en France.
> Forum 33 Ven 18 h-19 h 15, sam 14 h 15-15 h 30.
Danser pour honorer la terre

Une invitation douce à habiter son corps et à ouvrir tous ses sens avec Béatrice Pupier, qui anime des ateliers de danses sacrées depuis une dizaine d’années.
> Forum 52 Ven 16 h 30-17 h 45, sam 12 h 30-13 h 45.
Effets du réchauffement climatique sur la biodiversité

Animaux et plantes sont loin d’être insensibles au réchauffement climatique. Il est fréquent de constater qu’ils montent en altitude pour retrouver des températures plus froides… Avec ­Raymond Faure, président de la Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature) Loire. La Frapna mène des actions pour la protection de la faune et de la flore, des milieux naturels et de l’environnement.
> Forum 10 Sam 14 h 15-15 h 30.
Soigner l’esprit, guérir la Terre. Atelier pratique de découverte du « travail qui relie »

Comment se transformer soi-même et convertir son regard sur la nature, pour se sentir bien plus proche d’elle ? Michel Maxime Egger, sociologue, responsable d’ONG, chrétien orthodoxe, auteur de la Terre comme soi-même et de Soigner l’esprit, guérir la Terre (Labor et Fides, 2012 et 2015), nous présentera une méthode de transformation personnelle sous la forme d’une spirale en quatre temps : s’enraciner dans la gratitude, honorer sa peine pour le monde, changer de perception, aller de l’avant. La méthode sera mise en pratique à travers quelques exercices.
> Forum 61 Sam 14 h 15-15 h 30.
Lutter contre le changement climatique : du global au local

Olivier Nouaillas, journaliste à La Vie, auteur du Changement climatique pour les nuls (First, 2014), examinera les réponses que l’on peut apporter à la crise climatique. À la fois au niveau global, mais aussi au niveau local, sans oublier les démarches plus militantes ou spirituelles, auxquelles nous pouvons tous nous associer.
> Forum 70 Ven 16 h 30-17 h 45, sam 12 h 30-13 h 45.
Choisir une alimentation saine, écologique, éthique et réduire ses déchets

Un atelier réunira parents et enfants avec Laure Haag Cassaigne. Chaque mois, cette jeune mère de famille organise des ateliers pour aider chacun à adapter son style de vie, afin de le rendre plus ­respectueux de l’environnement et des hommes. Elle s’appuie sur des exemples concrets, donnant lieu à un plan d’action précis. Par exemple : choisir son alimentation et réduire ses déchets, c’est possible, mais comment faire ? Laure nous aidera à adopter les bons réflexes.
> Forum J Programme jeunesse, sam 9 h 30 à 11 h 30.
La terre nourricière, un trésor à préserver

Découvrir la richesse de vie des sols et de la terre. Prendre conscience qu’il faut la préserver pour nourrir les hommes aujourd’hui et demain. Avec Agnès Gosselin, ancienne conseillère agricole et animatrice du mouvement Chrétiens en monde rural (CMR)
> Forum 50 Ven 16 h 30-17 h 45, sam 14 h 15 à 15 h 30.