• Interview de xReignx

« Marseille : ce n’est pas le cannabis qui tue, c’est la prohibition »

Profitant de l’émotion provoquée par la mort de deux adolescents à Marseille, sur fond de trafic de drogues, le quotidien Libération s’est de nouveau lancé dans un éloge de la dépénalisation…

C’est une obsession : il y a quelques jours, nous parlions de leur autre édito (« Et si Macron était aussi libéral avec le cannabis ?« ).

Comme quoi, aux yeux de Libération (et des bobos), tous les prétextes sont bons pour justifier l’ouverture d’un nouveau marché pour le business, pour renforcer la fuite individualiste…

Face aux drogues, une seule solution : une culture positive reconnaissant la Nature, niant les fuites dans les paradis artificiels (y compris religieux), l’écrasement des mafias.

Marseille : ce n’est pas le cannabis qui tue, c’est la prohibition

Edito

Est-il acceptable de mourir sous les balles, dans une cité en France, quand on a 15 ans ? Non. C’est pourtant ce qui s’est produit à Marseille, cité des Lauriers, dans la nuit de samedi à dimanche. Deux ados et un homme de 23 ans ont été tués dans une cage d’escalier.

Règlement de comptes ? Victimes touchées par hasard ? Intimidation ? Guerre de territoire ? On ne sait. Cette cité étant un lieu de deal, «l’hypothèse de meurtres liés au trafic de stupéfiants [est] à ce stade privilégiée», a indiqué dimanche le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Lundi, le procureur Brice Robin a été plus prudent: «C’est une des hypothèses envisagées […] mais il n’y a aucune certitude sur le fait que ces trois personnes étaient liées au trafic de stupéfiants.»

Comme toujours, les autorités ont immédiatement endossé leur costume martial. Le Premier ministre, Manuel Valls, a tweeté : «Rien n’arrêtera la détermination de l’Etat à lutter contre le crime organisé.»

Pourtant, s’il y a un échec, c’est bien le leur. A la cité des Lauriers, un réseau avait été démantelé en mai, mais le marché des stupéfiants déteste le vide : faites tomber une filière, une autre la remplace. Saisissez une tonne, deux sont déjà en route.

La mécanique est implacable et François Hollande n’aurait pas dû plastronner le 18 octobre devant les Douanes pour les féliciter d’une saisie de 7 tonnes de cannabis à Paris : en la matière, il n’y a pas de succès, les policiers agissent comme des régulateurs du marché. Et ce n’est pas leur faute : «On tente de vider la mer avec une petite cuillère», résumait l’un d’eux il y a quelques années.

Cazeneuve a beau égrener les prises à Marseille – en 2015, «10 réseaux majeurs de trafiquants démantelés, 132 individus écroués, 1,5 tonne de cannabis et 39 kilos de cocaïne saisis» -, sa tâche est un mélange de Sisyphe et de tonneau des Danaïdes, synonyme d’éternel recommencement.

En 2010, dans une autre cité marseillaise, le Clos des Roses, un jeune de 16 ans était mort sous les balles, créant une émotion intense. La réponse des autorités ?

La gauche fait comme la droite: plus de police, plus d’enquêtes. Nécessaire, sans doute. Suffisant ? Pas vraiment. Cinq ans plus tard, malgré d’évidents «succès» policiers, on en revient au point de départ. Avec, sur le carreau, non plus un jeune, mais deux.

Il est temps de réfléchir autrement. Ce qui tue, ce n’est pas le cannabis, principal produit en vente dans ces cités. Ce qui tue, c’est la prohibition, système injuste et inefficace mais meilleur allié des trafiquants, puisque l’interdiction du produit justifie leur activité.

Il faudra un jour l’admettre et ce sera douloureux, tant cela remet en cause les peurs, tabous et préjugés. Mais d’autres pays s’en sont libérés : l’Uruguay s’est lancé sur la voie d’un marché régulé du cannabis par lassitude face aux règlements de compte. En France, on doit se poser la question d’une forme de légalisation.

Sinon, quel que soit le nombre de policiers et ministres envoyés sur place, d’autres ados tomberont sous les balles.

« Wake and bake »

L’expression « wake and bake » signifie fumer du cannabis dès son réveil. Avant de faire quoi que ce soit, on fume. Évidemment, on devine quelles sont les conséquences : on est alors « stone » pour le reste de la journée.

Se « réveiller » pour se « cuire » est considéré comme très extrême même par les fumeurs occasionnels. En fait, c’est même considéré comme une ligne de démarcation. Une fois qu’on a basculé dans le fait de fumer seul, on est déjà dans le camp des dépendants.

Mais alors fumer le matin, c’est pire que tout. Car naturellement, cela va aussi avec le fait de fumer plus tard dans la journée. C’est en fait une preuve qu’on ne peut pas vivre sans que l’action du cannabis soit très forte et systématique, toujours présente.

Les conséquences sont d’autant plus fortes sur le plan de la faim, de la fatigue, de la paranoïa et surtout de l’angoisse. Les partisans du cannabis peuvent dire ce qu’ils veulent : le cannabis est une source d’angoisse extrêmement puissante quand les choses commencent à mal tourner.

Et il suffit de vivre mal un fait – un souci familial, la perte de proches, des problèmes d’emploi, des troubles sentimentaux, etc. – et tout déraille très vite.

Fumer le matin est alors plus qu’un symptôme, c’est le reflet d’une dépendance complète. S’arracher à cela devient extrêmement difficile. Là on ne raisonne plus en termes de jours ou de semaines, mais pratiquement d’années. Là on passe dans la figure pathétique du fumeur ramollo, tournant au ralenti, pratiquement le zombie vivant à un rythme totalement décalé et n’ayant plus qu’une seule préoccupation.

Toutefois, si on y regarde bien, c’est tout de même le cas de tous les fumeurs. Fumer du cannabis serait rebelle, permettrait de s’épanouir etc. etc. c’est une véritable idéologie, une vision du monde. Et force est de constater qu’elle n’y englobe rien d’autre que l’égocentrisme.

Fumer du cannabis est avant tout un egotrip et quand des gens fument ensemble mais séparément en fin de compte, on a pratiquement une copie de l’individualisme qui prévaut dans notre société, un peu quand des gens sont au PMU du coin et boivent chacun, ensemble, mais séparément, leur « petit verre » au comptoir.

Le « wake and bake » est l’étape supérieure : c’est le moment où l’on passe de l’égocentrisme à l’egotrip jusqu’au solipsisme. Il n’y a plus rien à part notre esprit qui compte, la réalité devient virtuelle, il n’y a plus que ce qui se passe dans notre tête qui apparaît comme réel.

La tendance individualiste s’épaissit à grands traits, mais comme on vit dans une société d’individualistes, cela passe… tant qu’on arrive à se lever et travailler, ou au moins faire semblant.

C’est pour cela qu’il y a tellement de fumeurs et qu’on trouve une telle apologie du cannabis sur internet, alors que théoriquement c’est interdit. A part pour un contrôle social minimal de la part de l’État, la société est tout à fait accoutumée aux fumeurs de cannabis. Cela ne la dérange absolument pas.

En quoi la société française est-elle dérangée par une jeunesse qui se précipite dans la futilité et fait l’éloge des drogues, avec le soutien des libéraux libertaires, avec un point de vue ouvertement exprimé par exemple dans un éditorial du monde en décembre 2014, ou encore dans la petite série « En passant pécho ».

Fumer du cannabis, ce serait être « moderne », être alternatif, refuser le système, alors qu’en fait il n’y a pas plus conventionnel, plus conformiste…

Refuser les drogues, voilà ce qui est une vraie rupture, une vraie confrontation…

Le cannabis : pas « naturel » mais « développé et breveté »

L’un des grands arguments des partisans du cannabis est que ce serait une drogue « naturelle ». Mettons cela en doute, en regardant ce que dit Cannaweed, qui se présente ainsi :

« En plus de 10ans CannaWeed et son forum ont connu un grand succès et de très fortes affluences, au fil du temps la communauté a constitué une formidable base de données pour répondre à la plupart des questions que se pose un cultivateur en herbe, et l’aider à mener à terme sa culture. (…) Le site prône l’AUTOproduction ! »

Cela a le mérite d’être clair. Pour l’anecdote, c’est une personne ayant pris le nom de… « ptivegan » qui fournit la photo où le chat est présenté comme un ennemi potentiel de la production, tout comme une longue liste d’insectes. Vilaine Nature qui dérange les fumeurs…

Et donc si les fumeurs prétendent fumer quelque chose de « naturel », c’est faux : le cannabis a été modifié de manière énorme. Si Cannaweed étale ses connaissances des… 1488 variétés, ce n’est pas pour rien !

Constatons le lyrisme de Flyingdutchmen (le hollandais volant, allusion humoristique au fait de « planer » et au vaisseau fantôme du même nom, que Wagner a repris en opéra) :

« Graine de Dame Blanche Feminisee

Cette Dame brillante est le résultat de la dernière amélioration des lignées « blanches » de cannabis – une variété de graine cannabis massive qui est parfaite pour les débutants ou pour des cultivateurs plus expérimentés. Nous avons croisé notre White Widow avec notre hybride Skunk / Northern Lights pour obtenir la Dame Blanche – une variété à dominance Indica avec un milieu de Sativa varié.

Elle est touffue, sa production est vigoureuse et son branchage, solide. Les graines de cannabis peuvent être transplantés assez petits – avec seulement quelques paires de feuilles – et termineront normalement leur maturation autour d´un mètre de hauteur.

Le bourgeonnement est rapide en première moitié de floraison et déchaîné plus tard, quand le dessus des grappes soyeuses de fleurs se couvrent de long pistils. Leur masse augmente alors rapidement pour se rejoindre au sommet de la tige et des branches et former des têtes scintillantes stupéfiantes qui enchanteront tous les amoureux de ganja. »

Il y a donc des variétés « améliorées » – on devine les critères – aux noms variés comme Butterscotch Hawaiian, Afghani #1 (Sensi Seeds), Jean Guy (Qc), Mother of Mercy, Alaskan Matanuska Thunderfuck, Sour Bubble…

Sur wikipédia des partisans des drogues on put parfois prendre le pouvoir, voyons par exemple dans une liste cette remarque formulée comme « en passant »…

AK-47 ou Special-K (Serious Seeds) [Colombian × Mexican × Thai × Afghani] – seconde place à la Cannabis cup, 2003, catégorie indica cup

La page wikipédia de cette variante, qui n’existe qu’en français, est assez éloquente :

L’AK-47 est une variété hybride de cannabis à forte teneur en THC développée et brevetée par des Néerlandais[Qui ?]. Elle est assez populaire auprès des consommateurs de cannabis mais de production limitée du fait d’une faible densité et de la difficulté d’une production commerciale.

L’hybridation est à dominante sativa, les clones poussent en 5 à 10 jours en intérieur. La floraison dure de 53 à 63 jours et donne un rendement de 350 à 500 g·m-2[réf. nécessaire]. En culture d’extérieur, la récolte a lieu dans la deuxième moitié d’octobre.

C’est une variété réputée pour avoir remporté de nombreux prix dont la seconde place à la Cannabis cup 2003, catégorie indica cup.

Elle présente un très forte odeur et un goût à fumer très fort. Elle est de taille moyenne et possède une période de floraison plutôt courte pour l’espèce.

Elle est parfois appelée Special K bien que le nom soit déjà utilisé pour désigner la kétamine. Son nom serait une référence à la force de son effet et au fusil d’assaut éponyme. Une autre explication est que c’est l’abréviation de Afghani Kush et 47 pour la période de floraison.

« Développée et brevetée » : voilà qui montre l’absurdite de la prétention à fumer quelque chose de « naturel »…

Matmatah : « L’apologie »

Le groupe Matmatah revient; il s’était séparé mais vient fêter ses vingt ans à la rentrée. Le monde a sacrément changé depuis la sortie, en 1998, de son premier album, « La Ouache ».

On y trouve une chanson qui a alors eu un certain succès, « L’apologie ». Il y est expliqué, très naïvement en mode babos pour ainsi dire, que le cannabis provoque moins de dégâts physiques et sociaux que l’alcool et que donc il faudrait le légaliser.

Raisonnement hypocrite, car on pourrait partir dans l’autre sens et supprimer tant l’un que l’autre… Sans parler de l’apologie du principe de prendre des anti-dépresseurs qu’on trouve dans le texte! Pas très positif tout cela…

Mais, au-delà de cela, il serait intéressant de demander aux gens de Matmatah s’ils sont encore d’accord avec cette chanson. Car entre-temps le cannabis est devenu bien plus dur, avec du THC bien plus fort, et les dégâts sociaux sont devenus parfaitement visible…

Le coup du fumeur un peu hippie avec son pétard est une image d’Epinal : aujourd’hui le cannabis est un moyen de se défoncer, et assumé tel quel…

Cette étrange cigarette ne nous rend pas hagard
L’an 2000 approchant rattraper le retard
Vivons à notre époque et dédramatisons
Non bien sûr le pétard n’élève pas la raison

Je le conseille tout de même avec modération
Comme cet alcool qu’on prend jusqu’à la déraison
Et pour quelques noyés est devenu passion
Mais l’église ne dit rien la cirrhose a raison

Voir un homme tituber ne choque pas la morale
Mais l’alcool tant loué vous est parfois fatal
Et le joint si léger dans mon pays natal
Des libertés de l’homme devrait être banal

Malheureusement chez nous il se vend en sous-main
Si peu dangereux qu’il soit L’État lui fait la guerre
Pour une fausse morale parce qu’il n’en touche rien
Voilà la vérité dans cette triste affaire

[Refrain] :
Un pétard ou un Ricard, si t’as vraiment le cafard
A choisir y’a pas photo, moi je choisis le maroco
Les alcool ont leurs soûlards, le cana c’est le panard
Y’en a qui le mystifient, moi j’en fais son apologie

Ce serait pourtant si simple de le légaliser
Deux petits joints par jour c’est anti-dépresseur
Si L’État dans ce cas n’était pas l’agresseur
Le peuple tout entier pourrait mieux respirer

C’est encore cette fois par l’argent que le bat blesse
Si au moins le hachiche pouvait emplir les caisses
Nos dirigeants affables fermeraient bien les yeux
Et parfois avec nous s’envoleraient aux cieux

[Refrain]

L’alcool et le tabac ont le droit de tuer
Car aux comptes de l’État apportent leurs deniers
Messieurs dames mourrez donc d’alcool et de fumée
La patente est payée, la mort autorisée

Le « four », supermarché des drogues

Puisque hier il était parlé des « fours » qui consistent en des petits supermarchés des drogues, voici une présentation de ce en quoi cela consiste. Il s’agit en l’occurrence d’une lettre ouverte, présentant le trafic de drogues et montrant que les cités… ne sont que le bout d’une longue chaîne, les vrais décideurs étant loin et intouchables…

Se focaliser sur les cités pour parler des drogues – que ce soit en bien ou en mal – c’est dans tous les cas nier l’existence de mafias aux grandes ramifications…

C’est « l’industrie des stupéfiants » que dénoncent justement les deux auteurs de cette lettre ouverte, publiée en 2009, sont la sociologue Marie-Hélène Bacqué et Lamence Madzou, la première ayant aidé le second à publier en 2008 l’ouvrage « J’étais un chef de gang ».

Les jeunes des banlieues sont les premières victimes du « bizness »

La question de la violence juvénile et des bandes de jeunes a de nouveau fait l’actualité, à la suite de quelques faits divers marquants. La ministre de l’intérieur a avancé les chiffres de 222 bandes sur le territoire français, 78 % en Ile-de-France, comportant 2 500 membres permanents et 2 500 occasionnels, soit un total de 5 000 jeunes.

La fabrication et la précision de ces données appellent bien des réserves quand l’on sait que la plupart de ces « bandes » sont des groupes peu structurés de copains désoeuvrés. Cela a déjà été dit, de même que l’inutilité et l’effet nocif des mesures répressives annoncées, qui permettraient de condamner à trois ans de prison un délit de mauvaise fréquentation. Effet d’annonce qui, une fois de plus, ne contribue qu’à réactiver peurs et fantasmes de l’insécurité et à installer ces quartiers dans une spirale de la répression et de la tension.

Nous voudrions revenir ici sur l’une des affirmations qui appuie ces annonces et alimente le fantasme d’une société attaquée de l’intérieur : ces « tribus » se battraient pour défendre leur bizness et contrôler leurs territoires au sein duquel elles imposeraient un système maffieux. L’incident récent qui s’est déroulé à La Courneuve, où des armes lourdes ont été utilisées contre des policiers démontrerait la conjonction de trafics de stupéfiants et de trafics d’armes.

Nos observations de terrain, qui restent à compléter, montrent que la réalité est plus compliquée, mais qu’elle n’en est pas moins inquiétante. Certes, il existe bien en France un marché des substances illicites, haschisch, héroïne, cocaïne et crack. Ce marché est important et en développement. Dans les quartiers populaires, une partie des jeunes consomme et vend. A l’échelon du quartier, cette économie souterraine reste cependant artisanale.

La majorité des petits vendeurs ont un ou plusieurs fournisseurs et écoulent en moyenne 100 à 200 grammes de haschisch en une semaine sous la forme de barrettes vendues de 10 à 20 euros. « Tout le monde trouve sa place ; il suffit d’avoir de la drogue, on vend. Celui qui a de la marchandise, c’est celui qui vend », raconte un jeune.

S’il peut exister des concurrences locales, les enjeux sont ailleurs et les gros trafiquants qui travaillent à l’échelle internationale ne sont, bien sûr, pas basés dans ces quartiers, qui ne représentent que l’un des lieux d’écoulement de la marchandise parmi d’autres. Ils ont besoin d’anonymat et d’invisibilité, difficiles à trouver dans ce type d’espace social.

Ces têtes de réseau font rentrer en France plusieurs tonnes de haschisch chaque année ; elles sont organisées, riches et puissantes. La drogue est stockée par ballots de 100 à 300 kg, le stock pouvant atteindre 600 kg, voire plus. Elle est ensuite distribuée à des souricières dans lesquelles viennent se fournir des intermédiaires, qui revendent à leur tour à de petits revendeurs, chacun relevant sa commission.

Au bout de la chaîne, ce marché est d’ailleurs de moins en moins rentable, car le prix du haschisch a doublé en quinze ans (un kg coûtait alors environ 800 euros et il fluctue aujourd’hui entre 1 500 et 3 000 euros) en raison du nombre des intermédiaires, de l’augmentation des prix à la source, de la diversification et de la sophistication des qualités de haschisch (gstarr, one, aya, marocain).

Contrairement aux idées reçues, les petits vendeurs ne roulent pas sur l’or. Ils ne gagnent souvent pas beaucoup plus qu’un smic mais, dans un contexte où l’accès à un emploi leur est fermé, ils ont ainsi accès à un marché du travail, certes informel, où ils ont l’impression « d’être à leur compte ». Ce revenu leur permet d’accéder à la société de consommation, voire parfois de partager l’achat d’une voiture.

Il en est de même du marché de la contrefaçon. On s’étonne bien souvent de voir des jeunes issus de familles précarisées habillés en Versace, Armani ou Dolce Gabbana, tous vêtements fabriqués en Thaïlande ou en Chine, vendus par un réseau de distribution parallèle à des prix très concurrentiels : « Des mecs reçoivent des cartons, c’est là qu’on se fournit. »

Tout cela constitue une économie parallèle bien réelle, qui s’autorégule. Mais ce n’est pas dans les quartiers populaires et encore moins auprès des « bandes » de jeunes qu’il faut chercher l’organisation de trafics mafieux. Ces jeunes ne sont que les derniers échelons d’un marché international et, comme ceux des quartiers bourgeois, ils en sont d’abord les victimes.

En revanche, on assiste à la marge à une restructuration locale du marché des stupéfiants. Dans quelques cas, encore très exceptionnels – cinq ou six villes en région parisienne -, un marché local commence à s’organiser et quelques individus vont se fournir en Espagne et au Maroc. Ils y achètent 100 à 300 kg de haschich à des prix très attractifs (400 à 600 euros le kg) qu’ils vendent ensuite au détail, se passant des intermédiaires.

Ils jouent la carte de la qualité en proposant de nouveaux produits comme des feuilles de « blunt » parfumées pour rouler le haschisch et en soignant la présentation de l’emballage. Ils créent alors des « fours » : ils prennent possession d’un escalier, en général dans un immeuble d’habitat social. L’escalier est bloqué par un jeune cagoulé avec barre de fer. Un ou deux autres s’y installent pour vendre.

A l’extérieur, des guetteurs surveillent avec des talkies-walkies. Les équipes se relaient : le four est ouvert jusqu’à 22 heures la semaine et minuit le week-end. La drogue est cachée à proximité du four, la préparation se fait dans les appartements. L’activité règne du matin au soir, de la livraison à la préparation puis à la vente. Elle est connue des habitants, réduits au silence par la menace et l’intimidation.

Ces fours rapportent entre 6 000 et 10 000 euros par jour. Les propriétaires des fours recrutent des dealers indépendants, pour un « salaire » quotidien de 50 euros environ. C’est d’abord par la qualité de leur marchandise qu’ils s’imposent sur le marché, recourant si nécessaire à la violence pour maintenir l’exclusivité. Dans tous les cas, ils ont besoin, eux aussi, pour leur activité de calme et d’anonymat, loin des embrouilles de quelques groupes de jeunes qui appellent l’attention médiatique.

Tout cela est, bien sûr, inquiétant, mais dessine une image beaucoup moins simpliste des rapports entre « jeunes des bandes » et « bizness » que celle que nous présente le discours officiel. A l’évidence, les enjeux sont ailleurs que dans ces quartiers populaires qui ne sont que l’un des points d’arrivée de trafics structurés. Il en est de même d’autres trafics organisés, comme ceux des voitures par exemple.

Il existe bien un danger de restructuration de trafics plus localisés mais contre lequel le fichage des jeunes et les mesures répressives sont pour le moins inefficaces. La société française n’est pas menacée par une horde de tribus ; elle met par contre en danger sa jeunesse et son avenir en restant impuissante face à l’industrie des stupéfiants, mais en tapant sur ceux qui en sont les premières victimes, sans pour autant leur offrir de perspectives sociales.

La « petite Jamaïque » au coeur de Paris

La page wikipédia présente ainsi la cité scolaire Montaigne, qui est en plein coeur de Paris et accueille 3000 jeunes:

Le lycée Montaigne de Paris, situé rue Auguste-Comte dans le 6e arrondissement de Paris, face au jardin du Luxembourg, est l’un des plus grands et anciens lycées de Paris.

C’est, en fait, le véritable bastion bobo, ou plus exactement de la bourgeoisie « rive gauche », c’est-à-dire celle qui se veut de « gauche ». La page wikipédia souligne de ce fait cela:

Sa situation géographique, proche du Sénat a fait de ce lycée de la haute bourgeoisie une scène de la contestation adolescente aux gouvernements de droite.

De 1970 à 1974 il sera à la pointe des mobilisations contre la loi Debré, puis la loi Fontanet. Le lycée sera fermé plusieurs fois à la suite d’incidents, engins explosifs, cocktails Molotov. France Soir du 22/03/71 titrera : « Les 2500 élèves du lycée Montaigne à Paris ont perdu 17 jours de cours depuis la rentrée » et Gérard Vincent commencera son livre Le peuple Lycéen collection Témoins chez Gallimard par cette phrase : « Lorsque bouge le lycée Montaigne, la France s’inquiète ».

Le film « Le péril jeune » fut également tourné là-bas, comme « symbole » bobo. Pour la petite histoire, le lycée a également eu comme élève Jean-Paul Sartre et Frédéric Beigbeder… Mais ce qui nous intéresse ici plus précisément, même si cela va avec, c’est le « surnom » que possède le lycée Montaigne depuis plusieurs années, sans parvenir à s’en défaire: la « petite Jamaïque ».

Citons ici un blog, dans un article datant de 2008:

-et alors? Montaigne? Ca marche toujours?

Ah oui, Montaigne. J’avais oublié de le mentionner… Montaigne c’etait notre lycée, notre college, tout nos souvenirs. Ah le lycée montaigne, LE lycée qui avait perdu 100 places dans le palmares en 5 ans. Mais c’etait bon quand meme. Une sorte d’equivalent de Carnot. C’est tres respecté parce que c’est des lycées de bourges et de chales, mais c’etaient les lycées ou on s’eclatait. Dans mes demandes de lycée, je voulais montaigne ou carnot, ou Claude Monnet. Mais j’etais restée à Montaigne. Carnot etait hors zone et j’avais une assez bonne moyenne pour rester a montaigne. Donc voila, Montaigne, surnommé la petite jamaïque par les journalists tant le traffic de drogue etait present. Le pire, c’est que c’est vrai…

Pourtant, en 2002, Libération racontait déjà la tentative de réprimer les activités des enfants de la haute bourgeoisie…

Il y a un an, madame la proviseure a modifié le règlement intérieur de ce lycée qui longe le jardin du Luxembourg. Interdiction de fumer dans tout l’établissement et interdiction de sortir entre les cours pour en griller une sur le trottoir. Une application stricte de la loi Evin. Seule une petite pièce au fond de la salle des profs a été aménagée pour les enseignants tabagiques. «Quand on y rentre, on voit pas ses pieds tellement il y a de la fumée», dit Julia (1re économique et sociale).

Et seuls les «chouchous», élèves des classes préparatoires, échappent à la corvée. Mais pour les quelque 1 800 collégiens et lycéens, le rappel au règlement se veut sans volutes, de tabac comme de cannabis. «Ils nous ont aussi interdit les roulées (les cigarettes faites main, ndlr) parce qu’ils en avaient marre d’avoir à les ouvrir pour vérifier», raconte Fatima.

«Avant, ça sentait pas trop le bedo (le joint, ndlr) dans la cour : la plupart allaient dans les toilettes ou dans le Luxembourg. Mais ils ont envoyé de plus en plus de civils (policiers, ndlr) dans le jardin.» De son côté, la direction de l’établissement a motivé les surveillants pour faire la chasse au mégot.

«Les pions font des rondes pour nous coincer. Dans le journal du lycée, ils ont écrit qu’un bastion de fumeurs avait été repéré près du distributeur de cannettes. Ils nous observent par une petite fenêtre», raconte Angie, abonnée au «club des balayeuses»

Et pourtant, Le Parisien constatait en 2008…

A LA SONNERIE de 11 h 30, une nuée d’élèves s’échappent des portes du collège-lycée Montaigne, dans le VIe arrondissement de Paris. Visages poupins, voix fluettes, rires sous cape… Chez les 6e-5e, les conversations sont encore enfantines.

Mais en 4e, c’est déjà une autre histoire : dès la fin des cours, les cigarettes sont de sortie. Pendant que certains crapotent pour la forme, d’autres avalent la fumée avec un plaisir évident. Et le cannabis ? « S’en rouler un petit devant le bahut, on essaie d’éviter. Question deal et conso, c’est plutôt là-bas que ça se passe, derrière les autocars », sourit Camille, brunette de 15 ans, en désignant du regard les abords du jardin du Luxembourg, sur le trottoir d’en face. Look propret, Stéphane, 14 ans, n’a aucun mal à avouer son petit penchant pour le « pilon ».

« Ça tourne beaucoup au collège. Pas chez les 6e, mais en 3e, plus de la moitié fume plus ou moins régulièrement. » « Normal, poursuit son pote Cédric, chaussé de jolis mocassins : Montaigne, c’est bourge. L’argent de poche, ce n’est pas ce qui manque. »

Comme bon nombre de ses copains, Stéphane a tiré sa première « taffe de shit » en 5e, en suivant les pas de son demi-frère de 17 ans. « Je fume régulièrement, surtout le week-end ou la semaine quand les cours sautent. Ça ne m’a jamais empêché de ramener des bonnes notes, mais mon frangin, lui, est déscolarisé », avoue-t-il en relevant la mèche qui lui tombe sur les yeux. Lui et son petit groupe de copains – tous en 4e ou en 3e – en conviennent : « Trouver du splif (NDLR : un joint) à Montaigne, rien de plus facile. »

« J’en connais au moins cinq qui peuvent fournir au bahut… dont moi », glisse Antoine, qui fait dans les « petites commandes occasionnelles, pour dépanner ». « La dernière fois, je suis venu avec un vingt (une barrette de 20 €) dans un pochon caché dans le slip. Avec ça, tu peux rouler facile dix pétards, ou six en les chargeant bien », détaille l’expert, lui aussi en tête de classe.

Dans la cour de récréation, loin des oreilles familiales, certains collégiens n’hésitent pas à s’échanger les meilleures recettes de « bonne défonce ». « Bédaver (NDLR : fumer) avec une vodka-Martini, c’est cool », juge Céline, 15 ans. « Avec un jus d’orange, c’est le top, mais pas le matin. Une fois, j’en ai fumé un à 8 heures et j’ai vomi », grimace Stéphane, qui aimerait goûter à « tout sans devenir accro ».

Ces dernières années, Montaigne a hérité d’un surnom évocateur : la Petite Jamaïque. Chantale Collet, qui a pris les rênes du collège-lycée il y a deux ans, ne nie pas le problème, mais refuse de généraliser. « Je ne suis pas sûre que la situation soit plus grave qu’ailleurs.

Mais c’est vrai, il y a d’autres odeurs que le tabac devant l’établissement. On est très vigilants et sévères, mais on ne peut pas fouiller les poches de nos 2 000 élèves. Surtout qu’ils commencent de plus en plus tôt. Du coup, la prévention contre le tabac et les stupéfiants ne se fait plus en 4e, mais en 5e désormais. »

Et après on va accuser les cités, alors que les enfants des quartiers huppés se précipitent dans les drogues et en font toute une idéologie, y compris parfois soit disant de gauche… C’est tout simplement « l’oisiveté mère de tous les vices »….

C’est une belle preuve que la question des drogues – ou plus exactement leur refus – est une sacrée délimitation. Les jeunes des quartiers huppés prétendent ici certainement que ce serait facho que de vouloir interdire les drogues, mais ils sont simplement le pendant décadent des fachos en question…

Déni du risque : le cas de l’usage de cannabis

La consommation de cannabis ramollit les esprits, mais le déni est puissant, s’appuyant notamment sur la séparation arbitraire entre drogues dites douces et dures. Voici un très intéressant extrait au sujet d’un tel déni, tiré d’un article sur les conduites à risque des jeunes, publié en 2002 dans un dossier sur la jeunesse.

Déni du risque : le cas de l’usage de cannabis

Lorsque l’on interroge des usagers de cannabis, des arguments très similaires aux précédents sont avancés.

En effet, pour ces usagers, le déni du risque passe souvent par une différenciation marquée entre cannabis et héroïne : les usagers de la première substance refusent l’étiquette de «drogués » et les risques sanitaires et sociaux qui y sont associés, en désignant comme tels les héroïnomanes.

Ils stigmatisent ainsi un «groupe à risque » auquel ils n’appartiennent pas, pour souligner par contraste l’innocuité relative de leur propre consommation.

Ainsi, les jeunes consommateurs de cannabis affirment que celui-ci ne provoque pas de dépendance et précisent qu’ils l’utilisent dans un cadre récréatif et collectif, par opposition à l’héroïne qui asservit, isole et détruit ceux qui en prennent (Duprez et Kokoreff, 2000).

Pour neutraliser le discours conventionnel condamnant les drogues illicites, ils le nient donc pour le cannabis mais l’acceptent pour l’héroïne. Des travaux anglais observent le même déni du risque, en suggérant qu’il est valable pour le cannabis mais également pour les nouvelles drogues de synthèse (Parker et al., 1998).

Ces travaux pointent aussi la responsabilité des médias et des autorités politiques qui, au cours des années quatre-vingt, ont popularisé le stéréotype de l’héroïnomane compulsif, marginalisé et dangereux, prêt à tout pour s’injecter une dose : la génération qui a grandi avec cette image du «drogué » ne se sentirait pas concernée par les messages préventifs relatifs aux drogues illicites, puisqu’elle ne se reconnaît pas dans ce stéréotype.

Le stéréotype de l’héroïnomane dépendant permet donc aux usagers de cannabis de nier le risque pour eux-mêmes, de sorte que plus ils consomment, plus ils ont tendance à souligner les dangers de l’héroïne ou des autres drogues dites «dures » , et par contraste à affirmer l’innocuité de «leur » produit.

C’est ce qu’illustrent les données du volet français de l’enquête européenne ESPAD (European school survey on alcohol and other drugs).

À mesure que le niveau de consommation de cannabis augmente, les proportions d’adolescents jugeant que l’essai, l’usage occasionnel ou l’usage régulier de cette substance font courir un grand risque chutent de façon spectaculaire.

En revanche, les proportions d’enquêtés déclarant que l’essai de l’héroïne, de la cocaïne ou du crack comporte un grand risque augmentent avec le niveau de consommation de cannabis : plus celui-ci est consommé, plus les dangers des produits réputés «plus durs » sont stigmatisés. (…)

Par ailleurs, les commentaires libres des adolescents interrogés par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) lors de la Journée d’appel de préparation à la défense13 mettent en évidence d’autres mécanismes de déni du risque.

Certains jeunes affirment leur capacité à maîtriser leur consommation, à «garder le contrôle » ; tandis que d’autres soulignent le fait que l’alcool et le tabac, produits licites, sont plus dangereux, puisqu’ils font plus de victimes.

Une fille de 18 ans et un garçon de 17 ans, qui ont consommé tous les deux du cannabis à au moins vingt reprises au cours des 30 derniers jours, déclarent respectivement : «P. S. : essayez, s »il vous plaît de prendre conscience que fumer du cannabis ne nuit que très peu à la santé (mort/ an à cause du cannabis = même pas 1 ; mort/ an à cause du tabac = 60 000 » ; «Quand on consomme du cannabis, je ne pense pas que l »on soit un vrai drogué … pas plus que le fumeur de tabac qui se fume au moins 3 paquets par jour… ».

Évidemment, la question n’est pas ici de savoir si ces adolescents ont tort ou raison : il faut plutôt prendre conscience du fait qu’ils se sentent bien informés (et le sont probablement), et disposent d’arguments solides à opposer aux campagnes de prévention, surtout si celles-ci partent du principe qu’elles s’adressent à des ignorants auxquels il suffit d’apporter la «bonne parole » .

Le cannabis chez les adolescents en 2014

L’enquête ESCAPAD (Enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la Défense) 2014 de l’Observatoire Français des Drogues et de la toxicomanie a été rendu public.

On y apprend notamment que :

Entre 2011 et 2014, on observe une recrudescence importante de l’expérimentation (de plus de 6 points), qui concerne à la fois les filles et les garçons, dans des proportions comparables (44,0 % vs 49,8 % pour les garçons et 38,9 % vs 45,8 % parmi les filles).

En 2014, l’expérimentation reste en deçà de celle de 2003 (47,8 % vs 50,3 %).

Si le niveau d’usage dans la vie des garçons retrouve un niveau comparable à celui de 2000 (50,1 %), celui des filles, en revanche, est clairement supérieur (40,9 % en 2000), traduisant une convergence des comportements.

En 2014, près de 7 adolescents de 17 ans sur dix ont déjà fumé une cigarette (68,4 %) et près de 9 sur 10 déclarent avoir déjà bu de l’alcool (89,3 %).

Si l’expérimentation du tabac est plus fréquente parmi les filles (70,1 % vs 66,8 %), l’initiation à l’alcool demeure davantage le fait des garçons : 90,2 % contre 88,3 % des filles.

Toutefois, en dépit de cette inflexion de la diffusion de tabac et d’alcool à 17 ans, les usages plus fréquents augmentent sensiblement entre 2011 et 2014.

On peut lire le rapport ici. François Beck, directeur de l’OFDT, a fourni également un questions-réponses; voici celle dressant un panorama de la situation.

Quelle est l’évolution de la consommation de cannabis entre 2010 et 2014 ?

En 2014, on estime à 4,6 millions le nombre de personnes ayant consommé du cannabis dans l’année, dont 1,4 million d’usagers réguliers (au moins 10 usages au cours des 30 derniers jours). Les niveaux estimés à partir des enquêtes précédentes de 2010 et 2011 étaient respectivement de 3,8 millions et 1,2 million de personnes.

Quatre adultes sur 10 déclarent avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. L’usage au cours de l’année (usage actuel) concerne en 2014 une personne sur dix (11 %), contre 8 % en 2010.

Il atteint son niveau maximum chez les 18-25 ans en se situant à 28 %.

L’usage régulier est, pour sa part, passé de 2 % à 3 % entre 2010 et 2014. Après une décennie de relative stabilité, ces indicateurs issus du Baromètre santé de l’Inpes sont orientés à la hausse.

Dans l’enquête ESCAPAD centrée sur les adolescents de 17 ans on observe une hausse de l’expérimentation qui concerne 48 % des jeunes contre 42% en 2011.

Les usages au cours de l’année concernent 38 % des jeunes de 17 ans et près d’un sur dix (9%) consomme au moins 10 fois par mois.

Il s’agit d’augmentations très nettes par rapport à l’enquête de 2011. Ces niveaux restent toutefois encore en deçà du pic atteint en 2003.

Comme parmi les adultes et pour les autres drogues illicites, les hommes sont davantage concernés par ces consommations. Les deux enquêtes montrent toutefois que, entre 2010/2011 et 2014, les usages ont eu tendance à beaucoup augmenter parmi les femmes de 18 à 40 ans comme parmi les jeunes filles de 17 ans.

Par ailleurs, en 2014, toutes les tranches d’âge sont concernées par les hausses d’usage.

Le cannabis est un produit dont on savait déjà qu’il touchait des milieux sociaux très variés et était consommé sur l’ensemble du territoire.

Ce caractère transversal se double aujourd’hui d’une diffusion transgénérationnelle.

En clair, le cannabis se banalise. Il est présent dans toute la société. On voit déjà les marchands de mort et d’aliénation se précipiter pour revendiquer alors la légalisation de ce qui est déjà ancré culturellement dans les moeurs.

Comme quoi la bataille contre les drogues est vraiment à mener sur le plan culturel. C’est une question de mentalité, de vision du monde. Et le cannabis se renforcera d’autant plus que l’idéologie dominante sera de proposer comme modèle de vivre de manière opportuniste, en étant sceptique, en relativisant tout, en niant la Nature…

EELV : les thèmes de la prostitution et du cannabis

Parmi les multiples maux qui tracassent la société française, il y a le fait que les fachos soient de vrais fachos alors que les gens se disant de gauche ne sont le plus souvent que des ultra-libéraux. Faire n’importe quoi n’importe comment serait une « libération » de l’individu, qu’on ne pourrait de toutes manières pas juger, au nom de l’idéal ultra-libéral libertaire.

Une telle approche s’oppose formellement aux valeurs morales straight edge, comme le montrent ici deux documents d’EELV, parti politique représentant par excellence la ligne des bobos des villes (ceux des campagnes restant en mode « zadiste » et se contentant de variantes d’anarchisme).

Le premier document consiste en l’extrait de l’intervention de la sénatrice Esther Benbassa, au nom d’EELV, le 30 mars 2015. On y trouve la défense classique de l’idéal libéral – libertaire, du droit de l’individu à ne pas être « jugé » moralement ni a fortiori condamner légalement.

Le second document est une présentation au sénat de la proposition faite hier par EELV de légaliser le cannabis, autre grand thème de bataille libéral – libertaire.

Cet éloge de l’individu faisant « ce qu’il veut » est l’expression ultime de l’anthropocentrisme. C’est l’anti-thèse exacte d’une humanité collective se soumettant à la Nature.

Celles qui continuent à se prostituer seraient toutes des femmes violentées, agressées sexuellement dans leur enfance, victimes d’inceste. Aux yeux des abolitionnistes, une femme « normale » ne pourrait librement consentir une relation sexuelle contre rémunération. Toute personne prostituée ne pourrait qu’être soumise à la domination masculine. A nous de lui faire recouvrer sa dignité.

Virgine Despentes, dans son essai King Kong Théorie (2006), écrit ceci : « La sexualité masculine en elle-même ne constitue pas une violence sur les femmes, si elles sont consentantes et bien rémunérées. C’est le contrôle exercé sur nous qui est violent, cette faculté de décider à notre place ce qui est digne et ce qui ne l’est pas. »

Quant au psychanalyste Henri Castel, il précise : « Au nom de la sauvegarde de leur dignité, on va priver d’un coup beaucoup de gens de la liberté d’arbitrer entre divers maux dans une situation d’inégalités sociales subies de facto (…) On peut préférer se prostituer pour abriter son enfant du besoin (…) Mépriser les gens qui font des choix si graves ne convaincrait d’ailleurs vraiment que si, au lieu de dénoncer la prostitution seule, on dénonçait les inégalités en bloc. »

Ne transformons pas le Code pénal à la seule fin d’un affichage idéologique. Sachons écouter les premières intéressées, ne les traitons pas en mineures privées de parole. Ayons d’autres soucis que celui – fort politicien – des « bonnes mœurs ».

Chacun peut-il oui ou non librement disposer de son corps? Les féministes avaient fait de cette exigence leur devise pour la légalisation de la contraception et de l’IVG. On ne pourrait donc pas l’invoquer pour l’acte prostitutionnel? Oui, il y a des prostitué(e) par choix.

Dans leur pétition du 23 août 2012, de nombreux intellectuels – hommes et femmes – écrivaient : « Décréter illégal ce qu’on trouve immoral n’est pas un grand pas vers le Bien, c’est une dérive despotique. Le pouvoir politique n’a pas à intervenir dans les pratiques sexuelles des adultes consentants. »

Le vote du groupe écologiste dépendra de nos débats. Et sa grille d’analyse sera simple : protéger, oui, stigmatiser et précariser davantage, non !

Voici la proposition d’EELV de libérer le commerce du cannabis:

En France, la loi du 31 décembre 1970 dit loi « Mazeaud » punit d’un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende la consommation de cannabis, considéré comme un produit stupéfiant. La loi considère l’usager de stupéfiants comme un individu malade et délinquant et sanctionne également le fait d’acheter, de consommer, de détenir, de donner, de revendre, de cultiver, de transporter ou de conduire après consommation. Les peines pour trafic de cannabis peuvent aller jusqu’à dix ans de prison et 7,5 millions d’euros d’amende.

Depuis la loi Mazeaud, plusieurs textes sont venus renforcer les sanctions à l’encontre des usagers de cannabis :

la loi du 3 février 2003 relative à la conduite sous l’influence de substances ou plantes classées comme stupéfiants ;
la loi du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs, qui instaure des peines planchers pour les récidivistes.
Pour les sénateurs écologistes, auteurs de la présente proposition de loi, la législation française qui est « une des législations européennes les plus répressives », est un échec, dans la mesure où elle n’a pas réussi à réfréner ni la consommation, ni le trafic de cannabis.

Ils souhaitent une réglementation de l’usage du cannabis qui permette de faire baisser la consommation, tout en endiguant les risques engendrés.

Ils proposent d’autoriser, de manière encadrée, la vente au détail aux personnes majeures et l’usage de plantes de cannabis et de produits dérivés issus de cultures et de pratiques culturales contrôlées. Les caractéristiques de ces produits, ainsi que leur teneur en principe psychoactif (tétrahydrocannabinol ou THC) seraient réglementées.

Le texte prévoit plus précisément :

de compléter le Code de la santé publique (article 1er) :
en autorisant l’usage non thérapeutique de plantes de cannabis et de produits contenant du cannabis répondant à des caractéristiques définies par décret et dont la teneur en tétrahydrocannabinol est fixée par arrêté du ministre chargé de la santé ;
en encadrant la culture domestique des plantes de cannabis en la soumettant à une autorisation et à un contrôle visant à assurer la qualité des récoltes ;
en soumettant à une autorisation et à un contrôle la fabrication des produits contenant du cannabis ;
en encadrant la vente au détail et l’usage du cannabis.
de porter à trois (contre une actuellement) le nombre de séances annuelles consacrées à une information sur les conséquences de la consommation de drogues sur la santé dans les collèges et les lycées (article 2) ;
un gage financier (article 3) en soulignant que l’application du dispositif pourrait créer de nouvelles ressources fiscales.

Triste apologie du « cannabis business »

Le libéralisme, sous toutes ses formes, part du principe qu’on peut faire ce qu’on veut. Derrière ce discours sur la liberté se cache surtout la liberté du business…

Voici un article de Capital.fr qui est édifiant, et surtout sacrément cocasse, car la présentation de drogues sous un jour favorable est interdite. Or, là, on a tout un panorama fabuleux du point de vue capitaliste, qui après avoir lu cet article n’a qu’une envie: légaliser au plus vite le cannabis pour accumuler toujours plus de richesses…

Cannabis business, de l’or vert en barrettes

Dans les pays où le cannabis est dépénalisé, PME artisanales, industriels et grands labos appliquent déjà des business models florissants. La France laissera-t-elle cette manne partir en fumée ? Enquête sur un marché prometteur, alors qu’une étude du think-tank Terra Nova relance le débat sur la dépénalisation de cette drogue douce.

A l’occasion de cette journée spéciale, nous avons le plaisir de vous annoncer que nos élèves de deuxième année auront, dès la rentrée de septembre, la possibilité de s’inscrire à notre nouvelle chaire, Pers­pectives et enjeux du can­na­­bis business.» La scène se déroule à Jouy-en-Josas, un mardi ensoleillé de juillet 2024.

Le ban et l’arrière-ban du monde politico-économique se sont donné rendez-vous sur les pelouses de HEC : il y a soixante ans, jour pour jour, que la prestigieuse école de commerce s’est installée dans ce coin reculé des Yvelines, rattrapé depuis par l’expansion du plateau de Saclay.

L’ou­verture d’un séminaire consacré au marché du cannabis ? L’informa­tion ne provoque que quel­ques sourires dans l’assemblée : la légalisation n’attend plus que la publication du décret au Journal officiel et des centaines de jeunes entrepreneurs en herbe piaffent d’impatience, prêts à se lancer dès que le feu vert sera donné.

Ecoles de commerce.

Vous vous dites que Management a dû fumer la moquette pour échafauder un tel scénario ? Eh bien non ! A observer le mouvement de libérali­sa­tion en cours dans près de la moitié des Etats américains, au Canada, en Uruguay, mais aussi en Espagne et aux Pays-Bas, il n’est pas absurde d’imaginer que, dans dix ans, la production, la vente et l’utilisation du chanvre seront autorisées, de manière plus ou moins encadrée, dans notre pays.

Avec, entre autres retom­bées, la mul­­tipli­cation de formations spécialisées : le magazine Bloom­berg Businessweek, pas vraiment réputé pour sa fan­taisie, a publié cet été un guide des meil­leures écoles de commerce de marijuana.

Des formations payantes à l’utilisation pharmaceutique en passant par la traçabilité digitale, les produits dérivés ou les salons, le pot business, comme disent les Américains, a tout d’un véritable or vert, dont le potentiel économique dépasse de très loin la seule culture des plants. Les (rares) experts qui se sont penchés sur le sujet estiment que le marché légal représente environ 1,5 mil­liard de dollars rien qu’aux Etats-Unis.

Et qu’il pourrait être multiplié par cinq dès 2018 ! Il n’en fallait pas plus pour attirer des investisseurs. Les Etats qui dépénalisent y trouvent aussi leur compte : en taxant l’herbe à 44%, celui de Washington s’est déjà assuré un bonus fiscal de 50 millions de dollars en 2013. Autre argument choc : la création d’emplois.

Au Ca­na­da, la Colom­bie-Bri­tan­nique est devenue en quelques années le grenier à chanvre du pays. On estime que la filière y emploie déjà plus de 100 000 person­nes, pour une population de 35 millions d’habitants.

Manipulations génétiques.

Faut-il en déduire que la France pourrait créer 200 000 emplois ? Ce type d’extrapolation est certes sujet à caution, d’autant que la taille du marché reste par définition invérifiable.

Mais on peut affirmer que le chiffre d’affaires du cannabis dépasse chez nous le milliard d’euros. Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), le fumeur de cannabis est surtout un homme jeune, de 17 à 34 ans, même si les auteurs du rapport 2014 notent qu’«un tiers des person­nes âgées de 15 à 64 ans en ont con­sommé au moins une fois dans leur vie».

Près de 4 millions de Français déclarent toucher au cannabis occasionnellement et environ 1,2 mil­­lion sont des consommateurs réguliers.

Pour ceux-ci, le budget «herbe» peut représenter jusqu’à 150 euros par mois. Toujours selon l’OFDT, le gramme de cannabis se négocie autour de 8,50 euros, avec des pics à 10 euros. C’est 2 euros de plus qu’il y a cinq ans, soit une hausse de 25% !

«Il y a sans doute une forme d’embourgeoisement qui explique ce phénomène, commente un producteur artisanal. Les gens demandent des produits de meilleure qualité, pour lesquels ils sont prêts à mettre le prix. Un peu comme les amateurs de vin.»

Une autre tendance pèse sur les tarifs : la préférence de plus en plus marquée pour l’herbe de cannabis au détriment de la résine, moins chère, mais moins concentrée en THC, la molécule psychotrope, autrement dit celle qui provoque les effets euphorisants. Les plus habiles des producteurs sont déjà sur les rangs pour accroître encore la teneur en THC du chanvre par des manipulations génétiques.

Business plan simplissime.

Ils seraient plus de 80 000 en France à braver la loi en se faisant ainsi producteurs en chambre. Il est vrai que le chanvre est très facile à faire pousser et que le business plan, simplissime, tient sur une feuille de papier à cigarette.

Des graines, un bac de terre, des lampes puissantes, un arrosoir, et le tour est joué : à raison de quatre ou cinq plants au mètre carré, on peut viser un chiffre d’affaires d’environ 5 000 euros.

Une économie du cannabis dépénalisée entraînerait certes une industrialisation, mais l’expérience américaine montre que les investissements restent accessibles à des entreprises modestes.

La contrainte principale concerne l’acquisition (ou la location) du sol et l’aménagement de serres. Les sociétés qui se sont montées à Denver, dans le Colorado, ont occupé à bon compte les entrepôts laissés à l’abandon par les compagnies pétrolières et les ont transformés et équipés pour des coûts très raisonnables, de l’ordre de 15 000  euros pour 100 mètres carrés utiles.

A Belvidere, dans le New Jersey, une entreprise agricole, Terra Tech Corp., a créé cette année une filiale spécialisée dans la culture du cannabis pour le marché médical. Le PDG, Derek Peterson, a fait ses cal­culs : «Avec nos produits classiques, fleurs et légumes, nous dégageons environ 4,5 millions de dollars par hectare, a-t-il expliqué au journal local, le NorthJersey.com. Avec le cannabis, le rendement devrait être de 37 à 60 millions de dollars !»

Pas étonnant qu’on prête depuis des années aux multi­nationales du tabac l’intention de miser sur la culture du chanvre.

Grands labos à l’affût.

Pour le cannabis à usage médical, le volet production (l’extraction du THC à partir des feuilles ou de la résine) nécessite, à l’échelle industrielle, des investissements importants. Le prix des machi­nes s’évalue en centaines de milliers d’euros, mais il en faut plus pour effrayer les grands labos pharmaceutiques, dont les besoins se mesurent en tonnes et qui cherchent à sécuriser leur approvisionnement.

C’est le cas du britannique GW Pharmaceuti­cals. Son spray à base de cannabis, le Sativex, a reçu en janvier 2014 de notre Agence nationale de sécurité des médicaments une autorisation de mise sur le marché. Une première en France.

Même si on est encore loin de toute légalisation, un entrepreneur français, Thomas Du­chêne, a décidé de parier sur l’avenir. Installée en Andalousie (la vente de graines et la consom­­­mation de cannabis sont autorisées en E­spa­gne), sa société, Planta Sur, commercialise graines et accessoires de «jardinage», mais il a aussi créé Expogrow, un salon spécialisé organisé à Irún… à portée de fumée de la France.

Conscient des risques qu’il prend avec cette initiative – la grande majorité des 17 000 visiteurs de la seconde édition étaient français –, il tient à préciser qu’il ne fait en aucun cas l’apologie du cannabis. Il n’en reste pas moins que sa petite entreprise propose un catalogue aussi varié que soigné, preuve que le marketing du cannabis est déjà en train de s’inventer. De la Big Buddha, en version Bubble Cheese ou Blue Cheese, à la Bomb, option Berry ou Buzz, le client a le choix entre des dizaines de graines aux effets et aux parfums variés.

De quoi donner du grain à moudre aux critiques «marijuaniques», un nouveau métier dans une filière en devenir… qui en intéresse beaucoup d’autres : le réseau des pharmacies et celui des avocats sont sur les rangs, mais aussi les secteurs de l’emballage et du transport, car le produit nécessite des contenants sécurisés.

Du coffret de luxe pour fumeurs raffinés au vaporisateur façon e-cigarette, on voit aussi débouler sur les marchés ouverts des kyrielles de produits dérivés. Voilà qui devrait inspirer les étudiants des écoles de commerce…

Editorial du Monde: « Cannabis : pour la légalisation »

Il n’y a pas que les fachos à l’assaut : les bobos aussi. On l’a vu tout récemment avec l’appel à défendre la « GPA » il y a quelques jours, voici maintenant pas moins que l’éditorial du quotidien Le Monde qui hier appelait à la légalisation du cannabis.

Les raisons ? Pour résumer : la répression ne marche pas alors que la vente du cannabis comme marchandise peut rapporter beaucoup d’argent. Des raisons pragmatiques, qui puisent dans l’ultra-libéralisme.

Au lieu de démystifier le cannabis, d’en exposer la nature comme paradis artificiel, d’en montrer les effets négatifs, les bobos tentent ici de contribuer au relativisme ambiant où la vie naturelle est dévalorisée, où tout devient possiblement une marchandise…

Cannabis : pour la légalisation
LE MONDE |

Editorial du Monde. Faut-il dépénaliser la consommation de cannabis, voire la légaliser ? Deux rapports très solides viennent de reposer la question : celui du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques, consacré à la lutte contre l’usage de substances illicites, déposé à l’Assemblée nationale le 20 novembre, et une étude réalisée par le think tank Terra Nova, dont nous publions aujourd’hui les conclusions.

Ce débat a le don de tétaniser les responsables politiques : quiconque s’avise de remarquer que la prohibition en vigueur n’a pas empêché la banalisation de la consommation de cannabis en France est immédiatement voué aux gémonies et accusé de grave irresponsabilité, notamment à l’égard de la jeunesse. Le dernier à en avoir fait l’expérience, à ses dépens, est l’ancien ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon, en 2012.

La question est pourtant tout sauf anecdotique. La France est, en effet, l’un des pays développés qui disposent de la législation la plus sévère contre le trafic et l’usage de stupéfiants. Depuis la loi de 1970, la consommation de cannabis est un délit pénal, passible d’une peine d’un an d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende.

Cette politique répressive est justifiée par des impératifs de santé publique : la consommation précoce et, plus encore, régulière de cannabis est dangereuse, tout particulièrement pour les jeunes ; selon toutes les études scientifiques récentes, elle provoque un ralentissement du développement intellectuel et accentue les risques de troubles psychiques.

Une politique inefficace

Pourtant, malgré son arsenal législatif, la France est (avec le Danemark) le pays européen où l’usage du cannabis est le plus répandu. Un Français sur trois en a fait l’expérience – un collégien sur dix et deux lycéens sur cinq –, tandis que 550 000 personnes en consomment quotidiennement. Bref, la politique répressive en vigueur est inefficace.

En outre, elle est coûteuse, car elle mobilise une part significative de l’activité de la police (interpellations et gardes à vue) et de la justice, pour une dépense publique évaluée à 500 millions d’euros par an. Enfin, la prohibition a favorisé le développement d’un marché clandestin de type mafieux.

Comment sortir de l’impasse ? Plusieurs pays qui, comme la France, avaient déclaré la « guerre à la drogue » ont assoupli leur législation, ou y réfléchissent. Soit en dépénalisant la consommation et la détention de petites quantités de cannabis (Pays-Bas, Espagne, Portugal, République tchèque, une vingtaine d’Etats des Etats-Unis), soit même en organisant, et en contrôlant, de véritables filières de production et de distribution de cannabis (dans l’Etat de Washington ou au Colorado, par exemple). La Commission mondiale sur les drogues de l’ONU elle-même travaille sur le sujet et a souligné l’intérêt d’une légalisation contrôlée.

De fait, si la dépénalisation permet une répression mieux calibrée et plus applicable, elle présente le risque d’encourager la consommation et n’élimine pas le marché noir. En revanche, à l’instar de ce qui existe pour le tabac, une légalisation contrôlée par la puissance publique pourrait permettre de contrôler les prix – donc une bonne part de la consommation –, de mettre en place une vraie politique de prévention, d’assécher l’essentiel du marché clandestin, enfin, par effet ricochet, de générer des recettes fiscales.

Au-delà des postures mécaniques et des anathèmes moralisateurs, le sujet mérite un débat public : la légalisation du cannabis doit désormais être envisagée en France.

Voici le tableau servant de « justificatif », suivant les indications du « think tank », libéral et lié au Parti Socialiste, appelé « Terra Nova »:

« Je me rends compte à quel point les drogues m’ont démonté »

Voici un très intéressant article (des Inrocks) sur Pete Doherty, avec de nombreuses citations de lui au sujet des drogues, tiré d’une longue explication qu’il a faite dans un article (en anglais) pour The Independent.

C’est un article d’importance, parce que Pete Doherty, chanteur des Libertines et des Babyshambles, a été présenté pendant de nombreuses années comme le dandy type, accro aux drogues, artiste tourmenté mais créatif grâce aux paradis artificiels.

Il a désormais un regard critique et lucide sur cela, alors qu’il lutte pour décrocher (et l’on sait à quel point c’est difficile). S’il y parvient, il compte aider d’autres à faire de même.

Le titre de son article est justement : « A quiconque luttant contre son addiction, tiens bon – pour plus de dix ans j’ai été impuissant, mais il y a une porte de sortie ».

Pete Doherty raconte son passé de drogué

Ce n’est un secret pour personne: Pete Doherty consomme de l’héroïne depuis des années. Alors qu’il suit actuellement une rehab’ en Thaïlande, le chanteur des Libertines et des Babyshambles a accepté de retracer son passé de drogué au journal britannique The Independent.

Tout commence à l’âge de seize ans lorsqu’on lui offre un joint. “C’était du cannabis et ça m’a rendu un peu malade. A 17 ou 18 ans, j’ai déménagé à Londres. J’étais comme un lévrier hors de sa niche, projeté dans ce merveilleux et mystérieux monde des drogues”. Très vite, Doherty commence à fantasmer sur l’opium.

“A mes yeux, ce n’était pas une drogue sale de la rue, c’était une potion magique au sujet de laquelle on avait écrit. C’était Kubla Khan, Thomas DeQuincy [LTD: auteur des Confessions d’un mangeur d’opium], Oscar Wilde. C’était un aspect de leur monde qui m’attirait, le monde imaginaire des opiacés.”

Il en prend pour la première fois à l’âge de 22 ans. Mais il s’agit en réalité d’héroïne. “Je l’ai mise dans un joint et je l’ai fumée. Je me suis couché en espérant avoir tous ces rêves incroyables”. Si, au départ, l’Anglais est plus penché sur l’alcool que sur la drogue, la signature des Libertines sur un label va changer la donner:

“On a soudain eu des tonnes d’argent. Je me suis dit “ok, dorénavant je vais faire tout ce que j’ai toujours voulu faire”. Donc je me suis acheté un scooter et un appart. C’était la première fois que je ne créchais pas par terre chez des gens.

Je me souviens qu’après avoir signé pour notre premier album, on m’a offert une ligne de coke. J’ai rapidement commencé à me défoncer en fumant du crack. Carl [Barât, ndlr] n’aimait pas ça. Il ne supportait pas le crack ou l’héroïne, et il n’aimait pas les gens avec qui je traînais. Donc on s’est séparés.”

Très vite, la drogue lui fait vivre des “heures sombres“:

“Je prenais ma guitare et j’écrivais un morceau et je me disais que ouais, ça résolvait mes problèmes, personne ne pouvait rien me dire. Mais ça a cessé de fonctionner. Donner des concerts est devenu un cauchemar, et tous mes morceaux étaient si sombres, comment étais-je supposé les jouer si je n’étais pas défoncé? C’est là que j’ai su que j’avais besoin d’aide. Je suis allé aussi loin que je le pouvais.

La prochaine étape, si je ne me faisais pas aider, c’était de me suicider. J’en étais arrivé là. Quand tous les gens qui t’entourent, comme ta famille et une grande partie du monde, te disent que c’est de ta faute, te disent de te reprendre, de te faire couper les cheveux, etc… C’est plutôt dur d’envisager l’addiction comme une drogue”.

Quand il se penche aujourd’hui sur ces années d’addiction, Doherty explique saisir, enfin, à quel point il était “accro physiquement et mentalement“.

“Mais j’avais toujours cette impression ridicule que mon usage était “innocent”. Oui, j’étais allé en prison mais je n’étais pas arrêté tous les jours dans la rue en possession de drogues, donc je pensais que ça allait” confie-t-il, “Aujourd’hui, plus de dix ans plus tard, je me rends compte à quel point les drogues m’ont démonté.”

Doherty est donc actuellement en cure de désintoxication en Thaïlande, la première dit-il qu’il a décidée de suivre de lui-même et non contraint par son entourage. Il assure:

“Je crois que ma créativité va s’épanouir lorsque je serai clean. Il y a tellement de chansons que j’ai commencées et que je n’ai jamais finies et j’ai perdu tellement de temps avec les drogues.”

Son objectif principal une fois sorti du centre Hope où il passe ses journées: donner des concerts afin de récolter de l’argent pour aider des personnes droguées à se payer de bons traitements.

Le New York Times appelle à légaliser le cannabis

La marijuana doit être légale aux États-Unis: voici la conclusion à
laquelle est arrivée le New York Times. Il s’agit d’un quotidien fondé
en 1851, plutôt lié au parti démocrate, historiquement très important et employant plus de 1000 personnes, avec un tirage d’environ
1,2 million d’exemplaires, etc.

Autant dire que ce parti pris ne représente pas rien, surtout que
sa prise de position a été publiée ouvertement dans un éditorial, ce 26 juillet 2014. C’est un pas en avant vers la libéralisation de cette «
drogue douce » au nom de la liberté de l’individu et des lois du
marché qui vont avec.

L’argumentation du quotidien est simple : puisque le tabac et l’alcool
provoquent plus de dégâts – le journal mentionne la santé, l’impact sur la société ainsi que la justice – et que c’est légal, alors donc il
faut légaliser le cannabis. C’est une argumentation illogique, car on
devrait plutôt penser qu’il faut supprimer le tabac et l’alcool…

Aussi trouve-t-on d’autres arguments bidons du même genre. Ainsi, la légalisation du cannabis serait un acte anti-raciste. En effet, les
trafics illégaux sont le fait des populations les plus pauvres et
légaliser le cannabis ne les placerait plus dans le viseur de la
justice. On peut lire dans l’éditorial:



 Les coûts sociaux des lois sur la marijuana sont vastes. Il y a eu
658 arrestations pour possession de marijuana en 2012, selon les chiffres donnés par le FBI, en comparaison avec 256 000 arrestations pour la cocaïne, l’héroïne et ses dérivés.

Pire même, le résultat est raciste, frappant de manière
disproportionnée les jeunes noirs, gâchant leur vie et donnant
naissance à de nouvelles générations de criminels.



Au lieu de dire qu’il faut prendre l’argent aux riches et construire
des écoles, on a donc la solution miracle que serait le commerce du
cannabis…

Le terme de « commerce » n’est pas employé par l’éditorial, bien
entendu. Il se contente de se concentrer sur la prohibition,
assimilant la situation actuelle à celle ayant existé quant à l’alcool
entre 1920 et 1933. L’éditorial s’intitule d’ailleurs « Annuler de
nouveau la prohibition » et commence de la manière suivante:


« Il a fallu 13 années aux Etats-Unis pour reprendre ses esprits et mettre un terme à la prohibition, 13 années au cours desquelles les gens ont continué à boire, de sorte que des citoyens respectueux de la loi sont devenus des criminels et que les syndicats du crime ont émergé et prospéré.

Cela fait plus de 40 ans que le Congrès a adopté l’interdiction
actuelle du cannabis, infligeant un grand préjudice à la société
simplement pour interdire un produit beaucoup moins dangereux que l’alcool. Le gouvernement fédéral devrait dépénaliser le cannabis. »


L’éditorial se fait ainsi le fer de lance d’une tendance déjà
présente. Il y a deux États ayant déjà légalisé le cannabis, celui de
Washington et celui du Colorado. Et les ¾ des autres États ont pris
une direction comme légaliser l’usage thérapeutique ou réduire les
peines.

Un autre argument, qui se veut « réaliste », est que le cannabis
n’amène pas à d’autres drogues dites dures et qu’il n’y a pas d’impact
sanitaire, à part pour les jeunes, aussi suffit-il d’autoriser, selon
l’éditorial, le cannabis à partir de 21 ans.

Pour contribuer à cette mise en place, le quotidien publiera des
articles à ce sujet et appelle à des réactions pour et contre.
Histoire d’apparaître comme « démocratique ».

Car c’est tout de même toute une histoire que de se la jouer «
réaliste », moderne, anti-raciste, soucieux des gens, tout cela pour
légaliser une drogue et le marché qui va avec. La vérité est pourtant
fort simple: la société américaine, comme la française, est dénaturée
et pourrie par le capitalisme.

Les gens s’enfuient dans des paradis artificiels, comme les drogues ou
les religions, et le New York Times préfère que ce soit dans les
drogues. Car il est bien beau de présenter le cannabis comme «
relaxant », mais c’est une image d’Épinal mise en avant notamment par Bob Marley. En réalité, le cannabis ralentit le cerveau et casse
l’esprit, il engourdit, quand il ne rend pas franchement parano.

Légaliser le cannabis n’est pas la solution, c’est littéralement une
faillite culturelle, c’est reconnaître que la société n’a rien à
proposer et que chacun peut partir s’isoler dans son petit monde…

Le cannabis, une drogue bien installée en France

Le cannabis est désormais une drogue parfaitement installée en France. Elle présente un obstacle à l’épanouissement des gens, à la démarche consistant à accepter la réalité plutôt qu’à la fuir. Son idéologie, qui prétend que cette drogue est « récréative », est un mensonge.

Le journal Le Monde a publié au sujet de la diffusion du cannabis un article intitulé « L’émergence d’un cannabis made in France » traitant de la généralisation de la production artisanale, l’herbe remplaçant de plus en plus la résine de cannabis provenant du Maroc.

Mais cette production artisanale n’est pas que personnelle, elle se veut « sociale » ; vendu dans l’entourage, l’herbe permet un revenu conséquent : « 50 000 euros de revenu annuel pour une pièce de 10 m2 »  dit Le Monde. Un « spécialiste » de l’économie explique même :

« C’est classique en économie. Le marché est arrivé à maturité, nous sommes entrés dans une phase de création de niches et de montée en gamme. »

Tout cela est pathétique, mais d’autres informations en ajoutent au panorama. On apprend ainsi que :

« La France est l’un des pays d’Europe où l’usage du cannabis est le plus élevé, notamment chez les adolescents. Avec 500 000 fumeurs de joints quotidiens et 1,2 million de fumeurs réguliers, le marché est énorme. Au cours des années 1990 et du début des années 2000, l’usage a doublé et la consommation de « shit » s’est ancrée dans la société. Ce qui a suscité une professionnalisation des trafics. Puis la consommation s’est stabilisée à un niveau élevé, et l’offre s’est pérennisée. »

Il y a aussi le développement de l’horticulture d’intérieur…

« Autour de Lille, les observateurs de Trend repèrent ces derniers temps de grosses plantations liées à des réseaux qui n’hésitent plus à investir dans l’immobilier pour développer leurs cultures. En avril, dans une maison de Marcq-en-Baroeul, 365 pieds ont été trouvés. La saisie totale s’est élevée à plus de 600 plants dans plusieurs habitations.

Autre nouveauté, l’installation à Lille depuis deux ans de deux growshops, ces magasins officiellement spécialisés dans l’horticulture d’intérieur. Ceux qui les fréquentent n’y achètent pas leurs lampes et systèmes de ventilation pour faire pousser des tomates-cerises. Le site GrowMaps.com recense plus de 400 enseignes en France. »

A cela s’ajoute la hausse de la concentration du THC, le principe actif…

« Selon l’Institut national de la police scientifique, en 2013, le taux de concentration moyen était de 17 % pour la résine, et 12,5 % pour l’herbe. Contre 7 % à 8 % il y a dix ans. »

Voici deux panneaux informatifs au sujet du niveau de consommation par la population.

Que dire ? Il est facile de voir qu’en France, la situation en général est négative et la société dépressive. Alors imaginons : quelle serait la situation si au lieu de prendre des drogues et de l’alcool, la jeunesse assumait de voir les choses en face ?

La dépénalisation du cannabis : un piège sordide

Les médias en font leurs choux gras, comme on dit : le ministre français de l’Éducation Vincent Peillon s’est prononcé en faveur d’un débat sur la dépénalisation du cannabis, relançant un vaste débat.

Un débat qui est un non-sens, car tous les commentateurs ont expliqué que l’alcool, ce serait différent, qu’un verre de vin, ce n’était pas un joint, etc.

Ce qui est vrai, en réalité, c’est que la jeunesse de France est la première d’Europe à consommer du cannabis, et qu’elle est à l’image d’un pays : anesthésiée. Si demain la consommation de cannabis était dépénalisée, la consommation s’ancrerait encore plus, devenant un paradis totalement artificiel pour fuir les problèmes du quotidien.

Dans l’horreur d’une vie ennuyeuse à travailler pour pouvoir joindre les deux bouts, le cannabis apparaîtrait encore plus comme un moyen illusoire de s’évader. Et que ce soit le ministre de l’Education nationale qui propose cela à la jeunesse en dit long sur comment les erreurs de la jeunesse sont renforcées par stratégie politique.

Car il n’y a pas 36 possibilités : soit la jeunesse de demain saisit la destruction de Gaïa et attaque les valeurs dominantes ayant abouti à cela, revendiquant des valeurs positives qu’elles mettent tout de suite en place dans leur propre vie privée.

Soit elle perpétue le même mode de vie consistant en des illusions, de bouts de ficelle, l’espoir de pouvoir quitter le pays, etc.

Et si l’Etat voit que la dépénalisation du cannabis permet d’en rajouter dans la balance en faveur de la passivité, il n’hésitera pas, surtout à un moment de crise économique où tout est bon pour renforcer l’esprit commerçant et l’abrutissement.

On doit également remarquer comment les couches populaires sont prises en otage dans l’atmosphère actuelle. Les partisans du cannabis expliquent que les bobos peuvent consommer tranquillement, mais que par contre la répression frappe les couches populaires qui sont en banlieue, alors que les mafias « fleurissent » et rendent la vie impossible.

Mais en réalité, on le sait tous et toutes : dans toutes les couches populaires, en banlieue ou pas, le cannabis n’est qu’un aspect d’une fuite dans la défonce, côte à côte avec l’alcool, les drogues chimiques…

Bien sûr, dans les quartiers bien propres le cannabis n’est qu’une sorte de divertissement, une sorte d’ivresse stupide pour fuir la réalité. Mais quand on a une vie sociale extrêmement difficile, il n’y a pas de réelle frontière entre les drogues, même si les drogues les plus dures comme l’héroïne restent à la marge.

Mais il suffit de bien peu, d’un petit « relâchement » opportun de la part de l’Etat, d’un petit « afflux » de drogues dû bien entendu au hasard, pour que l’absence de frontière précipite un nombre important de gens dans une consommation renforcée de drogues.

Quelle est d’ailleurs l’une des choses classiques que fait la police quand un squatt est ouvert dans une ville ? Tout simplement, déplacer la revente de drogues dans le voisinage du squatt, pour que la population prenne peur et que les personnes alternatives mordent à cet hameçon.

En Italie, lors du grand mouvement de contestation par la jeunesse en 1977, les prix de l’héroïne se sont effondrés : là encore, pas de hasard.

Il ne s’agit pas du tout de s’imaginer que la consommation de drogues a comme source un complot ou des « faiblesses » humaines. Simplement que les drogues rapportent beaucoup d’argent et arrangent énormément de monde.

Et que si demain, il fallait faire disparaître toutes les mafias, ce serait facile, car il existe en France un service des impôts et qu’il est mensonger de prétendre que l’argent du crime passerait inaperçu.

Mais les mafias font partie du paysage, et l’État n’aura pareillement aucun souci avec la dépénalisation du cannabis, et même sa légalisation s’il le faut, par exemple avec un monopole d’État sur la production, comme pour le tabac, ou sur la vente, comme dans les pays nordiques avec la vente d’alcool.

Être Straight Edge, c’est refuser de participer à cela, c’est se désengager de cette logique. C’est soutenir ceux et celles qui veulent s’arracher aux drogues, et que nous saluons ici. Courage ! La vie en vaut le coup et la force se trouve dans la Nature !

Dans l’équipe de LTD et son entourage, certaines personnes ont pu consommer des drogues, d’autres non. Il ne s’agit pas d’avoir des préjugés, mais de contribuer avec un esprit positif à la possibilité d’une vie heureuse, sans drogues légales ou illégales.

Dites non à la drogue, dites oui à la Nature !

Les effets destructeurs du cannabis

Les personnes qui fument des joints considèrent cela comme une activité récréative, permettant de passer un « bon moment » durant relativement peu de temps. Mais c’est oublier un aspect essentiel des drogues: le prix qu’il y a derrière.

Voici un petit aperçu des effets du cannabis (tiré d’une brochure belge, dont nous enlevons le lien: il s’agit en fait d’une initiative de l’église de la scientologie!). Le cannabis fait tourner au ralenti, il bousille la pensée, il abîme le corps…

Les effets immédiats de la prise de cannabis comprennent une accélération des battements du cœur, une désorientation, un manque de coordination physique, souvent suivis par une dépression ou une somnolence. Certains consommateurs souffrent de crises de panique ou d’anxiété.

Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Selon des études scientifiques, le principe actif du cannabis, le THC, reste dans le corps pendant des semaines, voire plus.

La fumée du cannabis contient des substances 50 à 70 % plus cancérigènes que la fumée de cigarettes. Une étude de référence a montré qu’un seul joint de cannabis cause autant de dommages aux poumons que cinq cigarettes normales fumées les unes après les autres. Les fumeurs chroniques de joints souffrent souvent de bronchites et d’inflammations de la trachée.

La drogue peut affecter bien plus que votre santé physique. Des études australiennes menées en 2008 ont fait le rapprochement entre la consommation importante de cannabis et les problèmes cérébraux.

Ce fait est confirmé par une étude précédente portant sur les effets à long terme du cannabis, qui montraient des problèmes cérébraux similaires à ceux causés par une forte dépendance à d’autres drogues majeures. Et plusieurs études ont indiqué qu’un lien existait entre une consommation répétée de cannabis et la psychose.

Le cannabis modifie la structure des cellules du sperme en les déformant. Ainsi, même de petites quantités de cannabis peuvent causer une stérilité temporaire chez les hommes. La consommation de cannabis peut bouleverser le cycle menstruel des femmes.

Des études montrent que le fonctionnement cérébral des consommateurs de cannabis tend à être ralenti ou diminué. Le THC du cannabis perturbe les cellules nerveuses et affecte la mémoire.

Le cannabis est l’une des drogues qui provoquent une division anormale des cellules, ce qui entraîne de sérieux problèmes génétiques. Une femme enceinte qui fume régulièrement du cannabis peut donner naissance à un enfant prématuré de taille ou de poids insuffisant.

Durant les dix dernières années, de nombreux enfants de mères consommant du cannabis sont nés avec des incapacités et de moins bonnes aptitudes à se concentrer et à poursuivre des objectifs dans la vie. Des études suggèrent également que la consommation de drogue pendant la grossesse peut provoquer des malformations, un retard mental et un risque plus élevé de leucémie1 chez les enfants.

EFFETS À COURT TERME

  • Sensations altérées
  • Panique
  • Anxiété
  • Coordination insuffisante des mouvements
  • Réflexes amoindris
  • Après s’être senti mieux, le consommateur se sent endormi ou déprimé
  • Accélération du rythme cardiaque (et risque d’attaque)

Effets à LONG terme

  • Résistance aux maladies communes diminuée (rhume, bronchite, etc.)
  • Affaiblissement du système immunitaire
  • Troubles de croissance
  • Augmentation de cellules anormales dans le corps
  • Réduction des hormones mâles
  • Destruction rapide des fibres pulmonaires et lésions au cerveau parfois irréversibles
  • Capacité sexuelle réduite
  • Difficultés à étudier : aptitude réduite à apprendre et à retenir l’information
  • Apathie, somnolence et manque d’enthousiasme
  • Changement de personnalité et de tempérament
  • Inaptitude à comprendre les choses clairement

Des cigarettes bios? Du cannabis bio?

L’un des problèmes du bio, c’est que sa démarche ne signifie pas que le contenu soit forcément bon pour une attitude positive avec la planète.

Outre le fait que l’agriculture biologique préserve l’environnement de par son absence d’utilisation de produits toxiques comme les pesticides, le bio reste un business, destiné avant tout à ceux qui le peuvent.

Il n’y a pas de morale particulière, juste un esprit très « bobo. »

La dernière idée farfelue de cette industrie est d’ailleurs… la cigarette bio. Ou encore le cannabis bio, comme l’a proposé hier en France l’ex-ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant!

Il y a évidemment peu de chance qu’il y ait à court terme une filière d’État du haschisch bio. Mais le principe de la cigarette bio est relativement proche et prenons le comme exemple.

Si l’on peut se dire qu’après tout cultiver du tabac bio est bon pour la planète (au lieu de la pollution par les pesticides), l’idée de faire une cigarette bio est totalement insensée de par ce que représente le tabac (drogue, pollution) et surréaliste de par le contenu hautement nocif des cigarettes !

On pense souvent ici aux filtres. Sachant qu’il y a près de 800 composants toxiques dans une cigarette, dont une cinquantaine au moins provoquent le cancer, l’évolution vers une cigarette bio était malheureusement logique. A défaut de changer le monde, les bobos veulent juste en profiter au maximum et jusqu’au bout.

Mais l’idée de base est pourrie. Ainsi, la marque la plus connue, les cigarettes américaines « Natural American Spirit », contient une forte proportion de nicotine « free base » bien plus nocive que la nicotine traditionnelle. La nicotine « free-base » est de la nicotine à laquelle on a ajouté de l’ammoniac, afin de faciliter son absorption par l’organisme. Les cigarettes deviennent alors de vraies « seringues à nicotine. »

Ces cigarettes bio « Natural American Spirit » contiennent 36% de nicotine « free-base », contre 9,6% pour Marlboro, 6,2% pour Winston et 2,7% pour Camel. C’est évidemment une manière de provoquer l’accoutumance…

D’un côté donc, les cigarettes bios c’est bien dans la mesure où les mégots polluent les trottoirs, la campagne, la mer, la montagne… et contiennent bien évidemment des substances toxiques.

Les mégots mettent douze ans avant de se dissoudre, un seul peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau… Alors que dire quand on sait que chaque année il y a 5457 milliards cigarettes de fumées !

Pour donner un exemple, pour la Suisse en une année les mégots mis ensemble, cela donne… 954 millions de kilos ! On imagine pour la France.

Mais de l’autre côté, les cigarettes bios ne changent rien au problème de la dépendance, même si cela est maquillé en « bio » voire en « positif. » Car la marque « Natural American Spirit » affirme se fonder sur le tabac tel qu’il a été fumé par les Amérindiens.

Voici l’explication, très démagogique :

La tradition indienne :

Un modèle pour Natural American Spirit®.

Depuis des siècles déjà, la culture indienne et le tabac sont indissociables. L’emploi du tabac fait partie de nombreuses cérémonies traditionnelles de ces premiers habitants, mais il s’agit toujours de tabac dans sa forme pure. Depuis l’introduction de Natural American Spirit®, nous nous sentons tenus de respecter cette tradition authentique.

Depuis le tout premier jour, Natural American Spirit® se fabrique de manière traditionnelle : à partir de feuilles entières de tabac. Cette qualité confère à Natural American Spirit® son goût. Notre concept tient dans la formule « retour aux sources ». La Santa Fe Natural Tobacco Company a tenu dès le début à produire uniquement des cigarettes de haute qualité.

La tête du chef de tribu indien qui orne chaque paquet symbolise notre respect de l’utilisation traditionnelle indienne de tabac et notre philosophie.

Avec Natural American Spirit®, nous voulons faire revivre et se développer cette tradition de fumer presque disparue. Voilà pourquoi nous offrons aux fumeurs adultes un vrai choix – un produit offrant un goût supérieur, confectionné à partir de tabac ne contenant aucun additif.

L’entreprise fait des dons à des initiatives éducatives et entrepreneuriales amérindiennes, se veut responsable et engagée en cherchant à être au maximum neutre dans la production de CO2, il n’y a aucun test sur les animaux etc.

C’est très bien… et très hypocrite et très conforme à l’idée de former un nouveau business « à la marge »… Car chaque année le marché de la cigarette bio double, grosso modo !

Pas encore en France, où le bio est lui-même relativement faible. Sur 1800 planteurs de tabac en France, 5 font du tabac bio.

Pas difficile de voir qu’une entreprise comme Santa Fe Natural Tobacco Company, qui produit les Natural American Spirit a comme fonction d’ouvrir un marché, sans rien changer à l’état d’esprit dominant. Tout comme les marques de fringues de skate, il y a de la créativité et du positif, tout cela pour revendre la boîte après.

Ce qui est même déjà fait : elle est « indépendante » mais appartient à Reynolds American, à l’origine du tiers des cigarettes aux États-Unis…