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Nouveau décret sur les associations et le débat institutionnel sur l’environnement

Si nous ne croyons nullement aux institutions, tel n’est pas le cas d’une myriade d’associations, qui pétries d’illusions tentent de peser sur l’État plutôt que sur la population. Il est pourtant évident que l’Etat fait un tri soigneux, et c’est précisément ce que fait un nouveau décret au sujet de l’environnement.

Ce décret décide de quelles associations ont le droit de parole dans certaines instances institutionnelles, en plaçant la barre très haut en terme de taille. Or, la France n’étant pas l’Allemagne, l’écologie n’a pas de bases solides.

Une association d’utilité publique devra ainsi disposer d’un minimum de 5 000 donateurs… Alors que rien qu’un parti politique aussi « large » que EELV arrive péniblement à 30 000 adhérents.

L’auteur de l’article, très « choqué » par ce décret, est l’ancienne ministre de l’environnement Corinne Lepage. Si elle parle, c’est justement au nom de ces associations qui misent sur les institutions (elle est la présidente-fondatrice du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique, la CRIIGEN, qui s’occupe notamment de la question des OGM).

Les assos pour l’environnement se font entuber en douce

Les mauvais coups se font généralement le 14 juillet ou le 15 août. C’est encore plus tentant en période de crise majeure, comme actuellement. C’est sans doute pour cette raison que le Journal officiel du 13 juillet publie un nouveau décret concernant les associations.

Celui-ci fixe les modalités d’application au niveau national de la condition prévue au premier point de l’article R.141-21 du code de l’environnement, concernant les associations et fondations souhaitant participer au débat sur l’environnement dans le cadre de certaines instances.

Pour pouvoir participer, une association devra désormais compter au moins 2 000 adhérents.

Quant aux associations d’utilité publique, elles devraient exercer leur action sur la moitié des régions au moins, et disposer d’un minimum de 5 000 donateurs, pour pouvoir se faire entendre.

Les seuls organismes ayant le droit de le faire entendre leur voix sur les politiques environnementales sont des organismes publics au sein desquels seules ces grandes associations ont le droit d’être représentées. De plus, l’Etat s’octroie le droit de vérifier les conditions de financement des associations pour s’assurer « de leur indépendance ».

Les assos les plus gênantes pour les lobbies handicapées

Ce texte est liberticide au regard de la liberté d’association ou plus précisément du droit des associations à se faire entendre. Il exclut en particulier toutes les associations d’experts qui ont fait l’essentiel du travail en termes d’alerte au cours des dernières années.

Mouvement des générations futures – Criirad, Criigen, réseau santé environnement, Inf’OGM, pour n’en citer que quelques-uns – n’auront aux termes de ce texte plus le droit de participer, voire plus le droit d’être agréés puisque c’est l’agrément au titre de l’environnement lui-même qui est touché par ce décret scélérat.

Autrement dit, non seulement aucun texte de protection des lanceurs d’alerte n’a jamais été pris par ce gouvernement, du temps de monsieur Borloo comme a fortiori du temps de madame Kosciusko-Morizet, mais plus encore, c’est la capacité des associations les plus dérangeantes pour les lobbies défendus par le gouvernement qui est ici mise en cause.

En effet, sans agrément, la capacité de porter plainte avec constitution de partie civile reste très réduite. Dans ces conditions, les procès mettant en cause ces lobbies deviennent beaucoup plus difficiles.

De la même manière, le fait que les agréments soient conditionnés par le nombre de personnes rendra très difficile la tâche des associations locales, constituées contre tel ou tel projet, telle ou telle infrastructure. Les préfets pourront toujours soutenir qu’elles ne remplissent pas les conditions.

Ainsi le gouvernement s’est-il attaqué avec efficacité, une fois encore, aux modestes contre-pouvoirs que notre pays compte encore.

> Référence concernant l’arrêté du 12 juillet 2011 fixant les modalités d’application au niveau national de la condition prévue au 1° de l’article R. 141-21 du code de l’environnement concernant les associations et fondations souhaitant participer au débat sur l’environnement dans le cadre de certaines instance (JORF n°0161 du 13 juillet 2011, page 12 154).

Europe Ecologie – les Verts : même pas un mois d’activité, et déjà les clans s’affichent

C’est totalement fou : les élections présidentielles sont dans une année et demi, et déjà Europe écologie – les Verts se déchire, alors que le congrès de fondation a eu lieu il y a même pas un mois !

Le gâteau électoral a l’air tellement grand que cela part dans tous les sens, avec un opportunisme débridé incroyable, et bien entendu sans rapport aucun avec l’écologie et l’urgence pourtant nécessaire.

Le premier coup d’éclat a été fait par Jean-Paul Besset. Trotskyste (à la direction de la LCR pendant onze ans), puis rédacteur en chef du quotidien Le Monde pendant dix ans, Besset est le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

Il est député européen, et évidemment proche de Nicolas Hulot – Nicolas Hulot qui était justement présent lors du congrès de fusion Europe Ecologie – Les Verts, à la mi-novembre. Fusion dans laquelle il a joué un grand rôle, et il devait même devenir président de leur « parlement ».

Pourquoi donc claque-t-il la porte ? Voici ce qu’il a expliqué, dans une lettre rendue publique dans le magazine très anti-écolo Marianne :

Pourquoi j’abandonne

J’ai décidé de renoncer à toute responsabilité au sein d’Europe Ecologie-Les Verts. Cette décision est mûrement réfléchie. Elle n’est le fruit ni d’un coup de tête ni d’un coup de blues. Elle révèle l’impuissance que je ressens de plus en plus douloureusement face à une situation de conflit interne qui m’apparaît, en l’état, dominante, indépassable, broyeuse d’énergie et d’espérance. Elle vise aussi à dissiper l’illusion fédératrice que ma présence entretient dans la direction du mouvement, entre marteau et enclume.

Autrement dit, j’avoue l’échec, personnel et collectif : je ne souhaite plus m’épuiser à construire des passerelles alors que l’essentiel des préoccupations consiste à entretenir les suspicions ou à rêver d’en découdre pour affaiblir tel courant, détruire tel individu ou conquérir tel pouvoir. Je n’assumerai pas plus longtemps la fiction et l’imposture d’un rôle revenant à concilier l’inconciliable.

Si ma mise à l’écart volontaire, dont je pèse amèrement le sens négatif aux yeux des militants sincères, peut servir à quelque chose, c’est de dissiper le rideau de fumée et chasser l’hypocrisie: que les masques tombent ! Que les couteaux sortent s’ils doivent sortir ou que les convictions l’emportent enfin sur les ambitions, mais qu’au moins il se passe quelque chose, qu’Europe Ecologie-Les Verts échappe à ce climat délétère de guerre froide et de paix armée !

I have a dream… Oui, j’avais fait le rêve que les Assises de Lyon, le 13 novembre, seraient une date « constituante », consacrant l’aboutissement d’une démarche de dépassement collectif pour construire une force alternative, responsable et désirable, indispensable aux enjeux de l’époque. Cette journée devait marquer les esprits au point de les transformer grâce à un sentiment d’appartenance commune, emportés par une dynamique qui submergerait les inévitables aigreurs, les petits calculs, les préjugés stupides, les médiocrités recuites. J’ai cru que la force de l’essentiel l’emporterait sur les turpitudes usuelles. Qu’il y aurait donc un avant et un après Lyon…

Je me suis trompé. Lourdement. Il est impossible de parvenir à faire la paix entre ceux qui aspirent à la guerre.

Il y a bien un après Lyon… mais, à l’image du nom retenu (Europe Ecologie-Les Verts), il reproduit ce que nous avions eu tant de mal à contenir dans l’avant Lyon : le scénario des crispations et des jeux claniques, la comédie du pouvoir, le monopoly des territoires. Règlements de compte, délices du déchirement, obsessions purificatrices et procès en sorcellerie saturent à nouveau l’espace, au point de rendre l’air interne irrespirable et le travail politique secondaire.

La fusion-dépassement n’a pas eu lieu. Le fossé des défiances reste plus béant que jamais entre ceux supposés vouloir rester en famille et ceux suspectés de chercher le divorce pour la recomposer, rendant impossible toute entreprise commune. D’un côté, le parti où nombre de Verts verrouillent une reproduction à l’identique, avec les mêmes têtes, les mêmes statuts, les mêmes pratiques, les mêmes courants, la même communication pseudo radicale, la même orientation servile vis à vis de la gauche; de l’autre côté, la Coopérative que certains veulent instrumentaliser en machine de guerre contre le parti. Dans ces conditions, aucune discussion sereine, aucun désaccord rationnel ne peut exister. Chaque choix est hypothéqué, chaque initiative s’avère lourde de conflits.

Par bonheur, la dramaturgie de nos luttes fratricides en reste aux simulacres. Elle ne tue pas vraiment mais elle use, elle ronge, elle épuise, elle désespère. Certains bâtisseurs, comme mon vieux complice Pascal Durand, ont déjà pris leurs distances. A mon tour de déclarer forfait et de refuser d’assumer plus longtemps un rôle d’équilibre alors qu’on me somme chaque instant de choisir un camp, de dénoncer machin ou de sacrifier truc, de justifier le moindre acte des « autres », de prendre parti dans le choc des ego, de participer au grand concours des détestations, bref de faire tout ce que je déteste.

J’ai contribué à construire un mouvement que je juge désormais métastasé et auquel, pas plus que quiconque, je ne sais apporter de remèdes. Je n’entretiens aucun ressentiment, j’apprécie les qualités individuelles des un(e)s et des autres, je ne regrette rien du chemin. Mais, sous l’impact de trop fortes pesanteurs internes engendrées par les coutumes du vieux monde politique dont toutes – je dis bien toutes! – les sensibilités d’EELV portent les stigmates, la mayonnaise collective a tourné et déprécie maintenant les énergies.

C’est humainement insoutenable. C’est en tout cas à mille lieux du projet qui m’habitait. Je renonce donc sans rien sacrifier de mon espérance dans l’écologie politique comme horizon de survie et d’émancipation. Sous réserve, peut être, d’un sursaut durable et d’un ressaisissement collectif que mon retrait pourrait favoriser.

6 décembre 2010

Jean-Paul Besset

C’est bien beau, mais c’était clair depuis le départ. Là où il n’y a pas de contenu, il y a surtout de la carrière. Et Jean-Paul Besset peut critiquer comme il veut: il a démissionné d’Europe écologie, mais il reste député européen, ce qui est pour le moins incohérent!

Et puisqu’on parle d’incohérence, lors du congrès de fusion entre Europe Ecologie et les Verts, il y avait deux écrans géants, dans ce qui était une sorte de grand show dans une tradition totalement éloignée de l’esprit alternatif qui doit être celui de l’écologie.

Noël Mamère a même eu besoin de se retenir : « Pendant que les photographes se pressent autour de nos responsables et de nos vedettes… même si ce mot n’est pas très apprécié par le monde de l’écologie. »

Car lors de ce show, on a également eu droit au grand retour médiatique de Nicolas Hulot (voir la vidéo de son discours, avec les journalistes au premier rang), après le flop de son film. Et comment Besset justement a justifié cette présente médiatique au sein d’un show :

« Il a choisi cette occasion pour faire sa rupture de jeûne médiatique parce que pour lui, c’est un moment important. Il connaît l’histoire de ce mouvement et sait que son action n’est pas pour rien dans sa naissance. »

Besset est donc sacrément gonflé de tenir ces propos sur Europe Ecologie, car lui-même a fait partie de cette guerre de cliques, lui représentant la tendance Nicolas Hulot…

Mais Besset n’est pas le seul à « se placer » par un coup d’éclat. Daniel Cohn-Bendit a fait de même…. Il y a quelques jours, il a lancé de manière officieuse sa « coopérative politique » avec une soixantaine de sympathisants.

Parmi les personnes invitées à cette soirée : Eva Joly, Laurence Vichnievsky, Noël Mamère, Corinne Lepage, Stéphane Gatignon ou Marie Bové.

Qui sont ces gens? Eva Joly, l’ancienne magistrate, dont nous avons déjà parlé (voir également là) et dont nous avons déjà critiqué son absence de position écologique. Laurence Vichnievsky est elle encore magistrate, et on pourrait faire la même critique.

Stéphane Gatignon : nous en avons déjà parlé également, il a quitté le PCF afin de faire carrière ailleurs (voir ici également au sujet, le mois dernier, d’adhésions « de dernière minute »). Marie Bové : nous en avons parlé aussi, elle est la fille de José Bové, elle n’a pas de parcours écologiste. Quant à Noël Mamère et Corinne Lepage, ce sont des écologistes en version « light »…

Bref, que des gens dont le rapport avec l’écologie est tout sauf franc, clair et net, ou alors dans une version édulcorée, acceptable par les institutions, et en tout cas sans projet de bouleversement des valeurs dans le sens de la libération de la Terre et de la libération animale.

Et pour corser la chose, Daniel Cohn-Bendit a affirmé qu’il soutenait la candidature de Dominique Strauss-Kahn lors des primaires du Parti Socialiste. Alors qu’il avait soutenu Ségolène Royal en 2006, contre Dominique Strauss-Kahn justement !

Sauf que maintenant Daniel Cohn-Bendit a sa petite équipe, et peut rouler tout seul comme un grand, ou tout au moins avoir sa propre figure de proue avec Eva Joly…

Voilà donc ce qu’est Europe écologie. Aucun débat n’est impulsé dans la population, aucune culture écologiste n’est produite. L’écologie est ici prise en otage, de manière éhontée, pour un jeu électoral… aux dépends de la planète !