Il y a 5 ans, Fukushima…

A l’occasion du triste anniversaire de Fukushima, le réseau Sortir du nucléaire a fourni une petite présentation des événements, dont en voici l’ extrait :

Nous commémorons ce 11 mars 2016 les 5 ans du début de la catastrophe de Fukushima. Si les médias ont quelque peu déserté le suivi au quotidien de celle-ci et que le gouvernement japonais a autorisé la relance de plusieurs réacteurs nucléaires au Japon, malgré l’opposition de sa population, il est pourtant fondamental de rappeler que la situation n’est en aucun cas sous contrôle et que le bilan ne peut que s’alourdir au fil du temps. Retour sur les événements marquants de ces cinq dernières années, au cœur de l’enfer radioactif d’un désastre industriel, humain, économique et sanitaire.

 

Le vendredi 11 mars 2011 à 14 h 46, heure locale, un séisme de magnitude 8.9 a lieu à 130 km des côtes japonaises. C’est alors le plus fort séisme jamais mesuré à proximité de l’archipel depuis que les relevés sismiques existent.

L’onde de choc déclenche un tsunami, vague géante atteignant 30 mètres par endroits, qui frappera de plein fouet la côte est japonaise en moins d’une heure parcourant jusqu’à 10 kilomètres à l’intérieur des terres.

Les effets combinés de ce séisme et du tsunami seront la cause directe du décès de plus de 28 000 Japonais dans les jours qui suivent. Mais c’est également le point de départ de la catastrophe nucléaire de Fukushima…

La centrale de Fukushima Daiichi est composée de 6 réacteurs nucléaires à eau bouillante construits entre 1967 et 1979, exploités par la multinationale Tokyo Electric Power Company (TEPCO).

Le 11 mars 2011, les effets cumulés du séisme et du tsunami privent la centrale nucléaire de toute alimentation électrique extérieure, élément fondamental pour assurer le pompage de l’eau servant au refroidissement du combustible nucléaire et à modérer la réaction de fission dans le cœur des réacteurs.

Des groupes électrogènes de secours étaient certes prévus pour pallier la rupture de l’approvisionnement électrique nécessaire au refroidissement, malheureusement ceux-ci ont été tous mis hors d’usage par le séisme… La panique gagne l’équipe des employés de la centrale jusqu’à son directeur Masao Yoshida qui témoignera plus tard de son état d’esprit lors d’une enquête publique :

J’ai été choqué, pensant que le pire état critique était arrivé. Un accident grave pourrait se produire. Nous devions être prêts pour cela. Ne pourrions-nous pas utiliser un générateur diesel de secours ? Si nous ne pouvions pas l’utiliser, que devais-je faire ? Si nous disposions d’un condenseur de secours contenant encore de l’eau, nous pourrions refroidir les réacteurs pendant quelques heures. Ces pensées tournaient dans ma tête. [1]

Masao Yoshida – directeur de la centrale au moment du séisme

Dans les premières heures de la catastrophe, de l’eau de mer est injectée pour assurer le refroidissement ; corrosive, elle risque de rendre inutilisable les différentes soupapes et structures indispensables à la sécurité du site. Mais le combustible entame déjà sa fusion…

Ces tentatives sont insuffisantes pour refroidir suffisamment le cœur des réacteurs et la pression monte à l’intérieur des enceintes de confinement. Les opérateurs tentent de faire baisser la pression en ouvrant certaines vannes, commençant ainsi à relâcher des gaz radioactifs dans l’atmosphère (opération pendant laquelle certains employés recevront une dose de plus de 100 mSv – 5 fois la dose annuelle limite pour les travailleurs du nucléaire français).

Sans système de refroidissement, la température au cœur des réacteurs devient telle que les gaines contenant le combustible commencent à se désagréger et le combustible à fondre, formant un mélange d’éléments surchauffés jusqu’à plusieurs milliers de degrés que l’on appelle « corium ».

Dans le cœur des réacteurs, de l’hydrogène sous forme gazeuse se forme à cause de la catalyse de la vapeur d’eau par le zirconium surchauffé, matière présente dans les barres de combustible. Cette nappe de gaz se condense sous le toit du réacteur n°1, la pression étant désormais quasiment impossible à contrôler par les employés de la centrale.

La chaleur ambiante et le contact avec l’oxygène finissent par enflammer cet hydrogène, provoquant une explosion qui soufflera le toit du réacteur et une bonne partie de l’enceinte de confinement.

Entre le 12 et le 15 mars, ce scénario se répète dans les réacteurs n°3 et n°2, mais aussi par un incendie dans la piscine de stockage des combustibles usés du réacteur n°4 ; leurs enceintes, soufflées par des explosions, sont détruites.

Une épaisse fumée chargée en éléments radioactifs s’échappe alors des centrales accidentées.

De mars à août 2011, cette série de 4 catastrophes nucléaires répand 168 fois plus de césium-137 dans l’atmosphère que l’explosion de la première bombe atomique à Hiroshima en 1945 selon le quotidien Tokyo Shimbun [2].

Si les autorités de sûreté japonaise ont tenté d’atténuer la gravité de ces événements au lendemain du séisme en déclarant un accident de niveau 4 sur l’échelle INES (barème international de classification des accidents nucléaires selon leur gravité), la série d’explosions a été finalement été considérée comme un seul dramatique événement permettant de classer la catastrophe au niveau 7, le plus haut niveau de cette échelle, qui avait été atteint une seule fois à Tchernobyl en 1986.

À la suite des explosions, les employés de TEPCO cherchent à refroidir à tout prix les cœurs des combustibles en fusion ainsi que les barres de combustible usagées stockées dans les piscines.

Une seule solution pour cela, immerger en permanence ces éléments dans un courant d’eau froide afin d’éviter de nouveaux rejets de radioactivité dans l’atmosphère.

Des équipes se relaient ainsi en permanence pour arroser les cœurs des réacteurs et les piscines de combustible, mais ces opérations engendrent un autre problème insurmontable : l’eau se retrouve chargée d’éléments radioactifs, et il faut absolument éviter qu’elle se déverse dans l’océan ou qu’elle s’infiltre dans les nappes phréatiques.

Au bout de quelques semaines, un expédient de fortune est décidé, L’eau contaminée sera stockée dans des réservoirs sur place et elle sera à nouveau réutilisée pour refroidir les réacteurs endommagés.

Malheureusement, le circuit utilisé pour cette opération est tout sauf étanche, les enceintes de confinement ayant été très sérieusement détruites par les explosions, de l’eau en fuit en permanence et se répand dans l’océan Pacifique et dans le sous-sol.

Les accidents et les graves fuites sur les opérations de refroidissement se succèdent, la fuite d’eau très radioactive du mois d’avril 2011 (pendant laquelle les rejets ont atteint 20 000 fois l’autorisation de rejet annuel !), devrait à elle seule être considérée comme un accident nucléaire de niveau 5 ou 6 sur l’échelle INES !

Aujourd’hui près de 6000 personnes travaillent quotidiennement sur le chantier de décontamination de Fukushima où plus de 300 m³ d’eau sont injectés chaque jour dans les circuits de refroidissement pour rejoindre ensuite les quelque 400 000 tonnes d’eau contaminée accumulées sur le site dans de gigantesques réservoirs occupant de plus en plus d’espace… et dont on ne sait que faire !

La contamination de l’environnement marin induite par cet accident est considérée comme étant la plus grande pollution radioactive marine de l’Histoire !

Si les éléments charriés par les courants marins auraient eu par la suite tendance à se déposer sur les couches sédimentaires de par leur masse atomique conséquente, une bonne partie de ces éléments se retrouve pourtant dans tout l’écosystème marin. Le plancton à la base de l’alimentation des animaux marins a incorporé des éléments nocifs tels que le césium137 qui se retrouve ainsi dans la chaîne alimentaire.

C’est ainsi que le taux de radioactivité dans les thons péchés dans le Pacifique (poisson très prisé de la gastronomie japonaise) a augmenté significativement (avec des concentrations en radio-césium jusqu’à 10 fois plus élevées qu’avant Fukushima [3]), et les migrations des bancs de poisson ont répandu cette contamination jusqu’aux thons péchés aux abords des côtes californiennes [4].

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