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Le « terroir » en guerre contre AVA

Les opposants à la chasse à courre rencontrent une opposition qui compte bien rassembler tous ceux qui sont selon nous vraiment affreux : les chasseurs, les bouchers, les éleveurs, les partisans acharnés du terroir, etc. Et ils sont acharnés, vraiment acharnés ; en voici quelques exemples concrets.

Rappelons l’importance du moment, puisque nous arrivons à la fin de la saison de chasse à courre. Celle-ci est devenue un vrai abcès de fixation, les chasseurs faisant tout ce qu’ils peuvent pour la protéger. L’année dernière, AVA avait conclu une année de lutte par une rassemblement de mille personnes à Compiègne, et cela est resté en travers de leur gorge.

Cette fois, la « grande fête pour célébrer le retour du printemps et la fin de la barbarie dans nos forêts » se déroule dans pas moins de quatre endroits :

➡ CASTELNAU-DE-MONTMIRAL (81)
https://www.facebook.com/events/630452914062142/

➡ PAIMPONT (35)
https://www.facebook.com/events/2058111597630303/

➡ PONT-SAINTE-MAXENCE (60)
https://www.facebook.com/events/399881824094636/

➡ RAMBOUILLET (78)
https://www.facebook.com/events/925073987883666/

AVA bye bye! la chasse à courre

Comprenant qu’il y a là une opposition démocratique qui porte en elle des valeurs les condamnant, les fanatiques du terroir et des valeurs anciennes, dépassées, reprennent la bonne vieille méthode éprouvée en 1871. Déjà, au moment de la Commune de Paris, la France profonde était poussée à la panique, avec la dénonciation des ultras qui depuis les villes comptent détruire tout ce qui compte vraiment… et surtout porter atteinte à la propriété privée.

Le parallèle n’est pas du tout erroné, malgré son côté ancien. Si l’on prend mai 68, c’est la même chose qui s’est passé. Après le mouvement étudiant et la grande grève à l’échelle du pays, cela a été un raz-de-marée électoral en faveur de la Droite. La France profonde, enchaîné à son style de vie individualiste, a fait face à une grande frayeur.

Ce tract dénonciateur caricaturant AVA montre que c’est vraiment le fond de la stratégie des chasseurs : faire peur au pays.

Fake news de la Société de Vénerie

Voici le texte de présentation d’une initiative en Bretagne. Elle vise à manifester le 30 mars également, directement contre AVA, en défense de la ruralité et des traditions. Les « néo-ruraux » y sont dénoncés, qui ne supporteraient pas le « carillon » d’une église ! Et le texte se conclut par un appel à boire une bière « du pays ».

C’est là un discours classiquement pétainiste : la terre ne ment pas, des étrangers à notre terre viennent démanteler nos valeurs, il faut donc d’autant plus se tourner vers notre terroir, etc.

C’est donc un vaste front qui tente de se mettre en place. Voici l’appel de Rambouillet, destiné aux veneurs, aux chasseurs à tir, aux agriculteurs, aux éleveurs, aux bouchers, charcutiers, etc.

« Rassemblement festif et solidaire des amis de la chasse et de la ruralité »

Qui est derrière cela ? Bien entendu, les notables, dans le sens de gens de gens aisés, d’une droite décomplexée, ayant un sens aristocratique de la vie, mais en même temps capable de mettre les mains dans le cambouis s’il le faut et surtout en mesure de diriger un mouvement s’il le faut.

Ce n’est pas la personne aisée dans son ghetto de Neuilly – Auteuil – Passy, mettant des gants dans le métro parisien. Il s’agit là, en arrière plan, de « la haute », de gens considérant que le pays leur revient, et qui comptent bien le faire comprendre à qui se met sur leur chemin.

Les soutiennent tous ceux qui se complaisent dans une telle vision du monde. Être « réac », c’est tout un style.

La dernière illustration mentionne la contre-campagne, et effectivement elle est intense. Elle vise à arracher systématiquement les affiches d’AVA, à aller discuter fermement avec les commerçants ayant mis une affiche dans leur boutique, etc.

Il ne s’agit pas seulement de développer un contre-discours : les chasseurs veulent étouffer le discours même d’AVA.

Il faut ici bien souligner un aspect important, qui explique pourquoi le cadre de cette campagne anti-AVA dépasse largement celui des partisans de la chasse à courre. Il s’agit en effet de faire oublier à l’opinion publique l’agression terrible commise à l’encontre d’un opposant à la chasse à courre. Il s’agit de faire oublier qu’il est tombé dans le coma.

Et quelle est la méthode employée ? Faire en sorte que tous les gens les plus conservateurs du pays se serrent les coudes. Pour qu’on ne parle plus de la chasse à courre, pour qu’on la protège en l’englobant dans une ruralité telle que définie par les notables.

Cela va avec un second aspect, qui est la question de la condition animale. En protégeant des animaux sauvages, AVA a fait quelque chose d’une très grande importance. Cela rejoint, d’une manière ou d’une autre, le principe de la protection animale, des refuges, du fait d’apprécier les animaux pour ce qu’ils sont.

Nous avons déjà souligné que même si ce n’est pas du véganisme, cela en participe et c’est une très bonne chose, une excellente dynamique. Car il n’y a pas de véganisme sans amour des animaux.

Cela dérange profondément les anti-animaux, qui eux étaient très contents de L214 et des « antispécistes » qui ne parlent que des animaux allant dans les abattoirs et véhiculent une démarche uniquement négative dans ses exigences, voire misanthrope.

Simple hypothèse ? Absolument pas, comme en témoigne ce document de l’Association pour la Défense de la Ruralité et de ses Traditions, qui va manifester en Bretagne contre AVA.

Ces gens ont très bien compris qu’il valait mieux des opposants rejetant la Nature que des opposants en proposant une vision différente. Ils se focalisent donc sur la ligne fanatiquement anti-nature des théoriciens « antispécistes », afin de dire aux gens : vous voyez bien que ces gens sont déconnectés.

Voici le document en question.

« François Palut, un homme debout, un maire et un citoyen engagé !

Pas un jour ne se passe sans qu’un nouveau soutien, qu’un nouveau groupement professionnel, qu’une nouvelle association ne vienne grossir les rangs de l’Association pour la Défense de la Ruralité et de ses Traditions et nous assure de leur présence le 30 mars prochain à Paimpont.

C’est un peu comme la grande marche du Cid :

” Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort,

Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port”

Beaucoup de témoignages de sympathie nous arrivent, beaucoup de lassitude aussi dans la voix de bon nombre d’agriculteurs, de chasseurs, d’éleveurs, de pêcheurs, de familles rurales qui nous appellent et nous rejoignent.

Comment peut-on encore tolérer que des groupuscules, des ultra-minorités voir même des marginaux puissent à ce point poursuivre en toute impunité leurs actions violentes, leurs actions de désinformation fondées sur leur haine du réel ? Comment accepter que l’on fasse si peu de cas de tous ces hommes et femmes qui tous les jours travaillent la terre nourricière, régulent les espèces sauvages, entretiennent nos forêts et vivent paisiblement dans nos campagnes !

C’est la question que nous avons posée à François Palut, personnage engagé, un battant, un homme aux multiples responsabilités qui ne cesse de clamer son amour pour la ruralité, défenseur de l’économie des territoires, passionné pour l’élevage avec un sens aiguë du service depuis son fauteuil de maire mais aussi comme Président de l’association pour le maintien de l’Élevage en Bretagne (AMEB) !

Voilà un homme bien informé, qui nous livre son analyse précise et documentée sur ces groupuscules antispécistes.

” Il ne faut pas se tromper, les attaques que subissent les agriculteurs, toute l’industrie agro-alimentaire, les chasseurs, les familles rurales, … ne sont pas des attaques ponctuelles, il s’agit d’attaques organisées, concertées financées et planifiées.

Tous les groupuscules antispécistes L214, AVA et autre manipulent le grand public et les journalistes : ils prétendent agir pour le bien-être des animaux, alors qu’en fait, ce sont de véritables gourous.

Ils ont pour projet de faire disparaitre la souffrance sur terre, et pour cela ils veulent supprimer tous les animaux carnivores sur terre et dans les océans… Pour leur bien !

Ils font croire au grand public qu’ils sont une association qui veut améliorer le bien-être des animaux d’élevage (conditions d’élevage, de transport et d’abattage) alors que derrière leur idéologie se cache un projet radical dont personne n’a conscience, pas même leurs adhérents, qui eux pensent défendre la cause animale !

Prenons par exemple l’association L214 qui fait tant pour détruire les élevages bretons ! Estiva Reus cadre fondatrice de l’association L214 (trésorière) est l’une des rédactrices des “Cahiers Antispécistes”. C’est l’association qui a poussé́ Brigitte Gouthière et Sébastien Arsac à créer L214 en 2008.

C’est clairement exprimé dans leur livre : L214, Une voix pour les animaux.

Le projet consiste à “éliminer les animaux sauvages pour leur bien”, projet décrit par Estiva Reus dans les Cahiers Antispécistes N°41, 40 et 39 (documents disponibles sur internet).

Ce projet s’appelle RWAS (Réduction de la souffrance des animaux sauvage)

Le projet RWAS prévoit 2 moyens pour faire disparaitre la douleur de la planète :

1. Éliminer tous les animaux carnivores sur terre et dans les océans.

2. Convertir tous les animaux carnivores au véganisme, grâce aux progrès des biotechnologie : génétique, nanotechnologie, pharmacologie, neurochirurgie

Alors que beaucoup de propriétaires d’animaux de compagnie font des dons à L214 en pensant soutenir une association welfariste, ils donnent en fait de l’argent à des abolitionnistes qui veulent faire disparaitre leur animal de compagnie au nom du refus de l’exploitation de l’animal par l’homme !

Donc toutes ces associations antispécistes ont une stratégie parfaitement huilée : derrière le marketing d’ONG très cool, personne, pas même un journaliste n’entrevoit le projet de ces militants radicalisés et très manipulateurs.

Ce sont des terroristes alimentaires qui veulent nous imposer leur façon de vivre et de s’alimenter… Chacun est libre de s’alimenter comme il le souhaite, qu’il soit végane, omnivore ou viandard. Par contre, aucun de nous n’a le droit d’imposer à l’autre sa façon de vivre et de s’alimenter…

C’est pour cela que le 30 mars prochain je serai à Paimpont pour manifester auprès de tous les acteurs du monde rural qui viendront joyeusement redire leur fierté d’être agriculteur, d’être chasseur, pêcheur ou tout simplement attaché au réel, loin des délires de ces fanatiques.”

Merci Monsieur pour ce beau témoignage.

Tous à Paimpont le 30 mars prochain, à transmettre, à faire suivre et à partager autour de vous.

Le réveil de la ruralité, c’est maintenant ! »

Nous avons déjà parlé de ce thème du RWAS effectivement valorisé par les Cahiers anti-spécistes. Le rejet de la Nature est de toutes façons une norme historique du courant antispéciste (d’où le rejet véhément de LTD par ses théoriciens). Un nouvel ouvrage est sorti par ailleurs tout récemment, « La révolution antispéciste », avec des écrits de Thomas Lepeltier, Yves Bonnardel et Pierre Sigler.

Rien que le sommaire donne déjà le ton : il n’y a pas de Nature, pas d’espèces, etc. Bref, comme expliqué et critiqué déjà il y a plus de dix ans dans « véganisme utopique et véganisme scientifique », il n’y aurait que des individus. Ce texte avait anticipé cette utilisation déviante du véganisme pour le transformer, d’une défense des animaux, en culte des individus.

Préface. Renan Larue
Introduction. Pourquoi la révolution antispéciste ? Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier et Pierre Sigler
Chapitre 1. Qu’est-ce que le spécisme ? David Olivier
Chapitre 2. Qu’est-ce que la conscience ? Pierre Sigler
Chapitre 3. La vie mentale des animaux. Pierre Sigler
Chapitre 4. Quelques réflexions concernant les plantes. Yves Bonnardel
Chapitre 5. En finir avec l’idée de nature. Yves Bonnardel
Chapitre 6. L’idée de Nature contre la pensée animale. Yves Bonnardel
Chapitre 7. Vers un écologisme non naturaliste. David Olivier
Chapitre 8. Faut-il sauver la gazelle du lion ? Thomas Lepeltier
Chapitre 9. Utilitarisme et anti-utilitarisme dans l’éthique animale contemporaine. Estiva Reus
Chapitre 10. Les espèces non plus n’existent pas. David Olivier
Chapitre 11. Sur la supériorité. David Olivier
Chapitre 12. Les animaux à l’assaut du ciel. Yves Bonnardel

Les chasseurs ont bien compris les enjeux et ils apprécient les « antispécistes », comme cela ils peuvent se prétendre les seuls qui aient compris la Nature. Ils ont ainsi les arguments intellectuels et culturels pour justifier la « régulation » qu’ils font. Si en effet la Nature est chaos, il faut bien que l’humanité intervienne…

Mais la Nature n’est pas le chaos, elle porte la vie, l’évolution. L’humanité n’est qu’une composante de ce processus de la vie à l’échelle planétaire. C’est le sens du slogan « la Terre d’abord ! ». Le tout prime sur les parties et les parties n’ont aucun sens sans s’aligner sur les nécessités historiques du tout. L’humanité doit rejeter son anthropocentrisme. C’est cela le vrai enjeu du 21e siècle.

Procès des antispécistes de Lille : Candide face aux juges

Il y a un conte philosophique très connu de Voltaire, que beaucoup d’élèves ont eu à lire pour le bac français : Candide. Le personnage éponyme découvre que le monde est beaucoup plus compliqué qu’il ne le pensait et sa naïveté est ainsi remise en cause lors de son périple à travers le monde.

Mardi 19 mars 2019, lors du procès se tenant à Lille, on a eu droit à des Candide modernes. Il s’agissait en effet du procès de quatre activistes pour dégradations et violences aggravées, dans le cadre de la fameuse campagne « stop spécisme ».

Les personnes concernées sont trois femmes et un homme, âgé de 29, 39, 33 et 23 ans. Le procureur a demandé respectivement quinze mois de prison dont neuf avec sursis, deux fois six mois avec sursis, et dix-huit mois de prison dont huit avec sursis. Le tribunal donnera sa décision dans deux semaines.

Rappelons que cette campagne « stop spécisme », marquée surtout par des vitrines de boucheries ou de restaurants brisées, avait attiré l’attention de toute l’opinion publique. Qu’on le veuille ou non, toutes les personnes véganes se sont retrouvées « impliquées » d’une manière ou d’une autre et ont dû prendre position dans leur entourage par rapport à cela.

Ce premier procès concernant des gens mêlés à cette campagne était donc d’une importance capitale. L’impact sur la situation du véganisme en France allait être décisive.

Il y avait en effet plusieurs possibilités :

– les activistes assument leur action de manière collective et appellent à participer à une processus révolutionnaire, jusqu’à la victoire ;

– les activistes se dissocient de leurs actions, tout se réduisant à un épisode individuel, un accident dans un parcours personnel ;

– les activistes deviennent des renégats, se repentant pour leurs actes, faisant acte de contrition.

Mais même en raisonnant ainsi, on était déjà au-delà de ce que les « antispécistes » pouvaient représenter. Insultant plusieurs décennies d’engagement dans la libération animale, qu’ils ont toisé de leur mépris hautain et arrogant, ils se sont littéralement écrasés eux-mêmes face au tribunal en révélant qu’ils ne pouvaient rien assumer, rien porter, que tout cela était bien trop lourd pour eux.

Pourtant le tribunal avait été incroyablement sympathique, car il a fait venir un essayiste exposant ce qu’est l’antispécisme, et a même donné la parole à la militante « antispéciste » suisse Virginia Markus. C’était un incroyable cadeau dont il aurait été possible de profiter. Les « antispécistes » avaient un boulevard pour exposer leurs idées, revendiquer leur engagement, publier un manifeste antispéciste qui aurait été forcément largement diffusé, faire du tribunal une véritable tribune, etc.

Quand on est révolutionnaire, cela fait partie du b-a-BA de l’attitude lors des procès. Mais les « antispécistes » ne sont pas des révolutionnaires, ce sont des individus qui ont considéré que ce qui se passait dans leur environnement n’était pas correct. Cela ne va pas plus loin.

Prenons par exemple l’incendie du Burger King de Marcq en Baroeul. Eh bien l’une des personnes poursuivies a benoîtement expliquée : « L’idée vient de moi ». Comment peut-on être assez stupide pour casser la définition politique d’un acte et la résumer à un choix individuel, pour en plus s’auto-accuser ?

Une personne a fait également dix jours de grève de la faim en prison. Pourquoi ? Avec quelles revendications ? On ne le sait pas. Il n’y a aucune conscience politique, tout est dans l’immédiat et on ne sera pas étonné que la même personne, au procès, a affirmé :

« Je militerai autrement. J’exprime des remords. Je ne recommencerai pas. »

Toute la France regarde, et voilà ce qui est dit.

Très concrètement, notons également l’erreur fondamentale qui a joué pour leur arrestation. En utilisant de manière régulière deux voitures, elles ont été faciles à repérer. Même si on ne sait pas comment cela s’est déroulé dans l’enquête, on peut se douter que la police a pu procéder par recoupement. Il suffisait de regarder ce que disait la vidéosurveillance disponible et de voir quelles voitures étaient présentes à chaque fois.

Une autre erreur a été… d’éteindre en même temps les téléphones portables juste avant l’action ! On est là dans une très grande naïveté et effectivement, cette candeur est générale. Ces « antispécistes » sont en fait tout à fait conformes à l’image que nous avons de notre côté donné aux antispécistes : coupés de tout patrimoine historique du véganisme, velléitaires tout en s’imaginant faire quelque chose de formidable, sincères mais en même temps ne dépassant pas leur petit horizon individuel.

Les ennemis en ont tout à fait conscience. A l’extérieur du procès, Damien Legrand, avocat du Syndicat des bouchers du Nord (partie civile dans le procès), a cherché lui à faire monter la pression, tout comme Laurent Rigaud, le président du syndicat des bouchers du Nord. Eux ont bien conscience des enjeux et les propos de Laurent Rigaud appellent directement à élever le niveau de confrontation, avec une bonne dose de paranoïa et d’agressivité militarisée :

« Nous avons fait le choix, avec la fédération des bouchers, de nous mettre en première ligne, d’aller au contact. Nous ne voulons pas courber l’échine face à ces violences. Nous n’avons pas peur de ces militants mais nous craignons une réaction de nos collègues. Nous sommes pour la plupart des chasseurs, imaginez qu’un collègue sorte à la fenêtre avec son fusil car il voit son habitation être incendiée… »

On voit le problème : avec les « antispécistes », on n’a rien gagné, mais par contre l’ennemi a élevé son niveau de cohérence, de motivation, de compréhension des enjeux

Le tribunal n’a évidemment pas fait que des cadeaux non plus. On a ainsi eu des commerçants qui ont cherché à faire pleurer Madeleine lors du procès. Un tenant de restaurant s’était endetté pour tout rénover, il voulait même proposer un burger végétal… Un autre est déçu du fait qu’il a moins de clients, etc.

C’est donc un ratage complet, sur toute la ligne. Il aurait fallu politiser le procès de manière collective, même pour dire que la campagne « stop spécisme » était une erreur, mais une erreur inévitable historiquement (ce que nous ne pensons pas, c’était une erreur tout à fait évitable si la prétention des « antispécistes » avait été moins grande)

Il y aurait pu y avoir une remise de ce procès dans son « contexte » historique et une campagne d’amnistie en faveur des « utopistes » qui se sont trompés de chemin, mais dont l’exigence a un sens. Cela n’a pas été le cas.

L’antispécisme et la suppression des prédateurs

Avec le grand tournant qu’a connu la question animale ces derniers mois, il n’est pas étonnant que la grande question de fond émerge de manière toujours plus prégnante. Résumons la le plus simplement possible : les gens qui comprennent que les animaux souffrent sont particulièrement marqués par cela. C’est normal.

Mais, alors, leur compréhension de cela se heurte à deux choses. D’abord, ils ne perçoivent pas le rapport à la société, l’économie, l’histoire, la culture, etc., ce qui aboutit à une forme de misanthropie, de pessimisme, etc. Cela est surtout vrai en fait pour les gens relevant du véganisme au sens le plus général.

L’antispécisme et la suppression des prédateurs

De l’autre, et cela concerne ici fondamentalement « l’antispécisme », il se pose la question de la Nature, qui apparaît en effet forcément comme odieuse, cruelle, meurtrière. L’antispécisme est, contrairement au véganisme, en effet un anthropocentrisme et partant de là il ne peut voir en la Nature qu’une ennemie.

Les Cahiers anti-spécistes – la revue historique de la mouvance veggie pride – L214 – a à ce sujet donné récemment la parole à des gens voulant « dresser » la Nature et exterminer les « prédateurs ». Ces gens ne représentent rien en termes d’organisation ou de philosophie, alors pourquoi les faire parler ? Tout simplement parce qu’ils représentent une version simplement plus conséquente sur le plan des idées que les antispécistes en général qui, d’une manière ou d’une autre, sont obligés d’en arriver là

Les Cahiers anti-spécistes le savent et aimeraient par conséquent que cela se passe de la manière la plus « douce » possible, parce qu’ils travaillent depuis vingt ans pour cela et ne veulent pas se rater…

Cependant, pour bien aborder toute cette question, voyons ce que dit Paul Ariès dans sa tribune au monde publié début janvier. Si le titre est provocateur (« J’accuse les végans de mentir sciemment »), c’est surtout parce que l’auteur de la tribune a tout à fait compris l’arrière-plan anthropocentriste de l’antispécisme et entrevoit un boulevard pour les dénoncer (et tout le véganisme avec).

Encore une fois, il faut voir au-delà du ton odieux de l’auteur de la tribune. Ce qu’il dit sur la suppression de la prédation que voudraient les vegans… est en fait une valeur inévitable de l’antispécisme, de par sa définition même. A moins de reconnaître la Nature (comme nous nous le faisons), il est inévitable que refuser qu’une espèce en profite d’une autre aboutisse à la haine de certains animaux…

Voici la tribune dans son intégralité.

Tribune. 

Le véganisme a été promu en 2018 phénomène de l’année par diverses revues. Il est essentiel que l’année 2019 soit celle où les yeux commencent à s’ouvrir ! Le véganisme n’est pas seulement une production d’alimentation farineuse mais une machine à saper l’humanisme et à tuer une majorité d’animaux. C’est pourquoi je ne suis pas antivégans pour défendre mon bifteck mais l’unité du genre humain et la biodiversité bien au-delà de mon assiette.

J’accuse les végans de cacher leur véritable projet qui n’est pas simplement de supprimer l’alimentation carnée, simple goutte d’eau dans l’ensemble de la prédation animale, mais d’en finir avec toute forme de prédation, en modifiant génétiquement, voire en supprimant, beaucoup d’espèces animales, sous prétexte que n’existerait pas de viande d’animaux heureux et que les animaux sauvages souffriraient bien davantage et en plus grand nombre que les animaux d’élevage ou domestiques.

Le fond du problème à leurs yeux n’est pas la consommation de produits carnés mais la souffrance animale ; or cette dernière étant inhérente à la vie, il faudrait réduire le vivant, en vidant, par exemple, les océans, car il ne serait plus possible de laisser encore les gros poissons manger les petits, ou en empêchant un maximum d’animaux de naître.

J’accuse les végans de mentir en faisant croire au grand public qu’ils seraient des écolos et même des superécolos, alors qu’ils haïssent l’écologie et les écologistes, puisque les écolos aiment la nature et qu’eux la vomissent, car elle serait intrinsèquement violente donc mauvaise. David Olivier, un des pères des Cahiers antispécistes, signait, dès 1988, un texte intitulé « Pourquoi je ne suis pas écologiste ». Il confirme en 2015 : « Nous voyons l’antispécisme et l’écologisme comme largement antagonistes. »

Peter Singer, considéré comme le philosophe le plus efficace de notre époque, et ses comparses Tom Regan et Paola Cavalieri le confirment : l’écologie n’est pas soluble dans l’antispécisme et les écolos dupés sont des idiots utiles ! Le véganisme refuse tout simplement de penser en termes d’espèces et d’écosystèmes pour ne connaître que des individus (humains ou non humains). Le prototype de la ferme bio a toujours été une ferme polyvalente liant agriculture et élevage, faute de fumier, il ne reste aux végans que les engrais chimiques, sauf à accepter une baisse drastique de la population humaine.

La biodiversité n’a aucune valeur en soi, dixit la philosophe Julia Mosquera. D’autres théoriciens du mouvement, comme Brian Tomasik, estiment que mieux vaudrait encourager la pêche intensive détruisant les habitats marins, Thomas Sittler-Adamczewski demande de soutenir les lobbies pro-déforestation, Asher Soryl suggère d’éviter d’acheter des produits biologiques, puisque l’agriculture productiviste est plus efficace pour réduire le nombre d’animaux, et d’éviter de combattre le réchauffement climatique car il réduirait l’habitabilité de la planète pour les animaux. Ces mêmes végans conséquents clament que les droits des animaux sont antinomiques avec ceux de la nature.

J’accuse les végans de prendre les gens pour des idiots lorsqu’ils se présentent comme de nouveaux humanistes alors que l’humanisme reste leur bête noire, puisque, selon eux, responsable du spécisme envers les autres espèces animales, alors que toute leur idéologie conduit à déplacer les frontières entre espèces et à clamer, avec leur principal théoricien Peter Singer, que les nourrissons, les grands handicapés, les personnes âgées très dépendantes ne sont pas des personnes, que ces individus n’ont pas, au sens propre, de droit à la vie, qu’un chiot valide est plus digne qu’un grand handicapé, que tuer un nourrisson est moins grave que sacrifier un grand singe.

Trier l’ensemble des animaux (humains ou non) en fonction d’un critère quelconque (caractère « sentient ») revient toujours à recréer la hiérarchie. Proclamer l’égalité animale c’est signifier que certains animaux seront plus égaux que d’autres, donc que certains humains seront moins égaux que d’autres humains et même que certains animaux non humains.

J’accuse le véganisme d’aboutir à un relativisme éthique dès lors qu’il introduit la notion de qualité de vie pour juger de la dignité d’un handicapé, d’une personne âgée dépendante, dès lors qu’il banalise la zoophilie à la façon de Peter Singer, lequel dans son fameux « Heavy Petting » défend certaines formes de rapports sexuels entre humains et animaux, évoquant des contacts sexuels mutuellement satisfaisants. Ce sont ces mêmes végans qui se prétendent les champions toutes catégories de l’éthique face à des mangeurs de viande diaboliquement immoraux.

J’accuse les végans d’abuser celles et ceux qui aiment les animaux et s’opposent avec raison aux mauvaises conditions de l’élevage industriel car, comme le clame Tom Regan, le but n’est pas d’élargir les cages mais de les vider. Ils s’opposent donc à tout ce qui peut adoucir le sort des animaux puisque toute amélioration serait contre-productive en contribuant à déculpabiliser les mangeurs de viande, de lait, de fromages, les amateurs de pulls en laine et de chaussures en cuir et retarderait donc l’avènement d’un monde totalement artificiel.


J’accuse les végans d’être des apprentis sorciers qui, non satisfaits de vouloir modifier génétiquement les espèces animales et demain l’humanité, s’acoquinent avec les transhumanistes comme David Pearce. Il s’agit non seulement de corriger les humains, mais de corriger tous les autres animaux. Les chats et chiens carnivores sont qualifiés de machines préprogrammées pour tuer.

Ce qui est bon pour un animal (humain ou non humain) serait donc de disparaître en tant qu’animal, pour aller vers le posthumain, le chien cyborg. Le chat végan n’est qu’un produit d’appel de ce paternalisme technovisionnaire. Pearce ajoute que tout désir de préserver les animaux (humains compris) dans l’état « sentient » actuel serait du sentimentalisme malavisé.

J’accuse les végans de nous prendre pour des imbéciles lorsqu’ils répètent en boucle qu’il ne s’agit pas de donner le droit de vote aux animaux tout en diffusant, sous le manteau, le manifesteZoopolis, de Sue Donaldson et Will Kymlicka (Alma Editeur, 2016), qui se prétend aussi important pour eux que l’ouvrage fondateur La Libération animale (de Peter Singer, Payot, 2012).

Ces végans entendent bien faire des animaux domestiques des citoyens à part entière, en les dotant de représentants, en créant une législation analogue à celle des humains – pourquoi n’auraient-ils pas de congés payés et de Sécurité sociale ? Le danger n’est pas d’élever les droits des animaux mais de rabaisser ceux des humains. Les humains les plus faibles feraient les frais de ce passage de la communauté humaine à une communauté mixte « humanimale ».

J’accuse les végans de cacher que l’agriculture tue vingt-cinq fois plus d’animaux « sentients », que l’élevage est largement responsable de la disparition de 60 % des insectes ; qu’ils sont les faux nez des biotechnologies alimentaires, notamment des fausses viandes fabriquées industriellement à partir de cellules souches, avant de s’en prendre demain à l’agriculture génératrice de souffrance animale. J’accuse les végans, sous couvert de combattre la souffrance, de recycler en plein XXIe siècle un vieux fonds religieux, celui de la gnose considérant que la matière est en soi mauvaise, ce qui conduit les plus conséquents d’entre eux à prôner, avec le manifeste OOS (manifeste récent pour la fin de toutes les souffrances, sigle de The Only One Solution, lancé par d’anciens activistes de l’Animal Liberation Front), le suicide de masse.

J’accuse les végans de mentir et de le faire sciemment. Brian Tomasik ne cache pas la dissimulation nécessaire : « Il est peut-être dangereux d’évoquer la cause des animaux sauvages avant que le grand public ne soit prêt à l’entendre. » Abraham Rowe, un autre théoricien de l’antispécisme, surenchérit : quand vous vous adressez au grand public, évitez de plaider pour la déforestation, évitez de parler d’élimination de masse des prédateurs, évitez de parler des programmes consistant à tuer des animaux.

Le véganisme est une pensée racoleuse mais glissante, car elle ouvre des boulevards aux idéologies les plus funestes mais terriblement actuelles. Le grand mystère de l’anti-anthropocentrisme végan proclamé est de déboucher sur un hyperanthropocentrisme transhumaniste nourri de fantasmes de toute-puissance. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/01/07/paul-aries-j-accuse-les-vegans-de-mentir-sciemment_5405784_3232.html

Cela pique ! Mais malheureusement Paul Ariès – qui est un ennemi, n’en doutons pas un seul instant – ne dit pratiquement que des vérités… au sujet des antispécistes, et non des « vegans ». Malheureusement pour lui, tout le monde n’est pas antispéciste, il y a les vegans qui sont bien pire pour lui, car faisant de la planète Terre une mère et raisonnant en termes d’écosystèmes, de biocentrisme ! Et cette démarche implique l’inéluctabilité d’un affrontement total avec toutes les forces de destruction, de la manière la plus implacable…Paul Ariès connaît cependant tout cela aussi, très certainement, et c’est son choix de critiquer les antispécistes de manière réactionnaire et non révolutionnaire, car il défend simplement le mode de vie « à l’ancienne ».

L’antispécisme et la suppression des prédateurs

A-t-il toutefois raison dans ce qu’il affirme au sujet des auteurs qu’il mentionne ? Quiconque les a lus sait bien que oui… mais il est vrai que pas grand monde ne lit quelque chose, à part des apprentis universitaires ou des gens rêvant de devenir les « intellectuels » de l’antispécisme. Paul Ariès a d’ailleurs bien profité ici des deux derniers Cahiers antispécistes. Les numéros (disponibles au format PDF uniquement) 40 et 41 d’avril et mai 2018 donnent en effet la parole aux tenants d’un pseudo mouvement « RWAS (Reducing Wild-Animal Suffering) »

Les Cahiers antispécistes se gardent bien de prendre partie ou contre ces gens voulant exterminer les prédateurs, se masquant derrière le débat intellectualo-universitaire, le « brouillard » de la réflexion, la complexité des questions, etc. Il y a pourtant de quoi devenir fou de rage à lire face à des gens qui veulent exterminer des animaux qui seraient « méchants » ! Que les antispécistes soient des gens croyant en un « spécisme » est une chose déjà assez lamentable, mais s’ils commencent à se poser en redresseurs des torts de la Nature, là il faut s’y confronter de la manière la plus claire…

Mais pour montrer à quoi cela ressemble, voici un extrait de « Sur le droit à la vie des prédateurs », de David Olivier, une figure très connue de l’antispécisme français. Les personnes habituées à lire LTD comprendront immédiatement pourquoi nous n’avons cessé de dire que les antispécistes n’aiment pas les animaux, que ce sont des libéraux libertaires raisonnant en termes d’individus…

On devinera évidemment facilement que Paul Ariès a lu cet article de David Olivier et que sa tribune en est notamment un écho.

Dernier avertissement : attention, si on aime les animaux, la lecture des lignes suivantes implique une envie de vomir assurée.

Faut-il moralement tuer les lions afin de sauver les gazelles ? L’idée selon laquelle remettre en cause la prédation implique de vouloir tuer les lions nous est souvent lancée en tant que réfutation par l’absurde dès que nous abordons la question de la souffrance des animaux sauvages.

Nous-mêmes tendons alors à récuser une telle idée, expliquant que nous préférons des moyens plus « doux », comme le développement de préparations alimentaires végétaliennes adaptées pour les lions, ou la modification

progressive de leur génome (par des technologies type gene drive par exemple) pour qu’ils cessent de devoir et vouloir tuer, ou encore par l’extinction progressive de leur espèce par la stérilisation. En tout cas, nous ne voulons pas tuer les lions. Quels militants animalistes serions-nous, si nous appelions à tuer des animaux !

Ceci pourtant est en dissonance avec le fait qu’un seul lion tue un grand nombre d’autres animaux au cours de sa vie. En nous abstenant de tuer un lion, nous tuons de nombreuses gazelles. D’un point de vue conséquentialiste, il semblerait préférable de tuer un lion plutôt que de tuer (indirectement) tous ces autres animaux ; et préférable de le faire immédiatement, plutôt que de compter sur des solutions impliquant un long délai – solutions plus douces, mais pour le lion seulement !

Certes, d’autres conséquences – éventuelles – sont à prendre en compte, comme la surpopulation des gazelles qui peut (ou non) résulter de l’absence de prédateurs. De telles questions méritent d’être discutées pour elles-mêmes. Il reste que nous avons bien de fortes inhibitions face à l’idée de tuer les lions, indépendamment de toute conséquence indirecte.

Je pense que ces inhibitions sont infondées, et sont l’effet de la manière dont nous tendons à décrire la situation dans le cas de la prédation, différente de la façon dont nous décrivons les interactions humaines. (…)

Revenons maintenant aux lions et aux gazelles. Les uns comme les autres ont un droit à la vie. Si nous envisageons ce droit comme nous le faisons habituellement pour les humains, il s’agit d’un droit-liberté, et d’un droit-créance seulement de façon limitée.

Le lion doit recevoir des antibiotiques si c’est ce dont il a besoin pour survivre. Mais le droit à la vie d’un lion lui permet-il d’exiger d’une gazelle qu’elle lui cède ses organes – de fait, son corps entier ? Je ne vois pas comment cela pourrait se justifier.

Si nous appliquons les normes que nous appliquons aux humains, nous ne devons pas tuer les lions ; mais nous ne devons pas non plus leur permettre de manger les gazelles. Et si les lions ne peuvent survivre sans manger les gazelles, ils mourront. Cela ne signifie pas que nous les aurons tués, mais seulement que nous les aurons laissés mourir.

Quand on nous accuse de vouloir tuer les lions, peut-être devrions-nous répondre qu’en l’absence d’un autre choix – d’aliment végétalien pour lion, par exemple – nous ne devons pas tuer les lions, mais les laisser mourir. Permettre aux lions de manger les gazelles n’est pas un choix envisageable ; les gazelles ne leur appartiennent pas.

La raison pour laquelle nous n’envisageons généralement pas les choses ainsi tient, je pense, à notre biais cognitif du statu quo.

Il nous semble normal que le lion mange la gazelle. Au contraire, il ne fait pas partie du statu quo, et n’est pas vu comme normal, qu’un humain s’attribue les organes d’un autre pour survivre. Mais imaginons que les lions aient initialement été des herbivores, et soient brusquement devenus – sous l’effet d’un virus, par exemple – des carnivores obligés, ne pouvant survivre sans la chair des gazelles ? Les gazelles seraient-elles tout à coup à leur disposition ? Pourquoi le seraient-elles ?

On peut objecter qu’il serait moins cruel de tuer le lion que de le laisser lentement mourir de faim. Cela peut bien être vrai, et dans ce cas l’euthanasie serait justifiée. (…)

Il est sans doute préférable, stratégiquement, de concentrer nos efforts sur la prédation commise par les humains, c’est-à-dire sur leur consommation de viande. Cependant, la manière dont nous voyons la prédation et les solutions que nous nous permettons d’imaginer ne sont pas sans conséquences. Il y a une forte valeur symbolique, il me semble, à affirmer qu’il serait juste de prévenir la prédation, même au prix de la vie du prédateur. Cela peut aussi nous aider à nous sentir plus à l’aise concernant les interventions limitées que nous pouvons dès à présent pratiquer dans la nature, par exemple pour protéger une souris d’un hibou. Nous pouvons nous sentir mal à l’aise en nous demandant à la manière de Kant si nous pouvons vouloir que la maxime de notre acte soit une loi universelle, ce qui impliquerait que le hibou meure de faim. Accepter qu’en effet nous pouvons vouloir l’universalisation de cette maxime peut nous permettre d’agir plus sereinement.

Ce raisonnement peut se retrouver assez aisément, pour prendre l’exemple du hibou : il y a des gens qui veulent bien aider les animaux… mais refusent d’aider ceux qui sont des prédateurs. Ils « choisissent » les animaux qui sont bons et ceux qui sont mauvais. Comme ils nient la Nature, ils se prennent pour des dieux, et ils « choisissent ». Ils ne prennent pas en compte la réalité, ils rejettent ce qui existe, au nom d’une évaluation abstraite, qui tourne en roue libre dans leur tête.

Quiconque fait face aux faits ne s’empêtrent pas dans ces aberrations. Dans un refuge, on aide tous les animaux. Et il est vrai qu’il est regrettable que dans la Nature, des animaux en tuent d’autres. Mais la Nature ne vit pas encore le « communisme », et s’il est tout à fait possible de considérer la Nature avance en cette direction, en attendant ce n’est pas le cas et il faut donc faire avec !

Cela signifie donc se soumettre à la Nature. C’est précisément ce que ne veulent pas les antispécistes, pas plus d’ailleurs que l’ensemble de l’humanité, très satisfaite de son béton, de son pétrole, de ses drogues et de son mode de vie de plus en plus fictif. Les gilets jaunes qui veulent à tout prix en sont bien un triste exemple.

Le mode de vie vegan straight edge rompt avec cela. Pas de cigarettes, pas d’alcool. Aucune drogue, pas de produits en général rendant dépendants. Pas de sexualité hors du cadre de la construction d’un couple, toujours être franc, s’édifier dans le refus du culte de l’ego et des apparences, dire non à qui emporte l’esprit dans l’absence de raisonnement. Avoir la plus grande méfiance à ce que propose une industrie capitaliste de l’alimentation avec son sucre et sa chimie.

Assumer la compassion la plus grande, non seulement passivement mais activement : aimer tous les animaux, la vie en général, voir comment elle triomphe toujours et comment elle avance à plus de beauté, de richesse. Soutenir matériellement les animaux, développer sa propre sensibilité, sa propre capacité à l’empathie. Se forger dans la rupture avec la destruction, dans la célébration de la vie… Assumer que l’humanisme le plus grand aboutit à concevoir l’être humain comme une simple composante de la Nature, et concevoir notre planète comme une mère qu’il faut protéger à tout prix !

L’antispécisme et la suppression des prédateurs

« Il est navrant de constater que des universitaires dénigrent l’antispécisme de manière expéditive »

Une tribune a été publiée dans Le Monde, sous le sobre titre de « Il est navrant de constater que des universitaires dénigrent l’antispécisme de manière expéditive », et c‘est quelque chose qu’on attendait depuis longtemps.

Il est en effet d’une clarté totale sur le point de vue des Cahiers antispéciste, et donc également de L214. Il est dit de manière explicite :

  • que l’être humain ne serait pas un animal comme les autres (absurde ! qu’est-il alors?),
  • il n’en irait pas de l’amour des animaux et de la vie, mais d’une simple possibilité de ne pas faire du mal,
  • il ne faudrait pas considérer les espèces, mais seulement les individus,
  • il ne s’agirait pas de défendre la vie en général et d’ailleurs certains animaux n’éprouveraient aucune sensation !

Rien que ce dernier montre bien que ces gens sont des ennemis. Cela montre que nous avons parfaitement interprété la valeur de cette interprétation, il y a dix ans déjà… Et que heureusement il a été possible maintenir les principes essentiels de la libération animale face à cette vision individualiste anti-Nature !

Tribune. Le spécisme fait de plus en plus débat dans la société. Un spéciste peut estimer, par exemple, que le fait qu’un animal appartient à une espèce particulière peut justifier à lui seul qu’on puisse le tuer pour en consommer les chairs. En France, société spéciste, on mange ainsi du cochon, mais pas du chat et encore moins de l’humain.

Le mot « spécisme » a été inventé dans les années 1970 en analogie avec les termes racisme et sexisme. Un raciste ou un sexiste va en effet ne pas avoir la même considération morale envers des personnes en fonction de leur race (ou supposée race) ou de leur sexe. Ces trois idéologies participent donc de la même logique et fondent des rapports de domination, d’exclusion et de violence à l’encontre d’individus appartenant à des catégories dépréciées.

En revanche, pour l’antispécisme, l’espèce (à l’instar de la « race » et du sexe) ne peut constituer un critère pertinent de considération morale. Seul l’intérêt des individus est à prendre en compte, quelle que soit leur espèce.

Conséquemment, étant donné que l’on peut être en bonne santé sans consommer de produits d’origine animale et que les poissons, vaches, cochons ou poules ont un intérêt à la fois à ne pas souffrir et à ne pas se faire tuer, le mouvement antispéciste conteste la légitimité de l’élevage, de la pêche et des abattoirs.

Cette position bouscule bien sûr des traditions et des façons de penser millénaires. Elle remet aussi en cause le privilège que les humains s’arrogent de maltraiter les autres espèces selon leur bon plaisir. Qu’elle suscite des réactions de rejet n’est donc pas surprenant. Mais il est plus navrant de constater que des chercheurs la dénigrent de manière expéditive, comme en témoignent nombre d’interventions récentes en France.

Par exemple, dans un récent entretien, le philosophe Étienne Bimbenet récuse l’antispécisme parce que cette « idéologie » avancerait la « thèse […] contestable » selon laquelle « nous serions, [nous autres les] humains, des animaux comme les autres ». Ce qui conduit ce philosophe à parler des« outrances » de l’antispécisme et de son « aveuglement […] pernicieux [car] il se présente sous les traits d’un progressisme »tout en niant ce qui fait la spécificité humaine.

Or jamais l’antispécisme n’avance que les humains seraient des animaux comme les autres. Il soutient simplement que, d’un point de vue éthique, c’est la capacité, que possèdent les humains et beaucoup d’animaux, à ressentir des sensations et des émotions qui importe. Cela revient à reprendre le principe de justice selon lequel il faut traiter les cas similaires de manière similaire et donc à attribuer autant de considération à la souffrance d’une vache, d’un cochon ou d’une poule qu’à celle d’un humain.

Dans le même registre, l’anthropologue Jean-Pierre Digard a fraîchement écrit dans « Raisons et déraisons. Des revendications animalitaires. Essai de lecture anthropologique et politique », publié dans la revue Pouvoirs, que les antispécistes réclament « un traitement égal pour toutes les espèces ». À la suite de quoi, il peut ironiser que ce n’est pas « respecter tel ou tel animal que de le considérer et de le traiter pour ce qu’il n’est pas ».

Pourtant, toute personne qui prend la peine d’étudier un minimum l’antispécisme en se tournant vers le livre du philosophe australien Peter Singer, La Libération animale (Payot, 2012), qui a popularisé cette notion, peut lire que « l’égalité de considération morale » ne signifie pas « l’égalité ou l’identité de traitement ». Si le mouvement antispéciste estime en effet qu’il faut attribuer autant de considération à la souffrance des animaux sensibles qu’à celle des humains, il estime tout aussi important de les traiter différemment en fonction de leurs intérêts et capacités. La distinction est d’ailleurs explicitée dans toutes les présentations de l’antispécisme.

Enfin, dans sa récente tribune au Monde« L’argumentation biologique soutenant l’antispécisme est erronée », le biologiste Christophe Robaglia soutient que, selon l’antispécisme, « plus les organismes sont proches de l’homme, plus ils sont susceptibles d’éprouver une souffrance similaire à la sienne, qu’il faut éviter de leur infliger ». Il en déduit que l’antispécisme réintroduit, à l’encontre des enseignements de la biologie moderne, « une hiérarchie dans le monde vivant où les plus dignes d’attention sont évolutivement proches de l’homme, plaçant implicitement celui-ci au sommet de l’arbre du vivant ».

On ne peut pas plus se tromper sur l’antispécisme où il n’est jamais question de privilégier une proximité avec les humains. La souffrance d’un poisson, d’une poule ou d’un cochon compte autant que celle d’un chimpanzé. En outre, il est faux de dire que les organismes sont d’autant plus sensibles à la douleur qu’ils nous sont proches. Par exemple, les tuniciers sont plus proches phylogénétiquement des humains que les abeilles ; ils ne sont pourtant pas sensibles, tandis que les abeilles le sont.

On pourrait ainsi continuer longtemps à citer les erreurs des universitaires français sur l’antispécisme. S’il arrive à tout le monde de se tromper, il est plus problématique de constater à quel point ces chercheurs sont très mal informés sur cette philosophie qu’ils dénigrent. Ils ne lisent pas la littérature spécialisée sur le sujet, ne répondent pas aux critiques qui leur sont adressées et délaissent le dialogue avec les antispécistes.

C’est probablement parce que, pressentant que l’antispécisme conteste leurs privilèges d’humains, maîtres et possesseurs des autres animaux, ils sont pris de panique et réagissent avant même d’avoir mûrement réfléchi à la question. Hélas, cette attitude ne permet pas la mise en place d’un véritable débat sociétal, trop longtemps différé, sur le spécisme…

Les auteurs de cette tribune sont : Yves Bonnardel, cofondateur des « Cahiers antispécistes », Thomas Lepeltier, chercheur indépendant et membre associé au centre d’éthique animale d’Oxford, et Pierre Sigler,rédacteur aux « Cahiers antispécistes » et chargé de recherches documentaires pour l’association suisse « Pour l’égalité animale ». Ils ont publié « La Révolution antispéciste » (PUF, 360 pages, 17 euros).

Collectif

Le 11 juillet 2018

« Un Vegan au pays du foie gras » ou pourquoi je n’irai pas à la « Veggie Pride »

Voici un texte (publié sur Indymédia) au sujet de la Veggie Pride et de la situation du mouvement “animaliste.” C’est un texte long, très long, voire trop long peut-être, mais qui vaut le coup d’oeil.

Même si finalement, il dit plein de vérités pour pas forcément grand chose de notre point de vue, car il arrive au véganisme et à l’écologie en tentant de dépasser le “mouvement animaliste.” Or, en ce qui nous concerne, nous n’y arrivons pas, nous en partons dans un grand élan nous menant à la défense de la nature…

Une nature qui est la grande oubliée de ce document, un comble alors qu’est mise en avant la libération de la Terre. Il y a là une incohérence profonde.

Pareillement, la démarche est classiquement “antispéciste” dans son approche des animaux, encore et toujours considérés ici comme des êtres “abstraits” (il n’y a ni appel à l’adoption, à soutenir les refuges, à s’ouvrir à la vie animale et végétale, etc.).

Bref, pas de Gaïa, mais simplement un antispécisme “refondé” en piochant dans la libération de la Terre…

D’emblée, il faut dire que j’écris d’un point de vue « individuel ». Que je ne me pose pas en « guide » et n’incite personne à « me suivre » ou à adhérer à une organisation politique en particulier.

Même si je me rattache à des idées et luttes que je ne cache pas, et que je vais défendre ici avec ma façon de voir, mes conclusions ayant rapport à ma “courte” expérience dans les milieux « animalistes » (tout ce qui a trait à la question des animaux), et je veux seulement exposer pourquoi je défend le principe de libération animale et de libération de la Terre, et contre l’exploitation humaine, et pourquoi ça me conduit « paradoxalement » à refuser de me rendre à un des plus grands rassemblement « animalistes » de ces dernières années qui soit organisé en France : La veggie pride.

Même si je considère que la veggie pride et son gloubiboulga militant est une escroquerie, et comme je me suis rendu aux autres depuis que je suis vegan (déjà quelques années…) je souhaitais me rendre à l’édition 2011 de cette marche de la veggie pride qui se déroule à Paris le 11 juin 2011 : parce que c’est (malgré tout) toujours l’occasion d’y faire des rencontres, de partager, de garder un oeil sur l’évolution des diverses composantes de ce mouvement et de convaincre -les meilleurs ennemis de la veggie pride qui partagent mes arguments contre celle-ci y ont en général tous et toutes été au moins une fois-. Plusieurs raisons qui me semblent valables m’ont cependant convaincu de ne pas y aller.

Je crois qu’il est important que je dise pourquoi : déjà parce que je partage en premier lieu l’idée que « l’inaction est une trahison » en général lorsqu’on prétend être engagé dans une lutte, et en particulier lorsqu’on prétend vouloir lutter pour les animaux et plus généralement la nature qui sont des êtres sensibles ou des ensembles qui ne peuvent pas se défendre par eux-même, comme l’ont si bien remarqué les « libertaires » du journal de l’O.C.L dans l’anti-véganisme primaire de leur article “vegan, une mode pour temps de crise”.

Ce devrait être la première raison de la solidarité et de l’entraide : aider, soutenir et arracher des griffes de la domination sociale les êtres qui ne peuvent pas le faire par eux-mêmes (même si je défend de tout coeur l’idée d’autonomie des luttes, de la nécessité de mener des luttes spécifiques et d’auto-organisation, à chaque fois que c’est possible : c’est à dire dans l’ultime majorité des cas).

Cela étant dit, il faut à ce sujet rétablir une vérité sur laquelle nous reviendrons dans le développement de ce texte. En effet, si la plupart ne sont pas capables de se libérer des cruels stratagèmes mis en place par les être humains pour les asservir, pour autant l’idée que les animaux ne se défendent pas, ou ne se révoltent pas est absurde : de nombreux chiens maltraités tuent leurs maîtres en leur déchirant la jugulaire ou en les mordant au sang et sont ensuite euthanasiés, certains animaux en cages saisissent le moment d’inattention humaine pour s’enfuir et se défendre violemment lorsqu’on essaye de les reprendre, etc…

La plupart des animaux, lorsqu’ils ressentent de l’hostilité, chercheront à se défendre, parfois même en groupe, et généralement se battront pour sauver leur vie et reprendre leur liberté.

Pour en revenir à ce que j’identifie comme des impasses, je peux déjà commencer par dire qu’apriori, le mouvement « animaliste » étant faible en France (et en particulier la tendance pour la libération animale, qui y est marginalisée derrière une tendance majoritaire de plus en plus marquée qui est celle du « réformisme à dominante végétarienne »), je considère en général -à l’inverse de pas mal de vegans assez dépités de l’état du mouvement en France- que tout « grand » rassemblement qui pose la question de l’animal comme sujet politique et le relie à celle de l’exploitation (même de manière parcellaire) est intéressante et représente toujours une occasion de rencontrer des personnes sensibles à ces questions et de les faire évoluer, d’évoluer soi-même et de développer un véritable mouvement de libération animale. Bref, de pousser la contradiction, de mettre les choses en branle, en mouvement : de refuser la stagnation, voir les retour en arrière.

J’aurai même tendance à dire que malgré tout les reproches qu’on peut lui faire (notamment sur la confusion complaisante entre « protection animale » et « libération animale », « pisco-ovo-lacto-végétarisme » -bientôt carno-végétarisme ?- et véganisme, etc…), la « veggie pride » restait jusque là malgré tout une occasion de renforcer les solidarités et les connaissances, créer des opportunités de rencontre et même de manière extrêmement insignifiante : d’espérer que le mouvement évolue vers plus de cohérence politique et donc plus de pertinence et d’efficacité. Mais depuis des années, c’est exactement l’inverse qui se produit.

Lorsque les gens à l’origine de cette « veggie pride » sont pour certain-e-s des vegan-e-s sincères depuis des années, qui ont fait les 400 coups du militantisme et de l’activisme pour la libération animale (et parfois bien plus : pas seulement pour les animaux) et se retrouvent aujourd’hui avec ce mouvement ridicule entourés de gens qui assument désormais de ne mettre qu’en avant le « végétarisme », en se victimisant dans une attitude complaisante de soi-disants « exclus ». Attitude qui confine au plus pur narcissisme petit-bourgeois où la dénonciation de la « végéphobie » devient l’argument suprême en faveur … des animaux ?

Il est clair qu’avec cette attitude, qui consiste à prétendre qu’il est « difficile d’être végétarien » (ce qui est complètement faux, et en particulier à paris ou ile de france où il est facile de trouver une alimentation ovo-lacto végétarienne à bas prix, et que le végétarisme « ovo-lacto » -ou pire « pisco »- a même plutôt bonne presse depuis quelques temps…) n’amènera certainement pas les gens à devenir végans (c’est à dire pleinement « végétariens » -après tout, depuis quand les oeufs et le lait poussent sur les arbres ?-) de manière conséquente.

Parce qu’elle pousse ses participant-e-s à se présenter comme des gens « courageux » au seul prétexte qu’ils ont renoncés à quelques petits privilèges de l’exploitation animale, et encore : même pas à tous.

Je vais donc expliquer pourquoi selon moi, les idées de véganisme, de libération animale et de libération de la terre sont essentielles et inséparables, et pourquoi il est préférable d’aborder les choses sous cet angle plutôt que sous le seul angle de l’anti-spécisme et de la souffrance animale, en commençant par expliquer en quoi l’actuel mouvement et ses principales composantes font fausse route.

Pourquoi surtout, cette « fausse route » nous conduit à adopter ces attitudes dénoncées plus haut plutôt qu’à évoluer vers des mouvements écologistes radicaux, réellement politiques, végans ou pro-vegans (c’est à dire mettant en avant le véganisme même lorsque certaines personnes ne sont « que » végétariennes : parce que c’est la seule véritable démarche cohérente vis à vis des animaux) et défendant clairement l’idée de libération animale (même si cela se fait souvent avec une large composante welfariste-réformiste) comme cela s’est fait dans d’autres pays comme l’angleterre, l’allemagne ou l’autriche,etc.

C’est à dire des pays où ces mouvements sont arrivés dans un lapse de temps plus ou moins court à des résultats conséquents : création d’un large mouvement vegan avec une culture de libération animale (mettant en avant la nourriture végétalienne dans les grands rassemblements culturels ou contestataires), abolition de la chasse, réduction drastique ou interdiction dans certains cas de l’expérimentation animale, obligation de mention sur les produits alimentaires ou autres de préciser si il contiennent des produits animaux, ont poussé des grandes entreprises à arrêter l’expérimentation ou l’exploitation animale ou à fermer, etc…

Toutes ces choses qui si elles ne sont pas “l’abolition ou la libération animale totales”, représentent des avancées conséquentes et tangibles en ce sens et reposent sur des mouvements puissants, offensifs et cohérents qui s’en revendiquent.

Pour développer mon point de vue, j’ai la sensation qu’en france, le mouvement pour les animaux est resté prisonnier de plusieurs pièges qu’on pourrait aborder sous deux angles de vue :

Le premier est celui de la « protection animale » : évidemment, cette tendance est complètement « apolitique » (du moins « a priori », parce qu’elle refuse toute réflexion politique sur la thématique animale comme sur le reste) et considère le problème des animaux comme un problème à « traiter », à « gérer » de la manière la plus « humaine » qui soit et surtout par l’invocation de la loi et de la « justice » (tendance qu’on retrouve même chez certains vegans, comme ceux de « vegan.fr » : le rejet de la politique confinant au slogan « c’est une question de justice ») .

Il est donc essentiellement associatif, légaliste et moraliste. Il consiste surtout à jouer sur le sentimentalisme (jouer sur les émotions des gens) et à tenter de sensibiliser sur la question de la souffrance animale. Ses « bons points » sont que ses militant-e-s mettent en général en avant le fait d’adopter des animaux (pour leur offrir refuge et éviter l’euthanasie ou les mauvais traitements) et de se comporter de la manière la plus « respectueuse » qui soit envers ces derniers, tout en reconnaissant que les animaux peuvent souffrir, ont des besoins et des désirs.

Toute proportion gardée, je prétend que ce sont des bons points car dans le marasme dans lequel nous sommes, la plupart des gens refusent aux animaux l’idée qu’ils peuvent souffrir et que si ils traitent plus ou moins bien « leurs » animaux de compagnie en général (parce qu’ils savent que cela leur procure « comme par magie » l’affection et la fidélité de ces derniers), ils n’éprouvent aucun sentiment à l’idée de manger quotidiennement les cadavres des autres animaux qui sont « faits pour », et ressentirons parfois du plaisir ou de l’amusement à voir d’autres animaux se faire torturer (comme sur les vidéos de violences qui circulent sur youtube ou d’autres sites, illégales comme les combats de chiens, tolérés comme les combats de coq ou simplement légaux comme la corrida…).

Si on leur laissent la parole, les partisans de cette stratégie arguent souvent aussi que leur activisme a permis des évolutions dans la loi, ou au moins dans les moeurs puisque les lois restent souvent lettres mortes ou au moins inefficaces lorsqu’elles ne reposent pas sur une culture forte qui soutient ces avancées (la police et la justice se moquent bien plus de la situation des animaux que de celles de certaines catégories -minoritaires ou non- d’êtres humains qui sont déjà dans des situations d’oppression extrêmes et tout aussi intolérables, à moins de servir d’alibi, lorsqu’il s’agit par exemple de condamner un violeur, un patron « voyou » ou des crimes racistes.

Alibi parce que le fait de condamner des gens voir les enfermer ou même les tuer ne réparent pas les préjudices subit et évitent encore moins la dégradation des conditions d’existence des exploité-e-s humain-e-s ou non-humains lorsque les systèmes d’oppression racistes, sexistes, de classe, et spécistes se maintiennent, voir se renforcent et augmentent donc la reproductibilité et la violence des préjudices infligés aux exploité-e-s humains et non-humains.)

Cet argument me semble essentiel : dans les problèmes humains comme pour les animaux, l’Etat est dans une incapacité technique à résoudre les problèmes sociaux, et d’abord parce qu’il existe comme instrument d’exploitation : d’une classe sur une autre, d’un sexe sur l’autre, et d’un genre sur les autres (hétéro-patriarcat), à la faveur d’une « identité nationale » plutôt que d’une autre, donc d’un modèle culturel et ou « racial » -excluant par définition-, des animaux humains sur les non-humains, de « l’Homme », sur la nature, etc.

On pourrait, de ce point de vue, parler de « l’immoralité » de la peine de mort, de la torture, des conditions d’enfermement dans les prison, et même de la prison elle-même (du fait d’enfermer et séquestrer des « animaux humains »). Et nous ferions la même chose que ce que fait la S.P.A ou brigitte bardot avec les animaux, mais avec les humains cette fois-ci : c’est à dire en ne parlant que de « morale ».

C’est en fait une façon d’appliquer le statut d’animaux en tant que sujets, tels qu’ils sont perçus dans la mentalité et la culture dominannte, aux êtres humains (comme des êtres tout juste « sensibles » incapables de vivre et se mouvoir par eux-même ou elles-mêmes et qui ont besoin d’une autorité supérieur pour bien vivre) : lorsque l’idée de libération est bien plus puissante et radicale parce qu’elle critique à la fois la manière dont les animaux non-humains sont traités, mais aussi la manière dont la terre, et même et surtout l’ensemble des animaux, c’est à dire en premier lieu et de « notre » point de vue les êtres humains (et notamment les plus opprimé-e-s) sont traité-e-s et dans quels systèmes de domination ils et elles sont impliqué-e-s, parfois comme exploiteurs, souvent comme exploité-e-s, presque toujours comme tel dans le cas des animaux.

Cette mentalité de « pitié » à l’égard des animaux devrait nous interroger parce que la pitié est un sentiment « culturellement théologique » (ce qui veut dire qu’on a pas besoin d’être soi même croyant pour reproduire un schéma religieux), et qu’il a toujours été réservé à des êtres perçus comme faibles et condamnés à l’être par la morale et/ou les « saints écrits ».

Les animaux ne sont pas « mignons » ou « gentils ». certains sont capables de nous déchiqueter en quelques secondes juste parce qu’ils nous perçoivent comme une menace ou ont faim. Mais nous ne devons pas projeter sur les animaux ni nos mauvais comportement (« agir uniquement par pulsions du moment ») ni nos visions idéalisées de ce qu’est le bien (« gentil », « mignon », « doux », « rassurant », « protecteur », « providentiel »).

Parce qu’agir ainsi procède d’une pensée cruellement limitative, et ne peut résoudre la question des animaux car comme nous l’avons vu : les êtres humains, comme les autres animaux, peuvent être « doux », « attentionnés » et « gentils » puis se comporter froidement quelques secondes plus tard. Mais ces comportements, en particulier chez les êtres humains n’ont rien de « naturels » (au sens d’innés et d’immuables), ils dépendent simplement des circonstances.

Les animaux sont placés dans des circonstances qui les obligent à être violents (pour se libérer d’un piège, pour manger, pour survivre en bref). L’étude de la psychologie animale révèle que les animaux changent de comportement et de mentalité en fonction du milieux dans lequel ils sont placés, de la satisfaction de leurs besoins et désirs, et de l’hostilité qu’ils rencontrent.

Comme chez les être humains, l’enfermement tend à les dégrader, les abrutir, leur provoquer des psychoses ou des dépressions, les rendre renfermés sur eux-même et apathiques, méfiants et/ou aggressifs, et parfois même à refuser de se reproduire (absence de libido en captivité ou simple apathie dépressive).

Souvent, les humains aussi sont violents (et parfois, c’est complètement « justifié », lorsque que comme les animaux : le but est la résistance à l’oppression et la révolte contre la domination), mais rien ne nous oblige dans l’ultime majorité des cas à être violent vis à vis des autres animaux : certainement pas pour manger, à moins d’être perdu dans la jungle ou de confronter une famine du à une catastrophe naturelle ou des régions arides et désertes lorsqu’en bref c’est « ça ou mourir de faim ». Mais ces situations n’existent pas en France, ou quasiment pas, et même la plupart des sans-abris ne chassent pas pour se nourrir (du moins dans les grandes villes et en périphérie).

Nous ne devrions pas nous identifier uniquement qu’à la « nature » ou penser que tout comportement humain n’est acceptable ou « bon » que parce qu’il est « spontané » ou « naturel », même lorsqu’il tend à défendre les animaux dans certains cas.

Nous devrions nous interroger sur les motivations, les dires, et aussi les silences de chacun de nous : si le but de nos combats ou luttes est de libérer les animaux de l’exploitation humaine, et à fortiori de nous en libérer nous-même, alors nous ne devons pas nous complaire dans le sentimentalisme, parce qu’il se révèle, pour les raisons exposées plus haut, parfaitement impuissant à changer les mentalités de manière significative, et à s’attaquer au système de l’exploitation animale.

Parce que le sentimentalisme, comme la pitié et le moralisme, procède d’une façon de penser très religieuse, qui consiste à s’appesantir sur le sorts des martyrs en réclamant que « Dieu » ou une quelconque autorité morale (y compris la justice) fasse les choses à notre place.

Et les « choses », c’est de changer les mentalités, de faire évoluer la critique, et de détruire une culture de mort fondée sur l’exploitation des êtres humains, des animaux en général et même de la nature. A ton jamais vu « Dieu » ou un système judiciaire ou un quelconque « pouvoir public » se manifester significativement pour venir à bout de questions aux implications si profondes et si importantes ? Il est clair que non.

Et il y a une bonne raison à ça : Dieu et la justice ont cela en commun d’avoir été inventés pour déposséder les gens de leur capacité à changer les choses en profondeur dans la société, et pour parler simplement : tout les grands changements significatifs apportant plus de liberté ou de « bien-être » dans l’histoire se sont fait contre les deux et en particulier dans l’histoire contemporaine (même si la justice a presque toujours tenté de formaliser les « acquis sociaux » des luttes politiques, ce qui a surtout consisté à en faire des acquis « juridiques » facilement démontables : c’est un autre exemple du fait que seule la lutte, et l’action payent) et par l’action autonome des exploité-e-s et leurs soutiens.

La loi n’est rien d’autre qu’un rapport de force -au service de qui contrôle l’Etat- (qui est, et a toujours été un instrument de classe et de domination), et il n’est donc pas étonnant que rien de solide ne puisse reposer dessus étant donné que celle-ci change en fonction des intérêts des classes dominantes, et que celle-ci n’a clairement pas intérêt à ce que l’exploitation animale soit réduite (au moins dans un premier temps, on peut aussi imaginer un système dans lequel l’exploitation animale redevienne un luxe bourgeois ou seul certains produits « bios » par exemple, très couteux, soient tolérés – c’est déjà en partie le cas concernant les produits animaux « de qualité » et des produits alimentaires en général) et encore moins à ce qu’elle disparaisse.

En effet, la disparition de l’exploitation animale signifierait la fin d’un monde pour une classe dominante qui a toujours apprécié (comme le remarquaient déjà les philosophes des Lumières) de s’exposer comme grande consommatrice de produits animaux, et en particulier de produits « non alimentaires » de « richesse ostentatoire » : des cosmétiques à la fourrure en passant par le cuir (souvent vu comme plus « masculin ») et tout ses dérivés. Ce sont aussi les vestiges du colonialisme et de sa mentalité qui a toujours vu dans les produits animaux de luxe (alimentaires ou non) comme un certain « exotisme ».

Qui, dans les pays industrialisés aujourd’hui, à part des bourgeois occidentaux, mange du requin ou consomme de la fourrure de vison, se vente de porter un bijou en peau d’animal mort ou voit dans la chasse quelque chose de romantique ? L’exploitation animale est intimement liée à l’exploitation d’une classe humaine sur une autre, et même sur plusieurs autres.

N’est-ce pas Louise Michel qui disait à peu près que « plus l’homme est cruel envers le bête, plus il est rampant devant ceux qui le dominent » ? Le style « baroque » d’une bourgeoisie en pleine auto-célébration d’elle-même dans un monde où les 2/3 de l’humanité ne possèdent quasiment rien sinon les moyens rudimentaires de sa survie, ne peut pas ne pas être mise en lien avec l’exploitation animale et sa défense idéologie virulente jusque dans les milieux politiques dits révolutionnaires.

Elle ne peut pas être ignorée. Et réciproquement, la lutte pour les animaux et leur libération ne peut plus se payer le luxe de refuser aujourd’hui encore de faire le lien avec les autres questions humaines, c’est à dire de la « politique » (au sens « noble » du terme : comme « vie de la cité » impliquant tout le monde, et non justement comme seul « lobbying », spectacle médiatique ou de la gestion).

Elle ne peut plus non plus se payer le luxe d’ignorer à quoi l’exploitation animale est liée culturellement, idéologiquement et politiquement : et ainsi comment la combattre réellement et espérer y mettre un terme ou au moins la faire reculer à court terme dans les mentalités comme dans la réalité.

Il est inquiétant qu’en 2011, ces associations de « défense animale » ne trouvent rien à dire au fait qu’on veuille enfermer en hôpital psychiatrique quelqu’un qui s’attaquait à des abattoirs (un lieu ou les animaux pourraient sans doutes être « mieux traités » ? Pardonnez l’ironie) ou qu’un couple de végétaliens soient condamnés pour la mort accidentelle de leur bébé en mettant en cause leur régime alimentaire (ce qui s’apparente à un procès politique), qu’un groupe de végans soit terrorisé par la police simplement pour des prises de positions en faveur de la libération animale et de ses prisonniers à l’étranger.

Le silence de ces associations et organisation est inquiétant parce qu’il traduit cette incapacité à prendre position sur des sujets politiques graves et sensibles dans l’actualité récente et cela même quand « ça s’est passé près de chez vous » (parce qu’ils sont polémiques et risqueraient de « perturber » leur petite lutte parcellaire, ou simplement parce que certains des ces gens pensent au fond que le végétalisme est « dangereux » ou pas essentiel, ou peut être que les abattoirs sont sans doutes tolérables d’un point de vue « animaliste » -osons la question-) même lorsque ces sujets concernent directement la question des animaux, et que ce sont ces associations qui sont les plus directement concernées et donc censées réagir à de tels événements. Au lieu de cela, on préfère y parler de « végéphobie » tout en métant seulement en avant un régime alimentaire qui ne défend même pas complètement les animaux. C’est là qu’est l’escroquerie

On aura au mieux droit à un communiqué larmoyant (ce qui n’a pas été le cas de tout le monde pour les cas cités) : on peut légitimement se demander si c’est suffisant. Je pense que c’est à partir d’un tel constat qu’on peut résolument comprendre que ce type d’organisation est au mieux complètement insuffisant, et parfois même franchement limitant et incapacitant puisqu’il engage des individu-e-s, leur temps et leur énergie dans des stratégies et des organisations qui sont incomplètes, voir même mauvaises (puisqu’inefficaces et parcellaires).

En outre, je ne crois pas qu’on puisse faire confiance à des associations qui passent leur temps à jouer sur les sentiments et la morale en se payant des affiches de pubs gigantesques et extrêmement onéreuses sur le fait qu’il ne faille « pas manger de viande de cheval » parce que le « cheval est notre ami » lorsque c’est sans doutes l’une des viandes les moins consommées parmi les produits animaux, et que ce type de campagne ne fait pas le lien avec le simple fait de manger de la viande comme un problème, mais encore que l’argent pourrait être employé à des choses simplement plus utiles : comme dénoncer directement les abattoirs, l’exploitation animale ou que sais-je… quoi que ce soit de plus essentiel et de plus fondamental !

Quitte à parler d’un animal en particulier, je préfère de très loin une affiche anglaise qui disait il y a longtemps « mangeriez vous votre chien ? » (puisqu’elle pose la question de la hiérarchie de valeur entre les différentes espèces d’animaux dans la culture). On ne peut de toute façon pas faire confiance à un mouvement de « défense animale » qui en vient à tolérer l’exploitation animale ou à observer un silence complaisant devant la répression de ceux et celles qui le combattent en actes.

L’antispécisme me semble être l’autre « écueil » dans lequel est tombé le mouvement animaliste. Il constitue sa frange en général la plus « radicale » dans l’imaginaire collectif : se dire antispéciste, c’est être vu comme « plus radical » que le simple végétarien ou le défenseur des animaux.

La critique antispéciste, qui est en général déjà plus avancée parce qu’elle défend le véganisme, exprime en effet une idée déjà plus radicale, qui consiste à dire que les espèces animales et la hiérarchie entre ces espèces est une construction sociale humaine faite pour justifier la domination sur les autres animaux.

Le problème est que cette critique s’est très vite constituée en une idéologie auto-suffisante et un peu four tout, où peuvent s’identifier à la fois ovo-lacto-pisco-végétariens, végétaliens et vegans, quelle que soit leur positionnement politique, qu’ils soient athées dogmatiques à la limite du fascisme (je suis athée moi même et me sens mieux au contact de rationalistes athées, mais même si je me montre critique vis à vis de la religion, je ne pourchasse pas ou ne cible pas pour autant les religieux ou certains adeptes de religions en particulier, ni ne les tiens pour particulièrement responsables de l’exploitation animale : il s’agit plutôt de la religion en général, et de ses principaux prêches et représentants) ou inversement de vegans complètement mystiques (les délires sectaires sur la conception hindou de la nature, les gens qui fantasment sur les djaïns, et les « aspects positifs » de la spiritualité vis à vis des animaux et de la nature).

L’antispécisme académique pose aussi un certains nombre de problèmes et notamment lorsqu’il revêt l’habit du calcul utilitariste le plus méprisable : qui irait jusqu’à justifier les tests sur les êtres humains ou l’eugénisme au prétexte qu’il vaut mieux agir pour « plus de bien être » du point de vue « social » sans autre considération éthiques, politiques et philosophiques.

Ce genre de raisonnement peut facilement justifier l’esclavage, la stérilisation forcée de masse, l’eugénisme ou d’autres abominations dans un certain contexte. Parce que le bricolage utilitariste oublie presque toujours d’intégrer dans son calcul une donnée essentielle, à savoir se poser la question de « plus de bien être pour qui ? ».

L’antispécisme ou tout autre animalisme académique (« l’abolitionnisme » hippie et dogmatiquement légaliste de Garry Francione par exemple) pose aussi un autre problème, plus fondamental, de par le fonctionnement de la pensée académique et de ses structures, car il produit des maîtres à penser, des mandarins de l’animalisme qui ont « tout mieux compris que tout le monde » et qu’il devient hasardeux de remettre en cause : même lorsque vous leur mettez le nez dans leur merde. A savoir que leurs idéologies circulaires ne sont ni les seules, ni forcement les meilleurs façon de voir le monde et de penser la lutte.

Ce qui est notoirement le cas de Peter Singer qui continue d’être invité depuis des années un peu partout dans les médias pour parler de l’égalité animale ou de la libération animale alors qu’il avoue n’être « que végétarien » (c’est à dire ni végétalien, ni vegan), ne fait plus grand chose, voir rien au niveau activisme (en gros, ne mouille plus trop la chemise), et a été le principal défenseur de l’antispécisme teinté d’utilitarisme à la sauce Bentham tel qu’exposé plus haut.

Il y a un autre courant que je relie à l’antispécisme, et qui est le « welfarisme » activiste à « l’américaine » (qu’on pourrait traduire par « réformisme animaliste » porté la bas et ici principalement par l’association d’envergure « multinationale » PETA, qui vient des états-unis.

Je dis « à l’américaine » parce que c’est l’image qu’en ont beaucoup de gens ici. Je n’ai rien contre les américains, certainement pas du point de vue de l’écologie radicale et de la libération animale. Ce n’est qu’une façon de parler) parce que ce courant partage en france l’essentiel de la critique antispéciste (même quand il ne s’en revendique pas) et se veut une solution à la question animale.

Il est donc principalement incarné en France par l’organisation internationale « Peta » (People for Ethical Treatment of Animals, ou « association pour un traitement éthique des animaux ») et quelques petites associations se revendiquant plus clairement et plus essentiellement de l’antispécisme (ses membres sont en général vegans et comparent souvent le spécisme au racisme et au séxisme, et sont en général plus critiques vis à vis du welfarism et de l’apolitisme mais leur analyse reste souvent strictement limitée à la seule question des animaux). Il faut aussi dire que le « Welfarism » est un terme anglais qui est lié à l’idée de « Welfare State », c’est à dire d’Etat providence, de l’Etat comme « protecteur » : qui est un concept social-démocrate et social-libéral.

Bien que les membres de la Peta, dans un esprit justement très « association humanitaire » se refusent à assumer des positions politiques très claires, ce courant est relié à la gauche social-démocrate la plus libérale et la plus « keynesienne », qui pense qu’il faut intervenir dans l’économie capitaliste uniquement pour mieux la sauver.

C’est en fait exactement ce que ce courant propose de faire pour l’exploitation animale : en limiter les « mauvais travers », les « dérives », ou les aspects les plus criants ou spectaculaires par la loi et l’évolution dans les moeurs, et pour le reste tenter d’offrir une mort « la moins douloureuse possible » jusqu’à parler de « viande bio et éthique », ou d’autres aberrations du même type.

Evidemment, tout-e-s les membres de Peta ne vont pas jusque là, et l’essentiel de sa composante, assez populaire, va en général à l’essentiel en défendant simplement le végétarisme, voir le véganisme comme la meilleur solution à la question animale. Le véganisme est en effet, je pense, la meilleur solution à l’exploitation animale car elle consiste à refuser purement et simplement tout les produits qui en sont issus : mais le dire ne suffit pas.

D’abord parce que cette position n’est pas toujours facile à tenir quand on a été éduqué à penser le contraire de ce qu’elle suggère (à savoir que les animaux ne devraient pas être considérés comme des objets), et en particulier lorsqu’on est pauvre et qu’on a pas beaucoup de ressources économiques, qu’on ne sait pas cuisiner ou qu’on a pas les bons plans pour « s’acheter son véganisme » comme le font certaines stars ou certains bourgeois par effet de mode avant de passer à autre chose.

Et d’autre part, le véganisme n’est pas la seule solution à l’exploitation animale, d’abord parce qu’il ne doit pas être considéré que comme un insignifiant ou temporaire « boycott » ou un acte individuel mais comme une tentative collective de construire une culture (notamment culinaire) saine et basée sur la liberté des animaux.

Mais cette culture du véganisme a d’autant plus de chances de se construire en dehors des associations « welfaristes » qui ne le mettent pas vraiment en avant et par des gens qui n’ont pas beaucoup de ressources du fait que ces derniers seront forcés de l’inventer, de la réinventer, de la porter par eux-mêmes.

Il est souvent argué que le véganisme serait une espèce « d’ascétisme ». Pour ma part (qui est rencontré pas mal de « vegans bon vivant ») je crois que cette vision des choses est très française et tend à voir la « culture gastronomique nationale » comme quelque chose d’exceptionnel et d’irremplaçable alors qu’elle est surtout constituée de produits animaux de luxe peu accessibles, très gras, qui rendent ses consommateurs facilement malades et a nécessité une production qui implique souvent plus de souffrance encore pour les animaux (le foie gras notamment).

Ici encore, le lien entre vie animale, idéologie, culture, position de classe et chauvinisme n’est pas à démontrer : étrangement, cette « vanité nationale » n’a pas cours (ou pas autant, et reste un argument facilement identifié comme bourgeois) dans des pays qui bénéficient pourtant d’une aussi grande richesse dans leur culture culinaire -même si cette appréciation reste en fait très contingente- (comme l’Italie, l’Espagne, ou plusieurs pays d’Amérique latine). Des pays où on trouve pourtant plus de vegans qu’en France.

En fait, ce qu’il faut dire est que la viande et le produits animaux « bon marché » -dont la qualité nutritive reste à prouver- constituent la base alimentaire de la plupart des gens en France comme dans d’autres pays, mais ici particulièrement où les apports en Fer, en Potassium, en protéines et en vitamine B sont faibles dans les produits végétaux de la cuisine traditionnelle française, ce qui n’est pas forcement le cas ailleurs où on favorise les associations « féculents-légumineuses », « Fer-vitamine C », les protéines végétales, etc. Dans des pays auxquels on ne pourra pas reprocher d’être sous le joug du « puritanisme anglosaxon » ou de ne « manger que des hamburgers » ou « de la merde » (je pense aussi au moyen-orient, à l’amérique latine ou à l’Inde), à moins de persister dans une remarquable mauvaise foi chauvine justement.

Je parle de ces choses en les incluant dans la critique de l’antispécisme car ce dernier tend aussi à accepter et limiter le débat avec ses contradicteurs sur la seule « faisabilité » d’une alimentation végétalienne ou d’un mode de vie vegan : ce qui n’est qu’une question de moyens et de bonne volonté (et surtout d’organisation collective). Les points que cet argumentaire occultent et qui sont d’une importance capitale sont en fait le caractère souhaitable et nécessaire, du point de vue humain, écologique et (donc pas seulement) animal du véganisme et de la libération animale.

Ces derniers ne sont pas seulement nécessaires parce que les animaux non-humains souffrent de l’exploitation animale, mais parce que les êtres humains et à fortiori la planète (comme habitât et comme ensemble vivant) subissent aussi les méfaits inhérents à l’exploitation animale.

En conséquence, le dernier reproche que je ferai à l’antispécisme (même si ce n’est pas le cas de tout ses partisans -“l’action antispéciste” notamment qui se démarque très nettement de tout les reproches que je formule ici– et c’est tant mieux, je parle ici de manière très générale) est qu’il cumule aussi parfois l’essentiel des reproches qu’on peut faire à la protection animale et que les deux se retrouvent dans une certaine approche du welfarisme : c’est à dire celle qui consiste à traiter la question animale dans une catégorie politique distincte (celle des animaux comme « sujets à part ») et dans son incapacité à questionner le lien entre exploitation animale, exploitation humaine, nuisances et destructions écologiques et capitalisme, et donc à faire le lien entre véganisme et écologie, libération animale et libération humaine : elle tend à tomber dans les mêmes pièges et les mêmes activismes centrés sur le moralisme qui aboutit à se comporter de manière méprisante, élitiste et prétencieuse envers tout les « non-vegans » ou les non-végétariens, et le sentimentalisme qui pense que crier des slogans provocants ou traiter tout les non-vegans « d’assassins » avec un mégaphone représente la quintessence de la lutte pour la libération des animaux. Que les choses soient claires : je ne rechigne pas à l’activisme.

Au contraire, je trouve même positif, et je pense nécessaire et relativement efficace dans la plupart des cas le fait par exemple, de faire de l’agitation devant une devanture d’un fast food d’une grande enseigne, de crier des slogans ou de décharger ses pulsions négatives en sortant dans la rue plutôt qu’en se droguant, en restant enfermé chez soi, ou faisant du mal aux autres : mais pas lorsqu’on s’imagine que c’est la seule chose à faire, qu’il est inutile de parler d’autre chose à travers cette thématique des animaux, et donc de le faire de manière élitiste.

En parlant aux autres de « respectabilité », de « crédibilité », en se présentant comme des modèles au prétexte qu’on est « bien habillé-e », qu’on « présente » comme un-e bon-ne militant-e et en moralisant tout les non-vegans (ou non-végétariens) ou en se prétendant irréprochables et donc « les meilleurs » -voir les seul-e-s- interlocuteurs/interlocutrices du mouvement : parce que ce genre de comportement tend à l’élitisme militant, est hermétique à la réflexion et à la critique, ne participe en rien à créer une culture populaire du véganisme et dissuade même parfois les gens de devenir vegans ou même végétariens (parce que « végétarien ça sert à rien »). Et même si ça y participait, cette conception de la lutte est autoritaire, et il en existe d’autres et de plus efficaces.

Cette interprétation apolitique de l’antispécisme, très répandue en France, peut aussi conduire (et il n’est pas étonnant qu’elle y conduise effectivement en période propice) à nier complètement les questions humaines, voir à rendre certaines catégories de population en particulier responsables des problèmes écologiques, animaux ou même humains : « la faute aux américains, aux musulmans, aux juifs, aux chinois, à l’immigration des pays de l’est etc. »

Et il n’est pas étonnant que toute la rhétorique de l’extrême droite française en « défense des animaux » soit centrée sur cette question (comme sur d’autres) sur le prétendu « problème de l’immigration » ou de catégories de populations qui seraient plus responsables que d’autres de l’exploitation animale.

Pas étonnant non plus que ce soit le F.N qui porte ces thèmes parce que c’est le parti d’extrême droite le mieux organisé en France, et pas étonnant non plus à ce que ce soit avec les idées et le chef de ce parti que Brigitte Bardot se soit découvert une proximité. Pas étonnant non plus à ce que dans le milieux de la « défense animale », on retrouve une proximité idéologique et politique entre certains membres d’un parti comme la « France en action » et les antisémites du Parti Antisioniste. Pas étonnant à ce que soit les mêmes qui critiquent le « véganisme politique » et l’idée même de libération animale.

Et enfin pas étonnant à ce qu’un groupe comme « Droits des animaux » qui se voulait à la base « plus radical » et même pour l’action directe se retrouve aujourd’hui, au milieux de toute cette mélasse à faire une fixette sur la religion musulmane et à produire une brochure culpabilisatrice à déstination des musulmans avec des arguments religieux !

Tout simplement parce que les dirigeants de ces organisations sont des opportunistes et même parfois pires, et qu’ils se moquent même parfois au fond éperdument des animaux et du véganisme (ou s’en moquent en tout cas plus que de leur carrière et de leurs prestiges individuels).

Ces dérives démontrent surtout, comme d’autres l’ont déjà dit avant moi, la nécessité d’une réflexion et d’une lutte antifascistes au sein du mouvement des animaux (comme dans la société en général). Ce sont sans doutes parmi les pires dérives qui existent dans l’animalisme, mais ce ne sont pas les seules.

En guise de complément et à titre d’exemple : il faut dire que l’idée de « réduction de l’exploitation animale » comme solution ultime est une aberration non seulement du point de vue animal et écologique, mais aussi du point de vue humain. Et le fait qu’on organise des rassemblements internationaux sur la seule thématique du « végétarisme » et de la « végéphobie », sans parler du reste après toutes ces années, et alors que des gens sont encore en prison, et maintenant en hôpital psychiatrique pour avoir combattue l’exploitation animale dans son ensemble démontre l’étendue du problème.

Notamment parce que personne ou presque ne parle de ces prisonnier-e-s, et de ces psychiatrisé-e-s (on pourrait aussi parler par exemple de ces agents de la norme que sont ces psychiatres pour qui « refuser la viande » est une forme de « cannibalisme refoulé », et en clair une pathologie à soigner).

Au final, c’est toute l’infrastructure sociale qu’on invoque, et toute sa superstructure qui se mobilise pour réprimer les tendances au véganisme, et la critique en actes de l’exploitation animale et de la nature. Du reste, manger des animaux et détruire la nature est une chose « naturelle » dans l’idéologie dominante, n’est-ce pas ?

On ne peut pas comprendre ça si on ne se demande pas comment fonctionne l’économie. C’est à dire le capitalisme. Beaucoup de monde, parmi les antispécistes s’accorde en général pour dire qu’il n’y a pas d’exploitation animale sans la grande industrie aujourd’hui.

Qu’un retour à une exploitation « familiale » est illusoire et même « petit bourgeois », que les animaux souffrent quand même et/ou ne sont pas libres et que son développement mène inéluctablement à un plus grand développement, dans le but de « démocratiser » ces produits.

Ce qu’on dit moins en revanche, c’est que historiquement, l’industrie du capitalisme a notamment pour origine l’exploitation animale (pas seulement, mais en partie). Le capitalisme s’est particulièrement développé dans les campagnes anglaises (ce qu’explique parfaitement une auteure comme Ellen Meiksins Wood dans « l’origine du capitalisme », malgré un ton très marxiste et professoral assez typique des universitaires anglais « de gauche »), avec pour base la production agricole et donc animale.

Dans le même genre universitaire, Theodor Adorno a tout aussi parfaitement démontré en quoi l’exploitation animale est en grande partie à l’origine de la violence entre les êtres humains et en quoi par conséquent, l’exploitation industrielle des animaux est une base de l’industrie capitaliste et de la division sociale du travail, de l’urbanisme, etc.

Du reste, « bourgeois » ne veut il pas dire, étymologiquement « celui qui vit dans le bourg » c’est à dire au centre de la ville ? L’industrialisation de l’exploitation animale répond pour la bourgeoisie à la double nécessité de satisfaire ses intérêts : en fournissant massivement une nourriture de basse qualité et peu coûteuse qui satisfasse les besoins alimentaires de la majorité de la société tout en continuant à exploiter la main d’oeuvre toujours plus massive. L’exemple le plus criant en france est celui des abattoirs de la Villette au début du 20e siècle, gigantesque complexe de mort qui alimentait toute la capitale et sa périphérie en viande bovine.

Mais on le sait aujourd’hui, ce développement industriel ne supporte aucun frein, et se perfectionne toujours dans sa « rationalisation », l’idéologie du capitalisme et son principe même impliquant d’aller toujours plus vite, de produire toujours plus de profits pour accumuler et concentrer toujours plus de capital, et donc d’exploiter toujours plus à la fois les êtres humains (à travers divers systèmes d’oppression), les animaux, et la Terre.

Mais à mesure que le temps passe et que ce système se restructure par les crises qu’il y a lui même provoqué, les êtres humains comme les animaux sont détruits et de plus en plus asservis de générations en générations.

N’est il pas inquiétant de penser que les poules ou les cochons d’élevages intensifs ne pourraient pas être « remis en liberté » du jour au lendemain parce que la plupart ne survivraient pas à « l’état naturel » tellement ils ont été « abâtardis » par l’exploitation ? Inquiétant parce que cela suggère que cette incapacité à éprouver la liberté et à faire preuve d’autonomie est le produit de la société dans laquelle nous vivons, et que ces phénomènes qui tendent à transformer les êtres sensibles en « espèces d’esclaves » s’appliquent malheureusement aussi à l’humanité (même si une fois encore, rien n’est immuable, bien heureusement).

C’est à dire que l’angoisse des gens qui disent « mais on ne peut pas remettre en liberté tels ou tels animaux » parce qu’ils auraient été trop domestiqués ou que leur milieux naturel à été détruit interroge notre propre capacité à éprouver la liberté, et dans quel environnement social, politique et écologique celle-ci est possible. En clair, la liberté et l’égalité totales sont souhaitables et nécessaires : mais elle sont rendues impossibles.

Dès lors, la question n’est pas « Est-ce possible ? » devant une impossibilité immédiate : mais comment se libérer de cette temporaire impossibilité ? Comment devenir libres ? Comment arrêter de regretter qu’on puisse désirer quelque chose ardemment tout en se résignant à penser que « ça ne marche pas ». Comment arrêter de se comporter comme une sorte de statue en cage qui dissèque des lieux communs en pensant que c’est là le meilleur des moindres maux dans le meilleur des mondes « possibles » ?

A mon sens, cela commence par constater que ce n’est pas avec des associations ou des organisations de défense animale, ou même avec des partis politiques (par nature éléctoralistes et/ou opportunistes, voir parfois sectaires et fascisants -comme la « France en Action » ou carrément fasciste comme le FN), citoyennistes, populistes, moralistes et sentimentalistes comme décrits plus haut qu’on pourra s’en sortir.

Et je pense malheureusement qu’un rassemblement comme celui de la veggie pride, tout comme la marche contre la vivisection, aussi européenne et « massive » soit elle (bien que j’en doute), ne fait figure que de démonstration d’hypocrisie et d’impuissance collective.

Les seules pistes qui me semblent cohérentes, je les ai déjà exposées. Je pourrai insister sur celle ci : partout, la lutte pour la libération animale doit faire le lien avec l’écologie (la libération de la terre), et avec l’émancipation humaine (et les luttes locales), se développer dans et avec les luttes populaires, parce que c’est seulement ainsi que ces luttes ont une chance de se renforcer mutuellement en prenant tout leur sens. Partout on doit aussi dénoncer et combattre en même temps qu’on parle des animaux, l’écocide : la destruction de leur habitat et qui est également le notre, la Terre.

Construisons un monde sans exploitation, sans dominations, sans hiérarchies, sans frontières, sans misères. Et pas de compromis dans la défense de la Terre.

Voilà ma conclusion, si je devais la résumer en une phrase : Pas de libération animale sans libération de la terre et sans libération humaine.

Comme disent les anglais : « One Struggle, one fight »

Signé : Un Vegan au pays du foie gras

“Salariée d’une entreprise de découpe de volaille”

Avant-hier s’est terminé le congrès de l’un des principaux syndicats français, CGT-Force Ouvrière. Ni sur une ligne plus ou moins revendicative comme la CGT, ni « moderne » comme Solidaires, ni ouvertement réformiste comme la CFDT, CGT-Force Ouvrière est un syndicat avec une identité culturelle très conservatrice, tout en ayant des revendications sociales.

Quel rapport avec la libération animale, donc ? Jutement, en raison du positionnement de ce syndicat, à son congrès il y a eu un peu de remue-ménage au sujet des retraites. Un journaliste faisant un compte-rendu note notamment ceci, qui justement nous intéresse :

15h35 – Vibrant plaidoyer d’une déléguée issue de la fédération de l’alimentaire sur l’inscription explicite dans la résolution aux 37,5 années de cotisation.

Salariée d’une entreprise de découpe de volaille, où elle règle le sort de 14 poulets à la minute, elle ne se voit pas le faire pendant 42 années pour pouvoir partir en retraite.

“Je souhaiterai rentrer la semaine prochaine dans mon syndicat en pouvant dire que la ligne confédérale est celle d’un retour aux 37,5 ans”, a-t-elle crié à la tribune, provoquant bon nombre d’applaudissements dans la salle. Ecartée ce matin lors de la résolution protection sociale, cette vieille revendication de FO refait surface lors de la générale. Suspens…

Nous avons là une situation très compliquée, et en même temps pas du tout. Mais il est évident que le véganisme ne gagnera pas du terrain en France s’il ne sait pas répondre à ce genre de problématique.

L’agro-business représente beaucoup d’emplois, et il ne suffit donc pas de dire qu’il faut fermer les abattoirs. De même, cette travailleuse est objectivement une meurtrière puisqu’elle tue des poulets, mais pas subjectivement : elle n’a rien choisi.

Et elle ne se voit pas faire cet emploi pendant 42 années, une manière de souligner le caractère inhumain de l’entreprise.

Pourquoi n’arrête-t-elle pas, demandera-t-on ? C’est là que montrent leurs limites tant l’antispécisme que la lutte pour les « droits des animaux. » Car cette travailleuse n’a pas choisi l’oppression, l’antispécisme se trompe en opposant les humains aux animaux, de manière abstraite.

Et les droits des animaux ne pourront jamais exister dans une société où l’exploitation animale ramène un tel profit. En fait, tant qu’il n’y aura pas de critique de la nature même de la société, le véganisme n’avancera pas.

Critique de la société cela veut dire critiquer l’absence de la nature, son rejet en périphérie de villes toujours plus géantes et invivables. Cela veut dire aussi critiquer le mode de vie, tant celle de travailler que de passer son temps dans une société de consommation.

Le texte de Walter Bond sur son expérience dans les abattoirs est d’un grand intérêt, car il montre justement comment les humains confrontés aux massacres peuvent réagir, si on leur en donne les moyens, si on ne les rejette pas abstraitement comme « assassins. »

Il est totalement ridicule de critiquer la viande halal ou casher, ou encore les Chinois, etc., car tout cela est de la stigmatisation abstraite, de la généralisation fondée uniquement sur des clichés, des stéréotypes.

De la même manière, les gens qui travaillent dans les abattoirs le font car ils n’ont pas eu le choix, ils ont été entraînés dans la nécessité de gagner de l’argent pour vivre.

La travailleuse qui veut partir plus tôt à la retraite exprime un besoin bien plus grand qu’elle n’en a elle-même conscience. Mais alors, pour la convaincre, il faudra un projet solide, pas seulement des arguments moraux. Et là, seule est valable comme objectif l’harmonie avec Gaïa, au lieu de la destruction et du meurtre, conduisant à des vies aliénées et exploitées pour les humains.

Ce n’est pas 42 années, ni même 37,5 années qu’il faut travailler dans la « découpe de volaille », mais justement pas du tout. Pour cela, la société doit changer ses fondements et avoir des choix tournés vers l’harmonie avec notre planète, en refusant l’asservissement, l’exploitation, l’humanité faisant le choix d’être naturellement heureuse, tout simplement!

Une revue anarchiste part en guerre contre le véganisme

« Le jour où les animaux se révolteront, alors on verra. » (Courant Alternatif, octobre 2010)

Qui sont les gens risquant des années de prison pour libérer des animaux ? Qui sont ces gens donnant leur énergie pour s’occuper d’animaux en détresse ? Qui sont ces gens qui prônent un rapport avec les animaux qui ne soit pas la guerre ?

Pour la revue anarchiste « Courant alternatif » c’est clair : ce sont des gens qui suivent la « mode. » Dans le numéro d’octobre 2010 on peut lire cela dans l’article « Etre vegan : une mode pour un temps de crise. »

C’est intéressant : pour ces gens le véganisme serait quelque chose de « récent. » Comment expliquent-ils alors que la libération animale soit née dans les années 1970, la libération de la Terre dans les années 1980 ? Surtout que les gens à l’origine de cette revue se revendiquent de cette époque de contestation…

En fait pour ces gens pétris de conception réactionnaire typiquement française, les vegans sont même une menace de grande ampleur. Même des structures comme les Food not Bombs et leur nourriture gratuite est une menace littéralement terroriste :

« Depuis quelques années, les bouffes organisées dans des lieux collectifs et dans des rassemblements sont de plus en plus prises en charge par des vegans sans que la chose soit réellement discutée collectivement. »

Il n’y a pas à dire : il y en a qui n’ont vraiment rien d’autres à faire… D’ailleurs, on avait déjà droit à un article anti vegan dans le numéro de mai 2010 : « L’environnement c’est Kapital ! Spécial écologie. »

On y trouvait déjà un article anti-végan écrit… par un vegan straight edge « repenti »… N’aurait-il pas été franc de le dire ? Et quelle étrangeté de multiplier les allusions en filigrane à LTD… tout en faisant en sorte de résumer le véganisme à une question d’alimentation…

Comme dans ces lignes de ce nouvel article où le véganisme est présenté comme une mode, lignes qui visent le côté beauf dans tout lecteur (voire lectrice):

« Ce dont nous avons besoin, c’est aussi du plaisir, sans lequel il n’y a pas de vie supportable !

Il y a déjà la télé avec son surplus de spécialistes… de la minceur, de la diététique, de l’élevage des enfants, de la sexualité ; des psys, des curés, des pédagogues, des économistes qui ne font qu’infantiliser le public en lui donnant des conseils sur ce qui est bien pour lui ; faut-il en plus qu’on en retrouve en milieu libertaire qui nous disent comment bien manger? »

Les vegans donnent de la nourriture : c’est un piège ! Ils/Elles n’en donnent pas : c’est qu’ils/elles veulent imposer leur nourriture !

C’est donc une véritable terreur que vit « courant alternatif. » Et d’où vient cette terreur ?

Eh bien c’est facile à trouver : pour les Français bien réactionnaires, ce qui est mauvais ne peut venir que des « anglo-saxons », par définition anti « latins » et anti « plaisir.” On croirait lire de la prose des années 1930-1940:

« L’antispécisme, comme le véganisme, est une culture urbaine.

Ce n’est pas un hasard si l’un comme l’autre sont venus des Etats-Unis et d’Angleterre, sous la double influence d’un zest de puritanisme protestant et de l’urbanisation précoce dont ces deux pays ont été les champions. »

Cela est bien évidemment n’importe quoi : le véganisme vient tout autant d’Allemagne et d’Autriche, ce dernier pays étant catholique. De plus, la libération animale s’est développée à vitesse grand V tant dans les pays d’Amérique latine (Chili, Argentine, Brésil…) que les pays « latins » d’Europe : Espagne, Italie…

Mais il ne faut pas rechercher trop de cohérence, car on a même droit au classique « les vegans nous traitent de nazis » ou encore l’accusation comme quoi nombre d’associations antispécistes veulent imposer une alimentation simplement à base de pilules !

Ces gens délirent totalement ! Mais il faut les comprendre ! Car ces gens savent que le sol se dérobe sous leurs pieds.

Leur immonde visage ultra-réac bien franchouillard est plus que visible. Quant on pense que ces personnes totalement dénaturées imaginent que les animaux sont des machines. Ils sont incapables de comprendre que les animaux préfèrent ne pas vivre en cages ! Voici par exemple ce qu’on peut lire :

« Selon nous, les revendications de la politique, de l’anarchisme, des mouvements d’émancipation, c’est que la liberté, la justice, etc. soient portées par les intéressés eux-mêmes et pas décidées en dehors d’eux. Or, dans ce cas des animaux, les « libérateurs » seraient des représentants autodésignés et non révocables !

C’est de l’anthropocentrisme assorti d’anthropomorphisme : qu’est-ce qu’un animal « sait » de la liberté, de l’égalité? »

Quel verbiage “radical” sans valeur aucune… Et dire que ces gens nous accusent de faire dans le pathétique… Qu’ils osent parler de justice, alors qu’ils se moquent des animaux, préférant leur temps à critiquer les végans…

Le problème n’est pas seulement que dans cet article (signé de l’ensemble de l’organisation qui produit la revue!) la rébellion des animaux soit niée. C’est surtout que la ligne est carrément social-darwiniste: malheur au plus faible!

Une logique folle qui va jusqu’à dire:

« Le jour où les animaux se révolteront, alors on verra. »

Une phrase honteuse, criminelle, dont la fausseté saute aux yeux. En clair quand ces gens voient la photo suivante, ils pensent: “ce n’est pas mon problème, ils ne veulent pas se rebeller.”

Et ils disent cela des animaux aujourd’hui, comme ils diront des êtres humains demain, lorsqu’ils s’apercevront que personne ne veut de leur conception: alors ils joueront les aristocrates!

Quant au fait d’être des représentants « autodésignés »… Est-ce que ce ne sont pas des humains qui ont mis des animaux en cage ? N’est-ce pas donc aux humains de réparer cela ?

Sur la photo suivante, cet animal ne proteste-t-il pas de la manière la plus claire qui soit, ne se rebelle-t-il pas? Et les humains ne sont-ils pas responsables de ce qui lui arrive?

Et même en suivant le raisonnement de ces anarchistes : qu’est-ce que cela bien faire à « Courant alternatif » que des gens soient végans ?

N’ont-ils pas une révolution à faire, et donc autre chose à parler que de véganisme, dans deux longs articles très denses, nous visant par ailleurs ouvertement mais sans même le reconnaître ?

Dans l’article on peut lire finalement:

« Occupons-nous donc déjà de ceux et celles qui, au sein de l’humanité, réclament de la liberté, de l’égalité et de la justice. Il y a de quoi faire! »

Alors pourquoi faire des charges brutales contre le véganisme? Le véganisme est-il une si grande menace?

Il est évident que oui: les gens de “Courant Alternatif” savent que la question de la libération animale sera incontournable au 21ème siècle, et ils tentent de freiner la compréhension de cela autant qu’ils peuvent, car finalement le libéralisme, pour eux il n’y a que cela de vrai…

« Zoolâtrie »

Rien n’est pire que les gens s’imaginant raisonnable alors qu’ils ne sont en fait que des beaufs comme les autres…
«Nous devons éviter de remplacer un excès par un autre. Voilà pourquoi, moi, je suis contre les tenants de l’antispécisme et de leur « zoolâtrie », je plains également ces indiens que la foi animiste pousse à vivre avec les rats considérés animaux sacrés dont ils mangent même les restes ! Car de mon point de vue qui est le point de vue chrétien, l’homme est au sommet des espèces.»

L’article