La grande crise des œufs

Le véganisme n’est pas une « utopie », c’est une morale qui se fonde sur une prise de conscience de la réalité. Il s’agit de la réalité des animaux comme êtres vivants, la réalité de notre planète comme lieu abritant la vie.

La grande crise des œufs qui a lieu en ce moment, de par ses proportions, est la preuve que le véganisme n’est pas une « bonne idée », mais qu’il naît sur un sol chaque jour plus fertile. L’économie de l’exploitation animale ne peut qu’exploser en vol et inversement le véganisme ne peut que grandir de plus en plus en tant que force d’affrontement avec le crime à l’égard des animaux.

Il faut, en effet, voir la terrible dimension de l’acte de ces capitalistes bretons, des communes du Finistère et des Côtes d’Armor, qui ont détruit 400.000 œufs entre le 6 et le 10 août. Derrière la contestation, on retrouve la section œufs de l’UGPVB (Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne).

Ce sont des chiffres énormes, qui sont dans les normes de l’exploitation animale, de plus en plus puissante en termes d’impact. Et elle est tellement puissante justement qu’elle se centralise toujours plus, écrasant les petits capitalistes.

Comment l’exploitation animale a-t-elle procédé dans le cadre de la « production » d’oeufs ? C’est très simple.

Comme nous l’avons déjà mentionné, les activistes réformistes de la protection animale sont en partie les idiots utiles des grands trusts de l’exploitation animale.

En l’occurrence, si les petits capitalistes se cassent la gueule, c’est parce que les grands capitalistes ont « accepté » que les normes des cages changent (c’est la directive européenne sur le «bien-être» des poules pondeuses, effective depuis le 1er janvier 2012, accordant l’équivalent d’une feuille A4 par poule), en sachant très bien que derrière, cela serait ingérable pour les petits capitalistes.

Seuls les grands capitalistes peuvent faire des économies d’échelle de ce type, se rattraper sur la productivité, etc. etc.

Ce n’est pas tout. La mise aux normes a été prétexte pour les petits capitalistes de tenter d’augmenter leur production, en agrandissant leurs fermes d’un tiers, voire de moitié. Les petits capitalistes, toujours avides de parts de marché en plus, sont parfois montés jusqu’à 100 000 poules par élevage...

Le résultat est facile à comprendre. Il y a dans l’Union Européenne aujourd’hui 350 millions de pauvres poules esclavagisées comme pondeuses, et par rapport à ce qui est consommé comme œufs, il y en a entre 15 à 20 millions « en trop. »

Voilà pourquoi les gens qui ont détruit les 400 000 œufs réclament… que 5 % de la production d’oeuf soit détruite. Ce que cela signifie, de notre côté, c’est naturellement que les poules seront massacrées.

Le  Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO), qui réunit les professionnels du secteur, comme on dit, a déjà appelé d’ailleurs à en massacrer une partie conséquente. La FNSEA, le syndicat de l’agriculture, va dans le même sens et a bien entendu demandé de l’aide à l’Etat :

« La filière s’est mobilisée pour réduire le surplus de production en prenant des décisions courageuses comme l’allongement des vides techniques et des abattages anticipés de poules pondeuses. Du temps est nécessaire pour que ces mesures produisent pleinement leurs effets sur les volumes de production et permettent un redressement du marché.

Les producteurs, au milieu du gué, ont besoin d’un accompagnement pour surmonter cette passe difficile. La FNSEA attend des pouvoirs publics qu’ils prennent leur part en soulageant la trésorerie des producteurs dans cette période de transition.

Au-delà, la question des coûts de production reste entière sur un marché ouvert et volatil.  »

Dire que le marché des œufs est « volatil » est certainement un jeu de mots de mauvais goût. Mais ce qui compte surtout, c’est que l’exploitation animale a régulièrement besoin des aides de l’Etat pour tenir.

Sauf que l’Union Européenne a décidé de mettre terme à toutes ces interventions étatiques : les gros trusts se sont formés et ne veulent pas de l’Etat pour venir en aide aux petits capitalistes torpillés… qui eux-mêmes se présentent comme des travailleurs pauvres.

Par conséquent, les trusts de la « production » d’oeufs réclame de nombreuses choses : des dérogations sur la date limite de vente, la réintroduction des farines animales dans l’alimentation des volailles, assouplissement de la réglementation ICPE ( installations classées pour la protection de l’environnement), etc.

Et l’un des « trucs » utilisés va être la distribution de 400 000 œufs à des associations comme la Banque alimentaire, histoire d’avoir une meilleure image que celle de simples « destructeurs » de denrées alimentaires.

Mais ce n’est pas tout ! Dans la « production » d’oeufs il y a les grands et les petits, mais il y a aussi la grande distribution qui a un rapport de force très grand en France, et qui donc pousse à davantage de productivité.

Cependant, voyons bien le mensonge des capitalistes « produisant » des œufs : la grande distribution n’achète que des œufs « français », donc permet des revenus assurés.

Mais surtout, la vente d’oeufs en France ne représente que 40% des débouchés, cela signifie bien entendu que les capitalistes producteurs d’oeufs ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : la vérité est qu’ils poussent toujours plus l’exploitation animale, ils veulent toujours plus de rentabilité, de productivité…

Les faits sont là : ces gens poussent à la consommation d’oeufs, et ils produisent plus d’oeufs qu’il n’en est consommé en France, car ils veulent vendre, ils veulent faire du profit.

L’objectif, une concentration comme aux Etats-Unis, où 95 % de la production est assurée par 260 élevages (dont 65 ont plus d’un million de poules et 9 ont plus de cinq millions).

C’est cela, la réalité de l’exploitation animale. Ce n’est pas un humain « méchant » qui « opprime » (comme le pensent les « antispécistes »), ce n’est pas un consommateur qu’il faudrait « éduquer » (comme le pensent les réformistes du type L214), c’est une réalité économique avec des fondements très concrets.

Tant que ces fondements seront là, l’exploitation animale sera là.

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