« Viande : opération séduction »

Voici un article du Journal du Dimanche, sur un sujet très important: le nouveau logo dit « Viandes de France » et ce qui va avec.

En l’absence en effet d’offensive ouverte pour la libération animale, l’exploitation animale profite de tous les efforts de réforme afin de se moderniser, d’encore plus apparaître comme incontournable, rationnel, etc. Les critiques des incohérences juridiques, du non-respect des applications, sont retournées en leur contraire, en base pour moderniser, pour impulser de nouvelles formes…

Comme ici, avec l’exploitation animale en mode local et nationaliste.

Viande : opération séduction

Éleveurs, commerçants, consommateurs et ministres dévoilent leurs recettes pour en finir avec les scandales.

Une carte de France stylisée en quelques coups de plume. Le mufle d’un bovin, la tête d’un cheval, la silhouette d’une poule dessinés sous une bannière tricolore…

Le logo Viandes de France présenté aujourd’hui au Salon de l’agriculture à Paris est plus qu’un cocorico. Pour la première fois, sept filières d’éleveurs garantissent aux consommateurs que l’animal est né, a été élevé, et abattu dans l’Hexagone.

La signature est déjà visible dans quelques boucheries comme en grande distribution (Intermarché, Carrefour…). Le cahier des charges respecte la législation française concernant les normes sanitaires, le respect des droits sociaux et de l’environnement.

Cette opération séduction est née après le scandale Spanghero. Il y a un an, les pouvoirs publics ont révélé que la PME revendait de la viande de cheval en la faisant passer pour du bœuf. Si la tromperie n’a pas été meurtrière, elle a ébranlé une fois de plus la confiance du consommateur.

Toute fraude menace l’avenir d’un secteur économique de poids avec un cheptel de 19 millions de têtes. Les 210.000 exploitations agricoles souffrent de la baisse de la consommation (– 2,1% pour le bœuf en 2013).

Et l’avenir s’annonce sombre. Les éleveurs redoutent la concurrence des produits carnés importés à bas prix du Canada et des États-Unis. « L’Union européenne risque de céder aux exigences nord-américaines dans le cadre du nouvel accord sur le libre-échange.

Ces viandes seraient certes bon marché, mais hormonées », s’inquiète Christian Drouin, de la Confédération paysanne, qui craint des dérapages sanitaires.

Pourtant, des solutions existent. Les éleveurs ouvrent leurs portes aux consommateurs. Ils signent des contrats à long terme avec la grande distribution. De son côté, l’État renforce les contrôles sanitaires.

L’éleveur vend en direct

Une fois par mois, Christian Drouin, installé aux Essarts (Vendée), montre son troupeau de blondes d’Aquitaine à ses clients. Et leur vend des colis composés de tournedos, de rôtis ou d’entrecôtes : « J’explique qu’il vaut mieux acheter des aliments simples. La fraude est plus difficile sur une escalope, que sur des lasagnes. »

Et ça marche. Le dernier sondage Crédit agricole-Ipsos confirme la tendance : 83 % des Français pensent que la vente directe (rendez-vous à la ferme, marché forain, Internet…) a de l’avenir, 74% sont prêts à se déplacer pour acheter de la qualité.

Les hypers s’engagent à long terme

La vente à la ferme inquiète- t-elle les géants du commerce? Cette semaine, Système U et Intermarché ont signé des contrats de 3 ou 5 ans avec les producteurs. Ils leur garantissent un carnet de commandes.

En échange, l’éleveur, plus serein, s’engage à améliorer la nutrition et l’hygiène de l’animal. L’accord entre Système U et la coopérative Terrena prévoit que « les porcs mangent du lin et du colza riches en oméga 3 ». Il comporte aussi un défi technique : donner moins d’antibiotiques en cas de maladie.

L’État renforce les contrôles

Le rapport 2014 de la Cour des comptes est sans appel. Mi-février, les juges ont dénoncé « des contrôles peu nombreux sur les produits alimentaires », et « des non-conformités rarement sanctionnées ». En dix ans, la Répression des fraudes a perdu 15% de ses effectifs.

Ses syndicats regrettent que le service soit désorganisé depuis 2008. Des accusations qui font bondir Benoît Hamon, ministre délégué en charge de la Consommation : « Dès mon arrivée à Bercy, j’ai mis fin à la saignée des effectifs. Pour 2014, il y aura des créations de postes. » Sa loi sur la consommation a également renforcé les sanctions financières et pénales à l’égard des fraudeurs.

Reste un autre dossier à haut risque. La France réclame depuis plusieurs mois à Bruxelles que la provenance des viandes soit indiquée sur les plats cuisinés. Or, il faudra encore du temps pour convaincre l’Europe. Et inquiéter les tricheurs.

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