La pêche ne se maintiendrait pas sans subventions

La « Global Ocean Commission » (« Commission Océan Mondial » en français) est un organisme international né l’année dernière, sur une base on ne peut plus institutionnelle : parmi ses membres on trouve le président de l’Organisation Mondiale du Commerce, le directeur de la Banque mondiale, un ancien premier ministre canadien, un ancien ministre espagnol de l’environnement, etc.

Son objectif est de faire en sorte que l’on puisse continuer l’exploitation animale liée à l’océan. Ce n’est pas le nôtre, évidemment, néanmoins il y a dans ce rapport beaucoup d’informations quant à la situation dramatique de l’océan, à voir chacun en détail.

Pour commencer, voici le grand paradoxe de ce que réclame la Commission en question. Pour elle la situation est clairement catastrophique, et le seul moyen de freiner cela est de cesser les subventions.

En effet, l’exploitation animale liée à l’océan ne tiendrait pas sans les subventions… La Commission dit ainsi :

« La somme des subventions à la pêche s’élève au total à 35 milliards de dollars par an. Sans elles, de nombreuses pêcheries en haute mer ne seraient probablement pas rentables. Avec les deux tiers des stocks de poissons en haute mer, soit surexploités, soit même épuisés, il est démontré que les subventions aggravent la surpêche et par conséquent la dégradation de l’environnement marin.

Les économistes ont classifié les subventions sous les catégories de « nuisibles » et « avantageuses » pour l’environnement. Dans la catégorie « nuisibles », les plus importantes sont celles destinées aux carburants, à la construction des vaisseaux, et celles destinées à maintenir les prix de marché. Sans subventions aux carburants, le chalutage de fond, extrêmement nuisible à l’environnement, serait sûrement suspendu.

De nombreux gouvernements, en plus de scientifiques et économistes, soutiennent la réforme des subventions comme une option pour en finir avec la surpêche et pour préserver la biodiversité des fonds marins. Les subventions « nuisibles » pourraient être plutôt utilisées pour soutenir la préservation de l’environnement des zones côtières et l’emploi.

Mais, même avec les engagements et initiatives répétés de la communauté internationale, comme le processus au sein de l’Organisation mondiale du commerce, les subventions nuisibles persistent, en partie dû à l’influence des groupes de pressions. »

Groupes de pression? Le Nouvel Observateur avait justement, il y a un an, rendu public un rapport de la Cour des comptes concernant la pêche de 2000 à 2009. C’est accablant. Dans un système totalement opaque, l’argent coule à flots.

On lit entre autres dans le rapport, qui n’a jamais été rendu public, et pour cause :

« On constate en premier lieu que le total des concours au secteur de la pêche et de l’aquaculture et des concours à la protection sociale des marins pêcheurs et des aquaculteurs s’élève à 824,4 M€ en 2007 et 1 016,9 M€ en 2008. Le montant des aides a ainsi dépassé la barre symbolique du milliard. Dans la mesure où cette récapitulation n’inclut pas les aides des collectivités territoriales, le total des aides publiques avait probablement franchi ce seuil auparavant. Il est quasiment égal au chiffre d’affaires total de la pêche (1 182 M€ en 2007), il est vrai hors l’aquaculture (542 M€) qui reçoit une partie de ces aides. »

« Il est frappant de constater que les aides publiques [en, Bretagne, soit 40 % de la pêche] représentent en 2008 plus de 2,5 fois cet excédent brut d’exploitation et plus de 4 fois le résultat net des entreprises. En l’absence des aides , ces deux soldes et la capacité d’autofinancement seraient négatifs, et les entreprises non viables. »

« Les aides à la pêche recouvrent non seulement l’activité de pêche proprement dite, mais aussi son environnement, qu’il s’agisse des ports, des criées, du mareyage, de la recherche ou de l’enseignement.

Elles ne concernent toutes les régions, toutes les pêcheries, toutes les tailles de navires, tous les moments du cycle de vie d’une entreprise. Quasiment tous les postes du compte de résultat d’une entreprise de pêche connaissent, à des degrés divers, l’influence d’une aide. »

« Il n’est quasiment pas d’acteur du secteur qui ne soient concerné par une aide : entreprises de pêche, d’aquaculture ou de mareyage, collectivités, syndicats et organismes professionnels de toute nature, un tableau des paiements effectués au 31 décembre 2008 au titre de l’IFOP fait apparaître environ 10 000 bénéficiaires différents, pour des montants de fonds européens allant de 291,63 € à 2 610 969,04 €. »

Tout cela est très clair ! Pas étonnant que le rapport ait été escamoté…

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