• Le droit des pigeons à boire, ainsi qu'à prendre des bains

“L’écologie, la solution, le projet présidentiel d’Eva Joly”

Nous pensions qu’en parlant du « projet 2012 » d’Europe Ecologie – les Verts, cela en était fini et on savait à quoi s’en tenir. Eh bien, non. En raison du très faible intérêt des gens pour Eva Joly, EELV a tout refait.

Eva Joly se maquille différemment et ne porte plus de lunettes. Voilà pour l’apparence. Et le contenu ? Jetons un œil sur « L’écologie, la solution, le projet présidentiel d’Eva Joly » révélé hier dans un meeting à Roubaix.

Commençons par la question animale. Le projet 2012 affirmait vouloir changer le code civil, pour que l’animal soit reconnu comme un être vivant et non plus comme un « bien meuble » ou « immeuble. »

Désormais Eva Joly recule tout en précisant : la ligne est désormais ouvertement celle du « bien-être animal. »

Il n’y a pas aucune remise en cause de l’exploitation animale, mais une volonté d’aménagement, depuis les cirques jusqu’aux abattoirs, en passant par la chasse. Voilà ce qui est dit :

Définir un nouveau statut de l’animal : la loi sera modifiée pour agir contre le trafic d’animaux et pour favoriser le bien-être de ces derniers, qu’ils soient domestiques ou non, dans toutes les politiques sectorielles : transport, élevage, abattage, animaleries, cirques, etc. La législation sur la chasse évoluera pour introduire le respect de l’animal et la bonne santé des populations d’espèces.

Aucune personne sérieuse et luttant pour les animaux ne peut accepter cela. Parler de « bien-être » pour des situations aussi odieuses, cruelles, meurtrières, c’est même totalement fou.

Mais malheureusement, voilà le cul-de-sac où sont amenés les gens par ceux qui propagent l’illusion que les animaux pourraient avoir des « droits » dans cette société, tout cela parce qu’ils ne veulent pas oser remettre en cause la société.

Ainsi, d’un côté la radicalité est étouffée au nom du « bien-être », et de l’autre l’exploitation animale s’aggrave, Eva Joly appelant d’ailleurs à renforcer « l’aquaculture durable. »

Voyons maintenant ce qu’il en est pour l’écologie. On a, fort logiquement, le point de vue contraire de LTD. Pour nous la nature a une valeur en soi, pour Eva Joly la nature c’est du business et donc il ne faut pas trop l’abîmer…

Voilà ce qui est expliqué :

La nature, les rivières, le littoral et les forêts sont accablés parles pollutions de toutes sortes. Pourtant, c’est de cette nature dont nous dépendons: médicaments, aliments, matériaux de construction… 40% de l’économie mondiale repose sur les services rendus par la nature. Réconcilier l’humanité avec son environnement, avec la nature, est au cœur de la démarche des écologistes. Il est temps de penser un nouveau modèle de développement dans lequel biodiversité et économie ne s’opposeraient pas mais se renforceraient mutuellement pour se compléter.

Pour cette raison, Eva Joly ne prend pas la défense de la vie sauvage ; son univers se réduit à deux pôles : la ville et les terres agricoles.

Nos métropoles ne cessent de grandir. Elles empiètent sur les terres agricoles et nous obligent à passer des heures dans les transports. Il est temps de mettre en œuvre la ville dense et écologique, de réguler le foncier, de préserver les espaces verts.

C’est une vision bobo, qui veut des villes « comme avant » et des espaces verts dans son quartier (encore faut-il avoir un quartier en tant que tel, d’ailleurs). Rien à voir avec l’exigence que la planète redevienne bleue et verte.

D’ailleurs, Eva Joly propage des illusions dangereuses quand elle dit par exemple que :

L’écologie ce n’est pas seulement la protection de la planète, c’est aussi une meilleure qualité de vie pour ses habitants et ses habitantes.

A terme, c’est vrai, mais tout d’abord il va falloir un grand chambardement, une transformation radicale des habitudes. Beaucoup de choses vont être remises en cause, et pour les gens cela sera compris comme une sorte de recul. C’est la raison évidemment pour laquelle à LTD nous attendons des générations naissantes, qui ne pourront plus se raccrocher à de vaines illusions comme c’est encore le cas aujourd’hui.

Maintenant portons notre attention sur des propositions plus concrètes. On voit déjà que, en prévision de l’accord gouvernemental avec le Parti Socialiste (si Hollande gagne), Eva Joly recule sur la question de Notre-Dame-des-Landes :

Un moratoire sur l’ensemble des grands projets pharaoniques.

Des évaluations permettront de les revisiter ou de les abandonner, à commencer par l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Il ne s’agit plus forcément d’abandonner, mais de « revisiter », ce qui ne veut rien dire bien sûr !

On a ensuite un intéressant objectif :

Un objectif “Triple zéro” : zéro OGM, zéro gaz de schiste, zéro autoroutes supplémentaires (incluant les grands contournements des agglomérations).

En effet, cela n’engage à rien puisque tout le monde est d’accord avec cela.

Portons donc notre attention sur des idées plus sérieuses, en apparence :

Réduire de 30% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, par rapport à 1990, pour limiter le réchauffement de la planète sous les 2°C. Engager tous les territoires et les secteurs d’activités, en commençant par l’agriculture, à anticiper et à s’adapter dès à présent aux changement climatiques.

La première phrase est trompeuse : ce n’est pas la réduction en France seulement qui va suffire, bien sûr. Et la seconde phrase montre que l’objectif est surtout de prévoir une adaptation. Il n’y a pas de volonté d’affronter radicalement le réchauffement climatique, en modifiant radicalement notre société et la planète !

Organiser la sortie du nucléaire en 20 ans.

Créer un pôle d’excellence industrielle en matière de gestion des déchets et de démantèlement des centrales, pour maintenir ainsi les emplois dans la filière.

C’est un objectif réaliste sur le papier. Sauf que Hollande est totalement pro-nucléaire, comme le Parti Socialiste. Eva Joly propage ici l’illusion dangereuse que ce projet est viable, alors qu’il faudrait un énorme rapport de force pour le réaliser !

Faire de la France un leader industriel des énergies renouvelables, en produisant 40% de notre énergie par des sources renouvelables dès 2020 (hors carburant).

En mettant de côté le carburant, Eva Joly sait très bien que ce point ne remet pas grand chose en cause sur le plan de la vie quotidienne (comme le règne de la voiture), permettant de rester sur son terrain : soutenir les PME à tout prix dans le domaine industriel (ce qui est même une illusion devant la force des grandes entreprises).

Rénover un million de logements par an, d’ici 2020, au niveau «basse consommation d’énergie », en commençant par ceux dans lesquels vivent les huit millions de personnes en situation de précarité énergétique. Les bâtiments publics seront tous rénovés d’ici 2030. Ce plan permettra la création de 400 000 emplois d’ici 2020 dans le secteur du BTP.

Eva Joly ne précise pas ici à qui appartiennent ces logements : certainement pas les pauvres ! Elle propose donc d’aider financièrement les propriétaires, au lieu de proposer des HLM écolos modernes et en masses…

Investir quatre milliards d’euros par an dans les transports alternatifs à la voiture et au camion, en commençant par améliorer la qualité et l’offre de trains sur le réseau ferré local, et en développant le fret ferroviaire.

Eva Joly oublie ici que les trains sont en voie de privatisation : aucune politique globale n’est plus possible, si elle l’a jamais même été.

Ici, comme dans toutes les questions, Eva Joly tente de jouer les pompiers face à un incendie gigantesque, en disant : ici et là, mettons un peu d’eau cela stoppera l’incendie.

Mais il n’est pas difficile de voir à quel point c’est totalement en décalage avec la réalité, avec l’ampleur du désastre, avec l’ampleur de l’offensive contre Gaïa !

Des questions, des réponses

Qu’est-ce que La Terre d’abord?

LTD est un journal en ligne qui relève et critique les info du quotidien, mais qui compose également des articles en faveur de la libération animale et de la libération de la Terre. Le but étant de faire changer les mentalités afin de libérer Gaïa et tous les animaux.

Qu’entendez-vous par Gaïa?

Par Gaïa, nous voulons dire la Terre, ou plutôt notre « mère » la Terre. Les minéraux, les végétaux, les animaux, toutes les formes de vie sont reliées, et ne peuvent pas exister les unes sans les autres. Quand nous disons que Gaïa doit être libérée, nous voulons dire que l’existence des minéraux, des végétaux et des animaux a une valeur en soi; il n’y a pas de place pour la destruction.

Pourquoi avez-vous fait LTD?

LTD se veut être un site novateur qui associe logiquement la libération de la Terre et celle des animaux. Il s’agit de mettre des points de vue en avant, de produire de la culture, de donner naissance à des initiatives.

Il s’agit également de redéfinir la notion de véganisme qui est de plus plus bâclée par des individus opportunistes, qui profitent des progrès de la barbarie pour justifier des attitudes libérales.

Nous revendiquons une vie au service des animaux (comme l’adoption d’animaux en refuge), car nous estimons qu’être végan c’est bien plus qu’appliquer certains principes de base. Nous sommes pour un véganisme radical, cohérent, sans compromis.

Par ailleurs, il est primordial de comprendre que l’écologie radicale et le véganisme radical vont de paire et prétendre ou ignorer le contraire est sans valeur et inutile, voilà pourquoi nous informons sur la vie sensible du monde végétal.

Par écologie radicale nous entendons ainsi la prise de conscience de l’existence de Gaïa en tant que biosphère, c’est-à-dire en tant qu’espace où se déroule la vie, en tant que planète abritant la vie.

Il va de soi, donc, qu’une telle perspective s’oppose radicalement à l’écologie-bobo-à la mode : nous voulons la libération de la Terre et non pas une « réduction » des nuisances que nous lui infligeons.

Vous mettez en avant le mode de vie straight edge. Pouvez-vous préciser votre pensée?

On ne peut pas saluer l’existence de Gaïa et chercher en même temps la fuite dans les drogues, la destruction de soi-même. Notre démarche est positive, productrice et productive; elle va à l’encontre du mythe du poète maudit du 19ème siècle, qui serait drogué et tourmenté et donc créatif.

Il faut également remarquer que les drogues sont une composante essentielle de la société, tant dans la production (liées aux mafias, aux Etats, etc.) que par la consommation (volonté de se rendre « plus fort » ou au contraire de se défoncer, etc.). Et ile ne faut pas oublier que l’on ne peut pas être végan et consommer des produits issus de la vivisection tels que les cigarettes et l’alcool.

Être straight edge, c’est refuser les vains échappatoires, c’est refuser les illusions, les fuites en avant, c’est être réaliste et comprendre le sens de la vie, par rapport à Gaïa.

De quelle manière voulez-vous que les gens changent en France?

Disons tout de suite que si nous luttons pour un changement de mentalité, un changement culturel, nous n’adoptons pas pour autant une attitude passive attendant que « les gens changent d’eux même » et où le site nous servirait juste à nous donner bonne conscience…

Nous pensons que La Terre D’abord doit être un média utilisé au maximum pour diffuser des points de vue et des compte-rendus de pratiques, qui ont aujourd’hui un sens éminemment révolutionnaires.

On dit beaucoup que le mot « révolution » n’a plus de sens, qu’il est galvaudé. Pourtant, il est évident qu’assumer la libération animale et la libération de la Terre, c’est immédiatement avoir une démarche révolutionnaire dans notre société.

Nous voulons que s’ouvre cette voie, et que tout soit bouleversé dans un sens positif.

Quelle est votre opinion au sujet de la situation des animaux aujourd’hui?

Les animaux sont toujours aussi exploités, martyrisés et considérés comme des marchandises, et donc jetables. Les crises économique et climatique actuelles n’arrangent rien à la situation car les animaux sont d’autant plus abandonnés et maltraités, devenant des souffre-douleur ou bien des moyens de locomotion vantés dans les magasines « écolo » en remplacement des engins consommateurs de pétrole.

La situation de notre planète n’est pas vraiment plus enviable, l’existence de Gaïa étant littéralement ignorée et la vie sensible des végétaux étant d’autant plus ridiculisée, même chez les végans.

Notre responsabilité est donc très grande.

Que pensez-vous des théoriciens du droit d’un côté, de l’ALF et de l’ELF de l’autre?

Nous ne nous intéressons pas aux théoriciens du droit, même si certains (comme Francione) mettent en avant des choses intéressantes. Nous ne pensons pas qu’ils soient réalistes. Ils sont totalement liés aux institutions, en l’occurrence universitaires. Ils espèrent que les choses changeront d’elles-mêmes, ils pensent comme Gandhi que les gens exploitant les animaux vont devenir « raisonnables. »

Nous parlons par contre de l’ALF et de l’ELF, déjà parce que leurs documents sont bien plu compréhensibles et lisibles, et que leur démarche n’est pas élitiste. Il n’y a pas de mise en avant de personnalités, d’egos, etc. Il y a une sensibilité qui nous parle, contrairement aux textes juridiques abstraits et aux associations où un individu se met en avant, que ce soit comme théoricien ou porte-parole. C’est une question de culture et de mentalité. Après, il s’agit de mouvements clandestins pratiquant des actes illégaux, et en tant que journal légal nous ne pouvons avoir de point de vue à ce sujet.

Comment imaginez-vous le monde du futur ?

Pour en parler, il faut forcément penser à deux œuvres de littérature du 19ème siècle qui ont abordé cette question: Cent ans après ou L’an 2000 d’Edward Bellamy, et Les nouvelles de nulle part, de William Morris.
Ces livres sont liés au mouvement ouvrier du 19ème siècle, dont l’objectif était notamment que les villes et les campagnes cessent de se confronter de manière destructrice.

Nous pensons pareillement que dans le futur, l’architecture ne sera pas « urbaine » mais à la croisée des chemins entre les villes et les campagnes, permettant à la nature d’être présente partout. La vie sauvage occupera la planète, les humains occupant des îlots civilisés vivant en harmonie.

Les êtres humains planifieront leurs activités selon leurs besoins, mais aussi selon ceux de Gaïa, car toute l’humanité se verra comme une composante de celle-ci. Sans doute même que l’humanité devra assumer des responsabilités par rapport à Gaïa, non seulement pour réparer ses lourdes erreurs (ayant causé destruction et pollution), mais également par rapport à la sauvegarde de l’existence de Gaïa dans l’univers (menace de météorites, etc.).