Gigantesques nappes de pétrole sous-marines dans le Golfe du Mexique

Depuis notre dernier article « Crise annoncée dans le Golfe du Mexique », il y a deux jours, une nouvelle « révélation » a été diffusée dans les médias.

Comme nous le disions, l’objectif de BP et du gouvernement américain était d’éviter que la marée noire n’atteigne la côte, la vie marine en plein océan leur important peu: ce qui compte c’est l’industrie de la pêche en Louisiane et le fait de pouvoir continuer l’exploitation pétrolière de manière traditionnelle – business as usual.

Par conséquent, le plan anti-marée noire de BP comprend depuis le départ, et avec l’assentiment du gouvernement américain, des campagnes de pulvérisation de dispersants, afin de… faire couler le pétrole, pour l’empêcher de dériver vers les côtes.

Un demi million de gallon du dispersant Corexit 9500 a été diffusé (un gallon étant équivalent à 3.785 litres)…

Comme nous le disions dans l’article « Echec et mensonges au sujet du Deepwater Horizon », la conséquence en est que « la nappe se transforme en une multitude de toutes petites gouttes, contaminant la mer et terminant au fond de l’océan, sous la forme d’une couche gluante et mortelle… »

Les médias parlaient auparavant des dispersants comme si de rien n’était, mais désormais il y a eu une prise de conscience.

Samantha Joye, chercheuse de l’université de Géorgie, explique ainsi dans le New York Times:

« Il y a une quantité abominable de pétrole dans les profondeurs en comparaison avec ce vous voyez à la surface. Il y a une énorme quantité de pétrole sur plusieurs couches, qui s’étagent sur trois, quatre ou cinq niveaux. »

Ont été ainsi constatées plusieurs grandes nappes de pétrole, sous-marines, dont une faisant… 16 kilomètres de long et 1,6 kilomètre de large, avec une centaine de mètres de profondeur!

Et certaines nappes vont jusqu’à 1.200 mètres de profondeur, allant assassiner des milliers et des milliers d’êtres vivants… Des centaines de milliers d’êtres…

Comme par exemple les bathynomes géants, de la famille des crustacés (on apprendra d’ailleurs, avec dépit, que l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, l’Ifremer, n’a eu rien d’autre à faire que produire en rapport en 1993 expliquant que les bathynomes géants étaient comestibles, avec une chair « de bonne qualité » et « des qualités gustatives intéressantes »!).

A côté de cela, il semble bien que la marée noire soit d’une telle ampleur, qu’elle va bien atteindre les côtes. Hans Graber, expert de l’université de Miami (Floride), a expliqué que “C’est juste une question de temps et on va bientôt voir apparaître le premier niveau important de pétrole [sur les côtes].”

C’est donc bien une terrible catastrophe qui est en train de se dérouler, un assassinat dont il faut absolument comprendre la dimension, alors qu’à côté de cela BP refuse toujours d’évaluer la fuite et se permet systématiquement des commentaires optimistes.

Ainsi, hier un tube géant d’1,6km de long a été placé sur le puits de pétrole, et BP espère intercepter la grande majorité du pétrole, d’ici une semaine.

Tel n’est pas le point de vue du gouvernement américain, qui a publié un communiqué signé par la secrétaire d’Etat à la Sécurité intérieure Janet Napolitano et le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Ken Salazar, et disant : “Cette technique n’est pas la solution au problème et on ignore dans quelle mesure cela peut réussir.”

D’ailleurs, il ne s’agissait pour l’instant que d’un test, le tube s’étant déplacé!

Dans le même ordre d’idées, on a appris également qu’une dizaine d’heures avant la catastrophe sur la plate-forme Deepwater Horizon, un véritable clash avait eu lieu entre le responsable de BP et celui de Transocean (la société suisse possédant la plate-forme et travaillant pour BP).

Apparemment, il y a eu une énorme confusion concernant la gestion de la mise en place d’un bouchon de ciment après que la boue ait été retiré.

Tout cela montre bien qu’il ne s’agit pas d’une tragédie, de la faute à pas de chance, ou au “destin.” Non, il y a des responsables, des coupables!

La catastrophe de l’Exxon Valdez

Nous avons plusieurs fois mentionné la catastrophe de l’Exxon Valdez ces dernières semaines, en raison de la sinistre actualité dans le Golfe du Mexique. Voici une petite présentation de cette catastrophe, après celle-faite de l’Ixtoc-1.

L’Exxon Valdez était un pétrolier récent, âgé de deux ans, il n’avait fait que 28 voyages. Valdez est une ville de quelques milliers d’habitants en Alaska, mais surtout un port.

Le pétrolier est parti de ce port le soir du 23 mars 1989, avec à son bord 163 000 tonnes de pétrole brut extrait du gisement de Prudhoe Bay.

On notera au sujet de ce gisement que BP a constaté en 2006 une fuite sur un oléoduc de transit… entre 700 000 et 1 000 000 de litres de pétrole se sont officiellement échappés…

L’origine de la catastrophe est incertaine, on considère que plusieurs facteurs ont joué.

On pense que le responsable de la manoeuvre, un lieutenant, était trop fatigué et seul au lieu d’être accompagné d’un officier…

Car le commandant de bord a quitté la passerelle pour une raison toujours inexpliqué (mais on pense à l’alcoolisme) tout en lançant le pilotage automatique et en augmentant la vitesse, alors que le centre de contrôle du trafic maritime n’a pas remarqué l’erreur de parcours…

En fait, il n’y avait personne à bord prêt à prendre le quart après s’être reposé selon la réglementation…

Le résultat a été que le 24 mars juste après-minuit, le navire s’est échoué sur des récifs, avec une déchirure de la coque sur toute sa longueur.

11 des 13 citernes du pétrolier furent endommagés : 40 000 tonnes de pétrole brut se déversèrent, formant 7 000 km² de nappes.

En terme de marée noire, celle de l’Exxon Valdez ne fait pas partie des plus grandes (pour comparer, cela fait 17 piscines olympiques, et n’est déjà plus dans la liste des 50 plus grandes marées noires).

Mais son impact a été dévastateur.

800 km de côtes (2 000 km avec tous les îlots et échancrures) furent touchés par la marée noire, alors qu’une mobilisation fut lancée pour tenter de l’enrayer, au moyen de 1 400 navires, 85 hélicoptères et 11 000 personnes.

Entre 250.000 et 500.000 oiseaux ont été tués, ainsi qu’au moins 1.000 loutres, 300 phoques, 250 pygargues à tête blanche, 22 orques et un milliard d’oeufs de saumons et de harengs.

Les dégâts sur la faune et la flore ne sont pas quantifiables, bien entendu, mais il y a eu des analyses pour savoir combien coûteraient les activités pour contrer les effets de la marée noire.

Le coût fut alors estimé à 8 milliards de dollars, mais Exxon ne paya que 900 millions de dollars.

De la même manière, les habitants humains touchés par la marée noire firent un procès à Exxon : si le premier jury leur accorda 5 milliards de dollars, 20 années de procès plus tard, la Cour Suprême des USA rabaissa cette somme à 500 millions de dollars.

Des milliers d’êtres humains ont souffert et sont morts des conséquences de la marée noire (commençant par des nausées et des vomissements et pouvant finir en de multiples cancers, des lésions au cerveau, etc.) sans pour autant qu’Exxon n’ait reconnu cela, bien entendu.

La zone de la marée noire est bien entendu encore polluée. Il en sera ainsi non pas pour des années, mais sans nul doute des décennies, selon les dernières études.