La question de l’emploi : il n’y a pas de porte de sortie individuelle

Une question très intéressante nous a été posée : quel job peut-on faire ?

En effet, quand on est vegan on a un certain aperçu de la société, et ce faisant, quel emploi peut-on choisir, dans la mesure où l’on peut choisir ?

Quand on est vegan évidemment on ne devient pas boucher ou poissonnier. Mais au-delà de ces évidences, que choisir, que faire ? Car l’exploitation animale est présente dans de nombreux domaines, et autant que possible essayer d’être positif et constructif.

Cela ne veut pas dire qu’en général on puisse « choisir », soulignons le bien. L’écrasante majorité des gens n’est pas en mesure de choisir son emploi, quand déjà un emploi peut être trouvé. On ne choisit pas l’usine, c’est l’usine qui choisit, qui attire comme un aimant certaines populations.

Alors justement, dans quelle mesure pouvoir « choisir » ?

Prenons pour illustrer cette réflexion trois exemples historiques.

Le premier exemple, celui pratiqué à la plus grande échelle, est celui des Jaïns. Refusant l’exploitation animale en Inde, les adeptes de la religion jaïn se sont cantonnés dans certains services afin de ne pas se faire liquider par les hindouistes comme l’ont été les bouddhistes.

Le jaïnisme interdit également de nuire aux animaux même les plus petits et par conséquent l’agriculture a également été évitée en général.

Les jaïns se sont alors notamment orientés dans les services financiers ou l’enseignement ; leur ghettoïsation n’est pas sans rappeler celle de la population juive, et d’ailleurs à Anvers en Belgique le commerce du diamant est marqué par une grande présence juive et jaïne. Il y a ainsi un temple jaïn à Anvers.

Tous les jaïns ne sont évidemment pas banquiers ou diamantaires, pas plus que les personnes juives, et on voit facilement que cette option est purement individuelle et est une sorte de « sortie » par en haut de la société.

Rien de véritablement généralisable donc.

La seconde option est inverse justement : c’est la sortie par en bas. C’est la culture des squats, dans leur version végane, qui a notamment marqué historiquement le mouvement squat à Lille.

L’idée est simple : puisque la société est mal faite et certainement pas faite pour des personnes véganes, alors il faut refuser en bloc les mœurs et vivre en parallèle.

Un tel phénomène existe dans toute l’Europe et en Amérique du Nord comme du Sud ; liée à l’anarcho-punk, cette culture vegan des squats a pu donner naissance à une initiative sociale comme les Food Not Bombs.

Le problème évident est que la marginalité totale n’est pas un choix que tout le monde peut assumer, et d’ailleurs il s’agit surtout d’un mouvement porté par des gens jeunes.

La contradiction a sauté aux yeux en Angleterre lors de la grande grève des mineurs dans les années 1980, où la scène anarcho-punk a dû affronter la question : faut-il soutenir ces gens « normaux » ou pas ?

Un tel décalage avec la société semble donc improductif, et cette culture a montré ses limites par son « turn-over » massif, rare étant les gens assumant une continuité.

Cela ne semble pas être une option pratiquable non plus.

Reste alors une troisième option, celle du « révolutionnaire professionnel » qui a été théorisée par les bolcheviks en Russie, mais est de fait mis en pratique par toutes les personnes engagées dans la revendication d’un mode de vie radicalement différent.

Le problème est ici facile à voir : une telle option est jouable lorsqu’il y a un grand mouvement. Il est plus facile de vivoter de petits boulots quand il y a un mouvement, une scène, comme Earth first ! aux États-Unis ou les végans à Vienne en Autriche autour de l’association VGT.

Telles personnes font une boutique de réparation de vélos, d’autres font un snack vegan, certaines personnes font une librairie, d’autres des habits, etc.

Tout cela est du petit business, c’est tout à fait vrai et c’est là une limite, mais dans l’esprit tout est encadré par le « mouvement » au sens large, ce qui fait que tant que le mouvement marche, c’est assez instable.

Mais si le mouvement échoue pour une raison ou une autre, tous ces circuits deviennent purement commerciaux, comme la chaîne de fringues « Le goéland » en France, fondé comme initiative alternative pour promouvoir la culture alternative et aider des activistes à avoir un peu de sous, et désormais une entreprise capitaliste traditionnelle.

En France, en attendant il n’y a rien de cela, tout au moins pas encore. Il y a bien des initiatives, mais n’étant pas alternatives, elles restent commerciales et individuelles, et sans avenir à part celle de l’esprit de boutique.

Alors que faire ?

Si l’on veut tenter de travailleur dans le secteur censé être proche de l’écologie, on voit vite qu’il s’agit de business prenant l’écologie comme prétexte.

Dans tout ce qui est en rapport avec la nature, il s’agit simplement d’exploitation de celle-ci. Pour tout ce qui touche aux animaux, on a pareillement l’exploitation, même pour être vétérinaire il faut passer par l’expérimentation sur des animaux.

Reste alors quoi ? Eh bien, nous dirions qu’il faut que chaque personne choisisse un domaine qui lui plaise et développe ses capacités dedans, que cela soit la peinture ou la mécanique, mais en restant étroitement connecté aux exigences du mouvement.

Un refuge a besoin de gens qui savent bricoler, comme les affiches de gens sachant produire des images, les tracts ont besoin de gens sachant écrire, tout comme les animaux ont besoin de gens sachant prendre soin d’eux en général et en particulier pour des situations très difficiles.

Tout cela pour dire finalement qu’il n’y a pas de porte de sortie individuelle. Le monde court à la catastrophe. Il y a besoin d’une culture de libération animale et de libération de la Terre, avec des gens à fond dedans. Tout le reste est secondaire et même : c’est la seule manière de ne pas couler, c’est la seule manière d’avoir des relations sociales authentiques, c’est la seule manière de s’insérer socialement sur une base saine.

Pour trouver un emploi « adéquat », il faut dépasser le choix individuel, et se lier au mouvement… Nous avons besoin d’un mouvement…

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