Gary Yourofsky et la « unity of oppression »

Nous avions parlé de Gary Yourofsky, un activiste américain qui fait des tournées dans les facultés, en étant très motivé, très organisé, très éducatif.

Cette personne a formulé il y a quelques années un point de vue – qu’elle assume encore – qui est extrêmement révélateur d’une tendance qui existe malheureusement chez les personnes véganes : la misanthropie.

On ne connaît celle-ci que trop bien en France, avec des gens comme Brigitte Bardot. Néanmoins, cette tendance est inévitable chez toute personne déconnectée de la société, n’ayant pas une vision historique, ne reconnaissant pas Gaïa.

Si l’on ne reconnaît pas Gaïa en effet, on sombre dans l’individualisme, et là forcément le monde apparaît comme mauvais et invivable, les gens comme odieux dans leur pratique quotidienne.

Mais cela n’est qu’un aspect ; voir uniquement le « mal » est typiquement religieux. Gary Yourofsky assume cette orientation dans ses propos que voici :

« Parfois je pense que la seule méthode efficace pour se débarrasser du spécisme serait de forcer chaque individu qui se fout de cette question à vivre la vie d’une vache dans une stalle d’engraissage, celle d’un singe dans un laboratoire, d’ un éléphant dans un cirque, ‘un taureau dans un rodéo , ou d’ un vison sur une ferme à fourrure.

Ensuite, les gens se réveilleraient de leur léthargie et comprendrait enfin l’horreur qui est infligée sur le règne animal par la plus vile espèce à avoir posé les pieds sur cette planète: l’animal humain!

Au fond de moi, j’espère sincèrement que l’oppression, la torture et le meurtre se retourne dix fois contre les hommes qui s’en moquent! Je souhaite que des pères tirent accidentellement sur leurs fils à l’occasion de parties de chasse, pendant que les carnivores succombent lentement à des crises cardiaques.

Que chaque femme emmitouflée dans la fourrure doive endurer un viol si vicieux qu’elle en soit marquée à vie. Et que chaque homme couvert de fourrure se fasse sodomiser si violemment qu’il en finisse démembrés.

Que chaque cowboy et chaque matador soit encorné jusqu’à la mort, que les tortionnaires du cirque se fassent piétiner par des éléphants et lacérer par des tigres.

Enfin que l’ironie se montre sous la forme d’un chercheur sur les animaux qui a attrapé des maladies débilitantes et qui dépérit douloureusement parce que l’argent de la recherche qui aurait pu le soigner a été gaspillé dans la pratique barbare et non scientifique de la vivisection. »

La première réaction, normale et logique, est de critiquer Gary Yourofsky pour ses propos intolérables. C’est une réaction normale, mais insuffisante.

Car en réalité, il faut voir les choses objectivement et donc aller plus loin dans la critique. En effe,t lorsque Gary Yourofsky dit :

Que chaque femme emmitouflée dans la fourrure doive endurer un viol si vicieux qu’elle en soit marquée à vie.

Il ne voit pas qu’une partie importante des femmes « emmitouflée[s] dans la fourrure » ont justement été violées.

Il appelle à une sorte de brutalité généralisée qui, en réalité, existe déjà !

Disons bien brutalité car ces propos ne sont nullement « violents » dans un sens révolutionnaire. Gary Yourofsky n’est pas un « révolutionnaire » mais un moraliste se plaçant dans une démarche religieuse.

C’est pour cela que Gary Yourofsky peut parler de manière aussi légère et intolérable du viol – sans même voir justement que le viol est déjà généralisé !

Évidemment, lorsqu’il veut que :

les tortionnaires du cirque se fassent piétiner par des éléphants et lacérer par des tigres.

Cela n’existe pas de manière généralisée, comme le viol. Néanmoins on voit bien que les protagonistes de cette phrase ce ne sont paradoxalement pas les animaux ; Gary Yourofsky ne dit pas qu’il veut des animaux libres, mais des tortionnaires morts.

Or, n’a-t-il pas ici complètement perdu de vu l’objectif de la libération animale, l’existence de la Nature ?

Gary Yourofsky est quelqu’un simplement « contre », et le spécisme est combattu avec une démarche religieuse basculant dans un appel totalement sexiste, qui rappelle l’importance de comprendre le principe de la « unity of oppression. » Rappelons ici une année importante de notre « frise historique écologie/véganisme » :

1995: Congrès du mouvement autonome allemand à Berlin. Tentative (qui échoue) de faire passer le mouvement du principe de la « triple oppression » (capitalisme, sexisme, racisme) à celui de « Unity of Oppression » (Unité des oppressions, en intégrant l’exploitation animale).

N’est-ce pas là ce dont nous avons besoin ?

Et si Gary Yourofsky raconte n’importe quoi, n’est-ce pas justement parce que le véganisme n’est pas suffisant en soi, il n’existe qu’en liaison avec la libération de la Terre, avec une perspective générale pour Gaïa.

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